Insee Analyses OccitanieLes salaires versés au sein de Toulouse Métropole profitent largement aux territoires voisins

Axelle Bonzi, Séverine Pujol (Insee), Sylvain Alasset, Yoan Thyssier (Agence d'urbanisme et d'aménagement Toulouse aire métropolitaine)

Comme d’autres grandes métropoles, Toulouse Métropole concentre la création de richesse. Les entreprises et les administrations de son territoire offrent des emplois qui génèrent une masse salariale importante, captée en partie par les actifs résidant ailleurs et qui viennent y travailler chaque jour. Ainsi, quelque 4,7 milliards d’euros de salaires sont versés à ces navetteurs des territoires voisins en 2015, soit 42 % de la masse salariale créée sur le territoire de Toulouse Métropole. Ces salaires tirent vers le haut les revenus des ménages vivant dans les intercommunalités environnantes. Toutefois, d’autres territoires viennent renforcer la portée économique de la métropole : les communautés d’agglomération de la banlieue sud, le Muretain Agglo et le Sicoval, distribuent aussi des masses salariales importantes. Le Sicoval se distingue cependant par un relatif équilibre des échanges avec Toulouse Métropole.

Insee Analyses Occitanie
No 98
Paru le : Paru le 06/10/2020
Axelle Bonzi, Séverine Pujol (Insee), Sylvain Alasset, Yoan Thyssier (Agence d'urbanisme et d'aménagement Toulouse aire métropolitaine)
Insee Analyses Occitanie  No 98 - Octobre 2020

Alice est salariée dans une entreprise située dans une des communes de Toulouse Métropole mais vit à la campagne, dans la couronne périurbaine. Chaque mois, son salaire représente un transfert de revenu de la métropole vers cet autre territoire où elle effectue une grande partie de ses dépenses. Les entreprises, privées ou publiques, et les administrations, qui sont au cœur de la création de richesse, en redistribuent ainsi une partie sur un ensemble de territoires plus large. Par leurs activités, leurs emplois, leurs investissements, leurs contributions fiscales, les entreprises et administrations façonnent la vie économique des territoires sur lesquels elles sont implantées et sur lesquels elles rayonnent (encadré 1).

Les métropoles tendent à concentrer l’emploi et au-delà des salaires versés, la création de richesse (encadré 2). Celle de Toulouse ne déroge pas à ce constat. En 2015, Toulouse Métropole produit ainsi 69 % de la richesse dégagée dans l’ensemble qu’elle forme avec 31 autres intercommunalités (ou EPCI) situées dans un rayon d’une soixantaine de kilomètres autour d’elle. Or, elle n’accueille que 43 % de la population de cet ensemble. En ajoutant les communautés d’agglomération (CA) attenantes du Sicoval et du Muretain Agglo, qui sont les deux autres principales intercommunalités de l’agglomération toulousaine en matière économique, le poids de ce territoire élargi tutoie même les 80 % de l’ensemble de la richesse dégagée. Le cœur de l’agglomération toulousaine joue ainsi un rôle prépondérant qui tient à la densité et à la diversité de son tissu économique, avec notamment une présence importante d’activités productives particulièrement dynamiques et créatrices de richesse.

Cette création de richesse, pour concentrée qu’elle soit, profite aussi aux intercommunalités environnantes grâce aux salaires de leurs habitants qui, à l’instar d’Alice, vont travailler sur le territoire de Toulouse Métropole.

Les salaires toulousains irriguent les territoires voisins

Les navettes entre domicile et lieu de travail génèrent d’importants mouvements de salaires entre territoires. Toulouse Métropole est au cœur de la redistribution de richesse dans un vaste ensemble d’intercommunalités où les salaires constituent la principale source de revenu des ménages (figure 1).

Figure 1À travers les salaires versés, la richesse se concentre dans l’unité urbaine toulousaineMasse salariale générée par les établissements du territoire répartie par sphère (en %)

À travers les salaires versés, la richesse se concentre dans l’unité urbaine toulousaine - Lecture : en 2015, parmi les 11,2 milliards d’euros de salaires versés par les établissements situés dans Toulouse Métropole, un peu plus de la moitié relèvent d’emplois de la sphère présentielle.
EPCI Masse salariale générée (milliers d'euros) Part de la sphère présentielle (%) Part de la sphère productive (%)
Toulouse Métropole 11 273 410 51,8 48,2
CA du Sicoval 770 314 44,9 55,1
CA le Muretin Agglo 633 534 70,0 30,0
CC de la Save au Touch 106 314 67,7 32,3
CC des Coteaux Bellevue 68 059 83,0 17,0
CC des Hauts Tolosans 84 060 62,1 37,9
CC des Coteaux du Girou 46 915 72,7 27,3
CC Tarn Agout 176 636 65,2 34,8
CA Gaillac-Graulhet 292 916 61,8 38,2
CC Val d’Aïgo 71 210 56,3 43,7
CC du Frontonnais 168 436 35,8 64,2
CC Grand Sud Tarn et Garonne 112 624 56,0 44,0
CC Bastides de Lomagne 33 631 73,4 26,6
CC de la Gascogne Toulousaine 103 465 54,7 45,3
CC des coteaux Arrats Gimone 47 577 50,3 49,7
CC du Savès 32 907 68,0 32,0
CC Coeur de Garonne 117 164 62,9 37,1
CC Coeur et coteaux du Comminges 261 057 72,1 27,9
CC du Volvestre 103 417 70,1 29,9
CC Arize Lèze 29 305 70,8 29,2
CC Bassin Hauterivain Haut-Garonnais 110 621 60,9 39,1
CC des Terres du Lauragais 128 596 67,0 33,0
CC Castelnaudary et Lauragais Audois 144 314 61,0 39,0
CC Lauragais Revel Sorezois 120 608 49,3 50,7
CC du Sor et de l’Agout 84 455 49,6 50,4
CC des Portes d’Ariège Pyrénées 247 482 56,9 43,1
CA Grand Montauban 830 801 73,6 26,4
CC Quercy Vert Aveyron 57 348 83,0 17,0
CC de la Lomagne Tarn et Garonnaise 45 337 71,2 28,8
CC Cagire Garonne Salat 54 589 75,2 24,8
CCPiège Lauragais Malepère 45 484 60,7 39,3
CC du Lautrécois et du Pays d’Agout 34 279 70,1 29,9
  • Lecture : en 2015, parmi les 11,2 milliards d’euros de salaires versés par les établissements situés dans Toulouse Métropole, un peu plus de la moitié relèvent d’emplois de la sphère présentielle.
  • Source : Insee, DADS 2015

Figure 1À travers les salaires versés, la richesse se concentre dans l’unité urbaine toulousaineMasse salariale générée par les établissements du territoire répartie par sphère (en %)

  • Lecture : en 2015, parmi les 11,2 milliards d’euros de salaires versés par les établissements situés dans Toulouse Métropole, un peu plus de la moitié relèvent d’emplois de la sphère présentielle.
  • Source : Insee, DADS 2015

Les établissements de Toulouse Métropole ont versé 11,2 milliards d’euros de salaires en 2015, dont 4,7 milliards à des actifs qui n’habitent pas le territoire de la métropole (figure 2). Ainsi, 42 % de la masse salariale générée dans Toulouse Métropole est versée à des actifs qui résident ailleurs. Comparée à d’autres métropoles, cette part est élevée : les navetteurs qui viennent travailler dans la métropole de Lyon détiennent 38 % des salaires qu’elle génère, ceux de Bordeaux Métropole 35 % et ceux de la Métropole européenne de Lille 32 %.

Figure 24,7 milliards d’euros de salaires versés dans Toulouse Métropole et captés par des résidents extérieursDécomposition des mouvements de masse salariale

4,7 milliards d’euros de salaires versés dans Toulouse Métropole et captés par des résidents extérieurs - Lecture : 4,7 milliards d’euros de salaires sont détenus par des actifs travaillant dans Toulouse Métropole et résidant ailleurs. À l’inverse, 1,5 milliard d’euros de salaires sont détenus par des actifs résidant dans la métropole mais travaillant en dehors.
milliards d’euros
Masse salariale versées par les établissements de Toulouse Métropole 11,2
dont masse salariale détenue par les résidants de Toulouse Métropole 6,5
dont masse salariale détenue par des actifs qui ne résident pas dans Toulouse Métropole 4,7
Masse salariale détenue par les résidents de Toulouse Métropole 8,0
dont masse salariale détenue par des actifs qui travaillent dans Toulouse Métropole 6,5
dont masse salariale détenue par des actifs qui ne travaillent pas dans Toulouse Métropole 1,5
  • Lecture : 4,7 milliards d’euros de salaires sont détenus par des actifs travaillant dans Toulouse Métropole et résidant ailleurs. À l’inverse, 1,5 milliard d’euros de salaires sont détenus par des actifs résidant dans la métropole mais travaillant en dehors.
  • Source : Insee, DADS 2015

Figure 24,7 milliards d’euros de salaires versés dans Toulouse Métropole et captés par des résidents extérieursDécomposition des mouvements de masse salariale

  • Lecture : 4,7 milliards d’euros de salaires sont détenus par des actifs travaillant dans Toulouse Métropole et résidant ailleurs. À l’inverse, 1,5 milliard d’euros de salaires sont détenus par des actifs résidant dans la métropole mais travaillant en dehors.
  • Source : Insee, DADS 2015

Dans certaines intercommunalités limitrophes, notamment à l’ouest de l’agglomération, telles les communautés de communes (CC) de la Save au Touch et des Hauts-Tolosans, de nombreux habitants vont travailler sur le territoire de Toulouse Métropole. De ce fait, la métropole alimente très largement le revenu des ménages de ces territoires : elle contribue à 76 % de la masse salariale des résidents de ces deux EPCI.

Même si son influence diminue avec la distance, le rayonnement de la métropole régionale s’étend loin (figure 3). Toulouse Métropole concourt ainsi à alimenter la richesse des territoires situés aux franges de l’aire urbaine. Par exemple, près de la moitié de la masse salariale perçue par les habitants de la CC Tarn-Agout, dont le siège est à Lavaur, provient d’emplois localisés dans la métropole soit 103 millions d’euros en 2015. Malgré son éloignement, ce territoire bénéficie d’un accès privilégié à Toulouse grâce à la présence de l’autoroute (A68) et à une offre de mobilité ferroviaire suffisamment cadencée pour faciliter les déplacements quotidiens des navetteurs. De même, parmi les 387 millions d’euros détenus par les résidents de la CC des Terres du Lauragais localisée au sud-est de la métropole, plus de la moitié (200 millions) proviennent d’actifs qui travaillent dans Toulouse Métropole.

Figure 3L’influence de Toulouse Métropole diminue avec la distancePart des salaires versés par des établissements de Toulouse Métropole dans l’ensemble des salaires des résidents

L’influence de Toulouse Métropole diminue avec la distance
EPCI Part (%)
CC Piège Lauragais Malepère 7,2
CC Quercy Vert Aveyron 9,2
CC du Lautrécois et du Pays d’Agout 9,7
CC du Sor et de l’Agout 11,0
CA Grand Montauban 12,1
CC des Portes d’Ariège Pyrénées 13,2
CC Coeur et coteaux du Comminges 13,5
CC Lomagne Tarn et Garonnaise 15,0
CC Castelnaudary et Lauragais Audois 15,5
CC Cagire Garonne Salat 16,5
CC des coteaux Arrats Gimone 18,8
CC Lauragais Revel Sorezois 19,0
CA Gaillac-Graulhet 19,8
CC Arize Lèze 23,9
CC Bastides de Lomagne 27,4
CC du Savès 35,5
CC Grand Sud Tarn et Garonne 39,0
CC Tarn Agout 40,9
CC Coeur de Garonne 41,4
CC du Volvestre 41,5
CC Bassin Hauterivain Haut-Garonnais 50,5
CC des Terres du Lauragais 54,0
CC Val d’Aïgo 54,4
CA le Muretin Agglo 60,5
CC de la Gascogne Toulousaine 61,2
CC du Frontonnais 61,5
CA du Sicoval 63,7
CC des Coteaux du Girou 66,8
CC des Coteaux Bellevue 70,6
CC des Hauts Tolosans 71,8
CC de la Save au Touch 78,1
  • Source : Insee, DADS 2015

Figure 3L’influence de Toulouse Métropole diminue avec la distancePart des salaires versés par des établissements de Toulouse Métropole dans l’ensemble des salaires des résidents

  • Source : Insee, DADS 2015

L’influence économique de Toulouse Métropole s’étend aussi à des pôles d’emplois plus éloignés et parfois importants. C’est le cas de la communauté d’agglomération du Grand Montauban qui bénéficie de 79 millions d’euros de salaires en provenance de la métropole, ou encore de la CC Cœur et Coteaux du Comminges (Saint-Gaudens), au sud de la Haute-Garonne, avec le transfert de 35 millions d’euros de salaires. Dans les deux cas, l’accès rapide par la route ou le rail favorise les navettes quotidiennes des salariés vers la métropole.

Les flux salariaux ne sont pas à sens unique : les salariés vivant au sein de Toulouse Métropole ramènent aussi des salaires d’autres territoires. La masse salariale perçue par ces actifs travaillant à l’extérieur de la métropole, qui représente 1,5 milliard d’euros, est cependant trois fois plus faible que celle captée par les navetteurs venant travailler dans Toulouse Métropole.

Les salaires des navetteurs tirent vers le haut le niveau de vie des ménages

Sur le territoire constitué par Toulouse Métropole et les intercommunalités environnantes, les salaires des navetteurs sont plus élevés que ceux des salariés qui travaillent et vivent dans la même intercommunalité. La proportion d’actifs qui vont travailler dans une autre intercommunalité est considérable. Mis à part à Toulouse Métropole et dans les EPCI constitués autour des villes moyennes de Montauban, Saint-Gaudens et Pamiers, plus de la moitié des salaires des ménages proviennent d’emplois situés en dehors des intercommunalités où ils résident. Les salaires perçus par les salariés navetteurs tirent largement vers le haut les revenus salariaux de leurs territoires de résidence. Ainsi, le salaire horaire des actifs de la CA du Muretain qui travaillent en dehors de ce territoire est de 15 euros, contre 11 euros pour ceux qui travaillent sur place.

Ceci est vrai d’une manière générale, quel que soit l’EPCI de travail, mais c’est encore plus marqué lorsque les actifs partent travailler dans Toulouse Métropole. En reprenant l’exemple précédent, les habitants du Muretain travaillant dans la métropole gagnent en moyenne 16 euros de l’heure. De ce fait, ils tirent la moyenne des rémunérations des salariés du Muretain vers le haut. Un constat lié en partie au fait que Toulouse Métropole concentre l’offre d’emplois qualifiés et que les cadres sont plus mobiles que d’autres salariés, sur des distances généralement plus grandes. Toulouse Métropole se distingue aussi par l’importance et le niveau élevé des rémunérations de sa sphère productive, y compris lorsqu’on la compare aux autres grandes métropoles de province.

Au final, plus un territoire envoie ses habitants travailler dans Toulouse Métropole, plus les salaires de ses résidents sont élevés. C’est le cas des EPCI situés tout autour de Toulouse. Les habitants des communautés de communes des Coteaux Bellevue, des Coteaux du Girou, de la Save au Touch ou de la Gascogne Toulousaine, où plus de 60 % des salaires des résidents viennent de Toulouse Métropole, disposent ainsi d’un niveau de vie particulièrement élevé : en 2015, la moitié des ménages dispose d’un revenu supérieur à 23 000 euros par unité de consommation (UC) contre 21 300 euros dans l’ensemble des 32 intercommunalités étudiées (données complémentaires 1).

Le Sicoval et le Muretain Agglo exportent aussi une masse salariale importante

Au sein de l’agglomération toulousaine, la portée économique du Sicoval et du Muretain Agglo vient renforcer celle de Toulouse Métropole. Les entreprises et administrations de ces deux communautés d’agglomération dégagent une richesse importante, qui profite aussi largement aux intercommunalités voisines.

Le Sicoval en particulier entretient une relation préférentielle avec Toulouse Métropole. Ces deux intercommunalités présentent des profils d’emplois et d’actifs assez similaires (sphère productive, emplois qualifiés) et s’échangent d’importants flux salariaux. Cette situation est liée au pôle d’emplois important, notamment pour les emplois qualifiés, que représente Enova Labège-Toulouse (ex Labège-Innopole) dans la continuité territoriale des zones d’activités de Montaudran situées sur le territoire de Toulouse Métropole.

Parmi les 770 millions d’euros de salaires générés sur le territoire du Sicoval, les trois quarts sont versés à des navetteurs qui n’y résident pas. La moitié concerne alors des actifs vivant dans l’une des 37 communes de Toulouse Métropole. Le Sicoval est même le territoire qui contribue le plus aux salaires des navetteurs résidant dans la métropole : 309 millions d’euros de salaires circulent du Sicoval vers Toulouse Métropole en 2015 quand 566 millions font le chemin inverse.

Les entreprises et administrations du Sicoval génèrent des revenus qui bénéficient aussi aux ménages des EPCI voisins. Ainsi, par le biais des navetteurs, 50 millions d’euros transitent du Sicoval vers la CC des Terres du Lauragais (Villefranche-de-Lauragais), ce qui représente 13 % de la masse salariale détenue par les résidents de ce territoire. Les flux sont importants aussi vers la CA du Muretain Agglo (37 millions d’euros) et la CC du Bassin Auterivain Haut-Garonnais (13 millions).

Si le Muretain Agglo contribue aussi aux revenus des ménages des territoires voisins, ses échanges avec Toulouse Métropole sont moins équilibrés que ceux observés pour le Sicoval. Le Muretain Agglo bénéficie largement des salaires versés par les établissements de Toulouse Métropole (721 millions) : plus des trois quarts de la masse salariale perçue par ses habitants proviennent de la métropole. Ce montant considérable est lié en partie aux zones commerciales et artisanales qui sont à cheval sur les deux territoires. À l’inverse, les établissements du Muretain reversent seulement 137 millions d’euros de salaires aux habitants de Toulouse Métropole. Peu d’actifs résidant dans la métropole viennent travailler sur ce territoire, caractérisé par un grand nombre d’emplois présentiels, notamment administratifs et commerciaux.

Le Muretain Agglo irrigue cependant fortement d’autres territoires, situés au sud et qui lui sont bien reliés par l’autoroute A64. Avec près de 35 millions d’euros de salaires distribués à chacune d’elles, le Muretain Agglo contribue ainsi à 15 % de la masse salariale des résidents de la CC du Volvestre (Carbonne), à 13 % de celle de Cœur de Garonne (Cazères) et à 12 % de celle du Bassin Auterivain Haut-Garonnais.

Au-delà de l’aire urbaine de Toulouse, les villes moyennes irriguent aussi leurs territoires voisins

La CA du Grand Montauban, qui concentre de nombreux établissements et des administrations, génère aussi une masse salariale importante, redistribuée pour une large part : sur les 831 millions de salaires versés en 2015, 400 millions le sont à des actifs résidant dans des territoires situés à proximité (figure 4). La masse salariale créée est du même ordre de grandeur que celle du Sicoval, mais le profil des emplois est différent avec davantage d’emplois publics à Montauban du fait de la taille de la commune et de son statut de préfecture.

Figure 4Entre autonomie et dépendance : des profils de territoires très différentsTypologie des EPCI étudiés selon la structure des revenus et les mouvements de masse salariale

Entre autonomie et dépendance : des profils de territoires très différents - Lecture : les EPCI de la classe 3 se caractérisent par un niveau élevé de salaires « captés » (en moyenne, 86 % des salaires reçus par les résidents proviennent d’ailleurs) et de salaires « évadés » (en moyenne, 74 % des salaires générés par les établissements sont versés à des actifs résidant ailleurs). Les salaires constituent une source de richesse très importante : ils représentent en moyenne 75 % de l’ensemble des revenus des ménages.
EPCI Part des salaires captés (moyenne de la classe) Part des salaires évadés (moyenne de la classe) Part des traitements et salaires parmi les revenus (moyenne d la classe) Classe
CC Piège Lauragais Malepère 80 55 68 1
CC Quercy Vert Aveyron 80 55 68 1
CC du Lautrécois et du Pays d’Agout 80 55 68 1
CC du Sor et de l’Agout 80 55 68 1
CC des coteaux Arrats Gimone 80 55 68 1
CC Bastides de Lomagne 80 55 68 1
CC du Savès 80 55 68 1
CC Grand Sud Tarn et Garonne 80 55 68 1
CC Tarn Agout 80 55 68 1
CC Coeur de Garonne 80 55 68 1
CC du Volvestre 80 55 68 1
CC Bassin Hauterivain Haut-Garonnais 80 55 68 1
CC des Terres du Lauragais 80 55 68 1
CC Val d’Aïgo 80 55 68 1
CA le Muretin Agglo 80 55 68 1
CC des Hauts Tolosans 80 55 68 1
CA Grand Montauban 49 45 55 2
CC des Portes d’Ariège Pyrénées 49 45 55 2
CC Coeur et coteaux du Comminges 49 45 55 2
CC Lomagne Tarn et Garonnaise 49 45 55 2
CC Castelnaudary et Lauragais Audois 49 45 55 2
CC Cagire Garonne Salat 49 45 55 2
CC Lauragais Revel Sorezois 49 45 55 2
CA Gaillac-Graulhet 49 45 55 2
CC Arize Lèze 49 45 55 2
CC de la Gascogne Toulousaine 86 74 75 3
CC du Frontonnais 86 74 75 3
CA du Sicoval 86 74 75 3
CC des Coteaux du Girou 86 74 75 3
CC des Coteaux Bellevue 86 74 75 3
CC de la Save au Touch 86 74 75 3
Toulouse Métropole 19 42 71 4
  • Lecture : les EPCI de la classe 3 se caractérisent par un niveau élevé de salaires « captés » (en moyenne, 86 % des salaires reçus par les résidents proviennent d’ailleurs) et de salaires « évadés » (en moyenne, 74 % des salaires générés par les établissements sont versés à des actifs résidant ailleurs). Les salaires constituent une source de richesse très importante : ils représentent en moyenne 75 % de l’ensemble des revenus des ménages.
  • Source : Insee, DADS 2015

Figure 4Entre autonomie et dépendance : des profils de territoires très différentsTypologie des EPCI étudiés selon la structure des revenus et les mouvements de masse salariale

  • Lecture : les EPCI de la classe 3 se caractérisent par un niveau élevé de salaires « captés » (en moyenne, 86 % des salaires reçus par les résidents proviennent d’ailleurs) et de salaires « évadés » (en moyenne, 74 % des salaires générés par les établissements sont versés à des actifs résidant ailleurs). Les salaires constituent une source de richesse très importante : ils représentent en moyenne 75 % de l’ensemble des revenus des ménages.
  • Source : Insee, DADS 2015

Comme pour la CA du Grand Montauban, les communautés de communes des Portes d’Ariège Pyrénées (autour de Pamiers), Cœur et Coteaux du Comminges et, à un niveau moindre, celle de Castelnaudary Lauragais Audois présentent toutes la particularité de moins dépendre de l’extérieur. Moins de la moitié des salaires des résidents provient d’emplois situés ailleurs. Mais ces espaces qui comptent plus d’emplois que d’actifs contribuent à la richesse des territoires voisins par le biais des salaires.

La CC des Portes d’Ariège Pyrénées redistribue ainsi 116 millions d’euros à des salariés qui n’y habitent pas, soit presque la moitié des salaires générés sur son territoire. Des chiffres assez voisins de ceux des communautés de communes Cœur et Coteaux du Comminges (107 millions) et de Castelnaudary Lauragais audois (63 millions), qui redistribuent plus de 40 % des revenus salariaux générés sur leurs territoires.

Encadré 1 - Les territoires face à l’enjeu de la création de richesse

Si le bien-être, la qualité de vie, la santé… s’inscrivent de manière croissante dans les politiques publiques, la notion de richesse dégagée demeure un facteur important car c’est elle qui conditionne bien souvent les projets de territoire. Elle l’est d’autant plus en ces temps de crise sanitaire où l’activité ralentie fait peser des menaces, à court et moyen terme, sur l’économie réelle.

La création de richesse est plurielle et le regard porté dans cette analyse ne constitue qu’une approche du sujet. Les salaires versés par les établissements du territoire constituent néanmoins une approche essentielle et structurante pour la plupart des territoires. Les prestations sociales, les pensions de retraite, les revenus patrimoniaux…, les retombées de l’enseignement supérieur et de la recherche, les flux touristiques d’affaires et de loisirs, les manifestations culturelles, sportives et évènementielles…, l’investissement public… représentent par ailleurs autant de leviers de développement et de richesse différents pour les territoires.

La durabilité de l’économie d’un territoire dépend de sa capacité à mixer et à diversifier l’ensemble de ces facteurs de développement.

Encadré 2 - Toulouse Métropole : une création de richesse très productive

La richesse produite sur un territoire va bien au-delà des salaires versés. En 2015, l’activité de Toulouse Métropole génère 26,1 milliards d’euros de richesse dégagée. Parmi les cinq plus grandes métropoles de province, Toulouse Métropole se classe derrière celles de Lyon (41,1 milliards d’euros) et de Marseille (39,9 milliards d’euros), mais devance celles de Lille (25,3 milliards d’euros) et de Bordeaux (19,5 milliards).

L’interprétation de ces éléments doit tenir compte du périmètre de chacune des métropoles institutionnelles, de leur empreinte géographique et fonctionnelle sur les territoires qu’elles animent. Les périmètres en particulier sont très différents et ne correspondent pas forcément à l’agglomération urbaine au sens démographique du terme. Ainsi, les métropoles de Toulouse ou Bordeaux ne comprennent pas toutes les communes de leur agglomération, quand d’autres, comme Lille et surtout Marseille, ont un périmètre plus vaste. Toulouse Métropole compte 37 communes, contre 73 communes pour l’ensemble de l’agglomération. Deux autres intercommunalités comprennent une large partie de la banlieue toulousaine : la communauté d’agglomération du Muretain Agglo et celle du Sicoval, qui génèrent à elles deux 3,2 milliards d’euros de richesse dégagée.

Malgré ces différences, Toulouse Métropole se caractérise plus que toutes les autres par sa spécificité productive. En effet, la sphère productive y représente 60 % de la richesse créée, contre 57 % pour Lyon et seulement 49 % dans les métropoles de Marseille ou de Lille.

Définitions


Les intercommunalités ou établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) sont des regroupements de communes ayant pour objet l’élaboration de « projets communs de développement au sein de périmètres de solidarité ». On parle de territoires de « projet », animés par une gouvernance politique, dont le périmètre ne coïncide pas nécessairement avec des territoires « vécus ». Cet élément est à considérer comme une limite, parfois, dans l’interprétation des résultats statistiques. Les intercommunalités évoquées ici sont les communautés de communes, les communautés d’agglomération et la métropole de Toulouse.


La notion d’agglomération employée dans cette étude est celle communément admise de l’unité urbaine (2010) : un ensemble urbain continûment bâti d’au moins 2 000 habitants. Une agglomération est composée d’une ville-centre (par exemple la commune de Toulouse) et de sa banlieue, qui comprend de nombreuses communes dans ce cas. Ce terme ne désigne pas la communauté d’agglomération ou la métropole au sens institutionnel du terme (cf. ci-dessus). Une unité urbaine est entourée d’une couronne périurbaine, ensemble de communes sous son influence en matière d’emplois, le tout formant l’aire urbaine.


Le revenu disponible d'un ménage comprend les revenus d'activité (nets des cotisations sociales), les revenus du patrimoine, les transferts en provenance d'autres ménages et les prestations sociales (y compris les pensions de retraite et les indemnités de chômage), nets des impôts directs.


Le niveau de vie est égal au revenu disponible du ménage, rapporté au nombre d’unités de consommation (UC) pour tenir compte des économies d’échelle réalisées dans les ménages et permettre ainsi la comparaison entre ménages et territoires différents. Le nombre d’UC est calculé selon l’échelle d’équivalence dite de l’OCDE modifiée : le premier adulte compte pour 1, les autres personnes de 14 ans ou plus pour 0,5 et les enfants de moins de 14 ans pour 0,3 : ainsi, un revenu de 1 500 euros pour une personne seule équivaut à un revenu de 2 700 euros pour un couple avec un jeune enfant.


La masse salariale est le cumul des rémunérations nettes des salariés. Les rémunérations correspondent aux salaires et primes des salariés au cours de l’année d’exercice.


Les activités présentielles sont celles mises en œuvre localement pour la production de biens et de services visant la satisfaction des besoins de personnes présentes dans la zone, qu’elles soient résidentes ou touristes. Les activités productives sont celles qui produisent des biens majoritairement consommés hors de la zone et des activités de services utilisées par ces mêmes activités productives. Par exemple, la fabrication et la vente de pain, l’activité des enseignants sont des activités présentielles. La construction aéronautique mais aussi les services qui y sont liés sont des activités productives.

Champ

L’étude porte sur le champ géographique de Toulouse Métropole et d’un ensemble de 32 autres intercommunalités (ou EPCI) situées dans un rayon d’une soixantaine de kilomètres autour d’elle, dont les deux communautés d’agglomération situées en grande partie dans la banlieue de Toulouse (Muretain et Sicoval), mais aussi celle du Grand Montauban ou de Gaillac-Graulhet.

Dans cette étude, « métropole » s’entend au sens institutionnel du terme.

Établissements publics de coopération intercommunale.

La richesse dégagée permet d’évaluer de façon relative l’importance de l’activité économique d’un secteur ou d’une zone. Elle est issue de la valeur ajoutée et est à considérer comme une estimation du poids de l’activité économique, offrant une vision complémentaire à celle donnée par l'emploi. Lorsque l’entreprise est non-marchande, la richesse dégagée est assimilée aux rémunérations versées. Lorsque l’entreprise possède plusieurs établissements, sa richesse dégagée est ventilée au prorata des masses salariales versées pour estimer la richesse d’un établissement.

Pour en savoir plus

« Toulouse, Montpellier, Perpignan, Nîmes : des schémas de déplacements domicile-travail différents d’une agglomération à l’autre », Insee Analyses Occitanie n° 89, décembre 2019

« L’inégale répartition des emplois et des actifs génère de nombreux déplacements entre EPCI », Insee Analyses Occitanie n° 77, septembre 2019

« Des liens économiques entre les territoires grâce aux salaires versés », Insee Analyses Provence-Alpes-Côte d’Azur n° 63, septembre 2018

« Métropole de Lyon : le tiers des salaires sont versés à des actifs qui n’y résident pas », Insee Analyses Auvergne-Rhône-Alpes n° 36, mars 2017