Les comptes économiques de Guyane en 2016 - L’investissement se redresse, la croissance se maintient

Clémentine Garandeau, Insee

En 2016, la croissance guyanaise s’élève à + 2,2 %, à un niveau comparable à 2015 (+ 2,5 %), après un pic à + 4,0 % en 2014. L’activité spatiale reste très dynamique avec 11 lancements et 27 satellites mis en orbite, mais en deçà des 12 lancements de 2015, entraînant une contribution négative des lancements spatiaux aux exportations et donc à la croissance. En revanche, le chantier Ariane 6 soutient l’investissement, qui rebondit à + 7,5 % après avoir chuté de 5,0 % l’année passée en raison de la fragilisation du secteur du BTP, secteur qui reprend des couleurs au second semestre 2016. La consommation des ménages connaît une légère accélération en volume à + 2,5 % après + 2,2 %, tout comme la consommation des administrations publiques : + 2,1 % après + 1,7 %. Les prix sont quasi-stables avec une légère baisse à – 0,1 %. Contrairement à l’année passée, les échanges commerciaux hors spatial sont en hausse, tandis que les exportations liées aux tirs de fusées régressent (– 4,2 %). Ainsi, le total des importations est en hausse de 2,1 %, tandis que le total des exportations se contracte légèrement à – 0,6 %.

En 2016, le produit intérieur brut (PIB) de la Guyane augmente de 2,2 % en volume. Avec une progression estimée de la population de 2,0 %, le PIB par habitant évoluerait de + 0,1 % en volume pour 15 813 euros par habitant. En Guadeloupe, le PIB par habitant s’établit à 21 005 euros, à 23 155 euros en Martinique et 33 400 euros France entière (figure 2).

Figure 1 – Une croissance dynamique malgré des exportations spatiales en baisseLes principaux agrégats et leur évolution (en million d’euros courants et en %)

Une croissance dynamique malgré des exportations spatiales en baisse
Million d’euros courants Évolution en % Contributionen points
2016 Volume Prix Valeur
Produit intérieur brut 4 203 2,2 1,2 3,4 2,2
Consommation des ménages 2 126 2,5 -0,2 2,3 1,3
Consommation des administrations publiques 1 984 2,1 0,3 2,4 1,0
Investissement 1 126 7,5 0,9 8,5 1,9
Imports de biens et services 2 711 4,0 -1,8 2,1 -2,6
Exports de biens et services 1 630 0,2 -0,8 -0,6 0,1
Variation de stocks 48 0,5 /// /// 0,5
  • Source : Insee, CEROM, Comptes rapides.

Figure 2 – Ralentissement du taux de croissanceTaux de croissance du PIB en volume (en %)

Ralentissement du taux de croissance
Guyane France
2012 2,74 0,18
2013 1,88 0,58
2014 4,02 0,9
2015 2,53 1,1
2016 2,16 1,2
  • Note : les estimations régionale antérieures à 2016 sont révisées, voir encadré méthodologique en fin de document.
  • Source : Insee, CEROM, Comptes rapides.

Figure 2 – Ralentissement du taux de croissanceTaux de croissance du PIB en volume (en %)

L’investissement se redresse, soutenu par le chantier Ariane 6 et la relance de la commande publique au second semestre

L’investissement augmente de 7,5 % en volume, pour une contribution à + 1,9 point à la croissance. Cette hausse fait suite au recul de 4,5 % de l’année passée. Plusieurs indicateurs témoignent de la relance de l’investissement : la commande publique auprès du secteur du BTP s’améliore nettement en seconde partie d’année après trois années en retrait. Le volume financier des démarrages de chantiers retrouve son niveau élevé de 2011 et 2012, à plus de 450 millions d’euros (+ 74 % par rapport à 2015). Les deux principaux chantiers de l’année 2016 sont les travaux d’aménagement liés au programme Ariane 6 et la construction du nouvel hôpital de l’Ouest guyanais à Saint-Laurent-du-Maroni.

Par ailleurs, le nombre de mises en chantier de logements s’élève à 2 200 en 2016, soit + 73 % par rapport à 2015. La part des logements collectifs s’accroît nettement, pour représenter 77 % du total des logements mis en chantier, en lien avec les chantiers démarrés au second semestre, notamment à Macouria, Matoury et Cayenne.

Enfin, l’encours des crédits à l’investissement accordés aux entreprises continue de progresser à un rythme élevé : + 8,9 % après + 9,3 % en 2015. L’encours de crédits à l’habitat aux ménages suit la même tendance avec + 3,8 % sur l’année (figure 3).

Figure 3 – L'investissement repart, soutenu par Ariane 6 et la commande publique en BTPÉvolution de l’investissement en volume (en %)

L'investissement repart, soutenu par Ariane 6 et la commande publique en BTP
Guyane
2012 8,41
2013 0,83
2014 2,74
2015 -4,98
2016 7,54
  • Source : Insee, CEROM, Comptes rapides.

Figure 3 – L'investissement repart, soutenu par Ariane 6 et la commande publique en BTPÉvolution de l’investissement en volume (en %)

La consommation des ménages accélère

La consommation des ménages accélère à + 2,5 % après + 2,2 % en 2015, pour une population qui croît au même rythme que l’année passée (+ 2,0 %), dans un contexte de léger recul des prix à – 0,1 %.

Les importations de denrées alimentaires, boissons et produits à base de tabac suivent la tendance démographique, avec une progression de 2,3 %.

Les ventes de véhicules de tourisme neufs augmentent de 6,8 %, soit leur meilleure progression depuis quatre ans. Les importations de biens électriques et ménagers se stabilisent à – 0,3 % après une forte chute en 2015 (– 22,5 %).

Le nombre de demandeurs d’emploi en fin de mois s’élève à 25 015 personnes (catégorie A, B et C), soit une baisse d’un peu plus de 1 % sur un an (après + 5,3 % en 2015). En particulier chez les moins de 25 ans, il chute de 9 % (figure 4).

Figure 4 – Stabilité des prixÉvolution de l’indice des prix, moyenne annuelle (en %)

Stabilité des prix
Guyane France
2012 1,49 2
2013 1,38 0,9
2014 0,5 0,5
2015 -0,1 0
2016 -0,1 0,2
  • Source : Insee, CEROM, Comptes rapides.

Figure 4 – Stabilité des prixÉvolution de l’indice des prix, moyenne annuelle (en %)

Les échanges extérieurs hors activité spatiale progressent

Les importations s’accroissent de 2,1 %. Si les importations liées au spatial (éléments de lanceurs et de satellites) progressent de 5,0 %, celles des produits pétroliers raffinés baissent de 17 % en raison de la baisse du cours du Brent (figure 5).

Figure 5 – Les exportations en baisse en raison des 11 lancements spatiaux en 2016, après 12 lancements en 2015Évolution des échanges extérieurs en valeur (en %)

Les exportations en baisse en raison des 11 lancements spatiaux en 2016, après 12 lancements en 2015
Imports Exports
2012 9,4 11,02
2013 6,97 5,1
2014 -5,74 4,36
2015 5,11 4,89
2016 2,1 -0,6
  • Source : Insee, CEROM, Comptes rapides.

Figure 5 – Les exportations en baisse en raison des 11 lancements spatiaux en 2016, après 12 lancements en 2015Évolution des échanges extérieurs en valeur (en %)

Hors spatial et hors produits pétroliers, les importations sont en hausse de 2,6 %. Ainsi, les importations en biens manufacturés s’amplifient de 3,1 % et celles de denrées alimentaires, boissons et produits à base de tabac, de 2,3 %.

Les exportations en Guyane sont assurées à 85 % par le secteur spatial. Si l’activité spatiale est restée très dynamique en 2016, elle est en retrait comparée à 2015 qui comptait un lancement supplémentaire. Au final, les exportations liées au spatial reculent de 4,2 % (figure 6).

Figure 6 – Un grand nombre de satellites mis en orbite en 2016Nombre de lancements de fusées, nombre de satellites ou ATV envoyés dans l'espace, charges utile (en tonne)

Un grand nombre de satellites mis en orbite en 2016
Nom du lanceur Nationalité Nombre de lancements Nombre total de satellites ou ATV lancés Charge utile (tonnes)
2015 2016 2015 2016 2015 2016
Ariane 5 Europe 6 7 12 14 53,1 55,5
Soyuz Russe 3 2 6 7 4,4 3,9
Vega Italien 3 2 3 6 4,9 2,0
Total 12 11 21 27 62,4 61,4
  • Source : Arianespace

La baisse des exportations liées au spatial est en très grande partie compensée par la hausse des exportations hors spatial (+ 14,8 %). Les exportations d’or sont aussi en progression. Avec 1,2 tonne d’or exportée, soit + 3,7 % en volume en un an, et un cours de l’or en hausse, la valeur de ces exportations grimpe de 12,6 %, à 42 millions d’euros. Ces résultats sont meilleurs que ceux des trois dernières années où des baisses à la fois en quantité et en valeur avaient été enregistrées.

Le nombre de touristes, dont la consommation est comptabilisée en exportations, est en forte progression à + 11,6 % de passagers (+ 3,8 % en 2015), soit 516 420. Le nombre de passagers sur les lignes internationales double sur un an, avec 42 000 passagers en 2016. Le transport transatlantique se développe également en raison d’une fréquentation accrue de la ligne Cayenne-Paris. Air Caraïbes a renforcé sa desserte à partir de septembre 2016 avec une quatrième desserte hebdomadaire, puis un vol quotidien à compter de décembre. Air Caraïbes a transporté 14 % de passagers de plus en 2016 sur cette ligne.

Hors effets induits sur l’économie, les dépenses touristiques pèsent pour 5 % du total des exportations.

Les dépenses des administrations publiques progressent

La consommation des administrations publiques connaît une hausse de 2,1 %, après + 1,7 % en 2015. Elle contribue pour + 1 point à la croissance et varie entre 0,9 et 1,1 point depuis 2011.

Les charges de personnel progressent de 2,1 % dans le secteur des administrations publiques, la sécurité sociale et l’enseignement, avec un point d’indice de la fonction publique à + 0,5 %. C’est également le cas des consommations intermédiaires qui augmentent de 5,1 % dans ces secteurs et de 4,1 % pour la santé publique.

L’indice des prix à la consommation est stable en Guyane

L’indice des prix à la consommation est en légère baisse de 0,1 %, comme en 2015. En Guadeloupe et en Martinique l’indice des prix à la consommation est en retrait, pour la première fois depuis 2009, à – 0,2 %. Sur la France entière, il progresse légèrement à + 0,2 %.

Les produits pétroliers sont les plus gros contributeurs à cette baisse des prix : ils évoluent de – 7,1 % pour une contribution de – 0,4 point à l’inflation, ainsi que les services de transport dont les prix suivent la chute des prix des carburants : – 11,3 % pour une contribution de – 0,3 point à l’inflation.

Viennent ensuite les produits manufacturés dont les prix régressent de 0,5 %, pour une contribution à – 0,1 point à l’inflation. En particulier, les prix des produits de santé fléchissent significativement à – 2,8 %, pour une contribution de – 0,1 point à l’inflation.

Les prix de l’alimentation augmentent modérément de 0,8 % pour une contribution de + 0,1 point à l’inflation. Cette hausse est imputable aux produits frais qui enregistrent la plus forte hausse des prix : + 4,9 %, tandis que le prix de l’alimentation hors produits frais stagne.

Le prix des services hors transport croît de 0,9 % et contribue pour + 0,4 point à l’inflation.

Encadrés

Des perspectives d’investissement à concrétiser

À la mi-octobre, un emprunt de 53 millions d’euros de la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG) pour moitié à l’Agence française de développement (AFD), l’autre moitié à la Caisse des dépôts et consignations (CDC) est signé.Le prêt est transformé en subvention d’État par l’Accord de Guyane signé le 21 avril 2017.

Le financement permet à la CTG de lever les fonds européens nécessaires au lancement rapide de la première tranche des investissements dans le cadre de sa Programmation Pluriannuelle d’Investissement (PPI) 2016-2020.

Cette première tranche, chiffrée à 613 millions d’euros concerne principalement les infrastructures scolaires pour près de 393 millions d’euros, et les infrastructures routières à hauteur de 130 millions d’euros.

Le chantier Ariane 6

Le coût global de développement des infrastructures du nouvel ensemble de lancement (ELA 4) destiné au futur lanceur Ariane 6 est évalué à 600 millions d’euros, dont 94 millions d’euros de contrats locaux (environ 15%). Le contrat a été signé entre l’Agence Spatiale Européenne (ESA) et le Cnes en août 2015. La durée du chantier est estimée à quatre ans, de mi 2015 à mi 2019.

Lancé en février 2016, l’appel d’offres européen pour la réalisation des infrastructures de l’ELA 4 a été attribué au groupement ECLAIR 6 piloté par Eiffage Génie Civil. Le 8 juillet 2016, le Cnes et Eiffage ont signé un contrat d’un montant total de 200 millions d’euros pour la réalisation de tous les ouvrages de l’ELA 4 : massif de lancement, bâtiment d’assemblage du lanceur et portique mobile. En 2016, le chantier comptait environ 150 salariés répartis dans treize entreprises sous-traitantes.

Pour comprendre

Les comptes économiques rapides : une estimation précoce de la croissance

Produit par l’Insee, en partenariat avec l’AFD et l’Iedom dans le cadre du projet Cerom, les comptes rapides 2015 de la Guyane reposent sur une modélisation macroéconomique alimentée par les premières données disponibles de l’année écoulée. Il ne s’agit pas des comptes définitifs : les estimations pourront faire l’objet d’une révision lorsque la totalité des données de l’année seront connues.

Des évolutions en base 2010

Les évolutions diffusées ici sont en base 2010, notamment pour mettre en œuvre la nouvelle version du Système européen de comptes. Ce règlement introduit d’importantes innovations conceptuelles portant principalement sur le périmètre de l’investissement, la comptabilisation des échanges extérieurs ou la description de l’activité des entreprises d’assurance. Il s’applique à l’ensemble des pays européens. Mais changer de base, c’est revoir également les méthodes, les nomenclatures et les sources statistiques utilisées par la comptabilité afin qu’elle continue de refléter au mieux la réalité économique.

Des comptes rapides issus d’une modélisation de l’économie guyanaise

Le modèle utilisé pour construire les comptes rapides est un modèle macro-économique, de type keynésien, dit « quasi-comptable ». Il permet de projeter les comptes économiques d’une année donnée à partir d’hypothèses d’évolutions de l’offre et de la demande de biens et services. Aux Antilles-Guyane, ce modèle est construit avec 22 branches et 22 produits. Le modèle est basé sur le TES (Tableau des Entrées-Sorties) de la Comptabilité Nationale. En effet, ces relations comptables permettent d’assurer la cohérence du modèle en décrivant les équilibres nécessaires entre les ressources et les emplois pour chaque opération. La projection du compte se fait selon la méthode de Leontief, fondée sur les interactions entre branches, et celle de Keynes, fondée sur l’interaction revenu-consommation.

Définitions

Le Produit intérieur brut (PIB) mesure la richesse produite sur un territoire donnée, grâce à la somme des valeurs ajoutées des biens et services produits sur le territoire. Il est publié en volume et en valeur.

L’évolution en volume ou en « euros constants » permet de mesurer l’évolution du PIB d’une année sur l’autre, indépendamment de l’évolution des prix. Elle décrit l’évolution des quantités produites et fournit la croissance de l’économie.

L’évolution du prix du PIB mesure l’évolution de tous les prix présents dans l’économie : prix à la consommation des ménages (IPC), prix à la consommation des administrations, prix de l’investissement et prix du commerce extérieur.

L’évolution globale (volume et prix) fournit l’évolution du PIB en valeur.

Comptes rapides pour l’Outre-mer (Cerom) : Les comptes économiques rapides de la Guyane sont construits dans le cadre du projet tripartite Comptes rapides pour l’Outre-mer (Cerom) entre Insee, l’AFD et l’IEDOM. Ils reposent sur une modélisation macroéconomique alimentée pas les premières données disponibles de l’année écoulée. Il ne s’agit donc pas d’un compte définitif. Les estimations pourront faire l’objet d’une révision lorsque la totalité des données de l’année seront connues.

Pour en savoir plus

« Les comptes économiques de la Guyane » consultables sur les sites du CEROM et de l'Insee

Guyane 2016, « Rapport annuel de l’Iedom », édition 2017 sur www.iedom.fr/guyane.

« Bilan économique 2016 de Guyane », Insee Conjoncture n° 3, mai 2017.

Les comptes économiques de Guadeloupe en 2016 - « La baisse de l'investissement estompe la croissance », Insee Analyse Guadeloupe n° 26, octobre 2017.

Les comptes économiques de Martinique en 2016 - « Recul de l’activité, entraîné par la forte baisse de l’investissement », Insee Analyse Martinique n° 22, octobre 2017.