De fortes charges d’exploitation dans le transport routier de marchandises

Magali Julé, Yohann Rivillon, Laëtitia Vichard (service Ésane, Insee)

En 2017, les 31 800 entreprises spécialisées dans le transport routier de marchandises en France dégagent un chiffre d’affaires de 47,6 milliards d’euros, soit 22 % de celui de l’ensemble des transports. Les petites et moyennes entreprises ont un poids important dans ce secteur. L’activité de courte distance se développe davantage que celle de longue distance. Les charges d’exploitation sont élevées en raison de fortes consommations intermédiaires (sous-traitance, achats de carburants, location de véhicules, recours à l’intérim) et du volume des emplois. La rentabilité économique est cependant supérieure à celle de l’ensemble des transports.

Insee Focus
No 182
Paru le : Paru le 05/02/2020
Magali Julé, Yohann Rivillon, Laëtitia Vichard (service Ésane, Insee)
Insee Focus  No 182 - février 2020

Le transport de proximité plus dynamique depuis 2009

En 2017, en France, le secteur du transport routier de marchandises est composé de 31 800 entreprises. Celles-ci réalisent 47,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit 22 % de celui de l’ensemble des transports et entreposage. Elles sont spécialisées dans quatre types d’activités : les transports routiers de fret interurbains (63 % du chiffre d’affaires du secteur), ceux de proximité (28 %), la location de camions avec chauffeur (6 %) et les services de déménagement (3 %). Elles emploient 308 000 salariés en équivalent temps plein. Parmi eux, près de 7 salariés sur 10 relèvent du personnel roulant, la plupart étant des conducteurs de poids lourds.

Sensible aux fluctuations de la conjoncture, l’activité du secteur s’est dégradée durant la crise de 2008 (encadré). Comparée à celle de l’ensemble des transports, sa croissance a été faible entre 2009 et 2016, puis elle est devenue plus forte en 2017 et 2018. Sur l’ensemble de cette période, l’activité du transport de proximité est plus dynamique que celle du transport interurbain. Elle bénéficie notamment du développement du commerce électronique, tandis que le transport interurbain est concurrencé en particulier par des entreprises d’Europe de l’Est.

Un fort poids des petites et moyennes entreprises

Le secteur du transport routier de marchandises comprend 83 % de microentreprises, 16 % d’autres petites et moyennes entreprises (PME) et 0,4 % d’entreprises de taille intermédiaire et de grandes entreprises (figure 1). Le secteur se démarque par un très fort poids de ses PME (hors microentreprises) : ces dernières réalisent 45 % du chiffre d’affaires du secteur, contre 18 % dans l’ensemble des transports.

Figure 1 – Caractéristiques du transport routier de marchandises (TRM) et de l'ensemble des transports et entreposage selon la catégorie d'entreprise en 2017

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Figure 1 – Caractéristiques du transport routier de marchandises (TRM) et de l'ensemble des transports et entreposage selon la catégorie d'entreprise en 2017 (en %)
Nombre d'entreprises Effectifs (en ETP) Chiffre d'affaires
TRM Transports* TRM Transports TRM Transports
Microentreprises (MIC) 83 93 15 6 16 7
PME hors MIC 16 7 50 20 45 18
ETI et GE 0 0 35 73 40 76
  • * Transports : ensemble des transports et entreposage.
  • Champ : France hors Mayotte.
  • Source : Insee, Ésane 2017.

Figure 1 – Caractéristiques du transport routier de marchandises (TRM) et de l'ensemble des transports et entreposage selon la catégorie d'entreprise en 2017

  • * Transports : ensemble des transports et entreposage.
  • Champ : France hors Mayotte.
  • Source : Insee, Ésane 2017.

Dans ce secteur, 1 650 entreprises sont organisées en groupes de plusieurs unités légales et génèrent 61 % du chiffre d’affaires (figure 2). Plus de la moitié de ces 5 900 unités légales exercent une activité du cœur de métier, elles réalisent l’essentiel du chiffre d’affaires de leurs entreprises. Les unités légales restantes ont une activité de soutien au transport (exploitation et entretien d’infrastructures de transport, manutention, organisation des transports et entreposage) ou des activités dédiées au fonctionnement de l’entreprise (holding notamment). Près d’un tiers du chiffre d’affaires des unités légales est réalisé à l’intérieur de l’entreprise dont elles dépendent (flux intra-entreprise), il est donc exclu du chiffre d’affaires consolidé de ces entreprises.

Parmi l’ensemble des unités légales ayant comme activité principale le transport routier de marchandises, 98 % appartiennent à des entreprises de ce même secteur. Les 750 restantes sont rattachées à des entreprises spécialisées dans d’autres activités de transport ou dans des secteurs du commerce de gros, de l’industrie ou de la construction.

Figure 2 - Structure du secteur des transports routiers de marchandises

  • * Chiffre d'affaires non consolidé.
  • Lecture : en 2017, 1 650 entreprises du secteur des transports routiers de marchandises sont composées de plusieurs unités légales : elles possèdent 3 100 unités légales dont l'activité principale est du même secteur (qui génèrent 24,2 milliards d'euros de chiffres d'affaires) et 2 800 dont l'activité vient d’autres secteurs.
  • Champ : France hors Mayotte.
  • Source : Insee, Ésane 2017.

Des charges importantes, propres à son fonctionnement

Le secteur se caractérise par des charges d’exploitations élevées, inhérentes aux activités. La part de la valeur ajoutée dans le chiffre d’affaires est ainsi plus faible que pour l’ensemble des transports (36,2 % contre 42,1 % ; figure 3). Cela est dû au poids important des achats de matières premières (11 % de la valeur ajoutée), en particulier de carburant stocké. Le taux de valeur ajoutée est encore plus faible dans les transports routiers de fret interurbains (33,2 %).

Figure 3 – Ratios économiques et financiers des entreprises des transports et entreposage, du transport routier de marchandises et de ses composantes en 2017

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Figure 3 – Ratios économiques et financiers des entreprises des transports et entreposage, du transport routier de marchandises et de ses composantes en 2017 (en %)
Taux de valeur ajoutée Taux de marge Part des charges de personnel Taux d'investissement Rentabilité économique
Ensemble des transports et entreposage 42,1 24,8 75,2 27,2 5,5
Transport routier de marchandises 36,2 13,4 86,6 13,3 10,4
Transports routiers de fret interurbains 33,2 13,1 86,9 14,1 9,2
Transports routiers de fret de proximité 41,0 13,7 86,3 11,4 13,7
Location de camions avec chauffeur 42,0 15,1 84,9 18,5 9,3
Services de déménagement 42,3 11,7 88,3 7,7 12,2
  • Champ : France hors Mayotte.
  • Source : Insee, Ésane 2017.

Les « autres achats et charges externes » pèsent aussi fortement sur la valeur ajoutée ; ils représentent 80 % des consommations intermédiaires et 50 % du chiffre d’affaires du secteur. Plus d’un tiers des dépenses de ce poste est consacré à la sous-traitance (figure 4), soit 15 % du chiffre d’affaires du secteur (21 % pour l’ensemble des transports). Le recours à la sous-traitance est plus élevé dans les plus grandes entreprises (21 % du chiffre d’affaires) que dans les microentreprises (7 %) et les autres PME (13 %). Plus des deux tiers de cette sous-traitance participent à l’activité principale des entreprises, le reste à son fonctionnement (nettoyage, comptabilité, etc.).

Un autre tiers des « autres achats et charges externes » est consacré à l’entretien et aux réparations, aux loyers et charges locatives et aux assurances. En sous-traitant une partie de leur activité principale, les plus grandes entreprises réduisent le poids de ce type de dépenses. Le tiers restant regroupe les achats non stockés de carburants, les redevances de crédit-bail, les autres frais annexes et le coût du personnel extérieur. Les entreprises sollicitent beaucoup l’emploi intérimaire (24 000 intérimaires), notamment en raison des difficultés de recrutement de personnel roulant qui se sont accrues en 2017. Parmi les autres charges, le crédit-bail est aussi largement pratiqué dans le secteur pour financer la flotte de véhicules ou le matériel de manutention (poids lourds, fourgons de livraison) : 1,5 milliard d’euros y est consacré, autant que les dépenses courantes d’achats de carburants (non stockés). Ce mode de financement peut expliquer en partie le faible taux d’investissement dans le secteur : 13,3 % de la valeur ajoutée, soit deux fois moins que pour l’ensemble des transports.

Le taux de marge du secteur est plus faible que celui de l’ensemble des transports (13,4 % contre 24,8 %). Les frais de personnel sont en effet relativement plus élevés dans le transport routier de marchandises, avant tout du fait du volume des emplois, les frais de personnel par salarié étant plus faibles. Toutefois, le taux de marge des entreprises ne reflète que partiellement leur rentabilité : celle-ci doit s’apprécier relativement au capital engagé. La rentabilité économique de ce secteur est ainsi supérieure à celle de l’ensemble des transports (10,4 % contre 5,5 %).

Figure 4a – Consommations intermédiaires dans le transport routier de marchandises

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Figure 4a – Consommations intermédiaires dans le transport routier de marchandises (en %)
Achats de marchandises et autres charges 3
Achats de matières premières (carburants stockés) 17
Autres achats et charges externes 80
  • Champ : France hors Mayotte.
  • Source : Insee, Ésane 2017.

Figure 4a – Consommations intermédiaires dans le transport routier de marchandises

  • Champ : France hors Mayotte.
  • Source : Insee, Ésane 2017.

Encadré - Mesure de l’évolution de l’activité

La mesure de l’évolution de l’activité des entreprises du transport routier de marchandises repose sur une synthèse entre différents indicateurs sur la période d’observation :

  • l’activité mesurée par les tonnes-kilomètres transportées pour compte d’autrui sous pavillon français (source SDES) : elle baisse de 14,0 % entre 2008 et 2009 et de 0,1 % en moyenne annuelle entre 2009 et 2016, puis elle augmente de 7,1 % en 2017 et 3,9 % en 2018 ;
  • les comptes économiques : ils baissent de 8,1 % entre 2008 et 2009, puis ils augmentent de 1,0 % en moyenne annuelle entre 2009 et 2016 et de 5,6 % en 2017. Ces résultats sont proches de ceux issus de la source Ésane de 2013 à 2017 ;
  • l’indice de production dans les services, calculé à partir des déclarations de TVA : il baisse de 7,7 % entre 2008 et 2009, puis il progresse en moyenne annuelle de 1,4 % entre 2009 et 2016, de 3,9 % en 2017 et de 4,2 % en 2018.

Entre 2009 et 2018, le transport de fret de proximité s’accroît de 3 points de plus que celui de fret interurbain d’après l’indice de production dans les services et de 2 points de plus d’après la source Ésane.

Cette étude a été réalisée en collaboration avec la sous-direction des statistiques des transports du service des données et des études statistiques (SDES) du ministère de la Transition écologique et solidaire.

Sources

Les résultats sont issus du dispositif d’élaboration des statistiques annuelles d’entreprise (Ésane) qui produit des résultats en entreprises sur l’ensemble du champ, à partir des données de 2017. Les contours des entreprises sont déterminés à partir de la source sur les liaisons financières (Lifi).

Définitions

Le secteur des transports routiers de fret et services de déménagement, appelé transport routier de marchandises dans l’étude, est décrit dans le groupe 49.4 de la nomenclature d’activités française (NAF rév. 2, 2008).

L’ensemble des transports et de l’entreposage est composé de cinq divisions (49 à 53) : transports terrestres (ferroviaire et routier, de fret et de voyageurs) et transport par conduites, transports par eau, transports aérien, entreposage et services auxiliaires des transports, activités de poste et de courrier.

Les autres achats et charges externes comprennent notamment :

  • les achats non stockables (eau, énergie) ou stockables mais non stockés (l’entreprise ne tient pas de compte de stock) de matières et fournitures, d’études et prestations de services ;
  • la sous-traitance : c’est un contrat par lequel une entreprise dite « donneur d’ordre » confie à une autre entreprise dite « sous-traitant ou preneur d’ordre » la réalisation de tout ou partie d’un produit, en se conformant exactement aux directives ou spécifications techniques arrêtées par le donneur d’ordre. La sous-traitance « incorporée dans la production » ne concerne que les opérations de sous-traitance intervenant directement dans le cycle de production de l’entreprise ;
  • les redevances de crédit-bail : le crédit-bail est une forme hybride qui se situe entre le prêt et la location. Une société liée à des banques ou à un constructeur loue à l’entreprise un équipement, un matériel, c’est-à-dire une immobilisation. Elle ne prête donc pas une somme d’argent moyennant un intérêt, mais elle met le bien à la disposition de l’entreprise contre le versement d’un loyer (redevances de crédit-bail).

Ce poste « autres achats et charges externes » comprend également les charges suivantes : locations et charges locatives, entretien et réparations, primes d’assurances, études et recherches, personnel extérieur à l’entreprise, rémunérations d’intermédiaires et honoraires, publicité, déplacements, frais postaux, services bancaires.

L’unité légale est une entité juridique de droit public ou privé. Cette entité juridique peut être :

  • une personne morale, dont l’existence est reconnue par la loi indépendamment des personnes ou des institutions qui la possèdent ou qui en sont membres ;
  • une personne physique, qui, en tant qu’indépendant, peut exercer une activité économique.

L’unité légale est l’unité principale enregistrée dans Sirene.

L’entreprise est la plus petite combinaison d’unités légales qui constitue une unité organisationnelle de production de biens et de services jouissant d’une certaine autonomie de décision, notamment pour l’affectation de ses ressources courantes (décret 2008-1354 d’application de la loi de Modernisation de l’économie de 2008).


Catégorie d'entreprise :

quatre catégories d'entreprises sont définies dans le décret d'application de la loi de modernisation de l'économie (décret n°2008-1354) pour les besoins de l'analyse statistique et économique :

  • les petites et moyennes entreprises dont les microentreprises ;
  • les entreprises de taille intermédiaire ;
  • les grandes entreprises.

Pour déterminer la catégorie à laquelle une entreprise appartient, les données suivantes, afférentes au dernier exercice comptable clôturé et calculées sur une base annuelle, sont utilisées : l’effectif, le chiffre d’affaires et le total du bilan.

Les petites et moyennes entreprises (PME) sont celles qui, d’une part, occupent moins de 250 personnes, d’autre part, ont un chiffre d’affaires annuel n’excédant pas 50 millions d’euros ou un total de bilan n’excédant pas 43 millions d’euros. Parmi elles, les microentreprises occupent moins de 10 personnes et ont un chiffre d’affaires annuel ou un total de bilan n’excédant pas 2 millions d’euros.

Les entreprises de taille intermédiaire (ETI) sont des entreprises qui n’appartiennent pas à la catégorie des PME et qui, d’une part, occupent moins de 5 000 personnes, d’autre part, ont un chiffre d’affaires annuel n’excédant pas 1 500 millions d’euros ou un total de bilan n’excédant pas 2 000 millions d’euros.

Les grandes entreprises (GE) sont des entreprises non classées dans les catégories précédentes.

Remarque :

La notion d'entreprise et la catégorie d'entreprise sont définies dans le décret d'application (n°2008-1354) de l'article 51 de la loi de modernisation de l'économie, « relatif aux critères permettant de déterminer la catégorie d'appartenance d'une entreprise pour les besoins de l'analyse statistique et économique ».


Chiffre d'affaires consolidé :

le chiffre d'affaires consolidé est la somme des chiffres d'affaires des unités légales d'un groupe, à laquelle on ôte le chiffre d'affaires réalisé entre les filiales du groupe.

Pour en savoir plus