Les investissements pour protéger l'environnement augmentent en 2018

Johanne Aude (division Enquêtes thématiques et études transversales, Insee)

En 2018, les établissements industriels de 20 salariés ou plus ont consacré 1,5 milliard d’euros à des investissements ou des études pour protéger l’environnement, soit 11 % de plus qu'en 2017, après une baisse continue depuis 2012. Quatre secteurs réalisent 69 % des dépenses : l’énergie, la chimie, les industries agroalimentaires et la métallurgie-produits métalliques. 46 % des montants investis visent à protéger l'air ou le climat.

Insee Focus
No 194
Paru le : Paru le 10/06/2020
Johanne Aude (division Enquêtes thématiques et études transversales, Insee)
Insee Focus  No 194 - juin 2020

Les investissements et les dépenses d’études augmentent

En 2018, 39 % des établissements industriels employant 20 salariés ou plus ont réalisé des investissements ou des études pour protéger l’environnement. Ils y ont consacré 1,5 milliard d’euros (+ 11 % par rapport à 2017, après une baisse continue depuis 2012). Ces dépenses sont plus fréquentes dans les grands établissements : 89 % des établissements de 500 salariés ou plus ont engagé de telles dépenses antipollution contre 27 % des établissements de 20 à 49 salariés. Ces grands établissements représentent 27 % des dépenses réalisées, alors qu'ils ne comptent que pour 2 % des établissements étudiés.

Les investissements constituent l’essentiel de la dépense (78 %, soit 1,2 milliard d'euros ; figure 1). Ils augmentent de 10 % en 2018, après – 3 % en 2017. Les montants consacrés aux études augmentent de 14 % par rapport à 2017. Ils représentent 22 % des dépenses, soit la proportion la plus élevée depuis 2014 ; ils atteignent 331 millions d’euros, après 289 millions en 2017. La hausse concerne aussi bien les études en prévision d'un investissement, quel que soit le domaine (protection de l'air, eaux usées, gaz à effets de serre, par exemple), que les autres études – réglementaires, d’impact de l’activité sur l’environnement, les audits et les dossiers ICPE (installations classées pour la protection de l’environnement).

Figure 1 - Investissements et études antipollution depuis 2009

en millions d'euros
Figure 1 - Investissements et études antipollution depuis 2009 (en millions d'euros)
2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018
Investissements antipollution 1 422 1 285 1 232 1 351
Investissements antipollution (à partir de 2012) 1 401 1 399 1 360 1 337 1 111 1 074 1 185
Études antipollution 361 315 359 354
Études antipollution (à partir de 2012) 319 269 266 267 279 289 331
  • Note : rupture de série en 2012.
  • Champ :
    - à partir de 2012 : France, industries extractive et manufacturière (y compris artisanat commercial) et énergie, établissements de 20 salariés ou plus ;
    - avant 2012 : France, industries extractive (hors extractions de houille et d'hydrocarbures) et manufacturière (hors artisanat commercial), établissements de 20 salariés ou plus.
  • Sources : Insee, SSP, enquête sur les investissements pour protéger l'environnement (Antipol).

Figure 1 - Investissements et études antipollution depuis 2009

  • Note : rupture de série en 2012.
  • Champ :
    - à partir de 2012 : France, industries extractive et manufacturière (y compris artisanat commercial) et énergie, établissements de 20 salariés ou plus ;
    - avant 2012 : France, industries extractive (hors extractions de houille et d'hydrocarbures) et manufacturière (hors artisanat commercial), établissements de 20 salariés ou plus.
  • Sources : Insee, SSP, enquête sur les investissements pour protéger l'environnement (Antipol).

46 % des investissements visent à protéger l’air ou le climat

En 2018, 46 % des investissements antipollution visent à éviter ou à limiter les effets de l’activité sur la qualité de l’air (313 millions d'euros) ou, via les émissions de gaz à effet de serre, sur l’équilibre du climat (234 millions d'euros ; figure 2). Pour mémoire, dans le cadre de la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015, et avec les autres États européens, l’État français s'est fixé comme objectif de diminuer de 40 % ces émissions d’ici 2030, par rapport au niveau de 1990. D'après des données du Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (Citepa), les émissions de gaz à effet de serre (hors utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie, et hors transport international) ont diminué de 15 % en France entre 1990 et 2017, passant de 548 à 465 millions de tonnes équivalent CO2 sur la période. Les autres dépenses importantes concernent les eaux usées (180 millions d'euros), les sols (170 millions d'euros), les sites, les paysages et la biodiversité (107 millions d'euros) et les déchets hors déchets radioactifs (101 millions d’euros).

Figure 2 - Investissements antipollution par domaine en 2018

en millions d'euros
Figure 2 - Investissements antipollution par domaine en 2018 (en millions d'euros)
2018
Protection de l'air 313
Limitation des gaz à effet de serre 234
Eaux usées 180
Sols, eaux souterraines et de surface 170
Sites, paysages et biodiversité 107
Déchets hors radioactifs 101
Autres 56
Bruit et vibrations 24
Ensemble 1 185
  • Champ : France, industries extractive et manufacturière (y compris artisanat commercial) et énergie, établissements de 20 salariés ou plus.
  • Source : Insee, enquête sur les investissements pour protéger l'environnement (Antipol).

Figure 2 - Investissements antipollution par domaine en 2018

  • Champ : France, industries extractive et manufacturière (y compris artisanat commercial) et énergie, établissements de 20 salariés ou plus.
  • Source : Insee, enquête sur les investissements pour protéger l'environnement (Antipol).

88 % des investissements spécifiques pour traiter, éliminer ou prévenir les pollutions

En 2018, les « investissements spécifiques », c’est-à-dire l’achat de matériels entièrement dédiés à la protection de l’environnement, représentent 88 % des montants investis. 47 % des investissements spécifiques (soit 489 millions d'euros) sont destinés au prétraitement, au traitement ou à l’élimination de la pollution : ils ont pour objectif de réduire l’impact négatif de l'activité des établissements sur l’environnement (figure 3). Par ailleurs, 41 % de ces investissements (soit 429 millions d'euros) ont pour objet la prévention des pollutions, ce qui traduit une volonté des établissements d’agir en amont du processus de production.

Les « investissements intégrés » représentent, quant à eux, 12 % des investissements. Ils correspondent aux surcoûts liés à l’intégration dans l’outil de production de produits ou procédés moins polluants que ceux disponibles de manière standard sur le marché. La baisse continue des investissements intégrés depuis 2013 est peut-être la conséquence d'une diminution de l'offre des produits les plus polluants.

Figure 3 - Investissements spécifiques* pour protéger l’environnement par nature en 2018

en millions d'euros
Figure 3 - Investissements spécifiques* pour protéger l’environnement par nature en 2018 (en millions d'euros)
2018
Prétraitement, traitement et élimination de la pollution 489
Prévention des pollutions 429
Recyclage, tri, valorisation 89
Mesure et contrôle 40
Ensemble 1 047
  • * Achats de matériels entièrement dédiés à la protection de l’environnement.
  • Champ : France, industries extractive et manufacturière (y compris artisanat commercial) et énergie, établissements de 20 salariés ou plus.
  • Source : Insee, enquête sur les investissements pour protéger l'environnement (Antipol).

Figure 3 - Investissements spécifiques* pour protéger l’environnement par nature en 2018

  • * Achats de matériels entièrement dédiés à la protection de l’environnement.
  • Champ : France, industries extractive et manufacturière (y compris artisanat commercial) et énergie, établissements de 20 salariés ou plus.
  • Source : Insee, enquête sur les investissements pour protéger l'environnement (Antipol).

Investissements en hausse de 8 % dans l'énergie

Quatre secteurs concentrent 69 % des dépenses engagées : l’énergie (458 millions d'euros), la chimie (253 millions d'euros), les industries agroalimentaires (218 millions d'euros) et la métallurgie-produits métalliques (114 millions d'euros ; figure 4).

À lui seul, le secteur de l’énergie regroupe un quart des investissements et près de la moitié des dépenses d’études réalisés dans les établissements industriels pour protéger l’environnement. En un an, les investissements dans l'énergie augmentent de 8 %. Le recul des investissements intégrés (– 16 %) est plus que compensé par la hausse des investissements spécifiques (+ 11 %).

Les investissements augmentent le plus dans les industries agroalimentaires (+ 18 %), secteur dans lequel à la fois les investissements spécifiques et intégrés croissent.

Les dépenses d'études augmentent de 42 millions d'euros (+ 14 %). La hausse n'est pas uniforme parmi les secteurs. Elle atteint 43 % dans l’industrie chimique, qui regroupe 15 % de ces dépenses ; les études en prévision d'investissements sur les déchets (hors radioactifs) augmentent le plus (+ 300 % par rapport à 2017, soit + 3 millions d'euros). Ces dépenses progressent de 8 % dans l'énergie, soit + 12 millions d'euros, dont 11 millions pour des études réglementaires, d’impact de l’activité sur l’environnement ainsi que des audits et des dossiers ICPE.

Figure 4 - Les dépenses de l'industrie en faveur de l'environnement en 2018

en millions d'euros
Figure 4 - Les dépenses de l'industrie en faveur de l'environnement en 2018 (en millions d'euros)
Investissements pour protéger l'environnement Études Total
Spécifiques Intégrés Total En vue d'un investissement Autres études Total
Énergie (production et distribution d'électricité, de gaz, de vapeur et d'air conditionné) 280 26 306 21 131 152 458
Industrie chimique 198 5 203 26 24 50 253
Industries agroalimentaires 160 28 188 22 8 29 218
Métallurgie et produits métalliques 78 11 89 20 6 26 114
Industrie des produits minéraux 41 10 51 5 3 8 59
Bois et papier 37 10 48 6 3 9 56
Production de combustibles et de carburants 74 4 78 1 1 2 80
Autres industries 179 43 222 39 16 55 277
Ensemble 1 047 138 1 185 139 192 331 1 516
  • Champ : France, industries extractive et manufacturière (y compris artisanat commercial) et énergie, établissements de 20 salariés ou plus.
  • Source : Insee, enquête sur les investissements pour protéger l'environnement (Antipol).

Sources

Les données sont issues de l'enquête annuelle sur les investissements pour protéger l’environnement (Antipol) ; celle-ci porte sur les investissements dans des matériels entièrement dédiés à la protection de l’environnement, ainsi que dans des achats d’équipements de production plus performants en matière environnementale. Les investissements de renouvellement des équipements qui ne sont pas dédiés à lutter contre la pollution, mais qui bénéficient de technologies plus propres, réduisant les nuisances environnementales, ne font pas partie du champ de l’enquête. L'enquête couvre les établissements de 20 salariés ou plus, implantés en France, appartenant aux secteurs des industries extractive, manufacturière (y compris artisanat commercial) et de la production et distribution d’électricité, de gaz, de vapeur et d’air conditionné (divisions 05 à 35 de la NAF rév. 2). L’échantillon est composé de 12 600 établissements ; le taux de sondage est de 55 %.

Définitions


Investissements spécifiques : il s'agit des investissements entièrement dédiés à la protection de l'environnement. Ces investissements sont des éléments distincts et identifiables qui s'ajoutent à l'équipement de production existant ayant un rôle préventif (prévention de la pollution) ou curatif (équipements en fin de cycle). Ces investissements visent à limiter la pollution dans les différents domaines environnementaux. Exemples : matériel de mesure des polluants, filtres, décanteurs, bennes, bacs de rétention...


Investissements intégrés : il s'agit des investissements procurant des performances environnementales supérieures au standard du marché. Les investissements « intégrés » retracent donc l'adoption de technologies propres et correspondent au surcoût de dépenses engendré par le choix, lors du renouvellement d'un matériel de production, d'un équipement plus performant en matière environnementale qu'un autre également disponible sur le marché.

Pour en savoir plus

« Les études et investissements dans l’industrie pour protéger l’environnement en 2017 », Insee Résultats, novembre 2019.

Aude J., Genuit H., « Les investissements pour protéger l’environnement diminuent de nouveau en 2017 », Insee Focus n° 161, juillet 2019.