Les trois quarts des Corses travaillent dans leur intercommunalité de résidence

Marie-Pierre Nicolai, Insee

En 2016, 130 200 actifs occupent un emploi en Corse. Parmi eux, 76 % travaillent dans leur EPCI de résidence. Les intercommunalités où se situent les principales agglomérations régionales conjuguent stabilité de leurs actifs et forte attractivité pour les actifs d’EPCI voisins. Les migrations quotidiennes domicile-travail évoluent modérément ces dernières années. Les croissances de l’emploi et de la population active entre 2006 et 2016 profitent à l’ensemble des intercommunalités de l’île.

Marie-Pierre Nicolai, Insee
Insee Flash Corse  No 42 - septembre 2019

Une part de stables parmi les plus élevées de métropole

La Corse compte 19 Établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) dont 2 communautés d’agglomération (CA) : les CA du Pays Ajaccien (CAPA) et de Bastia (CAB).

Si la majorité des actifs travaillent dans leur EPCI de résidence (stables), une partie peut aller travailler ailleurs (sortants) et le territoire peut offrir des emplois à des résidents extérieurs (entrants). Ainsi, les migrations alternantes ou navettes quotidiennes entre domicile et travail, peuvent expliquer des évolutions différenciées de l’emploi et de la population active occupée.

En 2016, sur 130 200 personnes en emploi dans la région, seules 30 690 quittent chaque jour leur EPCI de résidence pour travailler. La part des stables est donc particulièrement élevée : 76 %. Elle situe la Corse à la seconde place des régions de France métropolitaine (66 %) après Provence-Alpes-Côte d’Azur (79 %).

Forte stabilité dans les EPCI urbains

Dans les intercommunalités CAPA et Sud Corse, la stabilité dépasse même 94 % (figure 1). Ces territoires abritent deux des trois plus grandes villes de l’île : Ajaccio et Porto-Vecchio. Au sein des autres EPCI comprenant une agglomération, la part de stables avoisine ou excède les 80 %. C’est notamment le cas en Sartenais-Valinco-Taravo (Propriano), Calvi Balagne (Calvi), Centre Corse (Corte), CAB (Bastia), Fium’orbu Castellu (Ghisonaccia) et l’Île-Rousse-Balagne (L’Île-Rousse). Pôles d’emplois importants pour leurs propres résidents elles attirent également des actifs venant d’autres intercommunalités, favorisant échanges et navettes quotidiennes.

Figure 1Taux de stables par EPCI en 2016

en %
Taux de stables par EPCI en 2016 (en %)
Code EPCI Nom EPCI Taux de stables
200015162 Oriente 65,7
200033827 Fium'orbu Castellu 81,4
200034205 Costa Verde 55,8
200036499 Marana-Golo 49,9
200038958 Pieve de l'Ornano 44,8
200040764 Sud Corse 94,7
200042943 Cap Corse 49,1
200067049 Spelunca-Liamone 69,8
200073104 L’Île-Rousse-Balagne 79,2
200073120 Nebbiu-Conca d'Oro 58,8
200073138 Pasquale Paoli 51,5
200073252 Castagniccia-Casinca 44,4
242000354 Bastia 82,6
242000495 Alta Rocca 55,0
242000503 Celavu-Prunelli 23,8
242010056 Pays Ajaccien 94,8
242010130 Sartenais-Valinco-Taravo 88,0
242020071 Centre Corse 84,4
242020105 Calvi Balagne 87,3
  • Source : Insee, Recensement de la population 2016

Figure 1Taux de stables par EPCI en 2016

  • Source : Insee, Recensement de la population 2016

Beaucoup de sortants dans les EPCI périurbains

En effet, cinq EPCI contigus aux CA ont la particularité de voir plus de la moitié de leurs actifs travailler en dehors de leur périmètre. C’est le cas de Celavu-Prunelli et Pieve de l’Ornano autour d’Ajaccio, de Marana-Golo, Castagniccia-Casinca et Cap Corse autour de Bastia. Zones résidentielles, elles logent une partie des travailleurs urbains. Mais si ces intercommunalités se vident quotidiennement de bon nombre de leurs actifs résidents, elles accueillent aussi des travailleurs d’EPCI voisins et urbains avec des taux d’entrées qui excèdent les 28 %, à l’exception du Cap Corse, plus isolé (15 %) (figure 2). En particulier, Marana-Golo reçoit chaque jour autant de travailleurs qu’elle en voit sortir de son territoire. Ces navetteurs occupent 50 % de l’emploi de la zone, plus de la moitié d’entre eux viennent de la CAB ; inversement, parmi les actifs qui en sortent, 80 % occupent un emploi dans la CAB. De même, dans cette continuité urbaine où l’axe routier facilite les échanges, 56 % des actifs de Castagniccia-Casinca sont navetteurs. Ils travaillent essentiellement à la CAB ou en Marana-Golo. En retour, cet EPCI accueille des actifs venant en grande majorité de Costa Verde et Marana-Golo.

Figure 2Taux d’entrants par EPCI en 2016

en %
Taux d’entrants par EPCI en 2016 (en %)
Code EPCI Nom EPCI Taux d’entrants
200015162 Oriente 28,8
200033827 Fium'orbu Castellu 13,8
200034205 Costa Verde 25
200036499 Marana-Golo 49,2
200038958 Pieve de l'Ornano 35,8
200040764 Sud Corse 14
200042943 Cap Corse 15,2
200067049 Spelunca-Liamone 9,9
200073104 L’Île-Rousse-Balagne 16,4
200073120 Nebbiu-Conca d'Oro 15,1
200073138 Pasquale Paoli 21,5
200073252 Castagniccia-Casinca 32
242000354 Bastia 31,5
242000495 Alta Rocca 18,5
242000503 Celavu-Prunelli 28,6
242010056 Pays Ajaccien 16,1
242010130 Sartenais-Valinco-Taravo 11,7
242020071 Centre Corse 29,8
242020105 Calvi Balagne 13,4
  • Source : Insee, Recensement de la population 2016

Figure 2Taux d’entrants par EPCI en 2016

  • Source : Insee, Recensement de la population 2016

Faible évolution des migrations alternantes

Les migrations alternantes entre EPCI ont tendance à se développer dans la plupart des intercommunalités, mais à un rythme modéré.

En 2016, dans la région, 23,6 % des actifs quittent leur EPCI pour travailler, soit 1 990 personnes de plus qu’en 2011. Cette part croît de 0,6 point sur la période, après + 0,5 point entre 2006 et 2011. Cette tendance est légèrement moins soutenue qu’au niveau national (+ 1,4 point après + 1,7 point).

Seule, une intercommunalité affiche une réelle diminution du taux d’actifs sortants. Il s’agit de Nebbiu-Conca d’Oro (-5,9 points entre 2006 et 2016), signe d’un fonctionnement plus indépendant du marché du travail.

Dynamisme de l’emploi et de la population active occupée

Entre 2006 et 2016, la Corse enregistre une croissance de l’emploi de 16,5 % et une hausse de la population active occupéede 16,6 %, nettement au-dessus de la moyenne métropolitaine (respectivement + 2,1 % et + 2,5 %) et au premier rang des régions devant l’Occitanie (respectivement + 7,6 %, + 7,7 %).

Toutes les intercommunalités bénéficient de cette double augmentation. Plus de la moitié affichent une hausse supérieure à la moyenne régionale (figure 3).

Dans les EPCI périurbains, la population active progresse nettement plus vite que l’emploi. C’est notamment le cas du Celavu-Prunelli, de Marana-Golo et du Cap Corse, mais aussi de l’Alta Rocca près de Porto-Vecchio.

Figure 3Évolutions de l'emploi et de la population active entre 2006 et 2016 par EPCI en Corse (en %)

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Évolutions de l'emploi et de la population active entre 2006 et 2016 par EPCI en Corse (en %) (en %)
Population active Emploi
Nebbiu - Conca d'Oro 24,4 35,7
Pieve de l'Ornano 23,9 32,0
Sud Corse 32,7 30,6
Marana-Golo 37,0 27,3
Costa Verde 19,8 23,5
Fium'orbu Castellu 22,6 21,2
L'Île-Rousse - Balagne 21,3 21,0
Spelunca-Liamone 16,1 19,7
Pays Ajaccien 17,5 19,0
Oriente 11,1 18,4
Corse 16,6 16,5
Sartenais Valinco Taravo 15,8 16,3
Castagniccia-Casinca 17,9 15,1
Alta Rocca 24,8 14,0
Pasquale Paoli 10,7 9,5
Centre Corse 10,3 9,3
Calvi Balagne 7,7 8,1
Celavu-Prunelli 26,8 7,9
Bastia 0,7 5,4
Cap Corse 14,7 2,9
  • Source : Insee, Recensement de la population 2016

Figure 3Évolutions de l'emploi et de la population active entre 2006 et 2016 par EPCI en Corse (en %)

  • Source : Insee, Recensement de la population 2016
Avertissement

L’écart entre le nombre d’emplois mesuré à partir du recensement de la population et celui comptabilisé dans les sources administratives a augmenté à partir de l’enquête annuelle de recensement de 2015, prise en compte pour l’établissement des résultats du recensement des années 2013 et postérieures. Cet accroissement coïncide avec l’introduction de la réponse par internet dans le recensement. Les évolutions du nombre d’emplois sont donc à interpréter avec prudence.

Définitions

Actifs : actifs occupés, c’est-à-dire ayant un emploi, comptabilisés au lieu de résidence.

Emplois : emplois occupés, comptabilisés au lieu de travail.

Navetteurs : actifs qui travaillent dans une intercommunalité différente de leur EPCI de résidence.

Taux de stables : rapport entre le nombre de stables et d’actifs occupés habitant dans l’EPCI.

T aux de sortie : rapport entre le nombre de navetteurs sortants et le nombre d’actifs occupés (au lieu de résidence).

Taux d’entrée : rapport entre le nombre de navetteurs entrants et le nombre d’emplois (au lieu de travail).

Pour en savoir plus

« Portrait des 19 intercommunalités de Corse », Insee Dossier Corse n°11, octobre 2018

« Une croissance démographique marquée dans les EPCI périurbains », Insee Flash Corse n°38, janvier 2019

« Quatre actifs sur dix changent de commune pour aller travailler », Insee Flash Corse n°17, juin 2016

« Les emplois se concentrent très progressivement sur le territoire, les déplacements domicile-travail augmentent », Insee première n° 1771, septembre 2019