Stabilité du chômage en 2016

Auteur : Lise Demougeot

En 2016, 121 000 Guadeloupéens ont un emploi et 38 000 sont au chômage au sens du BIT. Conséquence d’une faible pression démographique et d’un volume d’emplois constant, le chômage est stable en 2016. Le secteur tertiaire concentre une part très importante des emplois (80 %) et huit actifs occupés sur dix sont salariés. Le chômage concerne 24 % des actifs en moyenne en 2016, comparable à 2015 et 2014. C’est la région des Antilles-Guyane où ce taux demeure le plus élevé. Le taux de chômage des femmes reste plus élevé que celui des hommes, mais l’écart diminue.

En 2016, 159 000 personnes de 15 ans ou plus en Guadeloupe sont actives : 121 000 ont un emploi et 38 000 sont au chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) (définitions). 160 000 personnes sont inactives, soit parce qu’elles ne travaillent pas et ne recherchent pas activement un emploi, soit parce qu’elles ne sont pas disponibles pour en occuper un (figure 1). Le taux d’activité des hommes est resté stable entre 2015 et 2016 (53 %), tout comme celui des femmes (47 %).

La stabilité de la population active guadeloupéenne sur les trois dernières années s’explique par une relative stabilité démographique et un taux d’activité atone. Ce taux d’activité est structurellement stable hors période de réforme de l’âge légal de départ à la retraite, avec une durée des études en faible progression et un comportement constant des deux sexes face au marché du travail.

La stabilité du taux de chômage résulte de la constance de cette population active et d’un volume d’emplois en très faible évolution sur trois ans. Par ailleurs, le retrait démographique récemment observé de la population guadeloupéenne devrait, sous l’hypothèse d’un maintien de l’emploi et des comportements face au marché du travail, se traduire par un recul à moyen terme du taux de chômage. Le sous-emploi est significativement en recul en 2016.

Figure 1 – 160 000 Guadeloupéens sont actifs en 2016Population âgée de 15 ans ou plus en 2016

160 000 Guadeloupéens sont actifs en 2016
Ensemble Femmes (en milliers) Hommes (en milliers)
(en milliers) (en %)
Actifs 159 50 83 76
Actifs ayant un emploi 121 38 62 59
Chômeurs 38 12 21 17
Inactifs 160 50 94 66
dont : Inactifs de 60 ans ou plus 82 26 48 34
Ensemble 319 100 177 142
  • Champ : population des ménages de 15 ans ou plus, vivant en Guadeloupe, hors communautés.
  • Source : Insee, enquête Emploi en continu 2016.

Le salariat, majoritaire, concerne davantage les femmes

Les salariés représentent 85 % des actifs occupés en Guadeloupe (figure 2). La part d’ouvriers est en léger retrait entre 2015 et 2016, passant de 20 % à 19 %, tandis que celle des employés reste stable (34 %). En 2016, les femmes sont plus nombreuses parmi les salariés et les actifs, comme en 2015, et l’écart est stable entre les deux dates. La structure démographique de la Guadeloupe permet de rendre compte de cette prédominance : la région compte 116 femmes pour 100 hommes. Les femmes sont plus nombreuses que les hommes parmi les professions intermédiaires, mais elles sont minoritaires au sein des professions d’ouvriers. En 2016, 15 % des personnes occupant un emploi en Guadeloupe sont non salariées. Le non-salariat concerne deux fois plus d’hommes que de femmes : la structure démographique des ménages avec une forte proportion de femmes en responsabilité de famille monoparentale induit pour ces dernières une recherche d’horaires stables et de travail à temps partiel ; les femmes sont ainsi surreprésentées dans les métiers d’employées et peu présentes dans les activités libérales.

Figure 2 – 85 % des actifs occupés sont salariésStatut d’emploi et groupe socioprofessionnel des personnes en emploi selon le sexe en 2016

85 % des actifs occupés sont salariés
Effectif total (en milliers) Répartition (en %) Part de femmes (en %)
Ensemble Femmes Hommes
Non-salariés 18 15 11 21 32
Salariés 103 85 91 79 55
dont :
Cadres 10 9 8 9 48
Profession intermédiaire 28 23 28 18 62
Employés qualifiés 22 18 25 11 71
Employés non qualifiés 20 16 25 7 79
Ouvriers qualifiés 13 11 2 20 9
Ouvriers non qualifiés 10 8 3 14 18
Ensemble 121 100 100 100 51
  • Champ : population en emploi de 15 ans ou plus, vivant en Guadeloupe, hors communautés
  • Source : Insee, enquête Emploi en continu 2016

Huit emplois sur dix dans le secteur tertiaire

En 2016, 80 % des personnes ayant un emploi, salarié ou non, travaillent dans le tertiaire (figure 3). La part d’actifs occupés dans ce secteur d’activité est stable, tout comme dans la construction, l’industrie et l’agriculture. Les femmes sont majoritaires dans le tertiaire où elles occupent 60 % des emplois. Plus de la moitié d’entre elles travaillent dans l’administration publique, l’éducation, la santé et l’action sociale.

Figure 3 – Le tertiaire, principal employeur en GuadeloupeEmplois selon les secteurs et le sexe en 2016

Le tertiaire, principal employeur en Guadeloupe
Effectif total (en milliers) Répartition (en %) Part de femmes (en %)
Ensemble Femmes Hommes
Agriculture 4 4 1 7 13
Industrie 8 6 3 9 26
Construction 11 9 1 18 6
Tertiaire 97 80 94 65 60
Activité indéterminée 1 1 1 1 46
Ensemble 121 100 100 100 51
  • Champ : population en emploi de 15 ans ou plus, vivant en Guadeloupe, hors communautés
  • Source : Insee, enquête Emploi en continu 2016

Le sous-emploi : 12 % des actifs occupés

Le sous-emploi concerne 14 000 personnes en 2016, soit 12 % des actifs occupés, en recul par rapport à 2015. Cette situation affecte surtout les femmes, les jeunes, les ouvriers (qualifiés ou non) et les employés non qualifiés. Cette notion de sous-emploi comptabilise certaines personnes en emploi qui ne peuvent travailler autant qu’elles le souhaitent.

La forme de contrat de travail la plus répandue est le contrat à durée indéterminée (CDI). En 2016, 84 % des salariés en bénéficie, 15 % sont en contrat à durée déterminée (CDD), environ 1 % en intérim et moins de 0,5 % en apprentissage. Les femmes occupent trois emplois en CDD sur cinq, et sont moins d’une sur dix parmi les intérimaires et les apprentis. Les salariés de moins de 25 ans, entrés plus récemment sur le marché du travail, occupent moins souvent des emplois en CDI (30 % d’entre eux). En 2016, 20 % des personnes en emploi travaillent à temps partiel, en recul par rapport à 2015.

En 2016, le taux de chômage est stable à 24 %

En 2016, 38 000 personnes sont au chômage au sens du BIT en Guadeloupe, soit 24 % de la population active (figure 4), comparable à 2015 et 2014. Pour les autres régions des Antilles-Guyane, le taux de chômage en 2016 est de 18 % en Martinique et de 23 % en Guyane. En Guadeloupe, le chômage touche surtout les jeunes actifs (47 %), les anciens ouvriers (28 %) et les non diplômés ayant au plus un certificat d’études primaires (34 %). Le taux de chômage par sexe est stable, même si depuis 2014 l’écart se réduit très légèrement entre hommes et femmes : le taux de chômage des femmes est supérieur à celui des hommes de trois points en 2016 pour quatre points en 2014.

Entre 2014 et 2016, le nombre de chômeurs au sens du BIT est resté stable en moyenne annuelle, mais le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A (définitions) inscrits à Pôle emploi a augmenté d’environ un millier de personnes. Si ces deux indicateurs évoluent souvent dans le même sens, ils peuvent aussi diverger. Il est possible que, face aux difficultés rencontrées sur le marché du travail, certaines personnes inscrites à Pôle emploi ne cherchent plus activement d’emploi ou déclarent ne plus souhaiter travailler, s’éloignant ainsi du marché du travail.

Figure 4 – Un taux de chômage stable en 2016Chômage au sens du BIT en 2016

Un taux de chômage stable en 2016
Nombre de chômeurs Proportion de femmes Taux de chômage (en %)
(en milliers) (en %) Ensemble Femmes Hommes
Ensemble 38 56 24 25 22
15-24 ans 5 41 47 45 48
25-49 ans 24 61 26 29 23
50 ans ou plus 9 50 16 16 15
  • Champ : population active de 15 ans ou plus, vivant en Guadeloupe, hors communautés
  • Source : Insee, enquête Emploi en continu 2016

Un halo autour du chômage prégnant

En moyenne, sur 2014-2016, en Guadeloupe, parmi les 158 000 personnes dites « inactives », 26 000 appartiennent au halo autour du chômage.

Dans ce halo, 3 000 personnes recherchent un emploi mais ne sont pas disponibles dans les deux semaines pour travailler et 15 000 souhaitent un emploi, n’en recherchent pas mais seraient disponibles pour en prendre un.

Enfin, 8 000 personnes souhaitent un emploi même s’ils n’en recherchent pas, mais ne sont pas disponibles pour en prendre un. Signe de l’importance du travail informel et saisonnier en Guadeloupe, 8 % des personnes sont dans le halo autour du chômage, en se rapportant à la population âgée de 15 ans ou plus, alors que cette proportion est proche de 2 % en France hexagonale. 

Encadré

Le halo autour du chômage

Selon la définition du Bureau International du Travail (BIT), la population âgée de 15 ans ou plus est composée des personnes en emploi et de celles qui n’en occupent pas (figure 5). L’emploi au sens du BIT comprend alors les personnes âgées de 15 ans ou plus ayant travaillé au moins une heure au cours d’une semaine donnée (appelée semaine de référence), qu’elles soient salariées, à leur compte, employeurs, aides dans l’entreprise ou l’exploitation familiale. Il comprend aussi les personnes ayant un emploi mais qui en sont temporairement absentes pour cause de maladie (moins d’un an), de congé payé, congé de maternité, congé parental (moins d’un trimestre), conflit du travail, formation, intempérie, etc. Cette définition inclut donc des personnes parfois occupées à temps très partiel.

En moyenne sur 2014-2016, en Guadeloupe, parmi les 319 000 personnes de 15 ans ou plus vivant en ménages ordinaires, 123 000 sont en emploi au sens du BIT.

Parmi les personnes n’ayant pas d’emploi se trouvent les chômeurs au sens du BIT. Ce sont les personnes en âge de travailler (conventionnellement âgées de 15 ans ou plus) et qui répondent aux conditions suivantes : n’ont pas travaillé au cours de la semaine de référence ; sont disponibles pour travailler dans les deux semaines ; ont entrepris des démarches effectives de recherche d’emploi sur les quatre dernières semaines ou ont trouvé un emploi qui commence dans les trois mois.

En moyenne sur 2014-2016, en Guadeloupe, sur les 161 000 actifs au sens du BIT, 38 000 personnes sont ainsi comptabilisées comme chômeurs au sens du BIT.

Par ailleurs, 158 000 personnes sont considérées comme inactives au sens du BIT car elles ne sont ni en emploi ni au chômage.

Les définitions de l’emploi, du chômage et de l’inactivité au sens du BIT ne suffisent pas à décrire la variété des situations vis-à-vis du marché du travail. Par exemple, certaines personnes peuvent occuper un emploi mais ne pas en être totalement satisfaites car elles n’exercent leur activité que durant un faible nombre d’heures. D’autres personnes, sans emploi, peuvent ne pas être comptabilisées parmi les chômeurs car elles ne remplissent pas tous les critères, mais se trouver dans une situation proche de celle des chômeurs.

D’autres concepts permettent alors de décrire ces situations multiples aux frontières de l’emploi, du chômage et donc la variété des situations sur le marché du travail.

Le sous-emploi , à la frontière entre l’emploi et le chômage, comptabilise certaines personnes en emploi qui ne peuvent travailler autant qu’elles le souhaitent. Il regroupe, d’une part, les personnes travaillant à temps partiel qui souhaitent travailler davantage et sont disponibles pour le faire, d’autre part, les personnes au chômage technique ou partiel.

Le halo autour du chômage, quant à lui, est constitué d’inactifs n’étant pas au chômage au sens du BIT, mais étant dans une situation qui s’en approche. Il regroupe ainsi les personnes inactives aux frontières du chômage, qui souhaitent travailler, mais ne sont pas disponibles dans les deux semaines à venir ou encore celles qui n’ont pas fait de démarche de recherche d’emploi dans les quatre semaines précédentes. Comme dans la définition du chômage, le fait d’avoir trouvé un emploi qui commence ultérieurement (dans les trois mois) est assimilé à une démarche de recherche d’emploi. Le halo est divisé en trois composantes :

- les personnes inactives qui recherchent un emploi, mais ne sont pas disponibles (composante 1) ;

- les personnes inactives qui souhaitent un emploi et sont disponibles pour en prendre un, mais n’en recherchent pas (composante 2) ;

- les personnes inactives qui déclarent souhaiter travailler, mais ne recherchent pas d’emploi et ne sont pas disponibles pour en prendre un (composante 3).

Le halo comme le chômage sont construits à partir de réponses à une batterie de questions factuelles posées aux personnes enquêtées. Ils ne se définissent pas par rapport à leur situation administrative vis-à-vis d’un organisme de placement ou par rapport à la situation dans laquelle elles se classent spontanément.

En France, ces trois composantes sont prises en compte dans la mesure du halo autour du chômage. Au niveau européen, seules les deux premières composantes font partie du halo, qu’Eurostat nomme la « force de travail potentielle supplémentaire ».

Figure 5 – Schéma simplifié des concepts annuels d'activité au sens du BIT en Guadeloupe, 2014 à 2016

  • Champ : population des ménages de 15 ans ou plus, vivant en Guadeloupe, hors communautés
  • Source : Insee, enquête Emploi en continu cumulée 2014-2016.

Sources

L’enquête Emploi a lieu en continu toutes les semaines de l’année en France métropolitaine et dans les départements d’outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion), à l’exception de Mayotte où l’enquête est annuelle. Chaque semaine, environ 4 500 ménages ordinaires (c’est-à-dire les habitants de 4 500 logements hors communautés : foyers, hôpitaux, prisons...), soit près de 8 500 personnes de 15 ans ou plus, répondent à l’enquête. Les personnes décrivent leur situation vis-à-vis du marché du travail (en emploi, au chômage ou en inactivité) au cours d’une semaine dite de référence, au titre de laquelle elles sont interrogées. L’enquête Emploi est la seule source permettant de mesurer le chômage au sens du Bureau international du travail, à partir de questions factuelles posées aux personnes de l’échantillon. Le niveau et la structure de l’emploi fournis par l’enquête peuvent différer de ceux obtenus à partir des sources administratives (estimations d’emploi). En effet, pour des raisons de mesure ou de couverture du champ, l’enquête Emploi est menée auprès de la population en ménages ordinaires.

Définitions

Population en emploi (i.e. active occupée) au sens du BIT : elle comprend les personnes âgées de 15 ans ou plus ayant travaillé au moins une heure au cours d’une semaine donnée (appelée semaine de référence), qu’elles soient salariées, à leur compte, employeurs, aides dans l’entreprise ou l’exploitation familiale. Elle comprend aussi les personnes ayant un emploi mais qui en sont temporairement absentes pour cause de maladie (moins d’un an), de congé payé, congé de maternité, congé parental (moins d’un trimestre), conflit du travail, formation, intempérie, etc.

Chômeur au sens du BIT : personne en âge de travailler (conventionnellement âgée de 15 ans ou plus) et qui répond aux conditions suivantes : n’a pas travaillé au cours de la semaine de référence ; est disponible pour travailler dans les deux semaines ; a entrepris des démarches effectives de recherche d’emploi sur les quatre dernières semaines ou a trouvé un emploi qui commence dans les trois mois.

Taux de chômage au sens du BIT : nombre de chômeurs rapporté à la population active totale du BIT (actifs ayant un emploi et chômeurs).

Halo autour du chômage : il est composé de personnes inactives au sens du BIT qui recherchent un emploi mais ne sont pas disponibles ou souhaitent travailler mais ne recherchent pas d’emploi, qu’elles soient disponibles ou non.

Taux de sous-emploi : nombre de personnes en situation de sous-emploi rapporté au nombre total d’actifs ayant un emploi au sens du BIT. Le sous-emploi comprend les personnes actives occupées au sens du BIT qui remplissent l'une des conditions suivantes : soit elles travaillent à temps partiel, souhaitent travailler davantage et sont disponibles pour le faire, qu'elles recherchent activement un emploi ou non ; soit elles travaillent à temps partiel (et sont dans une situation autre que celle décrite ci-dessus) ou à temps complet, mais ont travaillé moins que d'habitude pendant une semaine de référence en raison de chômage partiel (chômage technique) ou mauvais temps.

Demandeurs d’emploi en fin de mois de catégorie A (DEFM A) : demandeurs d’emploi sans emploi inscrits à Pôle Emploi en fin de mois, tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi.

Pour en savoir plus

Demougeot L., « Stabilité du chômage en 2016 », Insee Flash Guyane n° 22, mars 2017.

Demougeot L., « Recul du chômage en 2016 », Insee Flash Martinique n° 18, mars 2017.

Beck S., Vidalenc J., « Une photographie du marché du travail en 2015 », Insee Première n° 1602, juin 2016.

Bessone A-J., Cabannes P-Y., Marrakchi A., « Halo autour du chômage : une population hétérogène et une situation transitoire », Insee Références, édition 2016.