Le vieillissement démographique en Normandie à l’horizon 2050 : une forte poussée des populations dépendantes à partir de 2030

L. Brunet, M. Maillard (Insee Normandie)

D’ici à 2050, si les tendances récentes se prolongent, la Normandie ne gagnerait que 60 000 habitants. Une progression soutenue du nombre des plus âgés, concomitante à une nette diminution de celui des moins de 65 ans, devraient accélérer le vieillissement de sa population. Cette évolution de la pyramide des âges constituerait une transformation démographique majeure, porteuse d’enjeux pour les politiques publiques. En particulier, la prise en charge de la dépendance constitue un défi important au regard de la nette progression, après 2030, de la population des séniors les plus âgés.

Une croissance modeste de la population normande à l’horizon 2050…

Si les tendances récentes en matière de fécondité, de mortalité et de migrations se poursuivaient (méthodologie), la croissance démographique pourrait être faible en Normandie entre 2020 et 2050 (figure 1). Avec une hausse de la population de 1,9 % contre 9,1 % en France métropolitaine, la région compterait 3 426 000 habitants en 2050, soit 60 000 personnes de plus qu’en 2020. Cette progression interviendrait au cours des décennies 2020 et 2030. Après 2040, la population normande stagnerait.

Figure 1 – Une croissance démographique lente en NormandieProjection de la population à horizon 2050 selon le scénario central

Une croissance démographique lente en Normandie
Population totale Moins de 20 ans 20-64 ans 65 ans ou plus
Nombre (en milliers) % Nombre (en milliers) % Nombre (en milliers) % Nombre (en milliers) %
Population en 2020 3 363 808 1 826 729
Population en 2050 3 426 742 1 679 1 005
Évolution 2020-2030 + 34 + 1,0 – 50 – 6,2 – 61 – 3,3 + 145 + 19,9
Évolution 2030-2040 + 28 + 0,8 – 15 – 2,0 – 60 – 3,4 + 103 + 11,8
Évolution 2040-2050 + 1 + 0,0 – 1 – 0,1 – 26 – 1,5 + 28 + 2,9
Évolution 2020-2050 + 63 + 1,9 – 66 – 8,2 – 147 – 8,1 + 276 + 37,9
  • Sources : Insee, Omphale 2017 – scénario central

… mais un vieillissement très important

Au-delà de cette faible croissance, la population normande se recomposerait en faveur des plus âgés. La population des séniors (65 ans ou plus) connaîtrait une croissance soutenue. Dans le même temps, le nombre de jeunes de moins de 20 ans et d’adultes de 20 à 64 ans diminuerait sensiblement. Signe de ce bouleversement démographique rapide, les séniors seraient, en 2050, plus nombreux que les jeunes en Normandie.

En effet, la population des moins de 20 ans chuterait, de 808 000 en 2020 à 742 000 en 2050, soit une baisse de plus de 8 % au cours de la période. Les trois quarts de ce recul apparaîtraient dès la décennie 2020. La part des jeunes au sein de la population s’effriterait ainsi de 24,0 % en 2020 à 21,7 % en 2050. Ce repli du nombre de jeunes entraînerait une diminution du nombre d’élèves, induisant des enjeux importants en matière de politique d’éducation dans la région.

S’agissant des 20 à 64 ans, leur nombre fléchirait également, de 1 825 000 en 2020 à 1 679 000 en 2050 (– 8,1 %). La baisse serait plus marquée au cours des décennies 2020 et 2030. Majoritaire en 2020 avec 54,3 % de la population, cette tranche d’âge ne le serait plus en 2050 (49,0 %). Les actifs potentiels seraient donc moins nombreux. Cette évolution pourrait, notamment, générer des difficultés de recrutement pour les employeurs et réduire l’attractivité de la région pour les entreprises. Cette baisse de la population aux âges actifs pourrait aussi favoriser une baisse du chômage.

A contrario, le nombre de séniors augmenterait considérablement, de 729 000 en 2020 à 1 005 000 en 2050 (+ 37,9 %). Plus de la moitié de cette progression interviendrait dès la décennie 2020. Les séniors représenteraient ainsi 29,3 % de la population normande en 2050 contre 21,7 % en 2020, plaçant la région au deuxième rang pour cette évolution, derrière la Corse. Cet essor de la population des séniors résulterait, en premier lieu, de la progression de l’espérance de vie. L’augmentation importante de la population âgée va se traduire par un accroissement sans précédent du nombre de personnes en perte d’autonomie, et autant de défis pour les acteurs publics en charge de la dépendance des personnes âgées.

Découlant en majeure partie du glissement en âge des générations actuelles (« Papy Boom »), le vieillissement démographique constitue une tendance certaine. Ce phénomène revêtirait une ampleur particulière en Normandie qui serait, avec le Grand Est, la région où le nombre de moins de 65 ans diminuerait le plus fortement d’ici à 2050.

Les besoins liés à la dépendance en nette progression après 2030

Après la croissance de la décennie 2010, la population des jeunes séniors (65 à 74 ans) pourrait se stabiliser autour de 410 000 personnes sur les deux décennies suivantes, avant d'amorcer une légère baisse à partir de 2040 (figure 2). Stimulée dans les années 2010 avec plus de 100 000 jeunes séniors supplémentaires, l’activité touristique plus spécifiquement destinée à cette population pourrait arriver à maturité au cours des prochaines années.

Après une relative stabilité durant la décennie 2010, le nombre de séniors de 75 à 84 ans augmenterait vivement de 2022 à 2032, avant de poursuivre une progression plus mesurée par la suite. Cette tranche d’âge représenterait ainsi 350 000 Normands en 2050, contre un peu plus de 200 000 en 2020, soit une progression de 75 % en 30 ans.

Figure 2 – Une forte croissance de la population aux âges avancés dans les décennies à venirÉvolution projetée de la population séniors en Normandie par tranche d'âge selon le scénario central

nombre (en milliers)
Une forte croissance de la population aux âges avancés dans les décennies à venir
65 – 74 ans 75 – 84 ans 85 ans ou plus
1999 281 155 63
2000 281 162 63
2001 280 169 63
2002 279 177 64
2003 279 185 64
2004 278 193 64
2005 277 202 65
2006 277 211 65
2007 272 214 70
2008 269 217 75
2009 267 220 81
2010 268 221 86
2011 274 222 90
2012 282 222 94
2013 294 222 99
2014 309 222 102
2015 323 219 103
2016 340 217 107
2017 357 213 111
2018 372 211 114
2019 385 211 117
2020 397 212 120
2021 408 214 122
2022 410 225 125
2023 410 238 127
2024 410 251 128
2025 410 264 129
2026 410 279 129
2027 411 293 129
2028 411 306 129
2029 413 316 131
2030 414 326 134
2031 415 335 137
2032 416 337 146
2033 415 338 156
2034 415 338 166
2035 415 340 175
2036 415 341 184
2037 416 343 192
2038 419 344 199
2039 418 347 205
2040 416 350 211
2041 412 353 216
2042 407 355 221
2043 403 355 225
2044 400 357 229
2045 396 358 234
2046 395 360 238
2047 393 362 241
2048 391 365 245
2049 387 367 249
2050 386 366 253
  • Sources : Insee, Omphale 2017 – scénario central

Figure 2 – Une forte croissance de la population aux âges avancés dans les décennies à venirÉvolution projetée de la population séniors en Normandie par tranche d'âge selon le scénario central

Au cours de la décennie 2020, l’évolution démographique spectaculaire de cette classe d’âges entraînerait un développement des activités économiques liées à la perte progressive de l'autonomie, telles que les services à la personne ou l'adaptation des logements au vieillissement.

La population des séniors les plus âgés serait également en forte augmentation. Initiée en 2005, la croissance du nombre de personnes âgées de 85 ans ou plus s’accélérerait nettement après 2030 (figure 2). De 110 000 en 2020, leur nombre est susceptible d’atteindre 250 000 personnes en 2050 (+ 127 %). Les besoins toujours plus importants en matière de prise en charge de la dépendance (soins, maintien à domicile, téléassistance, hébergement pour personnes âgées dépendantes, etc.) exploseraient de ce fait après 2030. Cette évolution renforcera le besoin en professionnels d’accompagnement et de santé, dans un secteur où les besoins sont déjà très importants. 

Pour comprendre

Le modèle Omphale permet de projeter d’année en année les pyramides des âges des différents territoires observés. L’évolution de la population par sexe et âge repose sur des hypothèses d’évolution de trois composantes : la fécondité, la mortalité et les migrations. Ces hypothèses d’évolution sont appliquées aux quotients observés initialement sur le territoire projeté.

Dans l’étude, les hypothèses d’évolution sont réunies au sein d’un scénario démographique dit « central ». Le scénario central reproduit les différentes tendances observées sur le passé récent : fécondité stable, évolution de la mortalité parallèle à la tendance nationale et comportements migratoires maintenus pour chaque âge.

Les projections ne doivent pas être assimilées à des prévisions : elles correspondent dans chaque cas à une simulation qui traduit l’effet d’hypothèses spécifiques.

Pour en savoir plus

L. Brunet, A. Le Graët, M. Maillard, « Un vieillissement démographique plus rapide en Normandie », Insee Analyses Normandie, n° 49, juin 2018.

L. Brunet, N. Mounchit, « La population normande à l’horizon 2050. Un vieillissement accéléré dans un contexte de croissance faible », Insee Analyses Normandie, n° 33, juin 2017.

D. Desrivierre, « D’ici 2050, la population augmenterait dans toutes les régions de métropole », Insee Première, n° 1652, juin 2017.