La vallée du Rhône, axe structurant du département de la Drôme

Sylvain Juliachs, Anna Simon, Insee

La Drôme est un département à la physionomie contrastée. L’activité économique et la population se concentrent à l’ouest le long du Rhône tandis qu’à l’est, les massifs des Baronnies et du Diois abritent une population âgée et fortement exposée à la précarité. L’agriculture y représente encore une part importante de l’emploi. La Drôme bénéficie d’un environnement géographique privilégié, au carrefour des vallées du Rhône et de l’Isère. Sa situation en bordure du fleuve a favorisé l’implantation d’activités industrielles, notamment celles liées au nucléaire. Le département crée des emplois, mais la population active augmente plus fortement. Le taux de chômage continue ainsi d’augmenter. Celui-ci reste plus élevé que dans les autres départements d’Auvergne-Rhône-Alpes. Certaines populations peinent à retrouver un emploi ou à s’insérer sur le marché du travail, à l’image des jeunes peu nombreux qui choisissent de rester sur le territoire.

Insee Analyses Auvergne-Rhône-Alpes
No 57
Paru le : Paru le 19/04/2018
Sylvain Juliachs, Anna Simon, Insee
Insee Analyses Auvergne-Rhône-Alpes  No 57 - avril 2018
Consulter

La Drôme abrite 6,4 % de la population régionale, avec 504 640 habitants au 1er janvier 2015. Ce niveau de peuplement est comparable à celui de la Côte-d’Or et de la Manche. La Drôme se situe ainsi dans une position médiane parmi les départements français. Le territoire est bordé à l’ouest par le Rhône qui forme sa frontière avec l’Ardèche. Le relief est très varié, depuis la vallée du Rhône jusqu’au sommet le plus haut situé à 2 453 m dans le Parc Naturel Régional du Vercors. Au sud-est, celui des Baronnies provençales rassemble une cinquantaine de communes de moyenne montagne. Les forêts et milieux semi-naturels sont très présents dans la frange orientale et occupent plus de la moitié de la surface départementale. Le département présente une originalité géographique avec l’enclave des Papes, formée par quatre communes du Vaucluse enserrées dans ses frontières et peuplées en tout de 13 900 habitants (figure 1).

Figure 1Dans la Drôme, la moitié de la population réside dans des communes peu ou très peu denses

  • Source : Insee, grille de densité 2016

De forts contrastes entre la façade ouest urbanisée et l’arrière-pays montagneux

Le couloir rhodanien constitue un axe économique et démographique majeur du département. Des villes moyennes et petites agglomérations maillent la rive gauche du Rhône, de Saint-Vallier au nord jusqu’à Pierrelatte au sud. La majeure partie de la population, des entreprises et des services se concentrent ainsi dans la vallée du Rhône autour des cinq pôles urbains que sont Valence, Romans-sur-Isère, Tournon-sur-Rhône 1 , Montélimar et Pierrelatte (figure 2). Les lignes à grande vitesse, qui longent le fleuve, placent la préfecture de Valence à 35 minutes de Lyon. Elles relient aussi cette partie du territoire aux autres grandes métropoles françaises (2 h 10 de Paris et un peu plus d’1 h de Marseille). Le département est aussi sillonné par de grands axes autoroutiers avec l’A7 et l’A49, qui ouvre sur la vallée de l’Isère. Il dispose d’un port de commerce et d’une plate-forme logistique multimodale sur la commune de Portes-lès-Valence. Ces aménagements contribuent au rayonnement de la Drôme et en font un territoire de passage. La localisation des activités économiques favorise les déplacements domicile-travail avec l’Ardèche. Trois grandes aires urbaines s’étendent à cheval sur les deux départements. Toutefois ces échanges sont déséquilibrés. Il y a deux fois plus d’Ardéchois venant travailler dans la Drôme que de Drômois faisant le chemin inverse (23 350 contre 11 160).

1 Ce pôle urbain s’étend sur 3 communes situées en Ardèche et 5 communes situées dans la Drôme, dont Tain l’Hermitage.

Figure 2L’emploi se concentre dans la vallée du RhôneEmplois au lieu de travail et nombre d’emplois pour 100 actifs occupés au lieu de résidence

  • Source : Insee, Recensement de la population 2014

À l’est, les zones montagneuses forment à l’opposé un espace peu densément peuplé. Il comprend 159 communes très peu denses, qui sont en outre relativement isolées des pôles urbains. La densité de population y atteint souvent moins d’une dizaine d’habitants au km², contre 400 habitants en moyenne dans les agglomérations de la vallée du Rhône.

Les contrastes liés au relief sont source d’inégalités d’accès aux équipements. La Drôme fait partie des départements français où celles-ci sont les plus fortes. Les résidents de la vallée du Rhône profitent d’une bonne accessibilité, notamment pour les équipements supérieurs (hôpitaux et spécialités médicales, cinémas, gares) qui s’y concentrent. En revanche, le relief escarpé allonge les temps de trajet pour certaines petites communes rurales. Une quarantaine d’entre elles se situent à plus de 22 minutes en moyenne des commerces et services de la vie courante. Elles ne regroupent toutefois qu’une très faible part de la population.

Un territoire propice à l’accueil de certaines industries

Le tissu économique de la Drôme, qui comporte 214 000 emplois salariés et non salariés fin 2016, est façonné par sa géographie particulière. Les espaces de plaine, situés au carrefour d’axes stratégiques et raccordés aux grands bassins de consommation, sont propices à l’implantation des activités logistiques et industrielles. Le secteur de l’industrie regroupe ainsi 17,3 % de l’emploi contre 14,9 % en moyenne régionale et 12,0 % en France métropolitaine.

De par sa situation le long du Rhône, la Drôme a constitué un lieu privilégié pour l’implantation de la filière nucléaire dans les années 1970. Le centre de production du Tricastin sur les rives du canal de Donzère-Montdragon impacte fortement l’économie drômoise. La centrale emploie plus de 1 500 salariés pour la production et la distribution d’électricité. Les entreprises Orano (ex-Areva) spécialisée dans le retraitement de matières radioactives 2 , Eurodif Production (enrichissement d’uranium 2 ) et Framatome (élaboration et transformation de matières nucléaires, à Romans-sur-Isère) figurent aussi parmi les principaux employeurs privés du département. Elles regroupent plus de 3 000 salariés fin 2015. L’activité nucléaire génère également des emplois indirects (pour en savoir plus) dans des secteurs diversifiés et soutient ainsi l’économie locale. Dans les années 1990, la centrale a permis la naissance de la Ferme aux crocodiles à Pierrelatte, qui a pendant longtemps fonctionné grâce aux rejets thermiques de l’usine Eurodif. Elle constitue aujourd’hui le site touristique le plus fréquenté de la Drôme avec plus de 300 000 visiteurs en 2016. La Drôme dispose d’autres atouts touristiques grâce à la variété de ses paysages. Les montagnes de l’arrière-pays sont notamment appréciées pour la pratique d’activités de pleine nature, avec une part importante d’hébergements en camping. Néanmoins, l’activité touristique reste faible. Elle est surtout centrée sur les mois d’été et l’économie liée génère donc peu d’emplois pérennes.

Fin 2015, 7 160 salariés travaillent dans l’industrie agro-alimentaire, qui constitue la deuxième spécialisation industrielle du département (figure 3). Celle-ci n’est qu’en partie alimentée par des productions locales. Valrhona et Pasquier font partie des plus gros employeurs du secteur. D’autres entreprises transforment les fruits, comme Andros et Charles & Alice, ou fabriquent des boissons (Refresco à Margès). Le travail du bois et l’industrie du papier occupe aussi un nombre important de salariés comparativement à la région.

Figure 3L’agriculture et le nucléaire : deux secteurs qui pèsent plus dans l’emploi salarié drômois qu’en moyenne régionaleSpécificité sectorielle pour les 20 principaux secteurs de la Drôme par rapport à Auvergne-Rhône-Alpes en 2015

L’agriculture et le nucléaire : deux secteurs qui pèsent plus dans l’emploi salarié drômois qu’en moyenne régionale - Lecture : la part relative dans l'emploi salarié de la fabrication de denrées alimentaires est 1,8 fois plus importante dans la Drôme que dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. Ce secteur représente 7 155 postes.
Indice de spécificité
Agriculture, sylviculture et pêche 2,87
Industrie chimique 2,21
Fabrication de denrées alimentaires, boissons et produits à base de tabac 1,8
Production et distribution électricité, gaz, vapeur et air conditionné 1,63
Travail du bois, industries du papier et imprimerie  1,55
Autres industries manufact., réparat. installat. de machines et équipements 1,23
Transports et entreposage 1,18
Fab. produits caoutchouc-plastiques, autres produits minéraux non métal. 1,11
Hébergement médico-social et social et action sociale sans hébergement 1,09
Construction 1,07
Commerce ; réparation d'automobiles et de motocycles 1,05
Activités financières et d'assurance 1,03
Autres activités de services 1
Act. Juridiques, compta. De gestion, archi., ingé., ctrle et anal.tech. 0,99
Administration publique 0,95
Activités pour la santé humaine 0,89
Métallurgie et fab. de produits métalliques sauf machines et équipements 0,85
Enseignement 0,83
Hébergement et restauration 0,8
Activités de services administratifs et de soutien 0,71
  • Lecture : la part relative dans l'emploi salarié de la fabrication de denrées alimentaires est 1,8 fois plus importante dans la Drôme que dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. Ce secteur représente 7 155 postes.
  • Champ : emploi salarié
  • Source : Insee, CLAP 2015

Figure 3L’agriculture et le nucléaire : deux secteurs qui pèsent plus dans l’emploi salarié drômois qu’en moyenne régionaleSpécificité sectorielle pour les 20 principaux secteurs de la Drôme par rapport à Auvergne-Rhône-Alpes en 2015

  • Lecture : la part relative dans l'emploi salarié de la fabrication de denrées alimentaires est 1,8 fois plus importante dans la Drôme que dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. Ce secteur représente 7 155 postes.
  • Champ : emploi salarié
  • Source : Insee, CLAP 2015

Le secteur tertiaire reste en contrepartie sous-représenté (72 % des emplois en 2016, soit 7 points de moins qu’en France métropolitaine et 5 de moins qu’en Auvergne-Rhône-Alpes) même si le commerce, l’administration publique, l’enseignement, la santé humaine et l’action sociale assurent toujours les plus gros volumes d’emploi. Dans les territoires peu denses, l’économie est principalement tournée vers les activités de nature présentielle (telles que les services à la personne ou les secteurs liés au tourisme) et l’agriculture.

2 Activité relevant du secteur de l’industrie chimique.

Des productions agricoles variées et de qualité

À l’est, le relief favorise au contraire la présence des activités agricoles. Les nombreuses exploitations contribuent à valoriser les paysages qui participent à l’attrait touristique du département. L’agriculture assure entre 14 % et 16 % des emplois dans les bassins de vie ruraux de Die, Nyons et de Buis-les-Baronnies contre 4,3 % des emplois à l’échelle du département et 2,4 % en moyenne régionale. La variété des paysages et du climat permet un large éventail de productions agricoles. L’agriculture drômoise est surtout spécialisée dans la culture des fruits, la viticulture et les grandes cultures (céréales et oléoprotéagineux dans la vallée du Rhône, lavande et lavandin dans la Drôme provençale). La filière fruits y joue un rôle majeur. La Drôme produit deux tiers des fruits à noyau de la région. Les fruits les plus cultivés sont les abricots et les pêches. Elle est le 2e département français pour la production et la transformation de plantes à parfums, aromatiques et médicinales. Concernant les productions animales, la Drôme assure la plus grosse production de lait de chèvre de la région grâce à un cheptel important. Elle se positionne également dans la production de volaille de chair (comme le pintadeau) et d’œufs. En revanche, l’élevage bovin est très peu présent.

La Drôme est aussi le 2e département agricole de la région en nombre d’emplois en 2010, juste derrière le Puy-de-Dôme. La vigne (Côtes-du-Rhône, Clairette de Die) et les fruits sont des activités relativement consommatrices en main-d’œuvre. Elles entraînent un recours plus fréquent au travail salarié ainsi qu’une forte saisonnalité. En 2010, plus d’un quart du volume de travail annuel des exploitations agricoles était effectué par des salariés saisonniers, contre un dixième en région et en France métropolitaine.

Enfin, la Drôme est très engagée dans les démarches de qualité. C’est le département français qui regroupe le plus d’exploitations certifiées bio. De nombreux produits sont valorisés par des signes officiels de qualité (IGP, AOC, AOP), les plus connus étant l’olive de Nyons et l’huile essentielle de lavande de Haute-Provence dont l’aire de production s’étend aussi sur la Drôme.

Des créations d’emploi insuffisantes pour occuper les nombreux actifs

La situation du marché du travail dans la Drôme est contrastée. L’emploi augmente plus rapidement qu’en moyenne régionale, mais pas dans des proportions suffisantes pour permettre au marché du travail de s’équilibrer. Entre 2004 et 2014, l’emploi dans la Drôme a progressé de 6,5 % contre 3,9 % sur le territoire métropolitain. L’écart s’est surtout formé après la crise de 2008, la reprise ayant été plus vigoureuse dans la Drôme (figure 4). La croissance a été particulièrement soutenue dans la zone d’emploi de Montélimar. Les spécialisations économiques de la Drôme n’expliquent pas sa meilleure performance en termes de création d’emploi. En effet, les pertes d’emplois industriels ont été importantes en France au cours des dernières années. Néanmoins l’industrie a mieux résisté dans la Drôme, où elle est relativement plus présente qu’ailleurs. Il en va de même du secteur de la construction, dont le niveau d’emploi est resté stable sur la période 2009-2014 alors qu’il a baissé en France.

Figure 4Depuis 2009, l’emploi dans la Drôme progresse un peu plus vite qu’en FranceEvolution de l’emploi total par secteur d'activité de 1989 à 2014 dans le département de la Drôme

base 100 en 1989
Depuis 2009, l’emploi dans la Drôme progresse un peu plus vite qu’en France (base 100 en 1989)
Emploi total dans la Drôme Emploi total en France métropolitaine Agriculture Industrie Construction Tertiaire marchand Tertiaire non marchand
1989 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00
1990 100,68 100,55 96,12 99,66 100,13 101,73 101,74
1991 100,05 100,33 93,10 95,46 96,36 104,24 101,73
1992 99,07 99,31 89,11 91,68 90,59 102,43 107,65
1993 96,84 98,40 83,48 88,71 85,62 100,53 107,75
1994 98,43 99,32 82,49 88,68 87,08 103,00 110,51
1995 99,84 100,00 81,72 89,51 85,85 105,15 112,96
1996 99,78 100,05 77,60 89,71 83,92 105,95 113,23
1997 101,38 101,23 78,56 89,95 84,99 108,62 114,92
1998 103,57 103,20 75,17 91,57 85,22 112,45 117,58
1999 105,86 105,78 76,23 90,86 89,23 115,82 121,13
2000 108,29 108,54 77,79 94,02 90,48 118,88 122,46
2001 109,46 109,72 75,91 94,22 93,84 121,46 122,66
2002 110,06 110,44 76,63 93,23 94,52 122,21 124,65
2003 110,84 110,27 75,05 92,51 94,71 123,87 126,57
2004 111,52 110,79 73,64 91,31 97,15 125,12 128,40
2005 111,92 111,62 68,76 89,83 102,35 126,66 129,06
2006 113,38 112,97 65,90 89,90 108,71 128,44 131,18
2007 114,83 114,51 62,37 90,70 112,34 131,13 132,24
2008 114,27 113,88 62,93 87,90 112,13 130,15 134,23
2009 114,46 112,97 60,96 85,97 111,17 130,66 137,28
2010 116,69 113,65 60,01 85,69 112,80 135,41 139,39
2011 117,45 114,26 60,00 85,26 113,43 137,43 139,65
2012 117,85 114,38 60,80 85,73 115,03 136,99 140,79
2013 118,67 115,15 61,99 85,38 116,17 138,07 142,23
2014 118,76 115,14 60,63 84,96 111,05 139,14 143,51
  • Source : Insee, Estimations d’emploi localisées au lieu de travail

Figure 4Depuis 2009, l’emploi dans la Drôme progresse un peu plus vite qu’en FranceEvolution de l’emploi total par secteur d'activité de 1989 à 2014 dans le département de la Drôme

  • Source : Insee, Estimations d’emploi localisées au lieu de travail

Ces tendances plus favorables pourraient laisser présager une décrue du chômage. Or, celui-ci continue d’augmenter et l’écart avec la France métropolitaine a tendance à se creuser sur la période récente (1,3 point en 2016 contre 0,9 point en 2009). La hausse de l’emploi s’avère en effet insuffisante pour absorber un surplus d’actifs induit par le renouvellement important des générations sur le marché du travail, mais aussi par des arrivées en provenance d’autres départements. Sur la période 2009-2014, la population active drômoise a augmenté d’environ 10 000 personnes. Sur la même période, le volume d’emplois a aussi progressé, mais seulement de 4 700. Ce déséquilibre conduit à une forte hausse du chômage (+ 5 850 personnes). De plus, les déplacements domicile-travail ne contribuent pas à résorber l’excédent des actifs. Ils tendent même à le renforcer : l’écart entre les navetteurs entrants et les navetteurs sortants augmente, les premiers restant nettement plus nombreux que les seconds. Comparativement aux sortants, les personnes venant travailler dans la Drôme sont plus souvent des ouvriers en provenance des aires urbaines proches (27,6 % contre 23,1 %) et moins souvent des cadres (16,9 % contre 20 %). Les aires urbaines de Lyon et Paris sont les deux premières destinations de travail des cadres résidant dans la Drôme et occupant un emploi à l’extérieur. Ces mobilités longue distance sont notamment facilitées par la performance du réseau ferroviaire.

Des situations révélatrices de fragilités sur le marché du travail

En 2016, 11,1 % de la population active drômoise est au chômage, soit le taux le plus élevé des douze départements de la région (8,7 % en Auvergne-Rhône-Alpes). Les femmes sont relativement plus touchées que les hommes, contrairement à la tendance régionale.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer l’état du marché du travail, et tout d’abord l’importance du chômage de longue durée, pouvant représenter des risques d’enracinement dans le chômage. Dans les zones d’emploi de Montélimar et de Romans-sur-Isère, 24 % des demandeurs d’emploi de catégorie A, B ou C sont éloignés de l’emploi 3 , une part supérieure de 2 points à celle observée dans la région. La main-d’œuvre drômoise dispose d’un faible niveau de formation qui peut être un frein à sa reconversion professionnelle (41 % des actifs de moins de 35 ans ont un diplôme inférieur au bac contre 34 % en moyenne régionale). De même, l’éloignement des grands pôles d’emploi limite la mobilité géographique pour une partie de la population et complique probablement son insertion. Les opportunités de retrouver du travail dans les territoires limitrophes de l’Ardèche, dans le Gard ou le Vaucluse sont par ailleurs réduites, ces départements faisant face également à un chômage important.

Dans les bassins de vie ruraux de Buis-les-Baronnies, Nyons et Die, le recours plus fréquent aux contrats courts ou saisonniers favorise l’alternance de périodes d’emploi et d’inactivité, ce qui peut alimenter des entrées au chômage. La Drôme est par ailleurs un département plutôt attractif pour les personnes en activité. Or, il est fréquent qu’un changement de résidence s’accompagne d’une période de chômage pour les personnes effectuant une mobilité géographique en couple. Ces situations, même si elles sont transitoires, peuvent jouer sur le volume du chômage.

Enfin, les jeunes adultes rencontrent de réelles difficultés d’insertion dans la Drôme, même s’ils ne représentent qu’une faible part des demandeurs d’emploi présents sur le territoire (14 % en 2016). Entre 18 et 24 ans, plus d’un sur quatre est sans emploi sans pour autant suivre d’études ou de formation, contre un sur cinq en région. Cette proportion de jeunes en marge du marché du travail est très élevée dans la partie sud du territoire. Les métiers plus présents dans la Drôme comme ceux d’ouvriers, d’agriculteurs, d’artisans ou d’aidants à la personne peuvent manquer d’attractivité pour les jeunes actifs. L’offre d’enseignement supérieur est par ailleurs limitée. Beaucoup de jeunes quittent ainsi le territoire dans la perspective de se former et de trouver un premier emploi.

3 Au sens où ils sont restés au moins 12 mois sans activité ou cours des 15 derniers mois.

La précarité très présente dans les espaces ruraux

La Drôme est le département d’Auvergne-Rhône-Alpes où le taux de pauvreté est le plus élevé. En 2014, 15,5 % de la population drômoise, soit une personne sur six, vit avec moins de 12 220 € par an. Cette situation tient aux faibles ressources des ménages les plus modestes. Ceux-ci ont un niveau de vie plus faible que dans les autres départements de la région : 10 % des résidents vivent avec moins de 10 560 € par an contre 11 290 € par an pour l’ensemble de la région. Néanmoins, les difficultés sociales ne se limitent pas à certaines catégories de population : le taux de pauvreté dépasse la moyenne régionale pour les familles comme les personnes seules, et quelle que soit la tranche d’âge considérée (jeunes ou séniors).

La précarité est très prégnante dans les bassins de vie ruraux de Buis-les-Baronnies, Die, Nyons et Dieulefit. Ces derniers font partie des 10 % de bassins de vie français où le taux de pauvreté est le plus élevé. Il y excède 20 %. Ces zones cumulent plusieurs critères qui sont source de pauvreté laborieuse. Elles abritent tout d’abord des catégories socioprofessionnelles à revenus modestes, en particulier celles relevant de l’agriculture, de l’artisanat et du commerce. Les conditions d’emploi y sont également plus précaires. La part des salariés en CDD dépasse 14 % dans chacun de ces quatre bassins de vie alors qu’elle s’élève à 10,6 % dans l’ensemble du département. À cela s’ajoute une part importante d’emplois à temps partiel. Celui-ci concerne plus de 30 % des salariés, très souvent des femmes employées dans les services à la personne ou dans la fonction publique alors qu’il n’est que de 20 % en région. La Drôme est ainsi le département français où cette part est la plus élevée derrière la Haute-Loire, l’Ardèche et les Hautes-Alpes. Mais la pauvreté touche également les retraités. Près de 17 % des 60-74 ans vivent sous le seuil de pauvreté dans le bassin de vie de Buis-les-Baronnies et celui de Pierrelatte, contre 9,5 % en France métropolitaine. Ce dernier bassin de vie se distingue aussi par un chômage important, une faible qualification des actifs et une part relativement importante de la population ouvrière.

Figure 5Des indicateurs de précarité défavorablesPosition relative de la Drôme et de la France métropolitaine par rapport à la région

Des indicateurs de précarité défavorables - Lecture : en 2014, la part des jeunes de 18 à 25 ans non insérés est 1,3 fois plus élevée dans la Drôme que dans la région.
Part des jeunes de 18 à 25 ans non insérés en 2014 Taux de pauvreté en 2014 Niveau de vie médian en 2014 Taux de chômage en 2016 Part de la population non scolarisée âgée de 15 ans ou plus peu ou pas diplômée en 2014 Part des salariés à temps partiel en 2014 Part des salariés hors CDI et fonction publique en 2014
Drôme 1,32 1,22 0,93 1,28 1,08 1,12 1,03
Auvergne-Rhône-Alpes 1,00 1,00 1,00 1,00 1,00 1,00 1,00
France métropolitaine 1,12 1,16 0,97 1,13 1,04 0,90 0,97
  • Lecture : en 2014, la part des jeunes de 18 à 25 ans non insérés est 1,3 fois plus élevée dans la Drôme que dans la région.
  • Sources : Insee, Fichier Localisé Social et Fiscal, Recensement de la population en 2014, Taux de chômage au sens du BIT et taux de chômage localisé 2016

Figure 5Des indicateurs de précarité défavorablesPosition relative de la Drôme et de la France métropolitaine par rapport à la région

  • Lecture : en 2014, la part des jeunes de 18 à 25 ans non insérés est 1,3 fois plus élevée dans la Drôme que dans la région.
  • Sources : Insee, Fichier Localisé Social et Fiscal, Recensement de la population en 2014, Taux de chômage au sens du BIT et taux de chômage localisé 2016

Pour en savoir plus

« Des territoires inégalement touchés par l’éloignement de l’emploi », Insee Analyses Auvergne-Rhône-Alpes n° 52, décembre 2017

« Agriculture, agroalimentaire et forêt d’Auvergne-Rhône-Alpes – Panorama en chiffres et en cartes », Agreste Auvergne-Rhône-Alpes Références, janvier 2016

« Les sites nucléaires du Tricastin et de Marcoule : un impact important sur plus de 200 communes », La Lettre Analyses Insee Rhône-Alpes n° 188, janvier 2013

« Vallée de la Drôme-Diois : un territoire au caractère rural et touristique, mais avec des difficultés sociales », La Lettre Analyses Insee Rhône-Alpes n° spécial 8, octobre 2011