Insee Flash Auvergne-Rhône-AlpesDavantage d’emplois d’ici 2030 pour accompagner la dépendance

Emma Bianco, Christelle Thouilleux (Insee)

En 2015, en Auvergne-Rhône-Alpes, 303 000 personnes âgées sont en perte d’autonomie dans leur vie quotidienne, qu’elles vivent à domicile ou en institution. Leur accompagnement génère 100 000 emplois, comptabilisés en équivalent temps plein. D’ici 2030, la croissance du nombre de personnes âgées dépendantes induirait 16 400 nouveaux emplois. Le soutien à domicile, porté par les politiques publiques sanitaires et sociales, concerne de plus en plus de personnes âgées dépendantes. Il représenterait 12 000 de ces emplois supplémentaires à l’horizon 2030.

Insee Flash Auvergne-Rhône-Alpes
No 64
Paru le : Paru le 29/10/2019
Emma Bianco, Christelle Thouilleux (Insee)
Insee Flash Auvergne-Rhône-Alpes  No 64 - Octobre 2019

En 2015, Auvergne-Rhône-Alpes compte 303 000 personnes dépendantes âgées de 60 ans et plus, soit 16 % de cette tranche d’âge et 4 % de l’ensemble de la population. En 2030, selon les hypothèses retenues (méthodologie), près de 381 000 personnes âgées seraient dépendantes dans la région.

La dépendance peut être modérée ou sévère. En 2030, la région pourrait compter 99 000 personnes âgées sévèrement dépendantes, soit 10 % de plus qu’en 2015. La dépendance modérée devrait augmenter plus fortement (+ 32 %), pour atteindre 282 000 personnes en 2030. L’arrivée des générations nombreuses du baby-boom dans la classe d’âge des 60 ans et plus contribue à cet accroissement du nombre de personnes âgées dépendantes. La prise en charge et l’accompagnement des seniors en perte d’autonomie, qu’ils vivent chez eux ou en institution, sont des enjeux majeurs.

16 400 emplois supplémentaires d’ici 2030

En 2015, en Auvergne-Rhône-Alpes, près de 100 000 emplois comptabilisés en équivalent temps plein (ETP) sont consacrés aux soins et à l’aide aux personnes âgées en perte d’autonomie. La moitié des emplois sont dédiés à l’accompagnement à domicile et l’autre moitié en institution.

La hausse de la population dépendante engendrerait des besoins supplémentaires en personnel d’accompagnement et en professionnels soignants. D’ici 2030, en supposant inchangés les taux d’encadrement par lieu de résidence, le degré de perte d’autonomie et le type de profession (méthodologie), le nombre d’emplois liés à la dépendance atteindrait 116 000 emplois ETP, soit une augmentation de 16 % par rapport à 2015. Ainsi, pour répondre aux besoins des personnes âgées dépendantes, 16 000 emplois ETP devraient être créés, sans compter ceux liés au renouvellement du personnel actuel (départs à la retraite, mobilités professionnelles...). Ces emplois, qui ne sont pas délocalisables, renforcent l’attractivité des territoires en étoffant leur offre sanitaire et sociale. Le recrutement, la formation et la professionnalisation des personnels spécialisés représentent un réel enjeu.

Le nombre d’emplois augmenterait moins vite que le nombre de seniors dépendants, en lien avec l’hypothèse de stabilité du nombre de places en institution, où les taux d’encadrement sont plus élevés, et une croissance du nombre de seniors vivant à domicile.

La croissance des emplois liés à la dépendance serait plus élevée à l’est de la région

Les évolutions des emplois dédiés à la dépendance sont liées à celles de la population âgée dépendante. C’est à l’est de la région que l’accroissement démographique des dépendants serait le plus fort (figure 1). Ceci s’explique par la structure par âge dans ces territoires, où les générations du baby-boom, qui arrivent aux âges avancés, sont particulièrement nombreuses au regard de leur population. La croissance du nombre de professionnels travaillant auprès de ces personnes âgées entre 2015 et 2030 serait ainsi particulièrement élevée en Savoie (+ 23 %) et Haute-Savoie (+ 24 %).

À l’inverse, l’Allier et le Cantal ont déjà une part relativement importante de personnes âgées dans leur population. La croissance des emplois d’aide aux seniors y serait plus faible (+ 8 %), soit seulement 500 ETP supplémentaires. Le Rhône et l’Isère, départements les plus peuplés, où en 2015 les emplois liés à la dépendance sont les plus nombreux, compteraient respectivement 2 400 et 2 700 emplois supplémentaires en 2030.

Figure 1Les besoins en emplois liés à la dépendance augmenteraient plus vite dans les deux SavoieNombre d’emplois liés à la dépendance en équivalent temps plein (ETP) en 2015 et évolution entre 2015 et 2030 selon le scénario retenu

Les besoins en emplois liés à la dépendance augmenteraient plus vite dans les deux Savoie
Code département Département Nombre d’emplois liés à la dépendance Évolution 2015-2030 (en%)
01 Ain 7 109 20
03 Allier 6 447 8
07 Ardèche 6 176 21
15 Cantal 3 352 8
26 Drôme 6 704 21
38 Isère 13 331 20
42 Loire 12 171 11
43 Haute-Loire 4 217 15
63 Puy-de-Dôme 9 695 15
69 Rhône 18 457 13
73 Savoie 5 416 23
74 Haute-Savoie 6 856 24
  • Source : Insee-Drees, modèle de projections de personnes âgées dépendantes et d’empois liés à la dépendance

Figure 1Les besoins en emplois liés à la dépendance augmenteraient plus vite dans les deux SavoieNombre d’emplois liés à la dépendance en équivalent temps plein (ETP) en 2015 et évolution entre 2015 et 2030 selon le scénario retenu

  • Source : Insee-Drees, modèle de projections de personnes âgées dépendantes et d’empois liés à la dépendance

Des besoins importants en personnel spécialisé pour l’accompagnement à domicile des personnes âgées

Les politiques publiques en matière de vieillissement et de dépendance favorisent le soutien à domicile des personnes âgées dépendantes. En 2015, les trois quarts d’entre elles vivent à domicile, soit 232 000 personnes, et le quart restant vit dans des établissements spécialisés, principalement dans des Ehpad.

Les besoins supplémentaires en emplois liés à la dépendance se concentrent donc essentiellement sur l’accompagnement à domicile. En effet, à l’horizon 2030, le nombre d’emplois dédiés aux personnes âgées dépendantes vivant à domicile devrait augmenter beaucoup plus vite (+ 12 400 ETP en 15 ans) que ceux dans les établissements spécialisés (+ 4 100 ETP) (figure 2).

Figure 2Aide à domicile : 12 400 emplois supplémentaires d’ici 2030Évolution du nombre d’emplois (en ETP) à domicile et en établissement spécialisé en Auvergne-Rhône-Alpes entre 2015 et 2030

Aide à domicile : 12 400 emplois supplémentaires d’ici 2030
Année ETP en institution ETP à domicile
2015 50 541 49 389
2016 50 844 49 898
2017 51 313 50 626
2018 51 748 51 303
2019 52 128 51 950
2020 52 362 52 600
2021 52 560 53 285
2022 52 849 53 965
2023 53 118 54 685
2024 53 351 55 509
2025 53 574 56 395
2026 53 794 57 348
2027 54 000 58 361
2028 54 182 59 430
2029 54 358 60 587
2030 54 541 61 803
  • Source : Insee-Drees, modèle de projections de personnes âgées dépendantes et d’empois liés à la dépendance

Figure 2Aide à domicile : 12 400 emplois supplémentaires d’ici 2030Évolution du nombre d’emplois (en ETP) à domicile et en établissement spécialisé en Auvergne-Rhône-Alpes entre 2015 et 2030

  • Source : Insee-Drees, modèle de projections de personnes âgées dépendantes et d’empois liés à la dépendance

Les dépendants sévères sont moins nombreux mais nécessitent plus de soins et d’accompagnement. Leur prise en charge, quel que soit le lieu de vie, devrait représenter 61 900 emplois à l’horizon 2030, dont 61 % en établissement spécialisé et le reste pour l’aide à domicile.

En 2015, le personnel soignant (médecins, infirmiers et aides-soignants) représente près de la moitié des emplois en institution. Les aides-soignants y sont particulièrement nombreux. Dans les établissements spécialisés, c’est le métier où les recrutements seraient les plus importants (+ 1 500 ETP entre 2015 et 2030).

Pour ce qui est de l’aide à domicile, une grande majorité des emplois concernent l’accompagnement dans la vie quotidienne (68 %), réalisé par des aides à domicile et des aides ménagères (figure 3). Le reste des emplois relève essentiellement des infirmiers (21 %). Dans le contexte des politiques de soutien à domicile des personnes âgées dépendantes, près de 26 000 aides à domicile seraient nécessaires en 2030, soit 5 000 ETP supplémentaires par rapport à 2015.

Figure 3D’importants besoins en aides à domicile, aides ménagères et infirmiersETP par métier en 2015 et 2030 en Auvergne-Rhône-Alpes

D’importants besoins en aides à domicile, aides ménagères et infirmiers
ETP 2015 ETP 2030
En institution Aides-soignants 17 412 18 886
Agents de service 12 332 13 215
Professions médicales 6 838 7 445
Autres services 5 482 5 882
Professions sociales 4 533 4 869
Encadrement 3 944 4 244
À domicile Aides à domicile 20 889 25 940
Aides ménagères 12 681 16 300
Infirmiers 10 591 13 373
Autres 5 228 6 190
  • Source : Insee-Drees, modèle de projections de personnes âgées dépendantes et d’empois liés à la dépendance

Figure 3D’importants besoins en aides à domicile, aides ménagères et infirmiersETP par métier en 2015 et 2030 en Auvergne-Rhône-Alpes

  • Source : Insee-Drees, modèle de projections de personnes âgées dépendantes et d’empois liés à la dépendance

L’aide de l’entourage, en parallèle de l’aide professionnelle

La présence des aidants familiaux peut également favoriser le maintien à domicile des personnes âgées dépendantes. 85 % d’entre elles déclarent être aidées par leur entourage, un niveau proche de la moyenne nationale. Elles sont même 56 % à déclarer recevoir beaucoup d’aide de la part de leur entourage, contre 3 % pour les personnes âgées autonomes. Les aidants familiaux sont eux-mêmes concernés par le vieillissement et la dépendance, ce qui pose la question de l’évolution des pratiques de prise en charge à l’avenir.

Par ailleurs, souvent en complément de l’aide de l’entourage, les personnes âgées en perte d’autonomie peuvent bénéficier d’une aide professionnelle mais aussi d’une aide technique (canne, fauteuil roulant...) ou d’un logement aménagé (douche adaptée, porte élargie...).

Pour comprendre

Méthodologie

Les projections de personnes âgées dépendantes utilisent les projections de population, auxquelles sont appliquées des taux de dépendance estimés grâce à deux enquêtes de la Drees, l’enquête Vie quotidienne et santé (VQS) auprès des ménages de 2014 et l’enquête Établissements d’hébergement pour personnes âgées (EHPA) auprès des institutions en 2015.

Pour la répartition des personnes dépendantes entre institution et à domicile, le choix est de maintenir le nombre de places en établissements spécialisés entre 2015 et 2030 et d’affecter les places prioritairement aux dépendants sévères. Les hypothèses ne prennent pas en compte de facteur exogène comme les politiques publiques.

Les projections d’emplois liés à la dépendance sont estimées en considérant constants les taux de recours actuels aux professionnels, par lieu de résidence (domicile/institution), degré de perte d’autonomie et type de profession et le temps passé par ceux-ci.

Définitions


En France, les degrés de dépendance sont définis selon une grille nationale « autonomie gérontologie groupe iso-ressources » (Aggir) sur la perte d’autonomie pour les personnes âgées de 60 ans et plus. Les GIR 1 et GIR 2 caractérisent la dépendance sévère, les GIR 3 et GIR 4 la dépendance modérée, les GIR 5 et GIR 6 l’autonomie. Pour cette étude, les degrés de dépendance sont des GIR estimés.


Les institutions prises en compte dans cette étude recouvrent les établissements spécialisés tels que les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), les résidences autonomie adossées à un Ehpad, et les unités de soins de longue durée (USLD).

Pour en savoir plus

« Des seniors dépendants de plus en plus nombreux d’ici 2050 », Insee Analyses Auvergne-Rhône-Alpes n° 86, octobre 2019

« Les femmes davantage touchées par la perte d’autonomie », Insee Flash Auvergne-Rhône-Alpes n° 35, juin 2018

« Seniors : d’assez bonnes conditions de vie mais qui se dégradent avec la perte d’autonomie », Insee Analyses Auvergne-Rhône-Alpes n° 40, juin 2017