La diffusion des démarches de responsabilité sociétale des entreprises

Sylvie Dumartin, département des Synthèses sectorielles, Insee

En 2016, 59 % des entreprises de 20 salariés ou plus ont « déjà entendu parler » de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Parmi celles qui n’en ont jamais « entendu parler », un quart estiment cependant mener des actions qui s’inscrivent dans le cadre de la RSE.

Les très grandes entreprises et celles qui appartiennent à un groupe sont les plus actives dans les démarches de RSE. Les entreprises des secteurs de l’énergie et de l’environnement sont les plus engagées, notamment à travers le volet environnemental.

La RSE, un concept connu, un concept mis en oeuvre

Le concept de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) formalise le fait que l’entreprise, au-delà de sa fonction économique de production, s’engage en tant qu’actrice de la cohésion « sociétale » vis-à-vis de ses partenaires commerciaux et non commerciaux (territoires, associations, établissements d’enseignement par exemple), de la cohésion sociale, y compris au-delà de ses salariés, et de la protection de l’environnement. La démarche RSE consiste à conduire ces actions de façon intégrée dans la stratégie de l’entreprise. En 2016, 59 % des entreprises de 20 salariés ou plus disent avoir « déjà entendu parler » de la RSE (figure 1). Un quart d’entre elles estime néanmoins ne pas mener d’action dans une perspective de RSE. Parmi celles qui disent « ne jamais en avoir entendu parler » (soit 41 %), un quart estime cependant mener des actions relevant de la RSE.

Figure 1 - Connaissance et pratique de la RSE

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Figure 1 - Connaissance et pratique de la RSE (en %) - Lecture : 14 % des entreprises ont déjà entendu parler de la RSE, mais n'ont pas le sentiment de mener des actions dans une perspective de RSE.
Ont déjà entendu parler de la RSE N'ont jamais entendu parler de la RSE
N'ont pas le sentiment de mener des actions dans une perspective RSE 14 30
Ont le sentiment de mener des actions dans une perspective RSE 45 11
  • Lecture : 14 % des entreprises ont déjà entendu parler de la RSE, mais n'ont pas le sentiment de mener des actions dans une perspective de RSE.
  • Champ : unités légales employant 20 salariés ou plus hors sociétés agricoles, financières et d'assurance ; France.
  • Source : Insee, enquête Entreprises et développement durable, 2016.

Figure 1 - Connaissance et pratique de la RSE

  • Lecture : 14 % des entreprises ont déjà entendu parler de la RSE, mais n'ont pas le sentiment de mener des actions dans une perspective de RSE.
  • Champ : unités légales employant 20 salariés ou plus hors sociétés agricoles, financières et d'assurance ; France.
  • Source : Insee, enquête Entreprises et développement durable, 2016.

La RSE est un concept dont la pratique dépasse la théorie : des entreprises sont impliquées dans des actions relevant de la RSE sans connaître formellement ce concept, d’autres estiment ne pas mener d’action dans le cadre de la RSE et pourtant mettent en œuvre certaines actions qui entrent dans ce champ. Les entreprises qui semblent les plus éloignées du concept de RSE, celles qui n’en ont jamais entendu parler et qui estiment ne pas mener d’action, représentent 30 % du total. Elles répondent néanmoins positivement en moyenne à 14 % des actions citées dans le questionnaire de l’enquête sur les entreprises et le développement durable. Les plus engagées, c’est-à-dire celles qui ont entendu parler de la RSE et estiment mener des actions dans ce cadre (45 %), répondent positivement, en moyenne, à 39 % des actions citées dans le questionnaire.

La connaissance et la mise en œuvre des actions de RSE dépendent essentiellement de la taille de l’entreprise, de son appartenance à un groupe et à certains secteurs d’activité. Des éléments liés plutôt au modèle économique, comme l’étendue géographique du marché (clients ou fournisseurs localisés à proximité, en France, à l’étranger) ou la dépendance plus ou moins forte à l’égard des principaux clients ou fournisseurs, ne constituent pas des différences statistiquement significatives quant à la connaissance ou la pratique de la RSE.

Un engagement affirmé des grandes entreprises de l’énergie et de l'environnement et des services

En 2016, la quasi-totalité des entreprises de 500 salariés ou plus (96 %) déclarent avoir entendu parler de la RSE. La notoriété de la notion de RSE augmente avec la taille de l’entreprise (figure 2) : seule la moitié des entreprises de 20 à 49 salariés connaissent la RSE.

Figure 2 - Part des entreprises ayant déjà entendu parler de la RSE selon leur taille

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Figure 2 - Part des entreprises ayant déjà entendu parler de la RSE selon leur taille (en %)
N'ont pas le sentiment de mener des actions de RSE Ont le sentiment de mener des actions de RSE
20 à 49 salariés 13 38
50 à 249 salariés 16 53
250 à 499 salariés 10 76
500 salariés ou plus 6 90
Ensemble 14 45
  • Champ : unités légales employant 20 salariés ou plus hors sociétés agricoles, financières et d'assurance ; France.
  • Source : Insee, enquête Entreprises et développement durable, 2016.

Figure 2 - Part des entreprises ayant déjà entendu parler de la RSE selon leur taille

  • Champ : unités légales employant 20 salariés ou plus hors sociétés agricoles, financières et d'assurance ; France.
  • Source : Insee, enquête Entreprises et développement durable, 2016.

En outre, dans toutes les catégories de taille, il demeure une proportion relativement importante d’entreprises qui disent connaître (plus ou moins) la RSE mais ne mettent pas d’actions en pratique.

Les deux tiers des entreprises du champ de l’enquête appartiennent à un groupe. En règle générale, elles connaissent mieux la RSE que les entreprises indépendantes : elles ont 1,4 fois plus de chances d’avoir déjà entendu parler de la RSE et de mener des actions entrant dans ce cadre, « toutes choses égales par ailleurs », c’est-à-dire à autres caractéristiques identiques de taille, secteur et zone géographique d’activité.

Les entreprises des secteurs de l’énergie et de l’environnement sont nettement les plus engagées, « toutes choses égales par ailleurs » : elles sont depuis longtemps concernées par le volet environnemental de la RSE, y compris par le biais de la réglementation. De plus, leur structuration en grandes entreprises internationales les implique aussi dans les volets sociaux et sociétaux. Les autres secteurs les plus engagés dans les politiques de RSE relèvent des services : l’immobilier (y compris les loueurs et les organismes d’HLM), les activités de services administratifs et de soutien, les activités spécialisées, scientifiques et techniques et les activités de l’information et de la communication.

Les entreprises du commerce de détail et des services personnels sont, de façon significative, les moins informées et les moins engagées dans la RSE.

Les autres secteurs d’activité, soit la plupart des secteurs de l’industrie, de la construction, des transports et du commerce de gros, regroupent des entreprises dont la position par rapport à la RSE dépend essentiellement de leur taille et de leur appartenance ou non à un groupe.

Quels sont les résultats des actions de RSE escomptés par les entreprises ?

Les entreprises qui estiment mener des actions de RSE étaient invitées à sélectionner au plus deux résultats attendus parmi les six proposés par l’enquête. Le plus souvent choisi, « le respect de l’homme et de l’environnement », est le plus général, il est aussi celui qui touche le moins directement le fonctionnement de l’entreprise et était proposé en dernier par le questionnaire : 59 % des entreprises l’ont quand même sélectionné (figure 3). Ceci peut être interprété diversement : soit les entreprises ont effectivement une vision prioritairement humaine et environnementale des démarches de RSE, soit les autres motifs proposés ne leur apparaissent pas comme prioritaires.

Les autres motifs proposés sont directement liés au management de l’entreprise. « L’adhésion et la motivation des employés » arrive donc en deuxième position des résultats attendus pour la RSE (38 %). Un tiers des entreprises citent la gestion des risques, un tiers également l’amélioration de leur image externe comme motifs principaux d’actions de RSE. La réduction des coûts de production motive prioritairement un quart des entreprises engagées dans la RSE. Le développement de nouveaux biens et services motive prioritairement seulement une entreprise sur dix.

Selon les secteurs d’activité, les actions de RSE répondent à des objectifs sensiblement différents. Comme souvent dans le domaine de la RSE, les entreprises de l’énergie et de l'environnement se démarquent, en accordant une très grande importance au respect de l’homme et de l’environnement (72 % des entreprises citent ce motif) et à la gestion des risques (46 %).

Figure 3 - Principaux résultats attendus des actions de RSE par secteur(deux réponses possibles)

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Figure 3 - Principaux résultats attendus des actions de RSE par secteur (en %)
Respect de l'homme ou de l'environnement Adhésion, motivation des employés Gestion des risques Amélioration de l'image externe de l'entreprise Réduction des coûts de production Développement de nouveaux biens ou services
Énergie et environnement 72 26 46 28 15 12
Hébergement et restauration 65 31 36 33 27 5
Activités de services administratifs et de soutien 64 45 30 31 15 13
Activités spécialisées, scientifiques et techniques 62 49 23 30 17 14
Transports et entreposage 60 32 38 32 28 6
Construction 60 29 37 31 30 9
Commerce de détail, réparation et services personnels 59 42 28 35 22 8
Information et communication 57 62 13 34 13 13
Industries extractives et manufacturières 57 35 37 22 38 10
Industrie agroalimentaire 57 32 27 26 43 9
Commerce de gros 56 38 35 35 19 13
Activités immobilières 56 36 23 34 21 24
Ensemble 59 38 32 30 26 10
  • Champ : unités légales employant 20 salariés ou plus hors sociétés agricoles, financières et d'assurance, estimant mener des actions de RSE ; France.
  • Source : Insee, enquête Entreprises et développement durable, 2016.

Pour les entreprises des services, « l’adhésion et la motivation des employés » est un objectif prioritaire, notamment dans les secteurs de l’information et de la communication, des activités tertiaires spécialisées, des services administratifs et de soutien.

Les entreprises de l’industrie, y compris agroalimentaire, visent dans les actions de RSE, outre un respect affirmé de l’homme et de l’environnement, en priorité une réduction des coûts de production.

Dans les secteurs de la construction, des transports et de l'entreposage, de l’hébergement et de la restauration, les préoccupations des entreprises sont plus orientées vers la gestion des risques.

Sources

L’enquête Entreprises et développement durable (EnDD) de 2016 vise à mesurer l’implication des entreprises de 20 salariés ou plus dans une démarche de développement durable sous ses différentes dimensions (économique et sociétale, sociale, environnementale). Le terme « RSE » n’apparaît pas dans la dénomination de l’enquête lors de la collecte, et les questions portant sur la RSE n’interviennent qu’en fin du questionnaire, le terme de « développement durable » étant jugé mieux connu que la notion de RSE.

L’enquête aborde donc en premier lieu l’ensemble des actions qui entrent dans le cadre de la RSE : volet économique et sociétal (16 actions évoquées), volet social (10 actions), volet environnemental (14 actions). Seulement après, le questionnaire vise à évaluer la notoriété du concept de RSE et les actions spécifiques menées dans ce cadre.

Les questions relevant de la place de la RSE dans la gouvernance d’entreprise n’ont été posées qu’aux entreprises de 50 salariés ou plus.

Ont été interrogées 11 009 entreprises, représentatives des unités légales de 20 salariés ou plus ; parmi elles, 8 951 ont fourni une réponse exploitable. Les entreprises de 500 salariés ou plus ont été interrogées de façon exhaustive. Les secteurs enquêtés correspondent aux sections B à N et aux divisions 95-96 de la section S de la nomenclature d’activités française (NAF rév. 2), à l’exception des activités financières et d’assurances (section K).

Définitions

La responsabilité sociétale des entreprises (RSE)

La troisième communication de la Commission européenne sur la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), présentée en octobre 2011, définit la RSE comme « la responsabilité des entreprises vis-à-vis des effets qu’elles exercent sur la société ».

La Commission ajoute que « pour assumer cette responsabilité, il faut au préalable que les entreprises respectent la législation en vigueur et les conventions collectives conclues entre partenaires sociaux ».

« Afin de s’acquitter pleinement de leur responsabilité sociale, il convient que les entreprises aient engagé, en collaboration étroite avec leurs parties prenantes, un processus destiné à intégrer les préoccupations en matière sociale, environnementale, éthique, de droits de l’Homme et de consommateurs dans leurs activités commerciales et leur stratégie de base. »

Les secteurs de l’énergie et de l’environnement correspondent aux sections D et E de la NAF rév. 2.

Pour en savoir plus

Les entreprises et le développement durable en 2016, Insee Résultats, mai 2019.

Travaux de la Plateforme RSE

« Le rôle du commerce dans la responsabilité sociétale des entreprises », in La situation du commerce en 2017, coll. « Documents de travail », n° E2018/05, chapitre III, décembre 2018.

Dumartin S., « Les pratiques environnementales des entreprises », Insee Première n° 1673, novembre 2017.

Ernst E. et Honoré-Rougé Y., « La responsabilité sociétale des entreprises : une démarche déjà répandue », Insee Première n° 1421, novembre 2012.