Insee Analyses MartiniqueLa Martinique face au vieillissement de la population : hausse importante du nombre de seniors dépendants à l’horizon 2030

Marcelle Jeanne-Rose, Baptiste Raimbaud, Floraline Cratère (Insee)

En 2016, en Martinique, les seniors de 60 ans et plus représentent 25 % de la population. En 2030, ils seraient 40 %. Sous l’effet du vieillissement, la population dépendante continuerait de croître. Les femmes, ayant une espérance de vie plus longue, seraient plus touchées par la dépendance. Face à ce vieillissement, la prise en charge financière et médicale de la dépendance sera un enjeu majeur pour la région.

Insee Analyses Martinique
No 40
Paru le : Paru le 08/10/2020
Marcelle Jeanne-Rose, Baptiste Raimbaud, Floraline Cratère (Insee)
Insee Analyses Martinique  No 40 - Octobre 2020

En 2016, un quart de la population de la Martinique est âgée de 60 ans et plus, soit 97 000 individus.Cette proportion est similaire en Guadeloupe (24%) et en France métropolitaine (25%).

Le vieillissement de la population soulève des questions de politiques publiques en direction des personnes âgées et, notamment, celle de la prise en charge des personnes dépendantes qui seront de plus en plus nombreuses. La question de la croissance de la population se pose aussi : entre 2006 et 2016, le territoire a perdu 21 250 habitants sous l’effet conjugué de mouvements migratoires défavorables et de la diminution de la fécondité. Dans les années 1950, les Départements d’Outre-Mer enregistraient un taux de fécondité élevé: six enfants en moyenne par femme. Le taux de fécondité a chuté très rapidement pour se stabiliser dans les années récentes. En 2016, il s’éleveà 1,9 enfants par femme en Martinique, ce qui est inférieur au seuil de renouvellement des générations.

Selon les scénarios étudiés (méthode), la décroissance démographique resterait forte. Entre 2016 et 2020, la Martinique perd 0,8 % de sa population par an en moyenne, soit 3 000 personnes en moins (figure 1). Cette baisse se poursuivrait au même rythme entre 2020 et 2030, si les tendances démographiques de ces dernières années se poursuivent. En réduisant davantage le déficit migratoire, la population diminuerait de 0,3 %, soit 1000 personnes par an en moyenne.

Entre 2030 et 2050, la baisse de la population se confirmerait, quel que soit le scénario envisagé (scénario faible : - 1 %, scénario de référence : - 0,8 %, scénario fort : - 0,5 %). Cela s’explique par les départs de l’île, principalement des jeunes au moment des études ou de la recherche du premier emploi. Les installations de nouveaux habitants sur l’île sont plutôt le fait d’actifs occupés, expérimentés ou proches de la retraite. Selon le scénario de référence, la Martinique perdrait en moyenne 2 500 habitants par an sur cette période.

Figure 1Une tendance démographique à la baisseÉvolution de la population selon les trois scénarios de l’étude de 2013 à 2050

Une tendance démographique à la baisse
Scénario de référence Scénario faible Scénario fort
385557 385557 385557
2014 382472 382472 382472
379441 379441 379441
2016 376463 376463 376463
373558 373558 373558
2018 370671 370671 370671
367846 367846 367846
2020 365026 365026 365026
363089 362239 364221
2022 361127 359430 363348
359101 356611 362413
2024 357040 353747 361427
354928 350858 360368
2026 352781 347947 359247
350599 345015 358057
2028 348378 342069 356828
346128 339116 355557
2030 343860 336140 354227
341553 333172 352855
2032 339237 330191 351446
336901 327209 349992
2034 334540 324224 348495
332149 321229 346975
2036 329756 318237 345389
327343 315235 343769
2038 324905 312233 342125
322455 309224 340418
2040 319975 306209 338682
317474 303187 336897
2042 314950 300159 335071
312402 297113 333187
2044 309825 294042 331255
307235 290974 329285
2046 304603 287900 327271
301958 284812 325218
2048 299293 281709 323126
296627 278625 320997
2050 293942 275536 318838
  • Lecture : en 2048, la Martinique compterait 300 000 habitants selon le scénario de référence, 280 000 habitants selon le scénario faible et 320 000 selon le scénario fort
  • Source : Insee, Omphale 2017, projections de la population.

Figure 1Une tendance démographique à la baisseÉvolution de la population selon les trois scénarios de l’étude de 2013 à 2050

  • Lecture : en 2048, la Martinique compterait 300 000 habitants selon le scénario de référence, 280 000 habitants selon le scénario faible et 320 000 selon le scénario fort
  • Source : Insee, Omphale 2017, projections de la population.

Deux fois plus de seniors que de jeunes de moins de 20 ans en 2030

La population âgée de 60 ans et plus continuerait de croître rapidement. L’augmentation moyenne annuelle de cette population qui est de 4 % entre 2016 et 2020, serait de 2 % entre 2020 et 2030 (scénario de référence). En 2016, les seniors de 60 ans et plus représentent 25 % de la population, en 2030, ils seraient 40 %.

Pour les personnes âgées de 75 ans et plus, la progression serait encore plus forte à partir de 2030 où les baby-boomers nés dans les années 1950-1960 atteindraient ces âges. En 2030, la part des 75 ans et plus serait de 15 % dans la population totale, alors qu’elle est de 11 % aujourd’hui (9 % en 2016). De 2016 à 2020, la progression du nombre de seniors de 75 ans et plus est proche de celle des 60-74 ans (autour de 15 %). En revanche, l’écart se creuserait entre 2020 et 2030. Le nombre de personnes de 75 ans et plus progresserait plus vite, + 36 %, que celui des personnes de 60 à 74 ans, + 21 %.

La pyramide des âges (figure 2) illustre bien l’allongement de la durée de vie et la baisse de la natalité depuis 2000. Le sommet élargi de la pyramide montre le poids que représenteront les seniors dans la société martiniquaise. En 2016, la répartition entre les jeunes de moins de 20 ans et les plus de 60 ans est équilibrée. En 2030, l’indice de jeunesse, rapport entre les jeunes âgés de moins de 20 ans et les personnes âgées de 60 ans et plus, serait de 0,48 soit 48 jeunes pour 100 seniors. Le déséquilibre qui apparaît en haut de la pyramide des âges entre les deux sexes s’explique par une espérance de vie plus longue pour les femmes. Même en réduisant les départs et les arrivées de personnes en Martinique, l’exode des jeunes se poursuivrait et continuerait d’entraîner un déficit des naissances, illustré par la base de plus en plus étroite de la pyramide des âges.

Figure 2Un vieillissement marqué de la population martiniquaisePyramide des âges en 2016, et en 2050 selon le scénario de référence

Un vieillissement marqué de la population martiniquaise
Âge Homme 2016 Femme 2016 Homme 2050 Femme 2050
0 1828 1672 923 880
1 1925 1765 955 921
2 1812 1828 996 943
3 1990 1845 1031 971
4 1973 1992 1054 994
5 2054 1994 1082 1017
6 2259 2150 1114 1035
7 2299 2281 1134 1068
8 2304 2247 1177 1087
9 2359 2334 1214 1115
10 2256 2351 1252 1134
11 2449 2260 1264 1168
12 2506 2422 1281 1181
13 2468 2487 1301 1201
14 2584 2450 1325 1218
15 2529 2663 1332 1231
16 2672 2539 1329 1239
17 2704 2509 1324 1233
18 2429 2269 1275 1168
19 2340 2093 1246 1117
20 2009 1910 1196 1060
21 2057 1731 1146 1012
22 1764 1665 1102 973
23 1845 1729 1086 950
24 1658 1825 1053 934
25 1651 1873 1023 919
26 1654 1979 1009 912
27 1602 1910 998 904
28 1536 1973 973 897
29 1584 1967 970 901
30 1496 2002 962 894
31 1538 2029 1005 939
32 1460 2069 1071 974
33 1564 2143 1092 1026
34 1566 2156 1133 1078
35 1623 2018 1166 1110
36 1487 2098 1201 1155
37 1537 2091 1242 1222
38 1564 2122 1325 1273
39 1807 2429 1380 1279
40 1911 2485 1401 1354
41 1962 2689 1462 1406
42 2160 2856 1478 1450
43 2243 2954 1528 1475
44 2326 2969 1554 1509
45 2576 3111 1573 1488
46 2639 3342 1627 1546
47 2591 3256 1656 1631
48 2708 3375 1704 1627
49 2885 3489 1714 1593
50 2975 3552 1709 1599
51 2988 3903 1669 1606
52 2860 3692 1602 1621
53 3023 3581 1617 1575
54 2973 3527 1597 1625
55 3021 3123 1662 1651
56 2790 3313 1689 1721
57 2774 3081 1746 1778
58 2623 2948 1774 1837
59 2486 2952 1846 1928
60 2338 3015 1917 2015
61 2448 2806 1855 2125
62 2312 2697 1864 2167
63 2448 2637 1859 2249
64 2168 2663 1840 2194
65 2068 2449 1808 2198
66 1920 2385 1810 2170
67 1880 2247 1789 2136
68 1931 2270 1815 2199
69 1869 2078 1736 2064
70 1649 1893 1706 2115
71 1624 1843 1665 2057
72 1509 1776 1737 2112
73 1322 1633 1771 2154
74 1365 1613 1803 2246
75 1276 1658 1829 2352
76 1227 1522 1930 2573
77 1283 1465 1997 2506
78 1090 1557 2021 2576
79 1129 1357 2105 2593
80 995 1457 1970 2596
81 908 1217 1958 2582
82 803 1228 1963 2543
83 813 1079 1921 2608
84 707 992 1822 2524
85 551 927 1749 2464
86 532 856 1622 2379
87 443 792 1607 2185
88 346 680 1459 2179
89 334 654 1319 1968
90 271 513 1194 1711
91 247 491 1073 1545
92 178 469 911 1340
93 134 404 780 1240
94 106 293 638 1068
95 84 200 523 864
96 81 249 381 797
97 35 131 298 627
98 38 100 232 536
99 et plus 80 321 663 1742
  • Lecture : en 2016, 1 276 hommes de 75 ans habitent en Martinique. En 2050, ils seraient 1 829 selon le scénario de référence.
  • Source : Insee, Omphale 2017, projections de la population.

Figure 2Un vieillissement marqué de la population martiniquaisePyramide des âges en 2016, et en 2050 selon le scénario de référence

  • Lecture : en 2016, 1 276 hommes de 75 ans habitent en Martinique. En 2050, ils seraient 1 829 selon le scénario de référence.
  • Source : Insee, Omphale 2017, projections de la population.

Figure 3Les femmes âgées plus nombreusesPart des seniors dans la population totale en 2016, en 2020 et en 2030 (en %)

Les femmes âgées plus nombreuses - Lecture : en 2030, la population martiniquaise compterait 9 % de femmes et 6 % d’hommes âgés de 75 ans et plus.
Hommes Femmes
60-74 ans 2016 7% 8%
75 ans et plus 2016 3% 5%
60 ans et plus 2016 10% 13%
60-74 ans 2020 9% 11%
75 ans et plus 2020 4% 6%
60 ans et plus 2020 13% 17%
60-74 ans 2030 11% 14%
75 ans et plus 2030 6% 9%
60 ans et plus 2030 18% 23%
  • Lecture : en 2030, la population martiniquaise compterait 9 % de femmes et 6 % d’hommes âgés de 75 ans et plus.
  • Source : Insee, Omphale 2017, projections de la population.

Figure 3Les femmes âgées plus nombreusesPart des seniors dans la population totale en 2016, en 2020 et en 2030 (en %)

  • Lecture : en 2030, la population martiniquaise compterait 9 % de femmes et 6 % d’hommes âgés de 75 ans et plus.
  • Source : Insee, Omphale 2017, projections de la population.

Augmentation de 30 % du nombre de seniors en dépendance sévère d’ici 2030

La dépendance (Grille Aggir) se définit par l’incapacité ou la difficulté pour un individu d’effectuer les gestes et actes de la vie courante. En 2020, 20 140 personnes de 60 ans et plus seraient en situation de dépendance en Martinique, soit 7 % de plus qu’en 2016. En 2030, 25 650 seniors seraient dépendants, soit 27 % de plus qu’en 2020.

En 2020, 13 530 personnes âgées de 75 ans et plus seraient en situation de dépendance, alors qu’en 2030, ils seraient 17 800 (soit + 31 %). Le nombre de seniors sévèrement dépendants progresserait de 20 %, moins rapidement que l’ensemble des seniors (+ 39 %). Les progrès dans la prise en charge gériatrique pourraient rallonger l’espérance de vie en bonne santé, cela pourrait permettre de repousser la dépendance sévère, davantage présente en fin de vie. En 2030, la dépendance sévère concernerait 5 880 seniors.

En 2030, les femmes en situation de dépendance resteraient majoritaires, elles représenteraient 60 % de la population, contre 40 % pour les hommes. Elles seraient aussi plus nombreuses.

Les écarts de prévalence de perte d’autonomie entre les femmes et les hommes sont faibles parmi les personnes âgées de 60 à 74 ans. La surmortalité masculine se traduit par une surreprésentation des femmes dans la population âgée. En conséquence, au délà de 75 ans, les femmes sont bien plus touchées que les hommes par la dépendance. En 2030, les femmes majoritaires chez les personnes âgées de 60 ans et plus (56 %) le seraient aussi parmi les seniors dépendants. Elles sont aussi surreprésentées chez les seniors en situation de dépendance sévère (62 %). Ce taux grimpe à 66 % quand elles sont âgées de 75 ans et plus.

Les femmes, ayant une espérance de vie plus longue, passent plus d’années que les hommes en mauvaise santé, ce qui peut entraîner des difficultés dans le quotidien mais aussi plus de temps passé en situation de dépendance. Les femmes vieillissent moins souvent avec un conjoint à leurs côtés, elles se remettent par ailleurs moins fréquemment en union que les hommes. Pour toutes ces raisons, les femmes déclarent recevoir plus souvent que les hommes l’aide de la famille ou de professionnels. Néanmoins, le rapprochement des espérances de vie des hommes et des femmes conduirait à assurer un vieillissement en couple plus fréquent.

Le maintien à domicile, un choix de politique publique

En 2030, le nombre d’emplois nécessaires pour accompagner les personnes âgées, exprimés en équivalent temps plein (ETP), est estimé à 7 160 à domicile et dans les institutions, c’est-à-dire dans les établissements d’hébergement pour les personnes âgées dépendantes (EHPAD) ou en unités de soins de longue durée (USLD). En Martinique, une grande majorité des personnes âgées dépendantes est aujourd’hui prise en charge à domicile par un ensemble de prestataires de services dans le domaine sanitaire : services de soins infirmiers à domicile (SSIAD), infirmiers libéraux diplômés d’État, centres de soins infirmiers, aide soignants, familles d’accueil, et par tout un réseau de services d’aide à la personne.

L’offre de place en institution reste limitée. En 2017, la Martinique compte 49 places en hébergement et 45 places en lits médicalisés pour 1 000 personnes âgées de 75 ans et plus. Ces taux d’équipement sont nettement plus faibles que ceux relevés en France métropolitaine, respectivement 124 ‰ et 104 ‰. De même, le taux d’équipement en places dans les services de soins infirmiers à domicile (Services de Soins Infirmiers A Domicile (SSIAD) et Services Polyvalents d’Aide et de Soins A Domicile (SPASAD)) pour 1 000 personnes âgées de 75 ans et plus est bas, 13 places pour 1 000 personnes âgées de 75 ans et plus en 2017. En Guadeloupe, ce taux est de 22 ‰ et de 21 ‰ en France métropolitaine.

Le maintien à domicile mobiliserait 5 890 ETP en 2030. En institution, ce nombre s’élèverait à 1 270 ETP. Entre 2020 et 2030, les besoins en emplois augmenteraient d’environ 25 %. Cela représenterait 1 420 ETP supplémentaires, soit1 180 ETP à domicile et 240 ETP en institution. Si le nombre de places en institution ne répond pas à la demande d’hébergement à venir, les besoins en emplois se concentreront alors principalement dans les soins à domicile.

Au délà de 75 ans, plus de femmes seules, et pauvres

Même si le maintien à domicile des personnes âgées est privilégié sur le territoire, la question du financement se pose. Adapter un logement à la perte d’autonomie, recevoir des soins quotidiens à domicile, avoir une place en institution est coûteux et nécessite d’avoir des revenus. En Martinique, 96 390 personnes vivent sous le seuil de pauvreté monétaire, soit avec un revenu mensuel de moins de 1 041 euros pour une personne seule ou 1 560 euros pour un couple. En 2017, le taux de pauvreté est de 29 % dépassant de loin celui de la France métropolitaine (14 %).

Dans la population des seniors de 60 à 74 ans, ce taux est de 22 %, inférieur au taux régional, car aux revenus de la retraite s’ajoutent parfois ceux d’une autre activité. Après 75 ans, les personnes, plus souvent seules, sont plus touchées par la pauvreté : près de 30 % d’entre elles ont un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté. Les périodes de chômage, l’abandon précoce de l’école, la précarité de l’emploi, le travail informel, les bas salaires durant la vie active expliquent en partie les faibles niveaux de retraites.

Les seniors ayant peu cotisé et qui ont des revenus insuffisants ne peuvent prétendre qu’à l’Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées (ASPA). Au 1er avril 2020, son montant permet d’atteindre un plafond de ressources maximum de 903,20 euros par mois pour une personne vivant seule et de 1 402,22 euros pour un couple marié.

Dans le cas de perte d’autonomie, l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA) est versée par les collectivités territoriales, en l’occurence la Collectivité territoriale de Martinique. En décembre 2017, 9981 personnes en bénéficiaient dont 27 % de personnes fortement dépendantes. Ils étaient 20 % en Guadeloupe et 36 % en France métropolitaine. En Martinique, 84 % des bénéficiaires de l’APA résident à domicile tandis qu’en Guadeloupe, ils sont 91 % et 58 % en France métropolitaine.

En couple, les seniors sont moins touchés par la pauvreté. Cette tendance est cependant plus nette pour les couples de 60-74 ans (15 %) que pour les 75 ans et plus (25 %). Les hommes seuls de 60-74 ans sont plus touchés par la précarité que les femmes seules (40 % contre 33 %). Après 75 ans, les femmes, plus nombreuses que les hommes, sont plus concernées par la pauvreté : leur pension de retraite est moins élevée.

Des seniors plus pauvres dans le nord

Le nord de l’île est la zone qui accueille le plus de seniors pauvres. Parmi les 4 territoires de proximité identifiés par l’Agence régionale de santé (figure 4), c’est dans le Nord Atlantique que le taux de pauvreté des personnes de plus de 60 ans est le plus fort : il est de 31 % contre 25 % pour l’ensemble des Martiniquais de plus de 60 ans. Les habitants de cette partie de l’île, dont l’économie est tournée vers l’agriculture et où l’industrie ne se développe pas, disposent d’un niveau de revenu plus faible qu’ailleurs sur l’île. Dans le Nord Caraïbes, avec une orientation économique similaire, le taux de pauvreté des personnes de plus de 60 ans est de 24 %, comme dans le Sud. Cette zone est plus dynamique, tournée vers le tourisme. Le Centre, poumon économique de l’île, bénéficiant d’activités plus diversifiées, affiche un taux de 21 %.

Parmi les seniors propriétaires de leur logement, il y a moins de pauvreté que parmi les seniors locataires : le taux s’établit respectivement à 22 % et à 31 %. Les disparités constatées entre les différents territoires de l’île se confirment. Quel que soit le statut d’occupation du logement, le Nord Atlantique reste la zone la plus concernée, avec un taux de pauvreté des 60 ans et plus de 29 % pour les propriétaires et de 37 % pour les locataires.

Figure 4Le nord, un territoire très marqué par la pauvretéTaux de pauvreté des seniors selon le territoire de proximité (en %)

Le nord, un territoire très marqué par la pauvreté
Nord Caraïbe Nord Atlantique Centre Sud Total
Taux de pauvreté par âge 60-74 ans 21,9 24,5 19,0 21,0 21,7
75 et plus 27,8 36,1 25,1 30,7 29,6
Taux de pauvreté par âge homme seul 60-74 ans 42,1 45,7 35,9 39,8 39,8
75 et plus 47,4 54,8 40,2 51,0 47,7
Taux de pauvreté par âge femme seule 60-74 ans 35,4 43,0 27,7 34,0 32,8
75 et plus 52,3 62,8 42,4 52,2 50,1
Taux de pauvreté par âge couples 60-74 ans 16,3 20,4 12,7 14,3 15,2
75 et plus 20,9 32,3 20,9 25,7 25,1
Taux de pauvreté par âge propriétaire 60-74 ans 17,8 23,8 13,9 18,3 18,0
75 et plus 31,1 36,1 25,9 28,7 28,9
Taux de pauvreté par âge locataire 60-74 ans 26,0 35,1 22,9 29,2 28,0
75 et plus 36,7 41,3 31,8 38,6 35,6
Taux de pauvreté des seniors 60 ans et plus 24,1 30,8 21,3 24,3 24,6
  • Lecture : dans le Nord Caraïbe 27,8 % des seniors âgés de 75 ans et plus vivent sous le seuil de pauvreté.
  • Source : Insee, Filosofi 2017.

Dans les prochaines décennies, les évolutions démographiques et sociales vont peser sur l’aide que les familles pourraient apporter aux aînés. Si 40 % de la population martiniquaise a plus de 60 ans dans un contexte de décroissance démographique, la population active diminuerait alors que le besoin de professionnels pour les personnes âgées dépendantes augmenterait. De plus les soutiens familiaux diminueraient du fait de la baisse de population. En conséquence, l’aide professionnelle, sa valorisation (encadré 2) et son accessibilité ainsi que la création de structures d’accueil sont des enjeux importants pour le « bien vieillir » de la populaiton martiniquaise.

Encadré 1- Le schéma d’autonomie 2018 - 2023

La Collectivité Territoriale de Martinique  (CTM) s’est engagée à élaborer un schéma unique de soutien à l'Autonomie face aux enjeux du vieillissement de la population. Le schéma de l'autonomie 2018-2023 est un document de référence qui doit prendre en compte les besoins convergents des secteurs, personnes âgées et personnes en situation de handicap. Le schéma d'autonomie fait référence également à la stratégie nationale "Vieillir en bonne santé 2020-2022" qui se décline en 4 actions :

1. promouvoir la prévention tout au long de la vie pour repousser la perte d’autonomie,

2. agir sur les facteurs accélérant la dépendance dès 70 ans,

3. mettre la préservation de l’autonomie de chaque personne au cœur des priorités des professionnels,

4. développer la filière économique de l’autonomie, secteur en mutations et avec un fort potentiel de croissance et d’innovation.

Encadré 2 - Former en Martinique et recruter, pour faire face à l’enjeu de la dépendance en Martinique.

Les conséquences visibles du déclin démographique martiniquais sont la baisse de la population active et le vieillissement des personnes dans certaines familles de métiers. Dans le scénario dit de référence, entre 2020 et 2030, le nombre d’individus de 15 à 64 ans en âge de travailler chuterait de 15 %.

En faisant l'hypothèse que le taux d'emploi des individus âgés de 15 à 64 ans, (54 % selon le recensement de la population de 2016), resterait stable jusqu’en 2030, 103 800 actifs seraient en emploi. Entre 2020 et 2030, la Martinique perdrait 17 800 personnes en emploi. Sur la même période, les besoins dans le secteur de la dépendance vont s’accroître et seront de 1 420 ETP. Proposer en local un cursus varié aux étudiants de la filière, pouvant les retenir sur le territoire, permettrait à long terme de disposer d’un vivier de professionnels potentiel. Cependant, la majorité des emplois relatifs à l’aide à domicile sont des emplois liés à l’accompagnement. Ces emplois de proximité, nécessitant peu ou pas de diplôme, peu rémunérés sont souvent précaires et à temps partiel. La promotion et la valorisation de ces métiers représentent ainsi deux défis importants pour la prise en charge à domicile de la dépendance liée du vieillissement.

Pour comprendre

Méthode : l’outil Omphale et les scénarii démographiques

L’Outil Méthodologique de Projection d’Habitants, d’Actifs, de Logements et d’Élèves (OMPHALE) est une application qui permet d’estimer la population par sexe et âge, d’année en année à partir de trois composantes démographiques : la fécondité, la mortalité et les migrations résidentielles (déménagements).

Les projections démographiques martiniquaises 2016-2030 sont issues du modèle Omphale 2017. Les hypothèses retenues pour cette étude visent à refléter les tendances démographiques martiniquaises. Omphale est un modèle déterministe qui met en évidence une évolution de la population conditionnée par la réalisation d’un scénario donné. Les hypothèses retenues n’ont pas pour objectif de probabiliser les scénarios.

Trois scénarios démographiques ont été construits en faisant des hypothèses sur les trois composantes démographiques précédemment citées : un scénario de référence et deux scénarios alternatifs (un scénario fort et un scénario faible).

Dans cette étude, le scénario faible correspond au scénario national standard central d’Omphale construit à partir des hypothèses suivantes :

- l’Indicateur conjoncturel de fécondité baisse de 0,04 % jusqu’en 2016 et reste constant jusqu’en 2050 (en 2016, l’Indicateur conjoncturel de fécondité est de 1,91 enfants par femme).

- l’évolution de la mortalité est parallèle à la tendance nationale à partir de sa moyenne de 2011 à 2015. L’espérance de vie prend en compte les gains progressifs d’espérance de vie à la naissance en Martinique. En 2013, elle était de 78,8 ans pour les hommes et de 85 ans pour les femmes. En 2050, elle atteindrait respectivement 86,8 ans et 90,3 ans.

Le scénario de référence retenu pour l’étude combine le scénario central à une hypothèse sur les migrations internes en France.

- l’immigration des individus âgés de 25 à 40 ans de la France métropolitaine vers la Martinique va évoluer de + 10 % : 10 % de personnes s’installent en Martinique en plus tous les ans

- l’émigration de la même classe d’âge de – 10 %. : le nombre de personnes quittant la Martinique pour aller vivre en France métropolitaine diminue de 10 % tous les ans

Le scénario fort est construit lui aussi à partir du scénario central avec les hypothèses annuelles sur les migrations suivantes :

- l’immigration des individus âgés de 25 à 40 ans, de la France métropolitaine vers la Martinique va évoluer de + 10 %

- l’émigration de la même classe d’âge de – 30 %.

En 2016, le solde migratoire avec la France métropolitaine est déficitaire. En prenant en compte l’ensemble des résidents en Martinique, le taux de retour était de 0,5 %. Sur la même base, le taux de départ affichait 0,8 %.

Les taux de dépendance sont estimés à partir des enquêtes de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques du ministère de la santé (Drees) : Vie Quotidienne et Santé (VQS) 2014 auprès des seniors vivant à leur domicile ; Capacités, Aides et REssources des seniors en ménage (CARE) 2015 ; et de l’enquête Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées (EHPA) 2015 auprès des institutions.

L’hypothèse intermédiaire retenue pour l’étude est définie ainsi : la répartition entre années sans dépendance et années en situation de dépendance correspond au partage observé en 2015, au sein de l’espérance de vie à 60 ans.

Ces projections offrent la possibilité d’étudier par ailleurs l’emploi induit par la dépendance. L’analyse de l’aspect financier de la dépendance à travers les ressources des seniors est réalisée à partir des données Filosofi, la projection des ressources n’étant pas envisageable.

Définitions


Équivalent Temps Plein (ETP) : nombre d’heures travaillées dans l’activité considérée divisé par la moyenne annuelle des heures travaillées dans des emplois à temps plein sur le territoire économique.


Espérance de vie à 60 ans en année n : nombre moyen d’années restant à vivre au-delà de 60 ans dans les conditions de mortalité par âge de l’année n.


Grille Aggir (Autonomie Gérontologie Groupe Iso-Ressources) : une grille nationale permet de mesurer le degré de perte d’autonomie des personnes âgées de 60 ans et plus. Les GIR 1 et GIR 2 concerne la dépendance sévère, les GIR 3 et GIR 4 la dépendance modérée, les GIR 5 et GIR 6 correspondent à une perte d'autonomie faible.

La dépendance concerne les personnes classées en GIR 1 à 4. Les GIR 1 et 2 nécessitent une présence en continue ou une assistance dans la plupart des activités de la vie quotidienne. Les GIR 3 et 4 nécessitent de l’aide pour les soins et les activités de tous les jours.


Indicateur Conjoncturel de Fécondité (ICF) : mesure le nombre d’enfants qu’aurait une femme tout au long de sa vie, si les taux de fécondité observés considérés à chaque âge demeuraient inchangés.


Taux de dépendance : rapport entre le nombre de personnes d’une certaine tranche d’âge en perte d’autonomie et le nombre total de personnes de cette tranche d’âge.


Taux d’emploi : le taux d’emploi d’une classe d’individus (15-64 ans) est calculé en rapportant le nombre d’individus de la classe ayant un emploi au nombre total d’individus dans la classe.


Taux de pauvreté : correspond à la proportion de personnes dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté, estimé à 60 % du niveau de vie médian national (valeur telle que la moitié de la population a un niveau de vie inférieur). Les seniors vivant en institution ne sont pas pris en compte dans les calculs du niveau de vie et du taux de pauvreté.

EHPAD, EHPA, logements en résidence autonomie, places d'hébergement temporaire et lits de soins longue durée

Lits d'EHPAD et lits de soins de longue durée

Pour en savoir plus

Le Corre L., « Métiers en tension en 2022 : Un marché de l’emploi dominé par les seniors », Insee Dossier Martinique n°7– Décembre 2017

Jeanne-Rose M., « Seniors en Martinique : un enjeu économique », Insee Analyses N°10 – Septembre 2016

Larbi K., Roy D., « 4 millions de seniors seraient en perte d’autonomie en 2050 », Insee Première N°1767 – Juillet 2019

« Schéma de l’Autonomie 2018-2023 Personnes Âgées – Personnes en Situation de Handicap », Collectivité Territoriale de Martinique.