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Insee Flash Bretagne · Avril 2021 · n° 72
Insee Flash BretagneLe rural en Bretagne : un espace attractif

Laurent Auzet, Alain Maillochon (Insee)

Plus de la moitié de la population bretonne réside dans l’espace rural en 2017, ce qui fait de la Bretagne la deuxième région la plus rurale de métropole. Cet espace se caractérise par un plus fort poids de l’emploi dans l’agriculture, la construction et l’industrie que dans l’espace urbain. Les services de la vie courante y sont moins immédiatement accessibles. Les 15-24 ans y sont moins présents en proportion, ceux-ci rejoignant souvent l’espace urbain pour les études ou la recherche d’un premier emploi. L’espace rural breton est cependant attractif pour toutes les autres classes d’âge.

Insee Flash Bretagne
No 72
Paru le : Paru le 29/04/2021

En Bretagne, 1 077 communes sont classées comme rurales, sur les 1 208 que compte la région en 2017. Une partie d’entre elles (486) sont situées dans l’aire d’attraction d’une grande ville (figure 1). Les communes rurales qualifiées d’autonomes très peu denses sont peu présentes dans la région (encadré). Les communes rurales autonomes peu denses sont en revanche nombreuses.

Figure 1Les espaces ruraux en Bretagne

  • Source : Insee, recensement de la population 2017.

Par construction, la densité de population est très différente entre les espaces. En Bretagne, elle s’étage de 19 hab./km² pour le rural très peu dense à 1 720 hab./km² pour l’urbain dense.

Plus de la moitié (53,7 %) de la population bretonne réside ainsi dans l’espace rural, répartie en 24,1 % dans le rural autonome et 29,6 % dans le rural sous influence d’un pôle. Cette part est plus importante que dans l’ensemble de la France (32,8 %). La Bretagne est ainsi la deuxième région française, derrière la Bourgogne-Franche-Comté, où la proportion d’habitants résidant dans l’espace rural est la plus élevée.

Une moindre accessibilité aux services dans le rural

L’espace rural, du fait de sa plus faible densité, se caractérise par des distances plus importantes pour accéder aux services de la vie courante que dans l’espace urbain. En particulier, 25,7 % des habitants des espaces autonomes très peu denses doivent effectuer des trajets de plus de 10 minutes en moyenne y avoir accès, et pour 68,6 % d’entre eux, le trajet moyen prend entre 7 et 10 minutes. À titre de comparaison, pour tous les autres types d’espace, y compris le rural autonome peu dense, le temps d’accès moyen à ces services ne dépasse que très rarement 10 minutes.

Les jeunes de 15 à 24 ans moins présents dans l’espace rural

Si l’espace rural autonome compte une plus grande proportion de personnes de 65 ans ou plus, les moins de 15 ans sont également davantage présents dans l’ensemble des espaces ruraux que dans l’espace urbain (figure 2) Ainsi, les couples avec enfant(s) sont en proportion plus nombreux dans l’espace rural, en particulier celui sous influence d’un pôle urbain, à l’inverse des personnes seules.

Les 15-24 ans résident nettement moins dans les territoires ruraux, la poursuite des études et la recherche d’un premier emploi les orientant davantage vers la ville. Les 25-39 ans sont aussi moins nombreux dans les espaces ruraux que dans l’urbain, à l’inverse des 40-64 ans.

Figure 2Répartition de la population par tranche d’âge selon le type d’espace en 2017

en %
Répartition de la population par tranche d’âge selon le type d’espace en 2017 (en %)
0-14 ans 15-24 ans 25-39 ans 40-64 ans 65 ans ou plus
Rural 19,0 9,0 15,9 34,1 21,9
Autonome très peu dense 15,9 7,9 13,8 36,0 26,4
Autonome peu dense 17,3 8,7 14,8 34,1 25,2
Sous faible influence d'un pôle 19,9 9,1 16,4 33,8 20,9
Sous forte influence d'un pôle 21,1 9,7 17,5 34,5 17,3
Urbain 15,9 14,1 17,2 31,6 21,2
Ensemble 17,6 11,4 16,5 32,9 21,6
  • Source : Insee, recensement de la population 2017.

Des emplois dans l’agriculture mais aussi dans la construction

Du fait des départs de jeunes étudiants vers l’urbain, la part de la population active de 15 à 64 ans est plus élevée dans l’espace rural (68,8 % contre 61,8 %).

Dans tous les types d’espace, les emplois dans les activités de l’administration publique, de l’éducation et de la santé sont les plus nombreux, mais ils sont relativement moins présents dans le rural que dans l’urbain. C’est aussi le cas des activités spécialisées scientifiques et techniques, des services administratifs, moins représentées dans le rural. En revanche, la construction y emploie une plus grande part de la population, en particulier dans l’espace rural autonome où ce secteur concentre 21,6 % des emplois. De même, et de toute évidence, l’agriculture est plus présente dans l’espace rural, représentant notamment 11,8 % des emplois de l’espace rural autonome.

Les cadres et professions intellectuelles supérieures sont moins nombreux à résider dans l’espace rural. En revanche, les personnes exerçant des professions intermédiaires habitent presque autant dans l’espace rural sous influence des pôles que dans l’espace urbain. Elles sont moins présentes dans l’espace rural autonome. A contrario, les ouvriers, les agriculteurs et les commerçant-artisans y sont bien plus présents.

En 10 ans, la moitié de la croissance de la population s’est effectuée dans l’espace rural sous influence des villes

La population bretonne s’est accrue en moyenne de 18 570 personnes par an entre 2008 et 2018. Cette progression résulte pour près des deux tiers de la croissance démographique dans l’espace rural. Le solde naturel, différence entre les nombres de naissances et de décès, ne contribue désormais que très peu à cette augmentation, que ce soit pour le rural ou l’urbain, et celle-ci résulte ainsi presque intégralement des migrations résidentielles (figure 3).

Figure 3Taux de variation annuelle moyenne de la population sur la période 2008-2018

en %
Taux de variation annuelle moyenne de la population sur la période 2008-2018 (en %)
dû au solde naturel dû au solde migratoire Total
Ensemble 0,1 0,5 0,6
Urbain 0,1 0,3 0,4
Rural 0,1 0,6 0,7
Rural autonome très peu dense -0,4 -0,1 -0,5
Rural autonome peu dense -0,2 0,6 0,4
Rural sous faible influence d'un pôle 0,2 0,6 0,8
Rural sous forte influence d'un pôle 0,5 0,7 1,2
  • Source : Insee, recensements de la population 2008 et 2018.

Figure 3Taux de variation annuelle moyenne de la population sur la période 2008-2018

  • Source : Insee, recensements de la population 2008 et 2018.

Selon les catégories d’espace ruraux, les dynamiques sont cependant très différentes. Dans l’espace rural autonome très peu dense, un solde naturel négatif très bas associé à un solde migratoire déficitaire génère une baisse de population. Dans les espaces autonomes peu denses, les plus nombreux en Bretagne, l’attractivité résidentielle constitue un facteur plus important que le solde naturel négatif. Enfin, dans les espaces ruraux sous influence des villes, les soldes migratoire et naturel contribuent positivement à la croissance de la population. Plus de la moitié (51,2 %) de la croissance de la population bretonne durant cette période s’est effectuée dans cet espace.

Un espace rural attractif, y compris pour les actifs

Tous les grands types d’espaces bretons enregistrent en 2017 des hausses de la population résidente.

Pour les migrations internes à la région, l’espace rural perd des habitants au profit de l’espace urbain. Seule exception, l’espace sous forte influence d’un pôle urbain, qui au contraire bénéficie du desserrement urbain (périurbanisation) et gagne des habitants. Les espaces ruraux perdent notamment des habitants âgés de 15 à 24 ans au profit de l’espace urbain dense.

Toutes les catégories d’espaces sont attractives vis-à-vis de l’extérieur de la région. C’est en particulier le cas des espaces ruraux autonomes peu denses. Si ces territoires ruraux accueillent des personnes de 65 ans ou plus, retraités en provenance de l’Île-de-France en particulier, le solde positif est encore plus important pour la classe d’âge des 40-64 ans, et même pour celle des 25-39 ans. Globalement, les territoires ruraux accueillent plus d’actifs que d’inactifs, signe d’un vrai dynamisme économique.

Encadré - Une nouvelle définition de l'espace rural

Jusqu’en 2020, l’Insee définissait le rural comme l’ensemble des communes n’appartenant pas à une unité urbaine, ces dernières étant caractérisées par le regroupement de plus de 2 000 habitants dans un espace présentant une certaine continuité du bâti, censée caractériser les « villes ». Les territoires ruraux désignent désormais l’ensemble des communes peu denses ou très peu denses d’après la grille communale de densité. Ils réunissent 88 % des communes en France et 33 % de la population en 2017. La définition proposée ici rompt avec cette approche centrée sur la ville.

Cette seule caractéristique de l’espace rural ne permet pas d’en appréhender toutes les dimensions. Il faut y associer des critères de type fonctionnel, notamment le degré d’influence d’un pôle d’emploi (zonage en aire d’attraction des villes).

Quatre catégories d’espaces ruraux se dessinent, hors influence d’un pôle, des communes rurales très peu denses et des communes rurales peu denses, sous influence d’un pôle, des communes rurales sous faible influence (moins de 30 % de leurs actifs occupés travaillent dans le pôle) et sous forte influence.

Cette approche permet de définir statistiquement un continuum allant des espaces les plus isolés et peu peuplés jusqu’aux espaces ruraux les plus urbanisés.

Publication rédigée par : Laurent Auzet, Alain Maillochon (Insee)

Sources

Les données de cette étude sont issues des recensements de la population de 2008, 2017 et 2018.

Les catégories d’espaces ruraux sont détaillées dans l’encadré.

Pour prendre en compte la population communale et sa répartition dans l'espace, la grille communale de densité, mise à jour en 2020, s’appuie sur la distribution de la population à l’intérieur de la commune en découpant le territoire en carreaux de 1 kilomètre de côté. Plus d’informations ici.

Commerces de proximité, bureau de poste ou médecin généraliste par exemple.

Pour en savoir plus

« La France et ses territoires 2021 » – Dans Insee Références, édition 2021 (2021, avr.)

« Un temps d’accès aux équipements et services plus court pour les communes bretonnes les plus denses », Bernard Gestin, Valérie Molina – Dans : Insee Analyses Bretagne, n° 31 (2016, janv.)

« 38 % de la population française vit dans une commune densément peuplée », Marie-Pierre de Bellefon, Pascal Eusebio, Jocelyn Forest, Raymond Warnod – Dans : Insee Focus, n° 169 (2019, nov.)