L'industrie agroalimentaire : un excédent commercial imputable aux vins et spiritueux

Franz Kohler, Maryse Thibert, division Industrie et agriculture

En 2015, l'industrie agroalimentaire reste un fer de lance de l'industrie française. Sa production augmente en volume pour la deuxième année consécutive et l’excédent commercial se redresse grâce aux boissons. L'industrie agroalimentaire est composée d'une majorité de petites et moyennes entreprises mais ses résultats économiques, notamment à l'exportation, sont concentrés dans quelques grands groupes ou de taille intermédiaire. 96 % des exportations sont réalisées dans des groupes et 83 % dans 180 grands groupes ou de taille intermédiaire.

Le volume de la production s'accroît à nouveau en 2015

En 2015, la production en volume de la branche de l’industrie agroalimentaire (y compris tabac) continue de croître (+ 0,9 % ; figure 1). Cette augmentation fait suite au rebond survenu en 2014 (+ 2,6 %) après deux années de recul. Ce regain de vitalité tient à la fois aux exportations (hors toutes marges de commerce et de transport) (+ 1,9 %) et à la demande intérieure (+ 1,6 %). Le dynamisme de cette dernière engendre également une nette progression des importations (+ 3,6 %). Toutefois, comme les prix sont orientés à la baisse, la production en valeur de l’industrie agroalimentaire diminue (- 0,4 %), ce qui constitue une première depuis 2010. L'emploi salarié hors intérim augmente pour la première fois depuis 2003 (+ 0,3 % ; figure 3).

Figure 1 - Production par branche en volume

indice base 100 en 2000
Figure 1 - Production par branche en volume
Année Industrie manufacturière Industrie agroalimentaire
2000 100,0 100,0
2001 102,0 100,3
2002 100,2 101,1
2003 98,5 100,6
2004 100,4 101,8
2005 100,9 101,7
2006 103,1 103,1
2007 104,6 106,1
2008 102,4 104,8
2009 90,8 102,9
2010 94,1 102,5
2011 96,9 105,0
2012 94,1 103,3
2013 93,0 102,8
2014 93,6 105,5
2015 95,2 106,4
  • Champ : France.
  • Source : Insee, comptes nationaux en base 2010.

Figure 1 - Production par branche en volume

 

Figure 2 - Échanges extérieurs de produits agroalimentaires

en milliards d'euros
Figure 2 - Échanges extérieurs de produits agroalimentaires
Année Exportations Importations
2000 28,1 20,9
2001 28,4 22,1
2002 29,3 22,7
2003 29,2 22,6
2004 29,5 23,4
2005 30,4 24,2
2006 33,0 25,8
2007 35,1 28,1
2008 36,9 31,1
2009 33,6 29,6
2010 37,0 30,9
2011 42,0 34,8
2012 43,3 36,1
2013 44,3 37,5
2014 43,8 37,8
2015 45,1 38,7
  • Champ : France.
  • Source : Insee, comptes nationaux en base 2010.

Figure 2 - Échanges extérieurs de produits agroalimentaires

 

En 2015, la production de la branche agroalimentaire augmente en volume à la fois dans les industries alimentaires et, après deux années de recul, dans la fabrication de boissons.

Dans l'alimentaire, cette hausse repose essentiellement sur deux branches : la fabrication des produits de boulangerie-pâtisserie et de pâtes alimentaires et celle des autres produits alimentaires (sucre, chocolat, café, plats préparés...). En tant que produits de deuxième transformation issus du blé, la fabrication de produits de boulangerie-pâtisserie et de pâtes alimentaires tire parti de la baisse de prix de cette céréale liée à l’abondance de la récolte. Du côté de la demande, 56 % des produits de l'agroalimentaire sont consommés par les ménages et 31 % sont utilisés en consommation intermédiaire. La consommation effective des ménages se redresse en 2015 (+ 1,2 %), grâce notamment aux boissons et aux autres produits alimentaires. Quant aux consommations intermédiaires, elles progressent sensiblement (+ 2,2 %).

Les exportations sont dynamiques, en particulier grâce aux livraisons de boissons vers les pays hors Union européenne (UE). La hausse des volumes exportés vers l’UE est moins marquée, si ce n’est la forte demande en sucre liée à une production mondiale en berne. En valeur, les exportations de produits agroalimentaires progressent fortement en 2015 (+ 2,8 % ; figure 2). Les contextes de prix sont nettement différenciés. Dans la zone euro, la baisse des prix (- 2,3 %) fait suite à la suppression des quotas laitiers et à la baisse du prix du pétrole. Pour les exportations en direction des pays hors UE, les entreprises ne répercutent pas totalement la dépréciation de l'euro par rapport au dollar et restaurent ainsi leur marge.

Figure 3 - Évolution de l'emploi salarié (hors intérim)

indice base 100 en 2000
Figure 3 - Évolution de l'emploi salarié (hors intérim)
Année Industrie manufacturière Industrie agroalimentaire
2000 100,0 100,0
2001 99,6 101,2
2002 97,4 101,4
2003 94,8 101,7
2004 92,3 100,1
2005 90,0 99,1
2006 88,3 97,9
2007 87,1 97,2
2008 85,0 95,8
2009 80,5 95,3
2010 78,2 95,2
2011 77,8 95,0
2012 77,1 94,6
2013 76,1 94,6
2014 74,9 94,5
2015 73,9 94,8
  • Note : les titulaires de contrats d'intérim ne sont pas classés dans les secteurs d'activité qui les emploient effectivement, mais systématiquement dans l'activité de travail temporaire.
  • Champ : France.
  • Source : Insee, estimations d'emploi au 31 décembre, séries corrigées des variations saisonnières.

Figure 3 - Évolution de l'emploi salarié (hors intérim)

Les produits laitiers et les boissons : garants de l’excédent commercial

L'excédent commercial en produits agroalimentaires provient principalement des produits laitiers et des boissons. Ces dernières dégagent le plus fort excédent de l'agroalimentaire avec 11,5 milliards d’euros. C’est aussi la plus forte contribution à la hausse des exportations agroalimentaires en 2015, en raison notamment des exportations de vins et champagne à destination de la Chine et des États-Unis. Les produits laitiers, bien que fortement excédentaires dans les échanges extérieurs (3,4 milliards d’euros), sont en repli. Leurs exportations pâtissent de la baisse des prix, mais aussi de la réduction des commandes chinoises et de l’embargo russe.

A contrario, six des onze branches de l’industrie agroalimentaire restent déficitaires : la fabrication d’huiles et de graisses animales et végétales, la transformation et la conservation de poissons et de produits de la pêche, celles de fruits et légumes, celles de viande et de produits à base de viande, la fabrication de produits à base de tabac et à un degré moindre la fabrication de produits de boulangerie-pâtisserie et de pâtes alimentaires. Ce déficit commercial se creuse en 2015, hormis pour la transformation et la conservation de viande et de produits à base de viande.

Au total, l’excédent agroalimentaire se redresse en 2015, notamment dans les échanges vers les pays hors UE, pour s’élever à 6,4 milliards d’euros. Il reste toutefois en deçà du niveau de 2011-2013 (entre 6,8 et 7,2 milliards d’euros) et la position française parmi les fournisseurs mondiaux de produits agroalimentaires a tendance à s’éroder depuis dix ans.

Des résultats concentrés dans les groupes

En 2014, le secteur de l'industrie agroalimentaire (IAA) compte 60 000 unités légales. Ces unités emploient 520 000 salariés en équivalent temps plein (ETP) et réalisent une valeur ajoutée brute de 39 milliards d'euros, soit 18 % de la valeur ajoutée de l'industrie manufacturière.

Près de 90 % des unités légales sont des très petites entreprises (TPE, moins de 10 salariés ETP) et 10 % des petites et moyennes entreprises (PME, entre 10 et moins de 250 salariés ETP). Toutefois, 300 grandes unités légales ou de taille intermédiaire (0,5 % des unités), de 250 salariés ETP ou plus, concentrent 39 % des effectifs salariés, 49 % de la valeur ajoutée et 65 % des exportations (figure 4).

Figure 4 - Des unités légales aux groupes de l'agroalimentaire

en %
Figure 4 - Des unités légales aux groupes de l'agroalimentaire
Nombre d'unités Valeur ajoutée brute Exportations Effectif salarié ( en ETP)
Unités légales Groupes, entreprises profilées et unités légales indépendantes Unités légales Groupes, entreprises profilées et unités légales indépendantes Unités légales Groupes, entreprises profilées et unités légales indépendantes Unités légales Groupes, entreprises profilées et unités légales indépendantes
Moins de 10 salariés 89,6 91,5 14,7 13,7 1,9 1,0 21,9 20,3
10 à moins de 250 salariés 9,9 8,2 35,9 23,0 33,1 15,6 39,2 26,7
250 salariés ou plus 0,5 0,3 49,4 63,3 65,0 83,4 38,9 53,0
  • Lecture : les unités légales de 250 salariés ETP ou plus réalisent 65,1 % des exportations des unités légales des industries agroalimentaires (IAA) ; parmi les groupes, entreprises profilées et unités légales indépendantes des IAA, les entités de 250 salariés ou plus réalisent 83,4 % des exportations.
  • Source : Insee, Ésane, Lifi 2014.

Figure 4 - Des unités légales aux groupes de l'agroalimentaire

92 % des unités légales du secteur, principalement des TPE, sont indépendantes, au sens où elles n’appartiennent pas à un groupe. Elles emploient 33 % des effectifs salariés mais ne réalisent que 22 % de la valeur ajoutée et 4 % des exportations.

Près d'une PME sur deux du secteur des IAA appartient à un groupe. Ce ratio grimpe à 72 % pour les PME exportatrices ; ces filiales de groupes concentrent 92 % des exportations des PME des IAA. Quasiment toutes les grandes unités ou de taille intermédiaire des IAA appartiennent à un groupe.

Ces ensembles plus complexes, groupes ou entreprises profilées des plus grands groupes, concentrent 79 % de la valeur ajoutée, 96 % des exportations et 69 % des effectifs salariés du secteur. Ils comptent 180 grandes entreprises ou de taille intermédiaire, dont le poids devient prépondérant (figure 4) avec 63 % de la valeur ajoutée et 83 % des exportations (contre 49 % et 65 % en unités légales).

En 2014, le taux de marge des unités légales des industries agroalimentaires s'élève à 33 % et varie logiquement selon qu’elles appartiennent ou non à un groupe (figure 5). Cet écart est le plus marqué pour les unités de la taille d’une PME : le taux de marge moyen des PME indépendantes des IAA est de 23 % contre 34 % pour celles appartenant à un groupe. Une fois pris en compte les résultats des différentes filiales, le taux de marge des groupes des IAA de la taille d'une PME atteint 32 %.

Figure 5 - Des taux de marge différenciés selon l'appartenance à un groupe

en %
Figure 5 - Des taux de marge différenciés selon l'appartenance à un groupe
Vision unités légales Vision groupes, entreprises profilées et unités légales indépendantes
Ensemble des unités légales des IAA Unités légales des IAA dans un groupe Unités légales des IAA indépendantes Groupes et entreprises profilées des IAA Groupes, entreprises profilées et unités légales indépendantes des IAA
Moins de 10 salariés 24 29 23 24 23
10 à moins de 250 salariés 31 34 23 32 29
250 salariés ou plus 37 37 26 32 32
Ensemble 33 36 23 32 30
  • Lecture : le taux de marge des unités légales des industries agroalimentaires (IAA) de moins de 10 salariés ETP est de 24 %. Il est de 29 % pour les unités légales des IAA de moins de 10 salariés appartenant à un groupe et de 23 % pour les unités légales indépendantes des IAA. Pour les groupes et entreprises profilées des IAA de moins de 10 salariés, le taux de marge est de 24 %. Il est de 23 % sur l'ensemble des unités légales indépendantes, groupes et entreprises profilées de moins de 10 salariés des IAA.
  • Source : Insee, Ésane, Lifi 2014.

Figure 5 - Des taux de marge différenciés selon l'appartenance à un groupe

Sources

Les comptes nationaux annuels (base 2010) permettent de retracer l’évolution de la production des branches de l’industrie agroalimentaire et des échanges extérieurs des produits agroalimentaires de 2000 à 2015.

Le dispositif statistique d’élaboration des statistiques annuelles d'entreprises (Ésane) retrace les principales caractéristiques comptables des secteurs d’activité manufacturiers en 2014. Depuis 2013, le champ de la source Ésane couvre à la fois des unités légales et des entreprises au sens de la loi de modernisation de l'économie issues du profilage des grands groupes. En effet, actuellement, tous les groupes n’ont pas encore été profilés.

Le système d’information sur les liaisons financières entre sociétés (Lifi) permet de recenser les détentions de capitaux, d’identifier les groupes de sociétés opérant en France et de déterminer leur contour (ensemble des unités légales qui les composent).

Définitions

Les industries agroalimentaires correspondent aux divisions 10, 11 et 12 de la nomenclature NAF rév. 2. Les données prennent en compte l'artisanat commercial.

Le solde des échanges extérieurs (CAF/FAB) est la différence entre la valeur des exportations FAB et celle des importations CAF.

Les exportations, les importations et les consommations sont hors toutes marges.

Pour en savoir plus

« Les entreprises en France », Insee Références, édition 2016, novembre 2016.

Laurent J., « L’industrie manufacturière : une reprise de l’activité confirmée en 2015 », Insee Focus n° 72, décembre 2016.

« En 2015, la production en volume des IAA a augmenté pour la 2e année consécutive », Agreste Conjoncture n° 286, mai 2016.

Lesieur C., « La définition économique de l’entreprise : quel impact sur les statistiques des entreprises agroalimentaires ? », Agreste Les Dossiers n° 37, septembre 2016.

« L’agroalimentaire, troisième excédent commercial français », Le chiffre du commerce extérieur – Études et éclairages n° 73, mars 2017.