Les Bretons plus souvent propriétaires de leur logement

Hervé Bovi et Alain Maillochon, Insee

Le nombre de ménages bretons propriétaires de leur logement a plus que doublé en un peu moins de 50 ans. En 2014, il approche un million, soit les deux tiers de l’ensemble des ménages de la région. Malgré une progression ralentie du taux de propriétaires depuis 1990, la Bretagne demeure la première région métropolitaine sur ce critère, devant la région voisine des Pays de la Loire. Cet essor de la propriété concerne tout particulièrement les seniors, les couples et, en termes de revenus, les ménages les plus favorisés.

Hervé Bovi et Alain Maillochon, Insee
Insee Flash Bretagne  No 43 - novembre 2018

Entre 1968 et 2014, la population bretonne a augmenté d’un tiers, passant de 2,5 millions à 3,3 millions d’habitants. Sur la même période, la taille moyenne des ménages bretons a enregistré une baisse significative. Elle a diminué de 3,2 à 2,2 personnes, en lien avec l’évolution des modes de vie. Ces deux effets conjugués ont entraîné un doublement du nombre de ménages en moins de 50 ans. La Bretagne compte ainsi 1 477 000 ménages en 2014 contre 753 000 en 1968.

Deux fois plus de ménages propriétaires en 50 ans

Au cours de cette période 1968-2014, le nombre de ménages propriétaires de leur logement a plus que doublé, passant de 416 000 à 979 000. En 2014, 66,3 % des ménages bretons sont propriétaires, comparé à 57,4 % en France métropolitaine hors Corse. Ce critère situe la Bretagne au 1er rang des régions métropolitaines (figure 1), devant les Pays de la Loire (64,3 %) et le Centre-Val de Loire (64,1 %).

Figure 1Les Bretons plus souvent propriétaires, sauf en Ille-et-VilaineTaux de ménages propriétaires en 2014 (en %)

Les Bretons plus souvent propriétaires, sauf en Ille-et-Vilaine
Région Taux de ménages propriétaires
Île-de-France 47,4
Centre-Val de Loire 64,1
Bourgogne-Franche-Comté 62,9
Normandie 58,2
Hauts de France 57,7
Grand Est 58,6
Pays de la Loire 64,3
Bretagne 66,3
Nouvelle-Aquitaine 62,4
Occitanie 59,5
Auvergne-Rhône-Alpes 58,7
Provence-Alpes-Côte d'Azur 54,4

Figure 1Les Bretons plus souvent propriétaires, sauf en Ille-et-VilaineTaux de ménages propriétaires en 2014 (en %)

Région Taux de ménages propriétaires
Côtes-d’Armor 70,9
Finistère 69,3
Ille-et-Vilaine 59,9
Morbihan 67,6
  • Source : Insee, Saphir Recensement de la population 2014
  • Source : Insee, Saphir Recensement de la population 2014

En Bretagne, la proportion de propriétaires diffère d’un département à l’autre. En 2014, elle est la plus élevée dans les Côtes-d’Armor (70,9 %). Cela situe ce territoire au 3e rang des départements métropolitains. Le Finistère (69,3 %) et le Morbihan (67,6 %) se placent également dans le peloton de tête. A contrario, l’Ille-et-Vilaine figure dans la 2e moitié du classement avec 59,9 % de ménages propriétaires.

Une hausse essentiellement dans les années 70 et 80

La fréquence plus importante de propriétaires en Bretagne constitue une caractéristique de la région observée sur une longue période. Ainsi, la situation enregistrée en 2014 prévalait aussi en 1968. La Bretagne était déjà la région de France métropolitaine avec le plus fort taux de ménages propriétaires. L’écart avec la moyenne nationale s’avérait même plus important : 55,3 % de ménages propriétaires comparé à 42,8 % pour l’ensemble de l’Hexagone. En conséquence, la part des propriétaires parmi les ménages a certes progressé en Bretagne entre 1968 et 2014, mais plus modérément qu’en moyenne nationale.

Au cours des 50 dernières années, l’augmentation de la proportion de propriétaires n’est pas régulière. Ce constat vaut aussi pour la France métropolitaine. En Bretagne, la progression est plus rapide entre 1968 et 1990 (figure 2), la part de propriétaires gagnant 10 points sur cette période. A contrario, entre 1990 et 2014, le taux de propriétaires s’est pratiquement stabilisé, progressant de 1 point. La région a notamment enregistré une baisse du taux de propriétaires entre 1990 et 1999, probablement en lien avec la décohabitation. Les personnes seules et les familles monoparentales sont en effet moins fréquemment propriétaires que les couples.

Figure 2Une croissance ralentie du taux de propriétaires depuis les années 90Répartition des ménages bretons selon le statut d’occupation du logement de 1968 à 2014 (en %)

Une croissance ralentie du taux de propriétaires depuis les années 90
Année du recensement Propriétaires Logés gratuitement Locataires Ensemble
1968 55,3 6,2 38,5 100,0
1975 59,9 6,2 33,9 100,0
1982 63,7 5,8 30,5 100,0
1990 65,1 4,4 30,5 100,0
1999 63,5 3,3 33,2 100,0
2009 66,5 1,6 31,9 100,0
2014 66,3 1,3 32,4 100,0
  • Source : Insee, Saphir Recensements de la population 1968 à 2014

Figure 2Une croissance ralentie du taux de propriétaires depuis les années 90Répartition des ménages bretons selon le statut d’occupation du logement de 1968 à 2014 (en %)

  • Source : Insee, Saphir Recensements de la population 1968 à 2014

Couples, seniors et cadres : plus souvent propriétaires

En Bretagne, parmi les personnes vivant seules en 2014, une sur deux (52,2 %) est propriétaire de son logement (figure 3). Cette proportion a légèrement augmenté depuis 1968 (48,9 %), mais beaucoup moins que pour l’ensemble des ménages. Les couples, qu’ils aient ou non des enfants, sont dans huit cas sur dix (82,2 %) détenteurs de leur logement en 2014. Depuis 1968, le taux de propriétaires parmi ceux-ci s’est ainsi accru de plus de 20 points, plus fortement que pour l’ensemble des ménages. C’est l’inverse pour les familles monoparentales pour lesquelles la part de propriétaires a nettement reculé, de 53,8 % en 1968 à 37,0 % en 2014, alors que leur nombre a dans le même temps fortement augmenté, passant de 34 000 à 86 400.

Figure 3Les couples, les cadres et les seniors plus souvent propriétaires de leur logementNombre de ménages et taux de propriétaires en Bretagne en 1968 et 2014 selon la catégorie sociale, le type de ménage et l’âge du référent du ménage

Les couples, les cadres et les seniors plus souvent propriétaires de leur logement
Nombre total de ménages Taux de propriétaires (en %) Évolution du taux de propriétaires (en points)
1968 2014 1968 2014
Ensemble des ménages 752 600 1 476 900 55,3 66,3 + 11,0
Catégorie socioprofessionnelle Agriculteurs 135 700 26 400 61,7 86,2 + 24,5
Artisans, commerçants, chefs d’entreprise 65 000 68 400 69,1 72,7 + 3,6
Cadres 24 400 130 800 46,5 72,6 + 26,1
Professions intermédiaires 45 900 203 800 40,7 65,0 + 24,3
Employés 66 900 156 800 39,1 42,2 + 3,1
Ouvriers 171 800 258 400 47,4 54,4 + 7,0
Type de ménage Personne vivant seule 153 200 546 100 48,9 52,2 + 3,3
Couple sans enfant 173 800 444 600 62,6 82,1 + 19,5
Couple avec enfant 337 400 346 100 53,1 77,1 + 24,0
Famille monoparentale dont au moins 1 enfant a moins de 25 ans 34 000 86 400 53,8 37,0 - 16,8
Autre type de ménage 54 200 53 700 64,5 56,1 - 8,4
Tranche d’âge Moins de 25 ans 25 700 83 600 7,5 4,9 - 2,6
De 25 à 59 ans 468 400 826 600 53,4 61,3 + 7,9
60 ans ou plus 258 500 566 700 63,5 82,6 + 19,1
  • Source : Insee, Saphir Recensements de la population 1968 à 2014

En Bretagne, comme en France métropolitaine, la part des ménages propriétaires augmente avec l’âge. Elle est très faible pour les moins de 25 ans (4,9 % en 2014) et la plus élevée pour les 60 ans ou plus (82,6 % en 2014). La proportion de propriétaires parmi les ménages de 60 ans ou plus a nettement augmenté puisqu’en 1968 elle atteignait 63,5 %. Cette nette hausse résulte pour une large part de conditions d’accès plus favorables à la propriété au cours des années 1968 à 1990, notamment en matières de conditions d’emprunts immobiliers. Pour les tranches d’âges intermédiaires, considérés ici allant de 25 à 59 ans, la progression du taux de propriétaires se situe autour de 8 points. A contrario, les ménages plus jeunes sont moins souvent propriétaires en 2014 qu’en 1968, ce qui reflète, au moins pour la période récente, la hausse des prix des logements.

Sur cette même période, le taux de propriétaires a très fortement progressé parmi les agriculteurs, les cadres et les professions intermédiaires. Au-delà de ces évolutions quantitatives, ces catégories socioprofessionnelles ont connu de profondes mutations dans leurs compositions au cours de ces cinquante dernières années.

Sources

Les résultats sont issus de l’exploitation historique des recensements de la population. La base Saphir (Système d’analyse de la population par l’historique des recensements) est un fichier de données harmonisé des recensements réalisés entre 1968 et 2014, permettant leur comparaison ainsi que des analyses sur des longues périodes.

Définitions


Un ménage désigne l’ensemble des occupants d’un même logement sans que ces personnes soient nécessairement unies par des liens de parenté (en cas de cohabitation, par exemple). Un ménage peut être composé d’une seule personne.

Dans cette étude, sont traitées uniquement les résidences principales. Le terme de ménage propriétaire de sa résidence principale désigne donc un ménage dont au moins un des occupants en est propriétaire.

Les caractéristiques d’un ménage (par l’exemple, l’âge) sont assimilées à celles de son référent. Ainsi, un ménage dont le référent a moins de 25 ans est désigné par le terme « ménage de moins de 25 ans ».

Pour en savoir plus

C. Arnold, J. Boussard, « L’accès à la propriété en recul depuis la crise de 2008 », in Les conditions de logement en France, coll. « Insee Références », 2017

« Caractéristiques des propriétaires occupants », in Les conditions de logement en France, coll. « Insee Références », 2017

J. Bosvieux, « Accession à la propriété : des acquéreurs plus nombreux mais prudents », coll. « Économie et Statistique », n° 381-382, 2005

Carole Bonnet, Bertrand Garbinti, Sébastien Grobon, « Accès à la propriété : les inégalités s’accroissent depuis quarante ans » coll. « Études et résultats » DREES n° 961 (2016, mai)

« Dans toutes les régions, des ménages plus souvent propriétaires qu’il y a 50 ans » coll. Insee Focus n° 132 (2018, nov.)