Insee
Insee Analyses Bretagne · Mars 2021 · n° 102
Insee Analyses BretagneLa population active bretonne à l’horizon 2040 : une progression ralentie dans un contexte de vieillissement accru

Lucile Cros, Valérie Mariette (Insee), Christophe Leroy, Christine Levesque (Groupement d'intérêt public Relation Emploi-Formation Bretagne)

En Bretagne, la population active gagnerait environ 5 000 personnes par an entre 2016 et 2040. Pour autant, le nombre d’actifs augmenterait deux fois moins vite qu’au cours de la décennie 2006-2016, tout en demeurant supérieur au rythme de progression national.

L’attractivité résidentielle de la Bretagne continuerait à jouer un rôle important dans l’augmentation de la population active. Cependant, l’essentiel de la hausse résulterait de celle du nombre d’actifs seniors, sous l’effet de l’allongement de la vie active. À l’horizon 2040, près d’un actif breton sur cinq serait ainsi âgé de 55 ans ou plus. L’anticipation des tendances à l’œuvre au sein de la population active constitue un enjeu majeur pour les acteurs régionaux et territoriaux chargés de la mise en œuvre des politiques publiques liées au développement économique, à l’emploi et à la formation.

Insee Analyses Bretagne
No 102
Paru le : Paru le 30/03/2021

Les caractéristiques de la population active sont des éléments centraux pour l’analyse du marché du travail. Dans un contexte de vieillissement global de la population, disposer d’un cadrage permettant la compréhension des dynamiques d’évolution de la population active dans les territoires au cours des années passées et à venir est stratégique pour les acteurs publics régionaux et territoriaux (encadré 1). Le contexte sans précédent lié à la crise sanitaire de la Covid-19 depuis 2020 pourrait par ailleurs avoir des conséquences sur l’équilibre des marchés du travail (encadré 2).

La population active croît plus vite en Bretagne qu’au niveau national

En 2016, la Bretagne compte 1,5 million de personnes actives. Au cours des dix années précédentes, leur nombre a augmenté de 0,7 % en moyenne annuelle, ce qui représente environ 9 500 actifs supplémentaires chaque année (figure 1). Ce rythme de progression est supérieur à celui de l’ensemble de la France métropolitaine (+ 0,5 % par an en moyenne entre 2006 et 2016).

Figure 1Évolution annuelle moyenne de la population active entre 2006 et 2016 et entre 2016 et 2040

en %
Évolution annuelle moyenne de la population active entre 2006 et 2016 et entre 2016 et 2040 (en %) - Lecture : entre 2006 et 2016, la population active a augmenté en moyenne chaque année de 0,7 % en Bretagne et de 0,5 % en France métropolitaine.
Bretagne France métropolitaine
2006-2016 0,7 0,5
2016-2040 0,3 0,2
  • Lecture : entre 2006 et 2016, la population active a augmenté en moyenne chaque année de 0,7 % en Bretagne et de 0,5 % en France métropolitaine.
  • Source : Insee, recensements de la population 2006 et 2016, Omphale 2017, projections de population active 2016-2040.

Figure 1Évolution annuelle moyenne de la population active entre 2006 et 2016 et entre 2016 et 2040

  • Lecture : entre 2006 et 2016, la population active a augmenté en moyenne chaque année de 0,7 % en Bretagne et de 0,5 % en France métropolitaine.
  • Source : Insee, recensements de la population 2006 et 2016, Omphale 2017, projections de population active 2016-2040.

La Bretagne est de ce point de vue l’une des régions les plus dynamiques (figure 2). Elle se situe au cinquième rang des régions métropolitaines, devancée par la Corse (+ 1,8 %), l’Occitanie (+ 1,1 %), Auvergne-Rhône-Alpes (+ 0,8 %) et les Pays de la Loire (+ 0,8 %) et à égalité avec la Nouvelle-Aquitaine (+ 0,7 %). Cette croissance contraste nettement avec la quasi-stabilité de la population active observée au cours de la dernière décennie en Normandie, Centre-Val de Loire, Grand-Est et Bourgogne-Franche-Comté.

Figure 2Évolution de la population active entre 2006 et 2016 et décomposition entre les effets des taux d’activité, de la démographie et des migrations résidentielles

en %
Évolution de la population active entre 2006 et 2016 et décomposition entre les effets des taux d’activité, de la démographie et des migrations résidentielles (en %) - Lecture : entre 2006 et 2016, la population active de la Bretagne a augmenté de 0,7 % en moyenne chaque année.
Variation totale de population active Effet des taux d'activité Effet démographique Effet des migrations résidentielles
Île-de-France 0,5 0,0 0,7 -0,3
Centre-Val de Loire 0,1 -0,1 0,2 0,0
Bourgogne-Franche-Comté 0,0 -0,1 0,2 0,0
Normandie 0,1 -0,1 0,4 -0,1
Hauts-de-France 0,3 0,1 0,5 -0,3
Grand Est 0,1 -0,1 0,4 -0,2
Pays de la Loire 0,8 -0,1 0,4 0,4
Bretagne 0,7 -0,1 0,2 0,5
Nouvelle-Aquitaine 0,7 0,0 0,0 0,6
Occitanie 1,1 0,1 0,2 0,8
Auvergne-Rhône-Alpes 0,8 0,1 0,4 0,3
Provence-Alpes-Côte d'Azur 0,6 0,1 0,2 0,3
Corse 1,8 0,5 0,0 1,2
Ensemble 0,5 0,0 0,4 0,1
  • Note : les évolutions sont arrondies au plus près de leurs valeurs réelles ; la somme des variations dues aux différents effets peut être de ce fait légèrement différente de la variation totale.
  • Lecture : entre 2006 et 2016, la population active de la Bretagne a augmenté de 0,7 % en moyenne chaque année.
  • Source : Insee, recensements de la population 2006 et 2016.

Figure 2Évolution de la population active entre 2006 et 2016 et décomposition entre les effets des taux d’activité, de la démographie et des migrations résidentielles

  • Note : les évolutions sont arrondies au plus près de leurs valeurs réelles ; la somme des variations dues aux différents effets peut être de ce fait légèrement différente de la variation totale.
  • Lecture : entre 2006 et 2016, la population active de la Bretagne a augmenté de 0,7 % en moyenne chaque année.
  • Source : Insee, recensements de la population 2006 et 2016.

La croissance de la population active faiblit à l’horizon 2040

Si les tendances récentes se poursuivaient (méthodologie), la Bretagne compterait 1,6 million d’actifs à l’horizon 2040. Avec une croissance annuelle moyenne de 0,3 % entre 2016 et 2040, la population active gagnerait environ 5 000 personnes par an en moyenne sur cette période. Le rythme de hausse serait ainsi environ deux fois moins élevé qu’au cours de la décennie 2006-2016. Malgré ce net ralentissement, la progression resterait assez régulière entre 2016 et 2040 et le rythme supérieur à celui de l’ensemble de la France métropolitaine (+ 0,2 %). L’ordre ne serait pas fondamentalement modifié par rapport à la période récente : à égalité avec la Nouvelle-Aquitaine et la Corse, la Bretagne (+ 0,3 %) figurerait encore parmi les régions les plus dynamiques, derrière Auvergne-Rhône-Alpes (+ 0,5 %), l’Occitanie (+ 0,4 %), les Pays de la Loire (+ 0,4 %) (figure 3). À l’opposé, les régions Normandie, Centre-Val de Loire et Bourgogne-Franche-Comté pourraient enregistrer un léger recul de leur population active (– 0,1 % en moyenne annuelle).

Figure 3Évolution de la population active entre 2016 et 2040 et décomposition entre les effets des taux d’activité, de la démographie et des migrations résidentielles

en %
Évolution de la population active entre 2016 et 2040 et décomposition entre les effets des taux d’activité, de la démographie et des migrations résidentielles (en %) - Lecture : entre 2016 et 2040, la population active de la Bretagne augmenterait de 0,3 % en moyenne chaque année.
Variation totale de population active Effet des taux d'activité Effet démographique Effet des migrations résidentielles
Île-de-France 0,2 0,2 0,0 0,0
Centre-Val de Loire 0,0 0,2 -0,3 0,1
Bourgogne-Franche-Comté -0,1 0,2 -0,4 0,1
Normandie -0,1 0,2 -0,2 -0,1
Hauts-de-France 0,0 0,2 0,0 -0,2
Grand Est -0,1 0,2 -0,4 0,0
Pays de la Loire 0,4 0,2 -0,1 0,3
Bretagne 0,3 0,2 -0,3 0,4
Nouvelle-Aquitaine 0,3 0,3 -0,5 0,6
Occitanie 0,4 0,3 -0,4 0,6
Auvergne-Rhône-Alpes 0,5 0,2 -0,2 0,5
Provence-Alpes-Côte d'Azur 0,0 0,3 -0,4 0,2
Corse 0,3 0,3 -0,7 0,7
Ensemble 0,2 0,2 -0,3 0,2
  • Note : les évolutions sont arrondies au plus près de leurs valeurs réelles ; la somme des variations dues aux différents effets peut être de ce fait légèrement différente de la variation totale.
  • Lecture : entre 2016 et 2040, la population active de la Bretagne augmenterait de 0,3 % en moyenne chaque année.
  • Source : Insee, Omphale 2017, projections de population active 2016-2040.

Figure 3Évolution de la population active entre 2016 et 2040 et décomposition entre les effets des taux d’activité, de la démographie et des migrations résidentielles

  • Note : les évolutions sont arrondies au plus près de leurs valeurs réelles ; la somme des variations dues aux différents effets peut être de ce fait légèrement différente de la variation totale.
  • Lecture : entre 2016 et 2040, la population active de la Bretagne augmenterait de 0,3 % en moyenne chaque année.
  • Source : Insee, Omphale 2017, projections de population active 2016-2040.

Au-delà d’un positionnement plutôt favorable de la Bretagne au regard de ces tendances, se pose la question de l’adéquation entre le potentiel d’actifs et les besoins de main-d’œuvre au cours des années à venir. D’une part, il s’agit d’anticiper les besoins de l’économie productive de la région (industrie, tourisme, etc.). D’autre part, se pose l’enjeu de la réponse aux besoins de la population résidente totale qui croîtrait à un rythme plus élevé que celui des actifs (+ 0,5 % par an en moyenne à l’horizon 2040), avec de surcroît une demande accrue de services plus spécifiquement liés au vieillissement (pour en savoir plus).

L’attractivité résidentielle conserverait un rôle prépondérant dans la hausse de la population active

Trois facteurs concourent à la variation de la population active : la démographie, les migrations résidentielles, et le taux d’activité (méthodologie).

Entre 2006 et 2016, l’effet des migrations résidentielles joue un rôle majeur dans la hausse de la population active bretonne. Le surcroît d’arrivées d’actifs par rapport aux départs (+ 7 000 actifs par an en moyenne, soit + 0,5 %) explique les trois quarts (76 %) de la hausse en Bretagne. Cette observation vaut aussi pour les autres régions les plus dynamiques au cours de la dernière décennie. Dans le même temps, l’effet des évolutions démographiques est positif mais de moindre ampleur (+ 0,2 %) et l’effet des comportements d’activité est quasiment nul.

À l’horizon 2040, l’apport migratoire resterait important en Bretagne, à l’instar des autres régions aux dynamiques les plus favorables. Ce facteur participerait ainsi à la hausse de la population active à hauteur de 6 000 personnes supplémentaires par an dans la région (+ 0,4 %). L’allongement de la durée de la vie active lié en particulier aux réformes des retraites contribuerait sur cette période à l’accroissement de la main-d’œuvre bretonne. Cet effet des taux d’activité apporterait en moyenne 3 500 actifs de plus par an (+ 0,2 %). En revanche, le facteur démographique deviendrait négatif sous l’effet d’entrées moins nombreuses de jeunes actifs sur le marché du travail que les sorties liées à une fin d’activité, en Bretagne comme dans la plupart des régions. Ce facteur aurait une contribution négative sur l’évolution de la population active bretonne d’environ 4 500 actifs par an entre 2016 et 2040 (– 0,3 %).

L’essentiel de la hausse s’expliquerait par l’allongement de la vie active des seniors

Au cours de la dernière décennie, les actifs âgés de 55 ans ou plus représentent la quasi-totalité de la hausse globale de la population active en Bretagne. Avec 9 300 seniors supplémentaires par an entre 2006 et 2016, leur nombre a augmenté de 6,9 % en moyenne chaque année. Cette hausse est plus prononcée qu’au niveau national (+ 5,4 %). Dans le même temps, le nombre d’actifs de 25 à 54 ans était quasi stable dans la région comme au niveau national. À l’inverse, les jeunes de moins de 25 ans étaient moins nombreux en moyenne chaque année : – 0,5 % en Bretagne et – 0,7 % en France métropolitaine.

À l’horizon 2040, l’accroissement de la population active resterait porté par les actifs de 55 ans ou plus (figure 4). Avec 3 700 actifs seniors de plus par an, soit + 1,7 %, leur progression serait nettement plus soutenue que celle de l’ensemble de la population active bretonne (+ 0,3 %). Ils contribueraient ainsi aux trois quarts de la hausse globale du potentiel de main-d’œuvre en Bretagne d’ici 2040. La contribution des actifs plus jeunes serait donc plus limitée. Les effectifs supplémentaires des moins de 25 ans s’établiraient à environ 450 par an en moyenne (+ 0,3 %), et à 900 pour ceux âgés de 25 à 54 ans (+ 0,1 %).

Figure 4Évolution annuelle moyenne de la population active selon l’âge en Bretagne entre 2016 et 2040 et décomposition entre les effets des taux d'activité, de la démographie et des migrations résidentielles

en nombre
Évolution annuelle moyenne de la population active selon l’âge en Bretagne entre 2016 et 2040 et décomposition entre les effets des taux d'activité, de la démographie et des migrations résidentielles (en nombre) - Lecture : entre 2016 et 2040, le nombre d’actifs progresserait de 5 000 en moyenne chaque année, dont 3 700 parmi les personnes de 55 ans ou plus.
Tranche d'âge Variation totale de population active Effet des taux d'activité Effet démographique Effet des migrations résidentielles
Ensemble 5 049 3 493 -4 576 6 132
Moins de 25 ans 452 0 -525 978
25-54 ans 883 94 -2 364 3 153
55 ans ou plus 3 713 3 399 -1 687 2 002
  • Lecture : entre 2016 et 2040, le nombre d’actifs progresserait de 5 000 en moyenne chaque année, dont 3 700 parmi les personnes de 55 ans ou plus.
  • Source : Insee, Omphale 2017, projections de population active 2016-2040.

Figure 4Évolution annuelle moyenne de la population active selon l’âge en Bretagne entre 2016 et 2040 et décomposition entre les effets des taux d'activité, de la démographie et des migrations résidentielles

  • Lecture : entre 2016 et 2040, le nombre d’actifs progresserait de 5 000 en moyenne chaque année, dont 3 700 parmi les personnes de 55 ans ou plus.
  • Source : Insee, Omphale 2017, projections de population active 2016-2040.

Parmi les trois facteurs concourant à ces évolutions, l’effet démographique – négatif – serait compensé par l’apport migratoire quel que soit l’âge des actifs. L’effet résultant de l’évolution des comportements d’activité ne concernerait en revanche que la population âgée de 55 ans ou plus. Ces actifs seniors sont en effet les premiers concernés par les différentes réformes de retraites, notamment celles de 2010-2011 et de 2014. La première a conduit à une hausse des âges légaux de la retraite, la seconde à une hausse des durées de cotisation pour atteindre le taux plein. La projection des taux d’activité à l’horizon 2040 en tient compte. Elle suppose par ailleurs que les individus ajustent leur âge de liquidation, de manière à atteindre une cible de départ à la retraite à taux plein. La proportion d’actifs parmi les personnes de 55 ans ou plus progresserait d’environ 9 points, passant de 32 % en 2016 à 41 % en 2040. Pour les 60-64 ans, le niveau d’activité passerait de 24 % à 52 % entre 2016 et 2040, une nette hausse de 28 points. Les progressions attendues en Bretagne sont comparables à celles du niveau national.

Un vieillissement prononcé de la population active au cœur des enjeux

Les évolutions différenciées selon les âges conduisent à un vieillissement de la population active bretonne, au cours de la précédente décennie comme à l’horizon 2040. Alors que les personnes de 55 ans ou plus représentaient 10 % des actifs en 2006 puis 15 % en 2016, leur part atteindrait 19 % à l’horizon 2040 (figure 5). La part des jeunes de moins de 25 ans resterait stable à environ 10 % des actifs bretons. Ce vieillissement serait similaire dans l’ensemble de la France métropolitaine.

Figure 5Structure de la population active par âge en Bretagne en 2006, 2016 et 2040

en %
Structure de la population active par âge en Bretagne en 2006, 2016 et 2040 (en %)
Moins de 25 ans 25-54 ans 55 ans ou plus
2006 11 79 10
2016 10 75 15
2040 (projections) 10 71 19
  • Source : Insee, recensements de la population 2006 et 2016, Omphale 2017, projections de population active 2016-2040.

Figure 5Structure de la population active par âge en Bretagne en 2006, 2016 et 2040

  • Source : Insee, recensements de la population 2006 et 2016, Omphale 2017, projections de population active 2016-2040.

Le vieillissement de la population active pourrait nécessiter de profonds changements au sein des entreprises en termes d’organisation du travail, d’adaptation des postes, de reconnaissance des handicaps et de la pénibilité ou de reconversion des actifs en fin de carrière. La question de la transmission des savoirs se poserait également de manière accrue dans la région. Ces enjeux pourraient être au cœur des politiques publiques liées à la formation, l’évolution des compétences et la mobilité professionnelle, destinées à répondre aux besoins des entreprises et des territoires (encadré 3).

Encadré 1 – Une analyse prospective au service des acteurs régionaux et locaux

La Direccte et la Région Bretagne, avec la contribution du Gref Bretagne, ont souhaité collaborer avec l’Insee afin de disposer d’un cadrage prospectif régional sur la taille et la structure de la population active à l’horizon 2040. Cette étude est complétée par un éclairage sur les projections de la population active dans les 14 territoires correspondant aux périmètres des commissions territoriales emploi formation (CTEF), sous forme de fiches d’indicateurs.

Connaître le potentiel de main-d’œuvre dans les années à venir est en effet crucial pour les acteurs régionaux et locaux en charge des politiques publiques relatives au développement économique, à l’emploi et à la formation. Ces éclairages participent à la définition et à l’orientation des actions conduites dans le cadre du CPRDFOP (Contrat de plan régional de développement des formations et de l’orientation professionnelles) et du PRIC (Pacte régional d’investissement dans les compétences).

Encadré 2 – Comment la crise actuelle pourrait-elle affecter la population active ?

Le choc économique et social sans précédent occasionné par l’épidémie de Covid-19 depuis 2020 pourrait modifier l’équilibre de court terme du marché du travail en France et dans ses territoires. Une situation conjoncturelle dégradée se manifestant par une hausse du chômage peut ainsi affecter la population active par des « effets de flexion », qui se décomposent en deux comportements agissant dans des sens opposés :

  • L’effet « actif découragé » : certains actifs, notamment les chômeurs les plus éloignés de l’emploi, cessent de chercher un emploi par découragement. D’autres actifs potentiels choisissent de ne pas entrer sur le marché du travail, en particulier les jeunes susceptibles de prolonger leurs études.
  • L’effet « actif additionnel » : certains inactifs se mettent à chercher un emploi, par exemple si un autre membre du ménage vient de perdre le sien. Cet effet est principalement observé pour les femmes d’âge intermédiaire.

En pratique, les études estimant ces effets de flexions (pour en savoir plus) révèlent que l’effet « actif découragé » prédomine. Ainsi, au niveau national, un accroissement de 10 000 chômeurs entraînerait une baisse d’environ 15 000 actifs.

Outre ces effets de flexion conjoncturels, des effets structurels ou de long terme pourraient exister si l’impact de la crise sanitaire devait se traduire par une hausse durable du taux de chômage. Parmi les autres conséquences de la crise, les effets des confinements et du recours massif au télétravail pourraient aussi occasionner un changement des arbitrages des ménages en matière de lieu de résidence. Bien qu’il soit à ce stade trop tôt pour le mesurer, l’attractivité de la Bretagne pourrait dans cette optique se renforcer et le profil des actifs arrivant dans la région en être modifié.

Encadré 3 – Des évolutions contrastées selon les territoires à l’horizon 2040

La région Bretagne et les services de l’État ont créé 14 commissions territoriales emploi-formation (CTEF). Les CTEF sont des espaces de concertation et de développement des politiques publiques qui visent à apporter des réponses territorialisées aux besoins en emploi, en qualification et en matière d’accompagnement des publics.

À cette échelle, les dynamiques d’évolution de la population active seraient largement différenciées sur la période 2016-2040. Une dichotomie est-ouest se dessinerait avec, à l’exception de Brest, une population active qui diminuerait à l’ouest de la Bretagne tandis qu’elle augmenterait à l’est (figure 6).

Figure 6Évolution de la population active par CTEF* entre 2016 et 2040 et décomposition entre les effets des taux d’activité, de la démographie et des migrations résidentielles

en %
Évolution de la population active par CTEF* entre 2016 et 2040 et décomposition entre les effets des taux d’activité, de la démographie et des migrations résidentielles (en %) - Lecture : entre 2016 et 2040, la population active de la CTEF de Brest augmenterait de 0,3 % en moyenne chaque année.
Variation totale de population active Effet des taux d'activité Effet démographique Effet des migrations résidentielles
Auray / Vannes 0,4 0,3 -0,4 0,5
Brest 0,3 0,2 -0,3 0,3
Loudéac / Ploërmel / Pontivy 0,0 0,2 -0,3 0,1
Centre Ouest Bretagne -0,2 0,3 -0,7 0,2
Cornouaille -0,1 0,3 -0,7 0,3
Dinan 0,3 0,3 -0,4 0,4
Fougères / Vitré 0,4 0,2 0,0 0,2
Lorient 0,2 0,2 -0,5 0,4
Morlaix -0,1 0,2 -0,4 0,0
Redon 0,2 0,2 -0,3 0,2
Rennes / Brocéliande / Vallons de Vilaine 1,0 0,2 0,0 0,8
Saint-Brieuc 0,1 0,2 -0,3 0,2
Saint-Malo 0,5 0,3 -0,3 0,5
Trégor Goëlo / Guingamp -0,2 0,3 -0,5 0,0
Ensemble des CTEF 0,3 0,2 -0,3 0,4
  • * Commissions territoriales emploi formation en vigueur en mars 2021 ; le périmètre de l’ensemble des CTEF diffère de celui de la Bretagne.
  • Note : les évolutions sont arrondies au plus près de leurs valeurs réelles ; la somme des variations dues aux différents effets peut être de ce fait légèrement différente de la variation totale.
  • Lecture : entre 2016 et 2040, la population active de la CTEF de Brest augmenterait de 0,3 % en moyenne chaque année.
  • Source : Insee, Omphale 2017, projections de population active 2016-2040.

Figure 6Évolution de la population active par CTEF* entre 2016 et 2040 et décomposition entre les effets des taux d’activité, de la démographie et des migrations résidentielles

en %
  • * Commissions territoriales emploi formation en vigueur en mars 2021 ; le périmètre de l’ensemble des CTEF diffère de celui de la Bretagne.
  • Note : les évolutions sont arrondies au plus près de leurs valeurs réelles ; la somme des variations dues aux différents effets peut être de ce fait légèrement différente de la variation totale.
  • Lecture : entre 2016 et 2040, la population active de la CTEF de Brest augmenterait de 0,3 % en moyenne chaque année.
  • Source : Insee, Omphale 2017, projections de population active 2016-2040.

Les territoires des CTEF de Morlaix, Cornouaille, Trégor Goëlo / Guingamp et de Centre Ouest Bretagne perdraient en moyenne de 0,1 à 0,2 % de leurs actifs par an à l’horizon 2040. La population active de celui de Loudéac / Ploërmel / Pontivy resterait stable. Ceux rattachés aux CTEF de Saint-Brieuc, Lorient et Redon gagneraient entre 0,1 et 0,2 % d’actifs sur la période. La population active de cinq autres territoires enregistrerait une hausse un peu plus soutenue, + 0,3 % pour Dinan et Brest, + 0,4 % pour Fougères / Vitré et Auray / Vannes et + 0,5 % pour Saint-Malo. Avec + 1,0 % en moyenne par an, la population active rattachée à la CTEF de Rennes / Brocéliande / Vallons de Vilaine enregistrerait la plus forte progression.

Ces évolutions contrastées découleraient d’un impact différencié des composantes démographiques et migratoires. Tandis que les territoires de Morlaix et Trégor Goëlo / Guingamp seraient les seuls à ne pas bénéficier d’apports migratoires, pour ceux de Cornouaille et de Centre Ouest Bretagne le déficit démographique élevé ne serait pas compensé par les migrations. À l’opposé, la CTEF de Rennes / Brocéliande / Vallons de Vilaine serait une des seules à ne pas être concernée par l’effet démographique négatif et bénéficierait d’un apport migratoire élevé.

Publication rédigée par : Lucile Cros, Valérie Mariette (Insee), Christophe Leroy, Christine Levesque (Groupement d'intérêt public Relation Emploi-Formation Bretagne)

Pour comprendre

Les projections de population active analysées dans cette étude se fondent sur les projections démographiques mises en œuvre dans le scénario central du modèle Omphale auxquelles sont appliqués des taux d’activité projetés par âge et par sexe.

Le modèle Omphale permet de réaliser des projections infranationales en projetant d’année en année les pyramides des âges des différents territoires. L’évolution de la population par sexe et âge repose sur des hypothèses d’évolution de trois composantes : la fécondité, la mortalité et les migrations. Le scénario central reproduit les différentes tendances observées sur le passé récent.

Les projections de taux d’activité prennent notamment en compte les réformes des retraites de 2010, 2011, 2012 et 2014, lesquelles sont intégrées dans la modélisation des comportements d’activité des seniors.

Les dynamiques de population active sont appréhendées selon une approche sociodémographique décomposée en trois effets :

  • un effet démographique qui rend compte du vieillissement de la population active présente sur le territoire en début de période (évolution de la pyramide des âges en fonction de l’entrée de jeunes sur le marché du travail et du retrait des seniors) ;
  • un effet des migrations résidentielles traduisant l’impact des mouvements de population entre les territoires ;
  • un effet des taux d’activité qui reflète les changements de comportement de la population vis-à-vis de l’activité (allongement de la vie active notamment).

Définitions


La population active désigne l’ensemble des personnes âgées de 14 à 70 ans présentes sur le marché du travail, qu’elles aient un emploi ou qu’elles en recherchent un (chômeurs). Dans cette étude, ces personnes sont localisées à leur lieu de résidence.


Le taux d’activité au sens du recensement de la population est le rapport entre le nombre d’actifs et l’ensemble de la population correspondante.

Pour en savoir plus

« Les seniors en Bretagne en 2019 », Nicolas Derozières, Edith Patier – Dans : Direccte de Bretagne Analyses (2020, juil.)

« Plus de 400 000 habitants supplémentaires en Bretagne d’ici 2040 », Hervé Bovi, Michel Rouxel – Dans : Insee Analyses Bretagne, n° 89 (2019, nov.)

« En Bretagne, la population augmenterait d’ici 2040 quel que soit le scénario envisagé », Hervé Bovi, Dominique Tacon – Dans : Insee Analyses Bretagne, n° 90 (2019, nov)

« Éclairage - Nouvelles projections de population active et effets de flexion conjoncturelle d’activité » – Dans : Note de conjoncture (2017, juin)

« Projections à l’horizon 2070. Une hausse moins soutenue du nombre d’actifs », Malik Koubi, Anis Marrakchi – Dans : Insee Première, n° 1646 (2017, mai)

« Méthodologie de projection de la population active à l’horizon 2070 », Malik Koubi, Anis Marrakchi – Dans : Document de travail, n° F1702 (2017, mai)