Une croissance démographique marquée dans les espaces peu denses

Vincent Vallès (service Recensement national de la population, Insee)

Au 1ᵉʳ janvier 2017, 66 524 000 habitants vivent en France hors Mayotte, soit une croissance moyenne de 0,5 % par an depuis dix ans. La population augmente plus vite dans les communes peu denses notamment celles situées dans la périphérie des principales villes, témoignant ainsi de la poursuite de l’étalement urbain. Les communes densément peuplées connaissent une nette progression de leur densité liée à un excédent des naissances sur les décès. Les communes peu denses attirent de nouveaux habitants, cette attractivité se diffuse sur des territoires de plus en plus éloignés. La croissance des espaces de faible densité concerne 80 % des départements.

Insee Focus
No 177
Paru le : Paru le 30/12/2019
Vincent Vallès (service Recensement national de la population, Insee)
Insee Focus  No 177 - décembre 2019

Une croissance plus élevée dans les communes peu denses

Au 1ᵉʳ janvier 2017, 66 524 000 habitants vivent en France hors Mayotte (sources). Entre 2007 et 2017, la population a augmenté de 0,5 % par an en moyenne, soit 292 400 personnes supplémentaires chaque année.

La croissance de la population diffère selon le degré de densité des territoires (sources). Ainsi, entre 2007 et 2017, la croissance est plus forte dans les communes peu denses, prolongeant la tendance des trois décennies précédentes. De 2007 à 2017, la population de ces communes augmente en moyenne de 0,6 % par an, soit 0,2 point de plus que celle des communes denses ou de densité intermédiaire et 0,5 de plus que celle des communes très peu denses (figure 1). Ces communes peu denses, peuplées pour 90 % d’entre elles de 200 à 3 000 habitants, se situent pour plus de la moitié (56 %) dans les couronnes périurbaines des principales agglomérations. En 2017, les communes peu denses regroupent 29 % de la population sur 59 % du territoire. Depuis 2007, leur population augmente annuellement de 121 000 habitants. Elles contribuent ainsi à 41 % de la croissance démographique française, contre 30 % pour les communes denses (88 200 habitants supplémentaires) et 27 % pour celles de densité intermédiaire (79 600). Le rythme de croissance des espaces peu denses témoigne ainsi de l’intensification des liens entre les villes et leur périphérie, marquée par la dispersion des lieux d’habitation et le développement des mobilités vers les principaux pôles d’emploi et de services.

Figure 1a - Population en 2017 et évolution selon le niveau de densité des communes entre 2007 et 2017

Figure 1a - Population en 2017 et évolution selon le niveau de densité des communes entre 2007 et 2017
Population en 2017 Densité en 2017 (habitants/km²) Taux de variation annuel 2007-2017 (en %) Répartition en 2017 (en %)
Ensemble Dû au solde naturel Dû au solde migratoire apparent Population Communes Superficie
Communes densément peuplées 25 161 322 2 559 0,4 0,7 -0,4 37,8 2,2 1,5
Communes de densité intermédiaire 19 539 972 310 0,4 0,3 0,1 29,4 9,7 9,8
Communes peu denses 19 435 033 51 0,6 0,1 0,5 29,2 53,7 59,3
Communes très peu denses 2 388 012 13 0,1 0,0 0,2 3,6 34,4 29,3
France hors Mayotte 66 524 339 104 0,5 0,4 0,1 100 100 100
  • Note : les taux de variation sont arrondis au plus près de leurs valeurs réelles. La somme des taux dus aux soldes naturel et migratoire peut être de fait légèrement différente du taux de variation de la population.
  • Champ : France hors Mayotte, limites territoriales communales en vigueur au 1er janvier 2019.
  • Source : Insee, recensements de la population de 2007 et 2017, état civil.

Une densité de population qui se renforce dans les espaces déjà denses

Après une période de faible croissance entre 1975 et 1990, le rythme de progression de la population des communes denses s’est stabilisé depuis à 0,4 % par an, alors qu’il ralentit dans les espaces de plus faible densité (figure 2). Concentrant 38 % de la population sur 2 % de la superficie nationale, c’est au sein de ces territoires que l'augmentation de la densité de population est la plus forte (figure 3). Sur la période 2007-2017, le nombre annuel d’habitants supplémentaires par km² (+ 9,0 habitants/km²) est 18 fois supérieur à la moyenne nationale. Il dépasse 15 habitants par km² au sein des communes densément peuplées dans et autour d’Annemasse (+ 54 habitants/km²), Lyon (+ 30), Montpellier (+ 30), Toulouse (+ 26), Nantes (+ 24), Paris (+ 20) et Bordeaux (+ 17). Liées à la croissance des espaces densément peuplés, de vastes zones se densifient entre + 0,2 et + 2,0 habitants au km² autour du pôle parisien et des grandes agglomérations de la façade atlantique, d’Occitanie, des sillons alpin et rhodanien et du pourtour méditerranéen.

Figure 2 – Taux de variation annuel de la population selon le niveau de densité des communes et la période

en %
Figure 2 – Taux de variation annuel de la population selon le niveau de densité des communes et la période (en %)
1975-1990 1990-2007 2007-2017
Communes densément peuplées 0,14 0,37 0,36
Communes de densité intermédiaire 0,76 0,60 0,42
Communes peu denses 0,73 0,75 0,65
Communes très peu denses -0,44 0,28 0,15
  • Champ : France hors Mayotte, limites territoriales communales en vigueur au 1er janvier 2019.
  • Source : Insee, recensements de la population de 1975, 1990, 2007 et 2017.

Figure 2 – Taux de variation annuel de la population selon le niveau de densité des communes et la période

  • Champ : France hors Mayotte, limites territoriales communales en vigueur au 1er janvier 2019.
  • Source : Insee, recensements de la population de 1975, 1990, 2007 et 2017.

Figure 3 - Variation annuelle de la densité de population entre 2007 et 2017

  • Champ : France hors Mayotte, limites territoriales communales en vigueur au 1er janvier 2019.
  • Source : Insee, recensements de la population de 2007 et 2017.

L’attractivité se diffuse aux communes peu denses éloignées des villes

Dans les communes denses, la croissance démographique provient essentiellement d’un nombre de naissances très supérieur à celui des décès, le solde migratoire apparent étant en moyenne négatif. À l’inverse, le dynamisme des espaces peu denses est majoritairement porté par leur attractivité : les habitants qui s’y installent sont plus nombreux que ceux qui les quittent. Entre 2007 et 2017, cet excédent des arrivées sur les départs génère ainsi une hausse de leur population de 0,5 % par an en moyenne, contre + 0,2 % par an dans les communes très peu denses et + 0,1 % dans celles de densité intermédiaire.

Désormais, en France métropolitaine, ces dix dernières années, la croissance dans les communes peu denses due aux seuls mouvements migratoires est identique quelle que soit leur distance à la commune dense ou de densité intermédiaire la plus proche (figure 4a). Ce n'était pas le cas sur les périodes précédentes où l’attractivité déclinait au fur et à mesure que l’on s’en éloignait. Pour autant, ayant une population plus jeune, les communes peu denses les plus proches des villes bénéficient d’un solde naturel positif. Cet excédent naturel explique dorénavant la plus forte croissance de ces communes par rapport à celles qui en sont plus éloignées. Ce processus démographique se vérifie également pour les communes très peu denses (figure 4b).

Figure 4a – Évolution de la population des communes peu denses selon la distance à une commune dense ou de densité intermédiaire

en %
Figure 4a – Évolution de la population des communes peu denses selon la distance à une commune dense ou de densité intermédiaire (en %) - Lecture : en France métropolitaine, 6 916 009 personnes habitent une commune peu dense située entre 10 et moins de 20 kilomètres d’une commune dense ou de densité intermédiaire. Le taux de croissance annuel de la population de ces communes dû au solde migratoire apparent est de + 0,5 % sur la période 2007-2017 contre + 0,7 % sur la période 1990-2007.
Population des communes peu denses en 2017 Taux de variation annuel 2007-2017 Taux de variation annuel dû au solde migratoire apparent
Ensemble Dû au solde naturel Dû au solde migratoire apparent 1990-2007 1975-1990
Ensemble 19 217 974 0,6 0,1 0,5 0,6 0,8
Moins de 10 km 8 389 350 0,8 0,3 0,5 0,7 1,4
De 10 à moins de 20 km 6 916 009 0,7 0,1 0,5 0,7 0,6
De 20 à moins de 30 km 2 633 647 0,3 -0,2 0,5 0,5 0,1
De 30 à moins de 40 km 839 436 0,0 -0,5 0,4 0,5 0,1
De 40 à moins de 50 km 318 968 -0,2 -0,6 0,4 0,4 0,1
50 km ou plus 120 564 0,0 -0,6 0,6 0,2 0,2
  • Note : la distance prise en compte est la distance par la route entre la mairie d’une commune peu dense et la mairie de la commune dense ou de densité intermédiaire la plus proche.
  • Lecture : en France métropolitaine, 6 916 009 personnes habitent une commune peu dense située entre 10 et moins de 20 kilomètres d’une commune dense ou de densité intermédiaire. Le taux de croissance annuel de la population de ces communes dû au solde migratoire apparent est de + 0,5 % sur la période 2007-2017 contre + 0,7 % sur la période 1990-2007.
  • Champ : communes peu denses de France métropolitaine, limites territoriales communales en vigueur au 1er janvier 2019.
  • Source : Insee, recensements de la population de 1975, 1990, 2007 et 2017, état civil, distancier Métric.

La population des espaces de faible densité augmente dans 8 départements sur 10

La croissance démographique des espaces peu et très peu denses concerne huit départements sur dix (figure 5a). Au niveau départemental, le rythme de croissance de la population dans les espaces peu denses ou très peu denses est en général plus élevé que celui des espaces denses ou de densité intermédiaire, même si leur contribution à la croissance totale est plus faible du fait de leur poids démographique. Les espaces peu et très peu denses les plus dynamiques se situent dans les départements où les communes plus denses progressent également fortement (figure 5b).

La population des espaces denses ou de densité intermédiaire baisse ou est stable dans 45 départements situés au centre de la France, en Normandie ainsi que dans le quart nord-est. Il s’agit des départements où la croissance démographique est la plus faible (figure 5c). Dans 13 de ces départements, la croissance des espaces peu ou très peu denses permet une hausse de leur population : Calvados, Dordogne, Doubs, Eure, Eure-et-Loir, Finistère, Loir-et-Cher, Lot, Lot-et-Garonne, Mayenne, Sarthe, Somme et Vienne. Entre 2007 et 2017, la population baisse quel que soit le niveau de densité des communes dans 7 départements : Creuse, Guadeloupe, Haute-Marne, Indre, Martinique, Nièvre et Orne.

Figure 5a - Taux de variation annuel de la population des communes peu denses ou très peu denses entre 2007 et 2017

en %
Figure 5a - Taux de variation annuel de la population des communes peu denses ou très peu denses entre 2007 et 2017 (en %)
Taux de variation annuel
Ain 1,06
Aisne 0,07
Allier 0,02
Alpes-de-Haute-Provence 0,59
Hautes-Alpes 0,77
Alpes-Maritimes 0,66
Ardèche 0,72
Ardennes -0,04
Ariège 0,41
Aube 0,25
Aude 0,89
Aveyron 0,16
Bouches-du-Rhône 1,07
Calvados 0,60
Cantal -0,05
Charente 0,17
Charente-Maritime 0,92
Cher 0,00
Corrèze 0,25
Côte-d'Or 0,37
Côtes-d'Armor 0,44
Creuse -0,40
Dordogne 0,20
Doubs 0,95
Drôme 1,02
Eure 0,82
Eure-et-Loir 0,50
Finistère 0,49
Corse-du-Sud 1,60
Haute-Corse 1,02
Gard 1,03
Haute-Garonne 1,31
Gers 0,32
Gironde 1,24
Hérault 1,44
Ille-et-Vilaine 1,21
Indre -0,27
Indre-et-Loire 0,61
Isère 1,05
Jura 0,36
Landes 1,16
Loir-et-Cher 0,26
Loire 0,70
Haute-Loire 0,32
Loire-Atlantique 1,49
Loiret 0,60
Lot 0,20
Lot-et-Garonne 0,46
Lozère -0,04
Maine-et-Loire 0,75
Manche 0,29
Marne 0,28
Haute-Marne -0,47
Mayenne 0,31
Meurthe-et-Moselle 0,30
Meuse -0,20
Morbihan 0,87
Moselle 0,30
Nièvre -0,52
Nord 0,37
Oise 0,50
Orne -0,27
Pas-de-Calais 0,50
Puy-de-Dôme 0,56
Pyrénées-Atlantiques 0,77
Hautes-Pyrénées 0,33
Pyrénées-Orientales 0,93
Bas-Rhin 0,39
Haut-Rhin 0,45
Rhône 0,96
Haute-Saône 0,13
Saône-et-Loire 0,28
Sarthe 0,33
Savoie 0,60
Haute-Savoie 1,52
Paris ///
Seine-Maritime 0,56
Seine-et-Marne 0,56
Yvelines 0,44
Deux-Sèvres 0,39
Somme 0,30
Tarn 0,76
Tarn-et-Garonne 1,19
Var 1,20
Vaucluse 0,64
Vendée 1,23
Vienne 0,55
Haute-Vienne 0,33
Vosges -0,25
Yonne 0,05
Territoire de Belfort 0,71
Essonne 0,39
Hauts-de-Seine ///
Seine-Saint-Denis ///
Val-de-Marne ///
Val-d'Oise 0,47
Guadeloupe -0,65
Martinique -0,33
Guyane 4,71
La Réunion -0,14
  • Source : Insee, recensements de la population de 2007 et 2017.

Figure 5a - Taux de variation annuel de la population des communes peu denses ou très peu denses entre 2007 et 2017

  • Source : Insee, recensements de la population de 2007 et 2017.

Sources

Cette étude porte sur la France hors Mayotte. Elle utilise les populations communales, dites « populations municipales légales », issues des recensements de la population réalisés par l’Insee, en partenariat avec les communes, en date de référence au 1ᵉʳ janvier 2017 et au 1ᵉʳ janvier 2007.

Afin d'améliorer la prise en compte de la multirésidence, notamment pour les enfants en résidence partagée, le questionnaire du recensement de la population a évolué en 2018. La croissance de population mesurée entre 2007 et 2017 est ainsi affectée d’un très léger effet questionnaire, qui est négligeable sur cette période [Insee, note technique 2019].

Les données de population au 1ᵉʳ janvier 2017 dans les limites territoriales des communes existant au 1ᵉʳ janvier 2019 seront officielles dès leur authentification par décret. Ces populations officielles entrent en vigueur au 1ᵉʳ janvier 2020.

Les statistiques de l’état-civil sur les naissances et les décès sont issues d’une exploitation des informations transmises par les mairies à l’Insee.

Définie par Eurostat, la grille communale de densité permet de comparer le degré d’urbanisation des pays européens, avec une méthodologie homogène.

La grille communale s’appuie sur une grille de carreaux de 1 km², dans lesquels la population est calculée à partir des données géolocalisées issues, en France, des fichiers démographiques sur les logements et les individus (Fideli 2018), base de données issue principalement des fichiers fiscaux liés à la taxe d’habitation.

Dans un premier temps, des ensembles de carreaux denses contigus sont constitués. Suivant la typologie européenne, on définit les « centres urbains » comme des agrégats de carreaux contigus de plus de 1 500 habitants/km², tels que plus de 50 000 habitants vivent dans cet agrégat. Les « clusters urbains » regroupent des carreaux contigus de plus de 300 habitants/km² tels que plus de 5 000 habitants vivent dans le cluster. Pour affiner la description des territoires les moins denses, l’Insee a ajouté un niveau à la typologie européenne, en définissant les « mailles rurales intermédiaires » comme des regroupements de carreaux contigus de plus de 25 habitants/km², comptant au minimum 300 habitants dans le regroupement.

Dans un deuxième temps, on considère la part des habitants de la commune qui vivent dans les agrégats de carreaux définis précédemment. Si plus de 50 % des habitants vit dans un centre urbain, la commune est considérée comme « densément peuplée ». Parmi les autres communes, si plus de 50 % vit dans un centre urbain ou un cluster urbain, la commune est « de densité intermédiaire ». À l’inverse, les communes où la majorité de la population vit hors de toute maille sont « très peu denses ». Enfin, les autres communes sont « peu denses ».

Définitions


Solde migratoire apparent : différence entre le nombre de personnes entrées sur un territoire donné et le nombre de personnes qui en sont sorties, au cours de la période considérée. Il est obtenu par différence entre la variation totale de la population au cours de la période considérée et le solde naturel.


Solde naturel : différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès enregistrés au cours d'une période.


Population municipale : le concept de population municipale est défini par le décret n°2003-485 publié au Journal officiel du 8 juin 2003, relatif au recensement de la population.
La population municipale comprend les personnes ayant leur résidence habituelle (au sens du décret) sur le territoire de la commune, dans un logement ou une communauté, les personnes détenues dans les établissements pénitentiaires de la commune, les personnes sans-abri recensées sur le territoire de la commune et les personnes résidant habituellement dans une habitation mobile recensée sur le territoire de la commune.
La population municipale d'un ensemble de communes est égale à la somme des populations municipales des communes qui le composent.
Le concept de population municipale correspond désormais à la notion de population utilisée usuellement en statistique. En effet, elle ne comporte pas de doubles comptes : chaque personne vivant en France est comptée une fois et une seule. En 1999, c'était le concept de population sans doubles comptes qui correspondait à la notion de population statistique.