Les entreprises créées en 2010 en haute-Saône ne profitent pas de la sortie de crise

Pierre-Stéphane Lèbre, Insee

Près de 300 entreprises ont été créées en haute-Saône au cours du premier semestre 2010. Cinq ans après, une entreprise sur deux est toujours en activité, soit huit points de moins que la moyenne observée sur l’ensemble de la région Bourgogne-Franche-Comté et six points de moins que la génération d’entreprises créées en 2006. En cinq ans, l'emploi des entreprises créées en 2010 diminue. Il peine à se maintenir même dans les entreprises qui ont réussi à pérenniser leur activité.

Insee Flash Bourgogne-Franche-Comté
No 42
Paru le : 26/10/2017

Le démarrage d’une activité entrepreneuriale présente de nombreux challenges à surmonter. Les premières années sont décisives : un investissement de départ à apporter, un marché de clientèle à créer, des frais de gestion et des taxes qui s’alourdissent dès la seconde année d’existence et qui fragilisent les entreprises qui n’ont pas bien évalué leur projet ou qui ne bénéficient pas d’une conjoncture favorable. En Haute-Saône, à peine plus d’une entreprise sur deux, hors auto-entrepreneurs, créée au premier semestre 2010 est encore en activité cinq ans après sa création (méthodologie). Cette proportion baisse de six points par rapport à la génération des entreprises créées en 2006 : 57 % d’entre elles passaient alors le cap des cinq ans, trois points de plus que la moyenne régionale. Contrairement aux autres départements de la région, la Haute-Saône peine à rebondir suite à la crise de 2008.

Une pérennité plus faible quel que soit le secteur d’activité

Le taux de pérennité des entreprises haute-saônoises créées en 2010 est nettement inférieur à la moyenne régionale, qui s’élève à 60 %. Les entreprises sont plus ou moins robustes dans le temps en partie en fonction du secteur d’activité investi par le créateur, qui influe sur la durée de vie de l’entreprise. Si les chances d’être encore actives cinq ans après leur création sont partout inférieures à celles de la région, moins d’une entreprise sur deux parvient à se maintenir dans les secteurs du commerce et de la construction (figure 1).

La pérennité est également plus faible que dans l’ensemble de la région quel que soit le type d’entreprise. L’écart demeure moins important concernant les sociétés, dont la création exige davantage de garanties. Il est en revanche particulièrement élevé concernant les entreprises individuelles, pour lesquelles le taux de pérennité à cinq ans est de 38 % seulement.

Dans le département, près de six entreprises sur dix sont artisanales, contre quatre sur dix à l’échelle de la région. Là encore, seule une sur deux est pérenne à cinq ans, dix points de moins que la moyenne régionale. Cela tient pour partie au fait qu’une majorité d’entre elles sont des entreprises individuelles.

Figure 1 – Des taux de pérennité inférieurs à la moyenne régionale pour tous les secteurs d'activitéTaux de pérennité à cinq ans (en %) selon le secteur d'activité de l'entreprise, le profil du créateur et ses objectifs

Des taux de pérennité inférieurs à la moyenne régionale pour tous les secteurs d'activité
À 5 ans Bourgogne-Franche-Comté 5 ans
Industrie 25 64 69
Construction 58 48 59
Commerce 99 47 54
Services aux entreprises 65 51 63
Services aux particuliers 41 56 67
Entreprises artisanales 167 51 63
Entreprises individuelles 159 38 48
Sociétés 129 67 70
Objectif : développement de l'entreprise 100 58 61
Chômeurs 105 39 54
Titulaires CAP-BEP 76 43 57
Titulaires Bac technologiqueou professionnel 43 60 59
Agés de moins de 30 ans 61 46 51
Agés de 50 ans ou plus 68 53 59
Hommes 210 52 60
Femmes 78 47 59
  • Source : Insee, Enquête Sine 2010 (Interrogations 2010 et 2015)

Figure 1 – Des taux de pérennité inférieurs à la moyenne régionale pour tous les secteurs d'activitéTaux de pérennité à cinq ans (en %) selon le secteur d'activité de l'entreprise, le profil du créateur et ses objectifs

  • Source : Insee, Enquête Sine 2010 (Interrogations 2010 et 2015)

Les créateurs auparavant inactifs ou titulaires de diplômes inférieurs au baccalauréat sont en difficulté

Le profil du créateur influe également sur la pérennité de l’entreprise. L’expérience par exemple est un atout. A contrario, les nouveaux chefs d‘entreprise sans activité professionnelle ou au chômage avant le lancement de leur activité sont souvent en décalage avec la sphère économique, ce qui limite leurs chances de succès. Ce phénomène est particulièrement marqué en Haute-Saône, avec une pérennité inférieure de quinze points à l’ensemble de la région.

Pour les titulaires d'un seul CAP ou BEP, l’écart à la moyenne régionale est presque aussi important : 43 % ont maintenu leur activité à cinq ans. A contrario, les titulaires d'un bac technique ou professionnel ont bien plus de chance de créer une entreprise pérenne dans le département : 60 % de pérennité à cinq ans, un taux similaire à celui de la région. Si le niveau de diplôme semble particulièrement décisif en Haute-Saône, les créateurs y sont moins souvent diplômés du supérieur et plus souvent peu diplômés que sur l’ensemble de la région (figure 2).

Les entreprises créées par des individus âgés de moins de 30 ans ou de plus de 50 ans ont des taux de pérennité particulièrement faibles dans le département. Encore une fois, leur poids est plus important en Haute-Saône que sur l’ensemble de la région.

Le genre influe également. Moins d’une entreprise créée par une femme sur deux se maintient à cinq ans. C’est quatre points de moins que pour les entreprises créées par des hommes et douze points de moins que dans l’ensemble de la région, à l’échelle de laquelle l'écart entre hommes et femmes est minime.

Figure 2 – Des créateurs plus agés et moins diplômés que dans la régionRépartition des créations selon le profil des créateurs

Des créateurs plus agés et moins diplômés que dans la région
Haute-Saône Bourgogne-Franche-Comté
nombre en % nombre en %
Créateurs âgés de moins de 30 ans 61 21 689 19
Créateurs âgés de 50 ans ou plus 68 24 642 18
Créateurs sans diplôme qualifiant 67 23 597 17
Créateurs diplômés du supérieur 91 32 1335 38
  • Source : Insee, Enquête Sine 2010 (interrogation 2010)

Plus d’un tiers des emplois détruits en cinq ans

Au lancement de leur activité en 2010, les entreprises créées au premier semestre en Haute-Saône généraient 490 emplois, dont 41 % d'emplois salariés. Trois ans après, l'emploi dans les entreprises subsistantes a diminué de 22 %, les emplois créés dans les entreprises pérennes ne compensant pas les emplois détruits dans les cessations.

Figure 3 – L'emploi diminue en Haute-Saône pour les entreprises créées au premier semestre 2010

Emploi total (en nombre)
L'emploi diminue en Haute-Saône pour les entreprises créées au premier semestre 2010
Pérennes 5 ans Pérennes 3 ans Non pérennes
effectif démarrage 281 50 158
Décembre 2013 331 49
Décembre 2015 310
Évolution démarrage à décembre 2013 18
Évolution 2013 – 2015 -6 évolution démarrage à décembre 2015 -37
  • Source : Insee, Enquête Sine 2010 (Interrogations 2010, 2013 et 2015)

Figure 3 – L'emploi diminue en Haute-Saône pour les entreprises créées au premier semestre 2010

La création d’entreprises « classiques » participe au renouvellement du tissu productif

D’autres mouvements interviennent chaque année : création d’auto-entreprises, reprises, cessations, cessions et transferts d’établissements à l’intérieur ou hors du département, etc. La Haute-Saône compte 10 100 entreprises, soit 8 % du stock régional. Après deux années en déficit, le solde d’entrées-sorties est à nouveau positif depuis 2013 (figure 4). Au cours de l’année 2014, le tissu productif de la Haute-Saône s’enrichit ainsi de 300 entreprises, résultat de 2 000 entrées et de 1 700 sorties. Cela représente 9 % du solde régional.

Figure 4 – Des entrées à nouveau supérieures aux sorties en 2013Entrées et sorties du répertoire Sirene pour les entreprises de Haute-Saône (Base 100 Entrées en 2006)

Nombre d'entreprises (Base 100 Entrées en 2006)
Des entrées à nouveau supérieures aux sorties en 2013
Entrées Haute-Saône Entrées Bourgogne-Franche-Comté Sorties Haute-Saône Sorties Bourgogne-Franche-Comté
2006 100 100 85,6 86,3
2007 109,5 111,7 84,7 85,4
2008 105 111,2 91,9 96
2009 163,1 163,6 115,1 114,2
2010 185,1 176,4 153,1 143,1
2011 154,8 159,4 167,2 162,8
2012 159,8 168,3 176 179,6
2013 178,8 182,9 171,2 176,9
2014 173,1 180,3 149,5 161
  • Source : Insee, Répertoire des entreprises et des établissements

Figure 4 – Des entrées à nouveau supérieures aux sorties en 2013Entrées et sorties du répertoire Sirene pour les entreprises de Haute-Saône (Base 100 Entrées en 2006)

Pour comprendre

L’étude de la survie des entreprises créées au premier semestre 2010 est réalisée à partir du système d’information sur les nouvelles entreprises (Sine). Ces dernières ont été enquêtées à trois reprises, à la fin des années 2010, 2013 et 2015. Le champ de l’enquête Sine couvre l’ensemble des entreprises qui ont vécu plus d’un mois dans l’ensemble des activités économiques marchandes, hors activités agricoles et auto-entreprises. Est considérée comme une création d'entreprise, la mise en œuvre de nouveaux moyens de production : créations pures, réactivations d’entreprise après une interruption de plus d’un an et reprises d’entreprise sans continuité entre la situation du cédant et celle du repreneur, en termes d’activité et de localisation.

Dans le cadre d’un partenariat entre la Chambre de commerce et d’industrie de Bourgogne-Franche-Comté et la direction régionale de l’Insee, la totalité des 1 396 entreprises créées en 2010 dans l’ancienne région de Franche-Comté ont été interrogées par le dispositif Sine. Ces résultats concernent uniquement les seules entreprises créées au 1er semestre 2010.

Pour en savoir plus

Lèbre PS., Leseur B., Brion D.,« En Bourgogne-Franche-Comté, six entreprises sur dix passent le cap des cinq ans », Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté, n° 24, octobre 2017.

Meyrey F., Vivas E., « Six entreprises haut-saônoises sur dix toujours en activité trois ans après leur création en 2010 », Insee Flash Franche-Comté n° 16, octobre 2015.

Béziau J., Bignon N., « Les entreprises créées en 2010 plus pérennes que celles créées en 2006, touchées par la crise », Insee Première n° 1639, mars 2017.