En Bourgogne-Franche-Comté, six entreprises sur dix passent le cap des cinq ans

Pierre-Stéphane Lèbre, Benoît Leseur, David Brion, Insee

Un peu plus de 3 500 entreprises ont été créées en Bourgogne-Franche-Comté au 1er semestre 2010, hors régime de l’auto-entrepreneur. Comme au niveau national, 60 % d’entre elles sont encore actives après cinq ans. Le statut juridique et le secteur d’activité figurent parmi les facteurs déterminants de cette pérennité. Ainsi, les sociétés survivent mieux que les autres entreprises, l’industrie mieux que le commerce. Le profil du créateur, diplômé du supérieur ou déjà expérimenté, peut également avoir une influence positive sur la durabilité des projets. Au cours des trois premières années des nouvelles entreprises, l’augmentation du nombre d’emplois dans les entreprises pérennes compense les pertes d’emplois liées aux cessations. Les deux années suivantes, cette hausse qui perdure mais plus faiblement, ne suffit plus à maintenir l’emploi.

Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté N° 24
No 24
Paru le : 26/10/2017

Près de 133 700 entreprises, dont environ 23 200 auto-entreprises, du secteur marchand non agricole (hors grandes entreprises nationales et intérim) sont actives début 2015 en Bourgogne-Franche-Comté. Ce nombre a augmenté ces dernières années (encadré) ; de nouvelles entreprises ont été créées, reprises ou transférées dans la région alors que d’autres ont cessé leur activité ou ont été transférées ailleurs (définitions).

Un taux de pérennité régional dans la moyenne nationale

Dans un contexte également marqué par les suites de la crise de 2008, un peu plus de 3 500 entreprises « classiques », c’est-à-dire hors auto-entreprises, ont été créées au 1er semestre 2010 en Bourgogne-Franche-Comté. Fin 2015, 60 % d’entre elles sont encore en activité, comme en France métropolitaine. Un taux de pérennité ne reflète pas forcément le dynamisme économique de la région en termes de créations d’entreprises. Il peut s’expliquer par une plus ou moins grande propension des acteurs économiques à prendre le risque de monter une entreprise ou à se lancer dans un domaine peu ou très porteur.

Le taux de pérennité à cinq ans des entreprises de la région est comparable à celui des entreprises de Nouvelle-Aquitaine et du Centre-Val de Loire (figure 1). C’est en Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur qu’il est le plus faible (55 %). Il est en revanche meilleur en Corse, Pays de la Loire et Île-de-France (63 à 64 %).

Un faisceau de facteurs expliquent les différences de pérennité d’une entreprise à l’autre. Mais aucun n’a, à lui seul, un effet déterminant. Ainsi, « toutes choses égales par ailleurs », c’est-à-dire « à autres caractéristiques identiques » (méthodologie), le statut juridique et le secteur d’activité jouent un rôle important. D’autres facteurs interviennent, notamment le profil du créateur, son expérience professionnelle, ses diplômes, mais sont moins déterminants. La réussite d’une entreprise résulte en effet des forces et faiblesses de l’entreprise comme de l’entrepreneur, qui se révèlent tantôt plus favorables tantôt plus défavorables en Bourgogne-Franche-Comté qu’au plan national, pour sa continuité.

Figure 1 – La Bourgogne-Franche-Comté, dans la moyenne nationale pour le taux de survie des entreprises Taux de pérennité à cinq ans des entreprises créées au 1er semestre 2010 et nombre d’entreprises survivantes par région

La Bourgogne-Franche-Comté, dans la moyenne nationale pour le taux de survie des entreprises
Code Régions Taux de pérennité à cinq ans (%) Nombre d'entreprises pérennes après cinq ans (créées au premier semestre 2010)
11 Île-de-France 62,8 18 050
24 Centre-Val de Loire 60,5 1 970
27 Bourgogne-Franche-Comté 59,9 2 130
28 Normandie 62,1 2 370
32 Hauts-de-France 61,3 4 450
44 Grand Est 62,3 4 450
52 Pays de la Loire 63,6 3 160
53 Bretagne 62,6 2 520
75 Nouvelle-Aquitaine 60,4 5 720
76 Occitanie 55,5 6 610
84 Auvergne-Rhône-Alpes 61,3 8 450
93 Provence-Alpes-Côte d'Azur 55,1 7 330
94 Corse 64,3 510
  • Champ : Entreprises du secteur marchand non agricole et hors auto-entreprises
  • Source : Insee, Enquête SINE 2010 (interrogations 2010 et 2015)

Figure 1 – La Bourgogne-Franche-Comté, dans la moyenne nationale pour le taux de survie des entreprises Taux de pérennité à cinq ans des entreprises créées au 1er semestre 2010 et nombre d’entreprises survivantes par région

Les sociétés moins fragiles sur la durée

En Bourgogne-Franche-Comté, 46 % des entreprises créées au 1er semestre 2010 relèvent du statut des entreprises individuelles (personnes physiques), c’est beaucoup plus que pour la France métropolitaine (38 %). Or, ces entreprises parviennent moins à survivre que les autres ; 48 % sont encore actives dans la région cinq ans après, contre 70 % pour les sociétés.

Le statut des entreprises individuelles est de nature à faciliter les projets car il présente des avantages certains au démarrage pour le créateur (autonomie, simplicité administrative, pas de capital minimum requis, libre jouissance des bénéfices…). Par contre, moins de garanties, notamment en capital initial, peut devenir un handicap sur la durée. Le statut de société exige quant à lui des bases solides qui favorisent la pérennité.

L’industrie, un secteur qui résiste mieux

Le choix du secteur d’activité est aussi un facteur de réussite important. Ainsi, les créations dans l’industrie influent favorablement sur le taux global de pérennité des entreprises de Bourgogne-Franche-Comté (figure 2). En effet, dans la région où le tissu économique est plus tourné vers l’industrie, les entreprises créées relèvent un peu plus de ce secteur (7 %) qu’au niveau national (6 %), et passent plus souvent le cap des cinq ans d’existence (69 contre 67 %). À l’inverse, le secteur regroupant le commerce, le transport, et l’hébergement-restauration influe défavorablement. Les entreprises créées relèvent également davantage de ce secteur dans la région (38 %) qu’au niveau national (35 %). Or, seulement 54 % d’entre elles sont encore actives dans la région cinq ans après. La pérennité est relativement élevée dans les services (64 %), moins dans la construction (59 %).

À un niveau sectoriel plus fin, ce sont les activités financières et les assurances qui sont les plus pérennes ainsi que l’enseignement, la santé et l’action sociale (respectivement 78 et 77 %) (figure 3). Dans ce dernier secteur, la survie des entreprises est forte, car les professions exercées, notamment médicales ou paramédicales, s’inscrivent dans la durée. Ces activités répondent aux besoins indispensables des habitants et sont donc moins sensibles à la conjoncture économique. À l’opposé, le secteur regroupant le commerce et la réparation automobile figure parmi les moins robustes : 53 % des entreprises résistent cinq ans. Les activités immobilières, également fragiles (47 % de survie), ne représentent quant à elles que très peu de créations.

Figure 2 – Durant les premières années, les entreprises du secteur industriel sont davantage pérennes Taux de pérennité des entreprises créées au 1er semestre 2010 dans la région

Durant les premières années, les entreprises du secteur industriel sont davantage pérennes
Bourgogne-Franche-Comté France métropolitaine
Ensemble des secteurs Industrie Construction Commerce Transport Hébergement et Restauration Services
au démarrage (%) 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
à 1 an 91,2 93,8 92,0 90,1 91,4 91,3
à 2 ans 80,1 82,4 81,2 77,3 82,0 81,3
à 3 ans 70,8 76,0 69,9 67,1 73,9 72,0
à 4 ans 63,7 72,0 61,6 58,7 68,1 64,7
à 5 ans 59,9 69,0 59,0 54,3 64,3 60,5
  • Champ : Entreprises du secteur marchand non agricole et hors auto-entreprises
  • Source : Insee, Enquête SINE 2010 (interrogations 2010, 2013 et 2015)

Figure 2 – Durant les premières années, les entreprises du secteur industriel sont davantage pérennes Taux de pérennité des entreprises créées au 1er semestre 2010 dans la région

Figure 3 – Les entreprises de l’enseignement, de la santé et de l’action sociale sont plus solides Répartition des 3547 créations par secteur d’activité, selon le taux de pérennité à cinq ans

Les entreprises de l’enseignement, de la santé et de l’action sociale sont plus solides
Bourgogne-Franche-Comté Taux de perennité à cinq ans (%) nombre d'entreprises créés au 1er semestre 2010
Activités immobilières 47,2 136
Commerce, réparation d'automobiles et de motocycles 52,7 954
Information et communication 53,2 64
Autres activités de services 55,3 239
Transports et entreposage 58,1 90
Hébergement et restauration 58,4 295
Construction 59,0 626
Ensemble des secteurs 59,9 3547
Activités de services administratifs et de soutien 64,3 185
Activités spécialisées, scientifiques et techniques 67,3 369
Industrie 69,0 266
Enseignement, santé humaine et action sociale 76,9 271
Activités financières et d'assurance 78,2 52
  • Lecture : 69 % des 266 entreprises créées au 1er semestre 2010 dans le secteur de l’industrie sont encore actives cinq ans après.
  • Champ : Entreprises du secteur marchand non agricole et hors auto-entreprises
  • Source: Insee, Enquête SINE 2010 (interrogations 2010 et 2015)

Figure 3 – Les entreprises de l’enseignement, de la santé et de l’action sociale sont plus solides Répartition des 3547 créations par secteur d’activité, selon le taux de pérennité à cinq ans

Le diplôme et l’expérience du créateur, facteurs de réussite

Parmi les éléments favorisant la réussite ou la défaillance d’une entreprise, quelles que soient ses autres caractéristiques, le profil du créateur, notamment son expérience professionnelle et son niveau de diplôme jouent un rôle déterminant, dans la région comme ailleurs (figure 4). Ainsi, lorsque le créateur n’a aucune expérience, seule une entreprise sur deux résiste cinq ans. Et s’il a au moins dix ans d’expérience dans la même activité, plus des deux tiers des entreprises sont encore actives. Sans diplôme ou avec un BEPC, il échouera dans la moitié des cas, mais diplômé bac + 4 ou plus, son entreprise aura au moins deux chances sur trois de se maintenir.

Il en va de même pour l’âge de l’entrepreneur. Près de 20 % des créateurs ont moins de 30 ans et pour leur entreprise, le taux de survie est également d’une sur deux. Pour les 30-40 ans, le taux de pérennité est plus élevé : il atteint 65 %. Mais, l’âge n’explique pas tout, à lui seul. Les jeunes ont moins d’expérience professionnelle et choisissent principalement le commerce de détail et la réparation automobile (25 % d’entre eux) ou encore la construction (21 %), autant de secteurs où la survie s’avère plus difficile.

La réussite peut être aussi une affaire de famille. Ainsi, un projet lancé par un couple facilite la gestion et la pérennité de l’activité pendant les cinq premières années, soit 62 % à deux contre 53 % seul.

Figure 4 – Mieux vaut disposer d’un bon niveau d’études et d’une expérience professionnelle dans le métier Taux de pérennité à cinq ans des entreprises créées au 1er semestre 2010 en Bourgogne-Franche-Comté selon le profil du créateur et l’investissement initial

Mieux vaut disposer d’un bon niveau d’études et d’une expérience professionnelle dans le métier
Bourgogne-Franche-Comté~Taux de pérennité à cinq ans
Ensemble des entreprises 60
Âge du créateur
Moins de 30 ans 51
30 ans ou plus 62
Diplôme du créateur
Sans diplôme, CEP, BEPC 51
CAP, BEP, BT, Bac techno, Bac pro 58
Enseignement supérieur 66
Expérience du créateur dans le métier
Non 53
Oui 64
Objectif du créateur
Créer son propre emploi 59
Développer son entreprise 61
Investissement initial
Moins de 2 000 euros 47
De 2 000 à moins de 40 000 euros 59
40 000 euros ou plus 72
  • Lecture : 72 % des entreprises créées au 1er semestre 2010 ayant investi initialement 40 000 euros ou plus sont encore actives cinq ans après.
  • Champ : Entreprises du secteur marchand non agricole et hors auto-entreprises
  • Source: Insee, enquête Sine 2010 (interrogations 2010 et 2015)

Figure 4 – Mieux vaut disposer d’un bon niveau d’études et d’une expérience professionnelle dans le métier Taux de pérennité à cinq ans des entreprises créées au 1er semestre 2010 en Bourgogne-Franche-Comté selon le profil du créateur et l’investissement initial

Un fort apport financier à la création est favorable à la pérennité des entreprises

La mise initiale engagée à la création est aussi un gage de réussite ; plus elle est forte, plus l’entreprise a de chances de dépasser cinq ans, ces moyens contribuant à l’équilibre du plan de financement (acquisitions de matériels, locaux, marketing…) (figure 4).

La moitié des entreprises se créent en Bourgogne-Franche-Comté avec un apport inférieur à 16 000 €. Cinq années après, 54 % d’entre elles sont encore en activité. À l’inverse, plus de 14 % des projets débutent avec un apport supérieur à 80 000 €, c’est mieux qu’au niveau national et ces entreprises-là sont les plus résistantes, avec près des trois quarts de pérennes.

Des aides publiques surtout dispensées dans une logique de retour à l’emploi

Pour encourager la prise de risque et développer l’entrepreneuriat, des aides financières publiques ont été accordées à plus de la moitié des entreprises créées en Bourgogne-Franche-Comté au 1er semestre 2010, soit 57 % des créations contre 49 % au niveau national. Pour autant, leur taux de survie n’est pas globalement meilleur que celui des autres projets. En effet, les aides publiques sont majoritairement dispensées selon une logique de retour à l’emploi ; dans plus de 62 % des dossiers, le financement est accordé à une personne au chômage ou sans activité, l’entreprise servant de vecteur pour créer son propre travail.

Cependant, trois dispositifs ciblés sont accordés à des entreprises, qui se révèlent plus pérennes que les autres, bien au-dessus du taux régional. Près de 9 % des aides sont liées au dispositif Oseo et 8 % aux Prêts à la création d’entreprise (PCE). Ces entreprises aidées sont les plus robustes : près de 70 % dépassent les cinq ans. Le dispositif Nacre (Nouvel accompagnement à la création ou la reprise d’entreprise) concerne 12 % des entrepreneurs aidés et près de 65 % poursuivent leur activité.

L’aide publique la plus répandue dans la région (46 % des aides), Accre (Aide au chômeur créant ou reprenant une entreprise), vise explicitement les demandeurs d’emploi. Ces derniers, présents dans presque la moitié des dossiers, réussissent moins facilement, avec un taux de pérennité de 56 %, légèrement inférieur au taux régional.

Des entreprises qui survivent mais pas sans difficultés et efforts

Aidés financièrement ou pas dans leur démarrage, les 2 025 créateurs d’entreprises du 1er semestre 2010 toujours actives en 2015 dans la région, considèrent avec du recul que les problèmes sont récurrents : six sur dix estiment avoir éprouvé des difficultés au cours des deux dernières années, le plus souvent des soucis de trésorerie liés aux charges trop élevées, à des retards ou défauts de paiement des clients. Pour se développer, plus d’un sur deux a investi au cours des deux dernières années, la plupart en passant par les banques (56 %), en puisant dans les réserves de l’entreprise (40 %) et enfin 14 % en ajoutant des fonds personnels supplémentaires, l’un n’excluant pas l’autre.

La majorité des créateurs se forment eux-mêmes et prennent seuls leurs décisions, les trois quarts ne recevant pas de conseils extérieurs. Cependant, 40 % d’entre eux ont souhaité une formation complémentaire en gestion ou en pratiques commerciales.

Les difficultés rencontrées comme les efforts engagés passent au second plan puisque la plupart sont satisfaits d’avoir monté leur affaire.

Encadrés

D’année en année, la région s’enrichit de nouvelles entreprises

La Bourgogne-Franche-Comté compte début 2015, 32 500 entreprises de plus qu’en 2006, soit une augmentation de 33 %. Cette progression est la plus faible des régions métropolitaines et très inférieure à la moyenne des autres régions (+ 41 % hors Île-de-France).

Cependant, le solde entre les entrées d’entreprises (créations, reprises et transferts) et les sorties (disparitions, reprises et transferts) est toujours positif dans la région, hormis entre 2011 et 2012. L’introduction du statut d’auto-entrepreneur, facilitant les projets des chômeurs, des jeunes ainsi que la double activité, a dès 2009, provoqué de fortes entrées, puis des cessations d’activité.

Signe de reprise, les sorties ont tendance à se réduire depuis 2012 et les créations deviennent plus nombreuses. Toutefois, l’augmentation de ces dernières est moins importante dans la région que dans le reste de la France. En effet, l’économie régionale a plus de mal à se remettre de la crise qui a, en particulier, et dès 2009, fortement touché son industrie et la construction.

En 2014, sur les 27 000 entrées, 79 % sont des créations pures (nouvelles entreprises) et 24 000 entreprises sont sorties, dont 63 % pour cause de cessation. Au final, 3 000 entreprises supplémentaires viennent en 2014 abonder l’économie de la région.

Figure 5 – Des entrées* à nouveau supérieures aux sorties en Bourgogne-Franche-Comté

Des entrées* à nouveau supérieures aux sorties en Bourgogne-Franche-Comté
Nombre d'entreprises Entrées Nombre d'entreprises Sorties
2006 15 070 13 006
2007 16 839 12 874
2008 16 761 14 461
2009 24 660 17 210
2010 26 584 21 561
2011 24 021 24 532
2012 25 366 27 063
2013 27 563 26 657
2014 27 167 24 256
  • * Entrées : entreprises en création, reprise, réactivation, transfert entrant
  • Sorties : entreprises en disparition, cessation-reprise, transfert sortant
  • Champ : Entreprises du secteur marchand non agricole (hors grandes entreprises nationales et intérim)
  • Source : Insee, Répertoire des entreprises et des établissements

Figure 5 – Des entrées* à nouveau supérieures aux sorties en Bourgogne-Franche-Comté

Meilleure pérennité pour les nouvelles entreprises de 2010

Pour la plupart des secteurs, le taux de pérennité s’est amélioré entre les générations 2006 et 2010.

D’abord, la crise a accéléré la disparition des entreprises fragiles de la cohorte 2006. Le contexte est devenu ensuite bien plus favorable pour les entreprises créées en 2010 qui appartiennent à une génération de sortie de crise. Les sociétés y ont pris une part plus importante, favorisant par là même la pérennité globale.

Mais, cette apparente plus grande survie tient aussi à la mise en place du régime de l’auto-entrepreneur en 2009 et au report vers celui-ci des projets moins solides, augmentant ainsi la réussite des entreprises dites « classiques ».

Certains secteurs sont toutefois sortis moins rapidement de la crise que d’autres. La construction a été durement touchée et a enregistré un tiers de créations de moins en 2010 qu’en 2006. Le transport-entreposage et l’information-communication n’ont pas amélioré leur taux de pérennité, mais ces secteurs pèsent relativement peu dans l’ensemble des créations.

Les entreprises toujours actives au bout de cinq ans ont créé des emplois

En Bourgogne-Franche-Comté, les 3 500 entreprises créées au 1er semestre 2010 génèrent en démarrant 6 000 emplois dont 40 % de salariés. Après trois ans d’existence, la progression de l’emploi dans les entreprises qui ont survécu compense quasiment la perte d’emplois dans les entreprises ayant disparu.

Cependant, après cinq ans, cela n’est plus le cas ; l’emploi a diminué de 6,4 %. La progression de l’emploi dans les entreprises pérennes (+ 42 %) ne parvient plus à combler la perte d’emplois des établissements non viables. Le secteur des services fait exception ; l’emploi y progresse de 3,9 %.

En fait, les entreprises qui ont survécu ont pu continuer à recruter, essentiellement de nouveaux salariés, passant d’un effectif initial moyen de 1,9 emploi à 2,8 au bout des cinq ans.

En 2015, les créateurs sont plutôt optimistes, plus de la moitié envisagent au moins un maintien de l’activité, un sur quatre souhaite se développer encore. Néanmoins, les perspectives de créer de nouveaux emplois sont plutôt limitées, seul un entrepreneur sur dix veut embaucher l’année suivante et très peu pensent licencier.

Figure 6 – Les entreprises toujours actives au bout de cinq ans ont créé des emploisEmploi dans les entreprises créées au 1er semestre 2010 en Bourgogne-Franche-Comté

Emploi total en nombre
Les entreprises toujours actives au bout de cinq ans ont créé des emplois
Emploi total (en nombre) entreprises pérennes 5 ans entreprises pérennes 3 ans entreprises non pérennes
effectif démarrage septembre 2010 3848 481 1669
décembre 2013 5342 571
décembre 2015 5615
  • Champ : Entreprises des secteurs marchands non agricoles et hors auto-entreprises
  • Source: Insee, Enquête SINE 2010 (interrogations 2010, 2013 et 2015)

Figure 6 – Les entreprises toujours actives au bout de cinq ans ont créé des emploisEmploi dans les entreprises créées au 1er semestre 2010 en Bourgogne-Franche-Comté

Pour comprendre

La démographie des entreprises régionales entre 2006 et 2014 est approchée à partir des entrées et sorties de sièges d’entreprises dans le répertoire Sirene (Système informatisé du répertoire national des entreprises et des établissements). L’étude porte sur les unités ayant une activité principalement marchande, hors agriculture, grandes entreprises nationales et intérim. La survie des entreprises créées en 2010 est analysée à partir du Système d’information sur les nouvelles entreprises (Sine), dispositif permanent d’observation d’une génération de nouvelles entreprises tous les quatre ans. L’échantillon national contient 52 000 entreprises créées au 1er semestre 2010, enquêtées à trois reprises, en 2010, 2013 et 2015. Le champ couvre l’ensemble des entreprises, hormis les auto-entreprises, qui ont vécu plus d’un mois.

Dans le cadre d’un partenariat entre la Chambre de commerce et d’industrie de Bourgogne-Franche-Comté et la direction régionale de l’Insee de Bourgogne-Franche-Comté, la totalité des 1 396 entreprises créées en 2010 dans l’ancienne région de Franche-Comté ont été interrogées par le dispositif Sine. L’ancienne région Bourgogne a été, quant à elle, enquêtée par sondage.

Définitions

Création d’entreprise : mise en œuvre de nouveaux moyens de production. Ce concept inclut, outre les créations pures, la réactivation après une interruption de plus d’un an et la reprise s’il n’y a pas continuité entre la situation du cédant et celle du repreneur, en termes d’activité et de localisation. La notion est un peu plus restrictive dans Sine. En effet, sont notamment exclues les entreprises ayant vécu moins d’un mois.

Taux de pérennité à n année(s) : rapport entre le nombre d’entreprises créées au cours du 1er semestre de l’année considérée (2006 ou 2010) et ayant atteint leur énième anniversaire, à l’ensemble des entreprises créées au cours du 1er semestre de l’année considérée.

De nombreux facteurs interagissent sur la pérennité des entreprises nouvellement créées. Un modèle d’analyse statistique « toutes choses mesurables égales par ailleurs » permet d’isoler à « autres facteurs inchangés », l’impact d’un seul facteur à la fois, sur la survie des entreprises. Le modèle sert ainsi à retenir les facteurs qui sont significatifs et à les hiérarchiser (statut de l’entreprise, secteur d’activité, âge et diplôme du créateur…).

Les taux de cette étude restent des taux de pérennité bruts, c’est-à-dire tous facteurs compris.

Pour en savoir plus

Mairey F., Une évolution peu dynamique de la population et un faible potentiel de créateurs pénalisent la création d’entreprise en Bourgogne-Franche-Comté, Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté n° 9, septembre 2016.

Adrover S., Mairey F., Fragilité des entreprises créées en 2010 en Franche-Comté, Insee Analyses Franche-Comté n° 12, octobre 2015.

Béziau J., Bignon N., Les entreprises créées en 2010 plus pérennes que celles créées en 2006, touchées par la crise, Insee Première n° 1639, mars 2017.