En Bourgogne-Franche-Comté, l’offre de services progresse, mais moins qu’ailleurs

Madeline Bertrand, Insee

L’offre de services à la population a progressé en Bourgogne-Franche-Comté entre 2012 et 2017. Cette augmentation est toutefois l’une des plus faibles de France métropolitaine. Le contexte démographique joue pour partie et dans une moindre mesure le niveau de services en 2012. Les points d’accès aux services tendent en effet à se développer davantage le long des territoires les plus peuplés de la région, sur l’axe reliant Mâcon à Dijon, autour de Besançon, Pontarlier et Sens. Toutefois, dans la Nièvre, au coeur du Morvan, l’offre de services progresse, quelle que soit la gamme de services considérée, malgré une population en forte baisse.

Boucheries-charcuteries, épiceries ou encore médecins généralistes sont moins présents dans la région qu’en 2012. En revanche, les services répondant aux besoins d’une population âgée se sont développés davantage qu’en France métropolitaine : c’est le cas pour les infirmiers ou les maisons pour personnes âgées.

L’offre de services à la population, mesurée par le nombre de points d’accès aux services, s’est renforcée en Bourgogne-Franche-Comté comme ailleurs entre 2012 et 2017 (champ de l’étude). La région est cependant l’une de celles où le nombre de services a le moins progressé. Ce moindre renforcement n’est pas spécifique à une gamme de services. L’essor de l’offre de proximité est ainsi bien plus modeste qu’en moyenne métropolitaine (figure 1). Surtout, le développement des services de la gamme intermédiaire comme de la gamme supérieure est le plus faible de France métropolitaine.

Faible progression du taux d’implantation

Ce moindre développement de l’offre de services en cinq ans n’est pas le fait d’une offre initialement plus importante. En 2012, la région était ainsi l’une des moins dotées en services eu égard à sa population, en particulier pour la gamme supérieure.

Il peut toutefois s’expliquer par une moindre croissance de la population (figure 2). La Bourgogne-Franche-Comté est en effet la région de France métropolitaine où le nombre d’habitants a le moins augmenté en cinq ans, de 0,25 % contre 2,45 % en France métropolitaine.

Pour autant, le taux d’implantation qui rapporte le nombre de services à 10 000 habitants, progresse certes en Bourgogne-Franche-Comté, mais beaucoup moins qu’ailleurs. C’est le cas pour les services de proximité et intermédiaires. C’est encore plus net pour ceux de la gamme supérieure avec une augmentation de 0,2 service pour 10 000 habitants contre 0,7 en France métropolitaine.

figure 1Une faible densité de pôle de services en Bourgogne-Franche-Comté

Une faible densité de pôle de services en Bourgogne-Franche-Comté
Gamme Territoire Services Part de communes pôles de services en 2017 (%)
Évolution 2012-2017 (%) Taux en 2017 Variation du taux entre 2012 et 2017
(en nombre de services pour 10 000 habitants)
Proximité (boulangerie, médecin, épicerie, maçon…) Bourgogne-Franche-Comté + 8,9 205 16,3 17,6
France métropolitaine + 15,4 233 26,2 32,0
Intermédiaire (banque, ambulance, supermarché…) Bourgogne-Franche-Comté + 2,1 49 0,9 3,5
France métropolitaine + 4,5 53 1,1 8,6
Supérieure (ophtalmologue, hypermarché, urgences...) Bourgogne-Franche-Comté + 2,3 12 0,2 0,7
France métropolitaine + 7,5 14 0,7 2,1
  • Source : Insee, BPE 2012 et 2017

figure 2Services de proximité : une progression parmi les plus faibles des régions françaises

Services de proximité : une progression parmi les plus faibles des régions françaises
Évolution de population entre 2010 et 2015 Évolution du nombre de services de proximité entre 2012 et 2017
Île-de-France 2,51 30,60
Corse 5,68 17,85
France métropolitaine 2,45 15,43
Auvergne-Rhône-Alpes 3,95 14,25
PACA 2,22 14,21
Hauts-de-France 0,96 13,76
Grand Est 0,48 12,60
Normandie 0,87 12,19
Occitanie 4,64 11,61
Nouvelle-Aquitaine 2,89 11,47
Pays de la Loire 4,12 11,45
Bourgogne-Franche-Comté 0,25 8,90
Centre-Val de Loire 1,20 7,65
Bretagne 2,96 7,31
  • Source : Insee, BPE 2012 et 2017

figure 2Services de proximité : une progression parmi les plus faibles des régions françaises

Des services en progression dans les territoires les plus peuplés

Services de proximité, intermédiaires et supérieurs se sont essentiellement développés le long des territoires les plus peuplés de la région, c’est-à-dire dans et autour des principales agglomérations, sur un axe reliant Mâcon à Dijon, autour de Besançon, de Pontarlier et de Sens (figure 3).

L’évolution des services est plus contrastée dans les autres grandes villes de la région, à Nevers, Auxerre, Vesoul, Belfort, Montbéliard, Dole et Lons-le-Saunier. Toutes perdent des habitants à l’exception de la communauté d’agglomération du Grand Belfort. Les services de proximité augmentent dans toutes ces agglomérations, ce qui n’est pas le cas pour la gamme supérieure en progression seulement à Nevers. La gamme intermédiaire est quant à elle en repli à Auxerre, Belfort et Nevers.

En règle générale, le nombre de services des gammes intermédiaire et supérieure progresse dans les territoires qui gagnent des habitants et diminue dans ceux qui en perdent. C’est ainsi que ces services relevant des gammes supérieure et intermédiaire sont moins nombreux qu’en 2012 le long d’un arc passant par Joigny, Avallon, Autun et Marcigny, dans le nord de la Haute-Saône et dans le nord de la Côte-d’Or. Ainsi Châtillon-sur-Seine propose désormais moins de la moitié des services de la gamme supérieure.

Toutefois, le lien entre évolution de la population et des point d’accès aux services n’est pas systématique. Ainsi, au centre de la Nièvre, dans les territoires traversant le parc régional du Morvan et reliant Saulieu à Prémery, l’offre progresse quelle que soit la gamme de services alors que la population baisse. À l’inverse, Seurre et les territoires environnants, situés à la croisée des axes Chalon-sur-Saône/Dijon, Dijon/Lons-le-Saunier perdent des services relevant des trois gammes, particulièrement de celle de proximité, malgré une population en légère augmentation.

Figure 3Les services de la gamme intermédiaire progressent dans les territoires les plus peuplés

  • Source : Insee, BPE 2012 et 2017
  • Source : Insee, Recensements de population 2010 et 2015

Moins de pôles de services intermédiaires et supérieurs

L’offre de services s’articule autour d’un réseau de communes, plus ou moins dense selon la gamme de services.

Dans la région, 18 % des communes disposent de la moitié des équipements et services de proximité en 2017 : c’est près de deux fois moins qu’en France métropolitaine. Cette part n’a pas progressé depuis 2012.

Si l’armature de ce réseau ne se renforce pas, la géographie de ces pôles a cependant évolué en cinq ans : l’émergence de nouveaux pôles de services (définitions), plutôt situés dans les aires d’influence des grands pôles d’emploi de la région, s’est accompagnée de la disparition d’autres. En France métropolitaine, l’armature des pôles de proximité s’est au contraire renforcée, l’introduction de nouvelles communes comme pôles étant deux fois plus fréquente que leur disparition.

Le maillage des pôles de services intermédiaires est en léger recul dans la région alors qu’il s’étend en France métropolitaine où il était pourtant en 2012 proportionnellement deux fois plus dense. Si quelques villes de la région comme Givry et Mirebeau-sur-Bèze sont devenues des pôles, une dizaine d’autres ont perdu cette qualification, soit parce qu’elles ont un type de services en moins comme c’est le cas pour Seloncourt, Montmorot, soit plusieurs comme c’est le cas pour Dampierre-sur-Salon et Beaucourt. C’est ainsi que dans le Territoire de Belfort, l’offre de services de la gamme intermédiaire se resserre sur cinq pôles en 2017 contre sept auparavant. Malgré cela, le département conserve avec la Saône-et-Loire, le maillage de pôles intermédiaires le plus important de la région, avec 5 % de communes pôles de services en 2017.

Seules 26 villes disposent d’une diversité de services de la gamme supérieure suffisante pour se positionner comme pôles de services de cette gamme. Elles représentent 0,8 % des communes de la région contre 2 % en France métropolitaine. Cinq pôles de la région, Avallon, Morteau, Champagnole, Châtillon-sur-Seine et Luxeuil-les-Bains ont perdu leur statut de pôle de services de la gamme supérieure. Seule Gray acquiert cette qualification en offrant une variété de services de la gamme supérieure plus importante en 2017 qu’en 2012.

Davantage d’infirmiers, moins de services d’urgences

Seuls quelques services de proximité sont moins présents en 2017 qu’en 2012. Leur disparition est toutefois plus prononcée dans la région. Ainsi le nombre de boucheries-charcuteries, de terrains de tennis et de médecins omnipraticiens diminue de 5 % environ. Le Doubs est le seul département de la région à conserver le même nombre de médecins généralistes. Les épiceries-supérettes sont aussi moins nombreuses en 2017 alors qu’elles ont progressé de près de 10 % en métropole. Celles-ci se sont surtout implantées ces dernières années dans les grandes agglomérations. Or la Bourgogne-Franche-Comté est une des régions les moins urbanisées de France métropolitaine.

Tous les autres services de la gamme de proximité augmentent, parfois davantage qu’en France métropolitaine. Il y a ainsi plus d’un quart de services de réparation automobile et de matériel agricole supplémentaires et dans le domaine de la santé, d’infirmiers.

Pour d’autres services comme les entreprises et artisans du bâtiment, l’offre explose en France alors qu’elle n’augmente que timidement dans la région. C’est aussi le cas des agences immobilières, soins de beauté et taxis (y compris VTC), activités qui se développent principalement dans un environnement urbain.

Une dizaine de services de la gamme intermédiaire progressent plus qu’au niveau national. Ce sont principalement ceux liés à la santé et qui répondent en partie au vieillissement de la population comme les podologues-pédicures, ambulances, orthophonistes, hébergements de personnes âgées ou encore les pompes funèbres.

À l’inverse, pour une autre dizaine de commerces comme les magasins de chaussures, d’électroménager, de meubles, les blanchisseries-teintureries, les librairies-papeteries-journaux, les horlogeries-bijouteries ou encore les banques, la diminution du nombre de points de vente est plus prononcée en Bourgogne-Franche-Comté.

La gamme supérieure regroupe pour trois quarts des services ou des professionnels spécialisés dans le domaine de la santé. La majorité de ces services de santé diminue en Bourgogne-Franche-Comté. Pour certains, le repli est plus marqué dans la région ; c’est le cas des établissements de court ou moyen séjour, des structures psychiatriques en ambulatoire, des spécialistes en dermatologie et vénérologie. Pour d’autres comme les urgences, les spécialistes en ophtalmologie, en oto-rhino-laryngologie ou en pédiatrie, le recul va à l’encontre de la hausse observée au niveau national. La région gagne toutefois des cardiologues, des hébergements de personnes handicapées et davantage de spécialistes en gastro-entérologie, hépathologie et en pneumologie qu’en moyenne métropolitaine.

En dehors du domaine de la santé, les hypermarchés se développent fortement dans la région et leurs points de vente progressent deux fois plus vite qu’au niveau national.

Encadrés

Les pôles de services

Une commune est considérée comme un pôle de services pour une gamme donnée si elle possède au moins la moitié des équipements de la gamme.

Par exemple, une commune proposant une variété de 13 services distincts de la gamme intermédiaire qui en compte 25, est qualifiée de pôle de services intermédiaire. Une même commune peut être pôle de plusieurs gammes.

Le Doubs et Jura gagnent des services de proximité et de la gamme intermédiaire, la Côte-d’Or de la gamme supérieure

Tous les départements de Bourgogne-Franche-Comté gagnent des services de proximité, quelle que soit leur évolution démographique. La progression est ténue pour six d’entre eux et se situe dans une fourchette allant de 5,4 % pour la Nièvre à 8,5 % pour la Saône-et-Loire. Deux départements présentent des taux d’évolution plus élevés, qui se rapprochent davantage de la moyenne métropolitaine de 15,4 % : le Doubs avec 12,7 % et le Jura avec 12,3 %. Malgré cette progression de niveau comparable, l’écart entre leurs taux d’implantation se creuse entre 2012 et 2017. En effet, le Jura offre 25 services supplémentaires pour 10 000 habitants en 5 ans. Cette progression est portée tant par la forte augmentation des services que par la baisse de la population. En revanche dans le Doubs, bien que les services soient plus nombreux, l’augmentation de la population et donc des besoins pèse sur l’évolution du taux d’implantation de proximité : 19 services supplémentaires pour 10 000 habitants en 5 ans.

La progression du taux d’implantation est de même ampleur dans la Nièvre. Elle découle toutefois principalement de la baisse importante de la population nivernaise. En effet l’augmentation de l’offre de proximité y reste très modeste : c’est la plus faible de la région.

Si le nombre de services progresse partout, cela ne se traduit pas dans tous les départements par la création nette de pôles de proximité. La Nièvre conserve le même nombre de pôles, la Saône-et-Loire et le Doubs en gagnent un seul. Le Territoire de Belfort et l’Yonne en perdent quatre. Pour autant dans ces deux départements, près d’un quart des communes disposent d’assez de services pour être pôles en 2017, un taux supérieur à la moyenne régionale. En Côte-d’Or, dans le Jura et en Haute-Saône, seulement 13 % des communes sont pôles de services de proximité, un taux qui a cependant progressé avec la création nette d’au moins trois pôles de services dans chacun de ces départements entre 2012 et 2017.

Doubs et Jura renforcent non seulement leurs services de proximité mais aussi ceux de la gamme intermédiaire. Leur nombre croît fortement. Dans le Doubs, cette augmentation de 7,6 % dépasse la moyenne métropolitaine. Elle est également importante dans le Jura, d’autant plus que le département était le mieux équipé de la région en 2012. Dans la Nièvre, l’Yonne et le Territoire de Belfort, le nombre de services de la gamme intermédiaire est en repli. La Nièvre conserve toutefois un taux d’implantation stable compte tenu de la baisse du nombre d’habitants sur la période.

Les quatre départements de la région dans lesquels la population diminue le plus perdent aussi des services de la gamme supérieure entre 2012 et 2017. Ceux-ci diminuent toutefois davantage que la population dans le Jura et en Haute-Saône entraînant une baisse du taux d’implantation. En revanche, il se stabilise dans l’Yonne et progresse dans la Nièvre.

C’est en Côte-d’Or et en Saône-et-Loire que les services de la gamme supérieure augmentent le plus dans la région. Toutefois, cette progression reste inférieure à celle de la France métropolitaine.

figure 4L’offre de services de la gamme supérieure progresse dans les départements qui gagnent des habitants

L’offre de services de la gamme supérieure progresse dans les départements qui gagnent des habitants
Évolution du nombre de services entre 2012 et 2017 (%) Taux d’implantation en 2017 (en nombre d’équipements pour 10 000 habitants) Évolution de la population entre 2010 et 2015 (%)
Gamme Proximité Intermédiaire Supérieure Proximité Intermédiaire Supérieure
Côte-d'Or + 8,4 + 1,8 + 6,8 197 50,1 12,4 + 1,7
Doubs + 12,7 + 7,6 + 2,0 191 49,3 12,4 + 1,7
Jura + 12,3 + 3,7 - 4,5 220 55,3 11,4 - 0,4
Nièvre + 5,4 - 1,5 - 0,4 215 49,5 11,9 - 3,6
Haute-Saône + 7,3 + 1,7 - 4,7 215 44,9 8,6 - 0,8
Saône-et-Loire + 8,5 + 1,4 + 6,4 212 51,8 12,2 - 0,0
Yonne + 6,1 - 2,6 - 0,2 217 46,7 11,8 - 0,5
Territoire de Belfort + 8,5 - 0,7 + 2,7 178 42,2 10,5 + 1,1
Bourgogne-Franche-Comté + 8,9 + 2,1 + 2,3 205 49,5 11,7 + 0,3
France métropolitaine + 15,4 + 4,5 + 7,5 233 53 14,2 + 2,4
  • Sources : Insee, BPE 2012 et 2017, Recensements de la population 2010 et 2015

Définitions

Les gammes d’équipement réunissent des services qui présentent des logiques d’implantation voisines, en ce sens qu’ils sont souvent présents simultanément au sein des communes. La gamme dite « de proximité » (27 équipements) regroupe des services présents dans le plus grand nombre de communes (artisans du bâtiment, boulangeries, médecins généralistes, etc.). Les services des gammes « intermédiaire » (36 équipements) et « supérieure » (47 équipements) sont présents dans moins de communes. Ils comprennent, par exemple, pour la gamme intermédiaire, les banques ou les laboratoires d’analyses médicales et, pour la gamme supérieure, les hypermarchés ou les services d’urgences médicales.

Champ

La base permanente des équipements (BPE), gérée par l’Insee, rassemble des données sur les équipements et services à la population, localisés à un niveau géographique fin. Elle couvre sept grands domaines : services aux particuliers ; commerces ; enseignement ; santé-social ; transports et déplacements ; sports, loisirs et culture ; tourisme.

Les données de la BPE ne permettent pas toujours des comparaisons dans le temps, la définition des services ou les sources de données utilisées pouvant évoluer. Les 78 équipements retenus pour cette étude sont ceux pour lesquels les données de la BPE en évolution sont comparables entre 2012 et 2017 et qui appartiennent à l’une des trois gammes d’équipement.

Le champ de l’étude ne couvre donc pas la totalité des gammes. Ainsi, dans cette étude, la gamme de proximité compte 24 équipements, la gamme intermédiaire 25 et la gamme supérieure 29.

Pour en savoir plus

Châtel F., Reynard R., « En cinq ans, davantage de services à la population dans les grandes villes », Insee Focus, n° 125, septembre 2018

Bertrand M., « Département du Jura : un accès facile aux services, à l’exception de six territoires », Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté n°18, juillet 2017.

Lèbre P-S., Léger M., « La Bourgogne-Franche-Comté, des services qui restent accessibles dans une région peu dense », Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté n°1, janvier 2016.

Bertrand M., « Accès aux services au public en Côte-d’Or : un enjeu pour des territoires ruraux, parfois en croissance démographique », Insee Analyses Bourgogne n°15, décembre 2015.