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Insee Analyses Guadeloupe · Mai 2021 · n° 49
Insee Analyses GuadeloupeLa Guadeloupe face au défi de la dépendance des seniors à l’horizon 2030

Marcelle Jeanne-Rose, Baptiste Raimbaud (Insee)

En 2030, 28 000 personnes âgées de 60 ans et plus seraient en situation de dépendance en Guadeloupe, soit 8 000 personnes de plus qu’en 2017. Les personnes de plus de 75 seraient les plus touchées par la dépendance sévère, 5 000 d’entre elles seraient concernées. Les femmes représenteraient deux tiers des personnes âgées dépendantes. À l’horizon 2030, la prise en charge des seniors en situation de dépendance nécessiterait 1 620 emplois de plus que les 5 071 emplois mobilisés en 2020.

Insee Analyses Guadeloupe
No 49
Paru le : Paru le 11/05/2021

En 2030, un tiers de la population guadeloupéenne serait âgé de 60 ans et plus contre un quart en 2017. La Guadeloupe, comme la Martinique, fait face à un vieillissement marqué de sa population (figure 1) qui requiert des besoins accrus en matière d’infrastructures de santé, de formation et de logement.

Une population vieillissante

La décroissance démographique se confirme d’année en année. Entre 2007 et 2017, la Guadeloupe perd 9 400 habitants, soit une baisse annuelle moyenne de 0,2 %. La transition démographique s’opère avec un allongement de l’espérance de vie, une baisse du taux de fécondité et un déficit migratoire important. En 2017, le taux de fécondité en Guadeloupe est de 1,94 enfants par femme, ce qui contraste avec les familles nombreuses (6 enfants par femmes) qui caractérisaient les DOM dans les années 1950. Dans ces années, la natalité était soutenue, les jeunes adultes en âge de procréer étant nombreux. Par la suite, le déficit migratoire s’est installé pour les jeunes âgés de moins de 30 ans. Le manque de débouchés pour une jeunesse particulièrement touchée par le chômage et les départs pour la poursuite des études en France métropolitaine sont les principaux facteurs qui alimentent actuellement ce déficit. À partir de 35 ans, les retours dans la région natale augmentent avec l’âge, notamment ceux des femmes.

Figure 1Un vieillissement marqué de la population guadeloupéennePyramide des âges de la Guadeloupe en 2017 et en 2030

Un vieillissement marqué de la population guadeloupéenne
age Hommes 2017 Femmes 2017 Hommes 2030 Femmes 2030
0 1767 1737 1563
1 1961 1927 1664 1596
2 2145 2092 1678 1661
3 2198 2244 1703 1685
4 2249 2272 1723 1696
5 2418 2284 1743 1712
6 2487 2354 1759 1738
7 2556 2420 1791 1767
8 2662 2466 1832 1782
9 2656 2690 1862 1803
10 2747 2761 1892 1831
11 2843 2801 1936 1865
12 2880 2711 1973 1889
13 2941 2866 2002 1917
14 3045 2896 2038 1960
15 2969 2950 2095 1982
16 3024 2915 2159 2028
17 2974 2918 2205 2068
18 2711 2614 2153 2064
19 2459 2305 2192 1993
20 2138 1980 2089 1831
21 2100 1834 2136 1738
22 1807 1736 2076 1765
23 1754 1825 2066 1764
24 1738 1817 1976 1766
25 1801 1826 1921 1700
26 1653 1917 1997 1728
27 1660 1951 1876 1712
28 1617 1854 1869 1664
29 1571 2021 1754 1683
30 1473 2089 1687 1721
31 1469 2033 1538 1661
32 1499 2124 1514 1672
33 1625 2502 1427 1715
34 1619 2362 1408 1794
35 1553 2357 1471 1776
36 1607 2341 1462 1785
37 1637 2486 1476 1817
38 1710 2321 1461 1972
39 1857 2697 1574 2010
40 1995 2744 1592 2099
41 2070 2847 1564 2238
42 2196 3218 1503 2216
43 2468 3201 1528 2148
44 2472 3463 1560 2310
45 2564 3244 1521 2213
46 2617 3501 1579 2379
47 2615 3378 1628 2305
48 2484 3202 1608 2374
49 2741 3382 1637 2374
50 2764 3576 1711 2378
51 2880 3546 1628 2452
52 3011 3449 1769 2470
53 2887 3380 1750 2659
54 2832 3463 1982 2759
55 2790 3262 2027 2860
56 2919 3077 2376 3321
57 2635 3203 2302 2962
58 2691 2954 2313 3050
59 2616 2889 2345 3205
60 2508 2915 2447 3039
61 2432 2764 2427 3199
62 2148 2648 2596 3330
63 2346 2597 2660 3346
64 2242 2670 2624 3253
65 2204 2576 2623 3317
66 2091 2504 2578 3338
67 2107 2339 2554 3326
68 1929 2203 2591 3045
69 1802 2332 2513 2968
70 1743 2166 2328 2877
71 1583 1949 2374 2686
72 1566 1864 2137 2596
73 1409 1711 2044 2467
74 1318 1600 2007 2469
75 1178 1413 1934 2363
76 1144 1400 1832 2306
77 1065 1391 1648 2203
78 976 1296 1693 2121
79 996 1244 1513 2001
80 833 1309 1428 1911
81 843 1190 1372 1865
82 713 1140 1233 1748
83 714 954 1077 1569
84 516 871 1035 1421
85 488 844 901 1299
86 437 811 806 1226
87 412 687 707 1111
88 347 647 603 925
89 331 602 503 849
90 294 483 439 755
91 186 439 405 667
92 168 411 323 650
93 171 382 289 579
94 142 245 213 469
95 116 161 183 404
96 59 198 138 312
97 63 117 98 263
98 39 89 75 204
99 77 251 186 515
  • Note de lecture : en 2017, la Guadeloupe compte 2000 hommes et 2700 femmes âgés de 40 ans. En 2030, elle compterait 1600 hommes et 2100 femmes âgés de 40 ans.
  • Champ : population de la Guadeloupe
  • Source : Insee, Omphale, Projections de la population

Figure 1Un vieillissement marqué de la population guadeloupéennePyramide des âges de la Guadeloupe en 2017 et en 2030

  • Note de lecture : en 2017, la Guadeloupe compte 2000 hommes et 2700 femmes âgés de 40 ans. En 2030, elle compterait 1600 hommes et 2100 femmes âgés de 40 ans.
  • Champ : population de la Guadeloupe
  • Source : Insee, Omphale, Projections de la population

À l’horizon 2030, la population des 75 ans et plus augmenterait de moitié

En 2020, les personnes âgées de 60 ans et plus représentent 27 % de la population guadeloupéenne. Les projections de population (méthode) montrent que cette part s’accentuerait pour atteindre 36 % en 2030. Les Guadeloupéens âgés de 60 à 74 ans représenteraient alors 22 % de la population totale et ceux de 75 ans et plus 14 % (figure 2).

Entre 2020 et 2030, le nombre de personnes âgées de 60 ans et plus progresserait de 28 % pour atteindre 132 000. La population des 75 ans et plus augmenterait encore plus rapidement (+ 49 %).

Le vieillissement de la population aurait peu d’impact sur la répartition par sexe des seniors. Comme dans la population totale, les femmes resteraient majoritaires parmi les personnes de 60 ans et plus : elles représenteraient 57 % de la population des seniors en 2030.

Figure 215 % de la population aurait plus de 75 ans en 2030Part des seniors dans la population totale par âge et genre (en %)

15 % de la population aurait plus de 75 ans en 2030
Hommes Femmes
60-74 ans en 2017 8 9
75 ans et plus en 2017 3 5
60-74 ans en 2020 8 10
75 ans et plus en 2020 4 5
60-74 ans en 2030 10 12
75 ans et plus en 2030 6 8
  • Note de lecture : en 2030, les hommes âgés de 60 à 74 ans représentent 10 % de la population totale
  • Source : Insee, Omphale, projections de population

Figure 215 % de la population aurait plus de 75 ans en 2030Part des seniors dans la population totale par âge et genre (en %)

  • Note de lecture : en 2030, les hommes âgés de 60 à 74 ans représentent 10 % de la population totale
  • Source : Insee, Omphale, projections de population

En 2030, 28 000 personnes âgées seraient en perte d’autonomie

Selon l’hypothèse d’une stabilité des taux de dépendance, le nombre de personnes dépendantes âgées de 60 ans et plus augmenterait de 35 % entre 2020 et 2030 en Guadeloupe. Il s’établirait à 28 000 (figure 3) et un senior sur cinq serait dépendant. La forte progression du nombre de seniors dépendants est une conséquence de l’augmentation globale du nombre de seniors. L’allongement de la durée de vie de la population s’explique notamment par des conditions de vie moins précaires et un meilleur accès aux soins que les précédentes générations.

Entre 2020 et 2030, le nombre de seniors dépendants âgés de 60 à 74 ans augmenterait de 15 % et s’établirait à 8 400. Le taux de dépendance pour cette catégorie de population serait de 10 %. Au-delà de 75 ans, la hausse du nombre de personnes dépendantes est beaucoup plus marquée (+ 45 %). Leur nombre atteindrait 19 600. Le taux de dépendance pour ces seniors les plus âgés serait de 40 %. Le vieillissement s’accompagne souvent d’un déclin de l’état de santé et des capacités fonctionnelles pour accomplir certaines tâches de la vie courante. Ce résultat renforce le constat que les personnes de 60 ans et plus ne constituent pas une population homogène, l’intensité des besoins changeant avec l’avancée dans l’âge.

Figure 3Plus de sept mille personnes âgées dépendantes supplémentaires en 2030Nombre de personnes âgées, de personnes âgées dépendantes (en effectif) et taux de dépendance (en %)

Plus de sept mille personnes âgées dépendantes supplémentaires en 2030 - Note de lecture : En 2020, en Guadeloupe, 11,6 % des femmes de 75 ans et plus sont en situation de dépendance sévère. Soit 2 345 individus
2017 2020 2030
Homme Femme Homme Femme Homme Femme
Population des 60-74 ans 29 427 34 837 32 090 37 313 36 503 45 256
Population des 75 ans et plus 12 638 19 176 13 596 20 174 20 634 29 736
Dépendance (GIR 1 à 4) en effectif
60-74 ans en situation de dépendance 2 835 4 014 3 039 4 277 3 343 5 056
dont 60-74 ans en situation de dépendance sévère (GIR 1 à 2) 433 545 445 569 450 626
75 ans et plus en situation de dépendance 4 528 8 417 4 765 8 696 6 979 12 594
dont 75 ans et plus en situation de dépendance sévère (GIR 1 à 2) 1 308 2 351 1 314 2 345 1 695 3 121
Taux de dépendance en %
Taux de dépendance des 60 à 74 ans (GIR 1 à 4) 9,6 11,5 9,5 11,5 9,2 11,2
Taux de dépendance des 75 ans et plus (GIR 1 à 2) 35,8 43,9 35,1 43,1 33,8 42,4
Taux de dépendance sévère des 60 à 74 ans (GIR 1 à 4) 1,5 1,6 1,4 1,5 1,2 1,4
Taux de dépendance sévère des 75 ans et plus (GIR 1 à 2) 10,4 12,3 9,7 11,6 8,2 10,5
  • Note de lecture : En 2020, en Guadeloupe, 11,6 % des femmes de 75 ans et plus sont en situation de dépendance sévère. Soit 2 345 individus
  • Source : Insee, Projections des personnes âgées dépendantes

Au-delà de 60 ans, les femmes sont davantage exposées à la dépendance que les hommes, indépendamment de la structure de la population: 22 % des femmes sont en perte d’autonomie contre 17 % chez les hommes. Cela représente 13 000 femmes contre 7 800 hommes en 2020 et 17 700 contre 10 300 en 2030. Cette différence entre genres s’explique par l’espérance de vie plus importante des femmes : étant plus nombreuses que les hommes aux âges avancés elles sont par conséquent plus nombreuses de santé fragile et davantage victimes de handicaps que les hommes. Des pathologies très fréquentes dans la population âgée, telles que l’hypertension artérielle et le diabète, touchent davantage les femmes.

En dix ans, un besoin de 1 600 emplois supplémentaires

En Guadeloupe, la tradition de solidarité familiale et le coût des places dans les institutions d’hébergement expliquent le maintien à domicile des personnes âgées dépendantes. Seules 5 % d’entre elles vivent en institution.

En 2017, les taux d’équipement sont parmi les plus faibles des départements français hors Mayotte. La Guadeloupe ne compte que 42 places d’hébergement et 39 lits médicalisés pour 1 000 personnes âgées de 75 ans et plus. La Réunion, encore moins bien lotie, dispose de 41 places d’hébergement et 37 lits médicalisés, loin derrière la France métropolitaine, avec en moyenne 124 places d’hébergement et 104 lits médicalisés.

En 2020, le nombre d’emplois, exprimé en équivalent temps plein (ETP), nécessaire à la prise en charge des personnes âgées dépendantes aussi bien en institution qu’à domicile s’élève à 5 071 (figure 4).

En conservant la même proportion de personnes âgées dépendantes vivant en institution, les besoins en emplois progresseraient de 32 %, soit 1 624 ETP de plus en dix ans. En 2030, 6 695 emplois (en nombre d’ETP) seraient ainsi nécessaires pour cette prise en charge. Parmi eux, les besoins en emplois pour le maintien à domicile s’élèveraient à 5 635 ETP et ceux dans les institutions, c’est-à-dire dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ou en unités de soins de longue durée (USLD), à 1 060 ETP. Toutefois, la solidarité familiale tendrait à s’affaiblir avec la mutation démographique guadeloupéenne. De ce fait, les besoins en emplois pourraient être plus importants que ceux issus de ces projections.

Figure 4Un besoin important d’emplois supplémentaires à l’horizon 2030Nombre d’emplois nécessaire pour la prise en charge des personnes âgées dépendantes maintenues à domicile ou placées en institution

Un besoin important d’emplois supplémentaires à l’horizon 2030
Année Nombre de seniors en situation de Dépendance Besoin en ménage Nombre d’emplois en ETP Besoin en institution Nombre d’emplois en ETP Total ETP ménage et Institution
2020 20 777 4 266 805 5 071
2030 27 972 5 634 1 061 6 695
Différence (2020‑2030) 7 195 1 368 256 1 624
  • Note de lecture : En 2030, 6 695 ETP (Equivalent Temps Plein) seront nécessaires pour la prise en charge des seniors dépendants en Guadeloupe
  • Source : Insee, Projections de population, Projections d’emploi

Forte progression des besoins en services à la personne

L’augmentation du nombre de personnes âgées et la moindre disponibilité des aidants familiaux devraient entraîner un recours accru à des services d’aides à domicile. Ces derniers concerneraient principalement les soins médicaux et les services à la personne.

Le développement des services à la personne est cependant freiné par leurs coûts et par le niveau de solvabilité des familles lorsque l’assurance maladie ou les mutuelles ne les prennent pas en charge.

Le développement de soutiens externes ponctuels pourrait représenter une alternative permettant d’alléger la charge qui repose sur les aidants familiaux et leur permettre de concilier leur vie personnelle et l’accompagnement d’un proche en perte d’autonomie.

Vivre seul et être âgé de plus de 75 ans accroît le risque de pauvreté

En Guadeloupe, en 2017, 26 % des individus de 60 ans et plus sont pauvres. Ils vivent avec moins de 1 000 euros par mois, contre 38 % pour le reste de la population. Les personnes âgées de 75 ans ou plus sont plus souvent touchées par la pauvreté (31 % d’entre elles) que les personnes âgées de 60 à 74 ans (25 %). Les générations les plus âgées ont souvent eu un parcours professionnel plus chaotique, alternant périodes d’inactivité et d’emploi, avec des emplois plus précaires et moins rémunérateurs.

Pour les personnes âgées, le fait de vivre seul accentue le risque de pauvreté. La moitié des personnes seules âgées d’au moins 75 ans vivent en dessous du seuil de pauvreté, tandis qu’un tiers des personnes seules âgées de 60 à 74 ans est concerné. Pour les seniors ne vivant pas seuls, une personne sur cinq est dans cette situation, quelle que soit la tranche d’âge.

En 2017, 7 250 bénéficiaires de l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) vivent à domicile et 752 en institution, ce qui représente seulement 40 % des seniors dépendants. La méconnaissance des dispositifs d’aide et les difficultés à effectuer les démarches peuvent expliquer le recours limité à ce dispositif. Les seniors peuvent aussi prétendre à l’Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées quand leurs revenus sont faibles, sous certaines conditions. Au 1er avril 2020, le plafond était fixé à 903,20 euros par mois pour une personne seule et à 1 402,22 euros par mois pour un couple.

La taille des logements mal adaptée au maintien à domicile

Les personnes âgées de 80 ans et plus résidant à domicile sont très majoritairement propriétaires de leur logement (86 %). Plus de 80 % d’entre elles vivent dans une maison individuelle. L’adaptation des logements à leurs besoins constitue une difficulté supplémentaire. Une personne âgée de 80 ans et plus sur quatre vit dans un logement d’au moins cinq pièces. À l’inverse, elles sont peu nombreuses à résider dans un logement d’une ou deux pièces : 9 %, soit sept points de moins que les personnes de 25 à 39 ans.

Le maintien à domicile nécessite en effet des aménagements du logement. La prévention peut limiter ou retarder la perte d’autonomie. Il peut s’agir d’une prévention contre certains accidents ou contre certaines pathologies pouvant amener une perte d’autonomie. L’aménagement des logements peut s’avérer décisif pour le maintien des personnes à domicile. C’est d’ailleurs l’une des préoccupations des pouvoirs publics (encadré 1)

Les aidants familiaux, un appui indispensable au maintien à domicile

Face à la croissance de la population âgée vivant seule, l’appui des aidants familiaux constitue souvent un socle indispensable au maintien à domicile de cette population fragilisée.

Un quart des Guadeloupéens apportent des soins ou de l’aide à une personne dépendante. Dans la majorité des cas, il s’agit d’un membre de la famille (82 %). Un tiers des personnes aidant un proche dépendant y consacre au moins 5 heures par semaine.

Parmi les femmes apportant de l’aide à un proche, une sur cinq y consacre au moins 10 heures par semaine. Cette proportion est deux fois inférieure pour les hommes. Un tiers des personnes qui ont de 30 à 74 ans apporte régulièrement de l’aide à au moins une personne, contre 15 % des personnes de 15 à 29 ans.

Par ailleurs, plus de la moitié des Guadeloupéens estiment qu’ils peuvent compter sur leurs voisins en cas de besoin.

Cependant, la poursuite du phénomène de décohabitation, le développement du travail féminin et la plus grande mobilité géographique des Guadeloupéens tendent à modifier la nature de l’aide non financière des enfants à leurs parents âgés. De même, le soutien financier, assuré par les enfants, les générations pivot, lorsqu’elles travaillent, est de plus en plus confronté à un arbitrage entre l’aide aux parents âgés et l’aide à leurs propres enfants (encadré 3).

Encadré 1 - Promouvoir le bien vieillir, prévenir la perte d’autonomie et accompagner le vieillissement

Les perspectives de vieillissement accéléré de la population guadeloupéenne nécessitent une approche globale, multisectorielle et structurée. Préparer et repenser l’autonomie des seniors dépasse la simple approche médico-sociale. L’enjeu est de promouvoir le bien vieillir et prévenir la perte d’autonomie (ateliers d’activité physique adaptée, ateliers mémoire, etc.), en préparant le système de santé guadeloupéen à la prise en charge de personnes âgées dépendantes, de plus en plus nombreuses à vivre à domicile. À ce titre, le vieillissement des personnes en situation de handicap doit faire l’objet d’une attention particulière, notamment à travers leur parcours. Ces évolutions nécessitent de consolider le dispositif de maintien à domicile et la coordination du parcours des personnes âgées mais aussi de poursuivre le développement de réponses évolutives en matière de logement et d’hébergement en fonction du niveau d’autonomie (aménagement du logement existant, habitat regroupé, résidences services et/ou autonomie, EHPAD notamment).

Reculer l’apparition de la dépendance passe par les actions de prévention financées et mises en œuvre par les acteurs regroupés au sein de la conférence des financeurs. Grâce à ce travail partenarial avec le Conseil Départemental, les caisses de retraite principales et complémentaires, ce sont des dizaines d’actions qui s’adressent aux personnes âgées peu ou pas encore dépendantes de notre territoire. Il s’agit par exemple d’actions de prévention contre l’isolement social, la dénutrition, la sédentarité, avec la promotion de l’activité physique adaptée, de stimulations cognitives, d’ateliers restaurant l’estime de soi ou de travail sur le sentiment d’utilité sociale.

Encadré 2 - Former et recruter, pour faire face à l’enjeu de la dépendance

Quel que soit le scénario envisagé, le nombre de personnes en âge de travailler en Guadeloupe va diminuer (figure 5). Dans le scénario de référence, cette baisse atteindrait – 13 %, dans le scénario bas, – 16 %, dans le scénario haut, – 9 % (méthode). Certaines familles de métiers sont déjà en tension. En 2013, un actif sur cinq dans les services aux particuliers avait au moins 55 ans. En outre, ces métiers souffrent d’une mauvaise image : peu valorisés, mal rémunérés, souvent à temps partiel, avec des conditions de travail difficiles et un manque de reconnaissance.

Près de 40 % des médecins et assimilés et 20 % des aides-soignants et infirmiers, avaient plus de 55 ans en 2013.

Le vieillissement de la population va nécessiter la mise en place de mesures pour améliorer l’attractivité des métiers qui y sont liés : mise en place de formation initiale ou continue, professionnalisation, élévation du niveau de qualification lié au besoin de technicité. La conception de la vieillesse doit évoluer. Des opportunités économiques seront à saisir pour proposer des services ou des outils pour améliorer leur qualité de vie.

Figure 5La population en âge de travailler diminue quelque soit le scénario démographiqueEvolution de la population âgée de 15 à 64 ans entre 2020 et 2030

La population en âge de travailler diminue quelque soit le scénario démographique - Note de lecture : En 2030, dans le scénario de référence, la Guadeloupe comptera 206 607 individus âgés de 15 à 64 ans
2020 2030 Evolution 2030/2020 (en %)
Scénarios de référence (+10 % et -10 %) 237 384 206 607 -13
Scénario bas 237 384 199 415 -16
Scénarios haut (+10 % et -30 %) 237 384 216 340 -9
  • Note de lecture : En 2030, dans le scénario de référence, la Guadeloupe comptera 206 607 individus âgés de 15 à 64 ans
  • Source : Insee, Projections de la population, Recensement de la population

Encadré 3 - Dispositifs en faveur des aidants familiaux

La prise en compte de la situation des aidants familiaux a débouché sur la mise en place de dispositifs pour une meilleure reconnaissance de leur activité auprès des personnes dépendantes.

Désormais, ils peuvent bénéficier sous certaines conditions de l’allocation journalière de proche aidant. Elle peut être versée aux personnes qui arrêtent de travailler ponctuellement ou réduisent leur activité pour s’occuper d’un proche en situation de handicap ou de perte d’autonomie. Les aidants peuvent par ailleurs prétendre au congé de proche aidant permettant de s'occuper d'une personne handicapée ou faisant l'objet d’une perte d'autonomie. Ce congé est lui aussi accessible sous conditions et pour une durée limitée.

L’allocation personnalisée d’autonomie (APA), perçue par les personnes âgées dépendantes sous condition de ressources, est mobilisable pour la rémunération d’un proche aidant.

Encadré 4 - Partenaire

Cette étude a été réalisée en partenariat avec l'Agence Régionale de Santé de Guadeloupe.

Publication rédigée par : Marcelle Jeanne-Rose, Baptiste Raimbaud (Insee)

Pour comprendre

L’outil Omphale et les scénarios démographiques

L’Outil Méthodologique de Projection d’Habitants, d’Actifs, de Logements et d’Élèves (OMPHALE) est une application qui permet d’estimer la population par sexe et âge, d’année en année à partir de trois composantes démographiques : la fécondité, la mortalité et les migrations résidentielles (déménagements).

Les projections démographiques guadeloupéennes 2017-2030 sont issues du modèle Omphale 2017. Les hypothèses retenues pour cette étude visent à refléter les tendances démographiques guadeloupéennes. Omphale est un modèle déterministe qui met en évidence une évolution de la population conditionnée par la réalisation d’un scénario donné. Les hypothèses retenues n’ont pas pour objectif de probabiliser les scénarios.

Le scénario démographique retenu pour l’étude a été construit en faisant des hypothèses sur les trois composantes démographiques précédemment citées :

  • l’Indicateur conjoncturel de fécondité baisse de 0,04 % jusqu’en 2016 et reste constant jusqu’en 2030 (en 2016, l’Indicateur conjoncturel de fécondité est de 1,91 enfants par femme).
  • l’évolution de la mortalité est parallèle à la tendance nationale à partir de sa moyenne de 2011 à 2015. L’espérance de vie prend en compte les gains progressifs d’espérance de vie à la naissance en Guadeloupe. En 2013, elle était de 76,2 ans pour les hommes et de 84,6 ans pour les femmes. En 2030, elle atteindrait respectivement 81,3 ans et 87 ans.
  • l’immigration des individus âgés de 25 à 40 ans de la France métropolitaine vers la Guadeloupe va évoluer de + 10 % : tous les ans 10 % de personnes supplémentaires s’installent en Guadeloupe
  • l’émigration de la même classe d’âge de – 10 %. : tous les ans le nombre de personnes quittant la Guadeloupe pour aller vivre en France métropolitaine diminue de 10 %

Les taux de dépendance sont estimés à partir des enquêtes de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques du ministère de la santé (Drees) : Vie Quotidienne et Santé (VQS) 2014 auprès des seniors vivant à leur domicile ; Capacités, Aides et REssources des seniors en ménage (CARE) 2015 ; et de l’enquête Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées (EHPA) 2015 auprès des institutions.

L’hypothèse retenue pour l’étude est définie ainsi : la répartition entre années sans dépendance et années en situation de dépendance correspond au partage observé en 2015, au sein de l’espérance de vie à 60 ans.

Ces projections offrent la possibilité d’étudier par ailleurs l’emploi induit par la dépendance. L’analyse de l’aspect financier de la dépendance à travers les ressources des seniors est réalisée à partir des données de l’enquête Budget Des Familles. La projection des ressources n’est pas envisageable.

Sources

Enquête santé DOM : déclinaison régionale de l’enquête santé européenne, elle collecte des informations sur l’état de santé, l’accès aux soins, les habitudes de vie, l’assurance complémentaire santé, la situation sociodémographique et les conditions de logement.

Recensement de la population : il permet de connaître la population de la France, dans sa diversité et son évolution. Il fournit des statistiques sur le nombre d'habitants et sur leurs caractéristiques : répartition par sexe et âge, professions exercées, conditions de logement, modes de transport, déplacements domicile travail ou domicile-études, etc.

Définitions


Espérance de vie à 60 ans en année n : nombre moyen d’années restant à vivre au-delà de 60 ans dans les conditions de mortalité par âge de l’année n.


Grille Aggir (Autonomie Gérontologie Groupe Iso-Ressources) : une grille nationale permet de mesurer le degré de dépendance pour effectuer des actes de la vie quotidienne des personnes âgées de 60 ans et plus. Les GIR 1 et GIR 2 concerne la dépendance sévère, les GIR 3 et GIR 4 la dépendance modérée, les GIR 5 et GIR 6 correspondent à une perte d’autonomie faible.


Taux de dépendance : rapport entre le nombre de personnes d’une certaine tranche d’âge en perte d’autonomie et le nombre total de personnes de cette tranche d’âge.


Taux de pauvreté : correspond à la proportion de personnes dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté, estimé à 60 % du niveau de vie médian national (valeur telle que la moitié de la population a un niveau de vie inférieur). Les seniors vivant en institution ne sont pas pris en compte dans les calculs du niveau de vie et du taux de pauvreté.

Pour en savoir plus

Trefoloni D., « La Guadeloupe, région où la perte d’autonomie des seniors est la plus précoce », Insee Flash n°91-juin 2018

Larbi K., Roy D., « 4 millions de seniors seraient en perte d’autonomie en 2050 », Insee Première n°1767-juillet 2019

Michel M., « La part des seniors à domicile en situation de perte d’autonomie varie d’une région à l’autre », Insee Focus n°115-juin 2018

Besnard X., Brunel M., Couvert N., Roy D., , « Les proches aidants des seniors et leur ressenti sur l’aide apportée », Les Dossiers de la DREES, n°45, DREES, novembre 2019