La Martinique, région des Antilles-Guyane la moins touchée par la délinquance

Christiane Millet

En 2013 et 2014, la délinquance d’appropriation(1) est moins présente sur le territoire martiniquais que sur le reste des Antilles-Guyane. La Martinique se démarque des autres régions françaises d’Amérique avec un taux de délinquance comparable à celui de la France hexagonale. Les cibles privilégiées sont les résidences principales, les bijoux et plus étonnant, le matériel de bricolage et jardinage. Les dépôts de plainte fermes sont plus fréquents quand il y a effraction quel que soit le lieu d’habitation.

(1) La délinquance d'appropriation comprend les cambriolages, les tentatives de cambriolage, les vols sans effraction et les atteintes à la personne

Au cours des années 2013 et 2014, 7 % des ménages martiniquais ont été victimes d’un cambriolage, d’une tentative de cambriolage ou d’un vol sans effraction (délinquance d’appropriation). Ce taux est le plus bas des Antilles-Guyane (9 % pour Guadeloupe et 13 % pour Guyane). Toutefois, il est supérieur d’un point au taux de la France hexagonale.

Les résidences principales sont essentiellement la cible de cette délinquance. À peine 3 % de ces infractions ont été commises dans des résidences secondaires. De même, deux tiers des vols sont faits avec effraction, d’où leur qualification en cambriolage.

Des bijoux au matériel de bricolage

À la recherche d’objets de valeur ou facilement revendables, les cambrioleurs privilégient les vols de bijoux, de matériels informatiques, hifi-vidéo-photo et d’argent (espèces, cartes bancaires, chéquiers) avec ou sans effraction. En Martinique, les vols de bijoux représentent 39 % des objets volés, soit neuf points de plus qu’en Guadeloupe et treize points de plus qu’en Guyane. Autre particularité martiniquaise, 14 % des objets dérobés sont du matériel de bricolage ou de jardinage, soit un point de moins que l’argent.

Les dépôts de plainte pour cambriolages ou tentatives de cambriolage sont près de trois fois plus nombreux que les dépôts de plainte pour vols sans effraction. Ce phénomène se retrouve également en Gua-deloupe et en Guyane ainsi qu’en France hexagonale.

Figure 1 – Les résidences martiniquaises souvent victimes de volsTaux de victimation par type de délinquance d’appropriation en 2013-2014 (en %)

Les résidences martiniquaises souvent victimes de vols
Guadeloupe Martinique France métropolitaine
Vol habitations (Cambriolage ou sans effraction) 9 7 6
Vol à l'intérieur d'une voiture* 5 5 5
Vol vélo* 4 2 4
Vol d'engins motorisés (voiture ou 2 roues)* 2 2 3
Vol sans violence (niveau individu) 2 2 3
Vol avec violence (niveau individu) 2 1 1
  • * parmi ceux possédant ou ayant possédé ce bien en 2013 ou 2014
  • Lecture : 5 % des ménages martiniquais disposant au moins d’une voiture ont subi un vol à l’intérieur de celle-ci en 2013 ou 2014. Au niveau individu, 2 % des Martiniquais ont subi un vol sans violence.
  • Source : Insee, Enquête Cadre de Vie et Sécurité 2015.

Figure 1 – Les résidences martiniquaises souvent victimes de volsTaux de victimation par type de délinquance d’appropriation en 2013-2014 (en %)

Les véhicules sont également ciblés par la délinquance d’appropriation ; 5 % des ménages possédant une voiture ont été victimes d’un vol soit à l’intérieur du véhicule (argent, accessoires automobiles audio-vidéo), soit sur le véhicule même (rétroviseur, enjoliveur, antenne, plaque minéralogique, logo de marque, etc.). Ce taux est similaire aux taux guadeloupéen et hexagonal. Très souvent les victimes estiment que le dépôt de plainte est inefficace, d’où un taux très bas, un quart des victimes portant plainte. En Martinique, posséder un vélo est moins courant qu’en France hexagonale, principalement en raison de la topographie. Cependant, le taux de vol est identique à celui de l’hexagone, soit 4 %.

Outre des biens matériels (habitations, véhicules), les personnes sont également victimes de vols ou de tentatives de vols. Cette forme de délinquance d’appropriation est qualifiée d’atteinte à la personne. En Martinique, 4 % des personnes âgées de 14 ans et plus ont subi un vol entre 2013 et 2014, niveau comparable au niveau métropolitain. Les objets visés au cours de ces larcins sont essentiellement les téléphones portables, les bijoux et l’argent.

Le taux martiniquais de cette forme de délinquance est similaire au taux métropolitain. Cependant, ces vols s’accompagnent deux fois plus souvent d’insultes et de violence en Martinique (quatre vols sur dix). Les victimes de vol avec violence portent plus souvent plainte que les victimes de vol sans violence.

Figure 2 – Les vols sans effraction sont peu suivis d'un dépôt de plainteTaux de victimation et taux de plainte par type de délinquance d'appropriation en 2013-2014 en Guadeloupe (en %)

Les vols sans effraction sont peu suivis d'un dépôt de plainte
Taux victimation* Taux plainte Nb victimes
Cambriolage de la résidence principale ou tentative 5 61 8657
Vol sans effraction de la résidence principale 2 29 4185
Vol à l'intérieur d'une voiture* 5 29 6206
Vol d'engins motorisés (voiture ou 2 roues)* 2 46 2788
Vol avec violence (niveau individu) 1 37 4643
Vol sans violence (niveau individu) 2 24 7117
  • * parmi ceux possédant ou ayant possédé ce bien en 2013 ou 2014
  • Note : la couleur des bulles indique le type d'atteinte, en vert à la personne, en rouge aux biens. La taille des bulles représente le nombre de victimes. La position des bulles selon l'axe vertical indique le taux de plainte. L'axe horizontal indique le taux de victimation.
  • Lecture : 5 % des ménages en Martinique ont été victime d'un cambriolage ou tentative de cambriolage de leur résidence principale, 61 % d'entre eux ont porté plainte.
  • Source : Insee, Enquête Cadre de Vie et Sécurité 2015.

Figure 2 – Les vols sans effraction sont peu suivis d'un dépôt de plainteTaux de victimation et taux de plainte par type de délinquance d'appropriation en 2013-2014 en Guadeloupe (en %)

Une délinquance enregistrée de même niveau qu’en métropole

Les crimes et délits enregistrés par la police et la gendarmerie ne recensent pas la totalité des infractions commises, principalement parce que toutes les victimes ne se font pas connaître. Les statistiques issues de cette source administrative donnent donc une information sur la seule partie enregistrée de la délinquance subie. Les données issues de cette source administrative montrent que la Martinique affiche des intensités de délinquance équivalentes voire inférieures à celles de l’hexagone.

Malgré des territoires très proches géographiquement et démographiquement, la Martinique est moins marquée par la délinquance que la Guadeloupe. Par exemple, pour l’année 2015, le taux de cambriolage pour 1 000 logements est de 6,1 en Martinique, inférieur de 0,9 point à celui de l’hexagone. En Guadeloupe, ce taux est deux fois plus élevé.

De même, les forces de l'ordre ont enregistré 299 vols avec arme sur le territoire martiniquais contre 704 en Guadeloupe (cf. Interstats Info rapide n°5 – Mai 2016).

Les enquêtes de victimation, qui interrogent directement les habitants sur des faits de délinquance dont ils ont pu être victimes, sont donc un complément indispensable aux sources administratives.

Figure 3 – En Martinique, moins de délinquance enregistréeTaux de délinquance enregistrée par type pour 1 000 habitants* en 2015 (en ‰)

En Martinique, moins de délinquance enregistrée
Guadeloupe Martinique Hexagone
Vols avec armes (armes à feu, armes blanches ou par destination) 1,8 0,8 0,2
Vols violents sans arme 2,7 1,4 1,5
Vols sans violence contre des personnes 8,7 6,4 10,7
Coups et blessures volontaires dans la sphère familiale 2,4 2,0 1,4
Coups et blessures volontaires hors de la sphère familiale 3,8 3,5 1,9
Cambriolages de logements 12,4 6,1 7,0
Vols de véhicules (automobiles ou deux roues motorisés) 2,5 1,5 2,6
  • * Pour les cambriolages de logements, il s'agit de taux pour 1 000 logements.
  • Lecture : 1,4 vol sans arme ont été enregistrés en Martinique pour 1 000 habitants en 2015.
  • Source : SSMSI - Base des crimes et délits enregistrés par la police et la gendarmerie - Interstats Info rapide n°5 - Mai 2016

Figure 3 – En Martinique, moins de délinquance enregistréeTaux de délinquance enregistrée par type pour 1 000 habitants* en 2015 (en ‰)

Les actes de violences moins nombreux qu'en France hexagonale

Entre 2013 et 2014, 10 % des Martiniquais âgés de 14 ans et plus ont subi des injures, proportion identique en Guadeloupe et légèrement inférieur au taux de la France hexagonale.

Peu de victimes déposent une plainte pour ce type de violence. Cependant, quand les injures se transforment en menaces, les dépôts de plainte sont plus courants. Les victimes de menaces sont deux fois moins nombreuses que les victimes d’insultes sur la période étudiée.

Autre forme de violence, les dégradations de biens (résidences principales ou voitures) ont aussi touché 5 % des ménages martiniquais, dont seulement un quart a porté plainte. Cette forme de violence est moins présente sur le territoire martiniquais qu’en Hexagone où la part des ménages touchés est deux fois plus importante.

La forme de violence qui est suivie plus fréquemment d’un dépôt de plainte est la violence physique (2 % des personnes de 14 ans et plus).

Les taux de victimation pour menaces et violences physiques hors de la sphère familiale sont comparables aux taux guadeloupéens et hexagonaux. Les femmes et les hommes sont autant victimes d’insultes, de menaces et de violences physiques (hors du ménage) en Martinique. Les jeunes sont quatre fois plus victimes de ces formes de violences que les personnes âgées.

Au sein du ménage, les violences physiques voire sexuelles concernent environ 2 % des personnes âgées de 18 à 75 ans, part comparable à la Guadeloupe et la France métropolitaine. Ce taux de victimation atteint 4 % chez les femmes, et diminue avec l’âge. Cet écart peut traduire une moindre prévalence chez les femmes les plus âgées, mais aussi résulter d’une plus grande difficulté à se déclarer victime quand les violences sont subies et installées depuis un plus grand nombre d’années au sein du couple. Une victime sur cinq porte formellement plainte pour violence physique au sein du ménage, proportion comparable aux plaintes pour violences hors ménage.

Figure 4 – Le taux de victimation de violences hors du ménage plus fréquent chez les moins de 40 ansTaux de victimation par type de violences hors ménage selon l’âge en 2013-2014 (en %)

Le taux de victimation de violences hors du ménage plus fréquent chez les moins de 40 ans
14-39 ans 40-64 ans 65 ans et plus
Insultes 16 11 4
Menaces 7 5 1
Violences physiques hors ménage 4 1 0
  • Lecture : 16 % des 14-39 ans ont subi des insultes en 2013 ou 2014, contre 4 % des 65 ans et plus.
  • Champ : Personnes de 14 ans et plus.
  • Source : Insee, Enquête Cadre de Vie et Sécurité 2015.

Figure 4 – Le taux de victimation de violences hors du ménage plus fréquent chez les moins de 40 ansTaux de victimation par type de violences hors ménage selon l’âge en 2013-2014 (en %)

Le sentiment d'insécurité moins prégnant sur le territoire martiniquais que guadeloupéen

Le sentiment d’insécurité au sein du domicile ou au sein du quartier est ressenti par 16 % des Martiniquais. Ce sentiment est beaucoup plus prégnant en Guadeloupe (23 %) et moins présent en métropole (10 %).

Les sentiments d’insécurité dans le logement et dans le quartier sont plus ou moins ressentis selon des caractéristiques sociodémographiques des individus. Les femmes se sentent ainsi plus en insécurité que les hommes, avec une différence très marquée au sein du logement que dans le quartier. Les personnes âgées se sentent également moins en sécurité que les plus jeunes.

Ce sentiment d’insécurité est plus présent chez les victimes de délinquance, notamment au sein du logement. De même, les personnes ayant une mauvaise opinion de leur environnement ressentent plus d’insécurité dans le quartier.

Un tiers des personnes estimant que leur quartier a une mauvaise image ou réputation se sentent en insécurité dans celui-ci. Ce sentiment d’insécurité est ressenti par plus d’un quart des personnes qui trouvent que leur quartier est concerné par la délinquance. La dégradation de l’environnement ou la consommation régulière d’alcool ou de drogue suscite un sentiment d’insécurité chez 23 % des personnes.

Figure 5 – Le sentiment d’insécurité est plus fort parmi les victimes de délinquance et les individus avec une mauvaise opinion de leur environnement Part d’individus se sentant personnellement en insécurité dans leur logement et dans leur quartier ou village selon leurs caractéristiques (en %)

Le sentiment d’insécurité est plus fort parmi les victimes de délinquance et les individus avec une mauvaise opinion de leur environnement
Insécurité dans le logement Insécurité dans le quartier
Hommes 10 12
Femmes 20 17
14-39 ans 13 13
40-64 ans 16 16
65 ans et plus 20 14
Victime de menaces 22 25
Victime d'insultes 24 28
Victime de Vol 29 27
Consommation exagérée d'alcool dans le quartier 16 23
Consommation ou trafic de drogue dans le quartier 18 23
Manque d’équipements dans le quartier 19 19
Quartier mal entretenu 21 22
Mauvaise réputation du quartier 25 32
Problèmes de délinquance dans le quartier 25 27
  • Note : les points rouges correspondent aux caractéristiques sociodémographiques des personnes, les points bleus aux victimes d'atteintes à la personne en 2013 ou 2014, les points verts aux individus ayant des opinions négatives sur le quartier.
  • Lecture : 20 % des femmes en Martinique se sentent souvent ou de temps en temps personnellement en insécurité à leur domicile, 17 % dans leur quartier ou village.
  • Champ : Personnes de 14 ans et plus.
  • Source : Insee, Enquête Cadre de Vie et Sécurité 2015.

Figure 5 – Le sentiment d’insécurité est plus fort parmi les victimes de délinquance et les individus avec une mauvaise opinion de leur environnement Part d’individus se sentant personnellement en insécurité dans leur logement et dans leur quartier ou village selon leurs caractéristiques (en %)

Encadrés

Les violences envers les femmes au sein des ménages antillais

Le statut socio-économique et les conditions de vie des Martiniquaises ont largement évolué depuis une cinquantaine d’années. Toutefois, le modèle matrifocal antillais persiste. Ce modèle se caractérise par une place prépondérante des femmes au sein des familles, les femmes ayant le pouvoir domestique. La société antillaise se caractérise notamment par l’importance de la monoparentalité féminine et du pluri-partenariat masculin. Ce pluri-partenariat entraîne un panorama familial complexe qui apparaît étroitement associé à la violence conjugale. L’enquête Enveff-Martinique (Enquête nationale sur les Violences Faites aux Femmes) confirme la relation statistique entre le pluri-partenariat et la violence dans le couple. L’analyse des données de cette enquête montre que les motifs de disputes, après la répartition des tâches dans le ménage, sont la jalousie et les questions sur l’emploi du temps et les sorties du conjoint.

Les dispositifs locaux et les politiques pour lutter contre la délinquance et la violence en Martinique

Début 2014, la Garde des Sceaux, Christiane Taubira, a adressé aux procureurs généraux de Basse-Terre et de Fort-de-France une circulaire pour lutter contre la délinquance aux Antilles, avec quatre objectifs : la réduction des violences, la maîtrise de la surpopulation carcérale, le renforcement de la lutte contre la criminalité financière et organisée et la préservation de la richesse du patrimoine naturel.

Le travail conjoint mené par L’État, le Conseil régional, le Conseil Général, l'Association des maires, l'autorité judiciaire, l’autorité académique et tous les acteurs territoriaux de la prévention aboutit à la mise en place « d’une nouvelle stratégie de prévention de la délinquance et de lutte contre la violence pour la Martinique 2014-2017 ». Cette nouvelle stratégie comporte sept orientations prioritaires : lutter contre les facteurs de passage à la délinquance, mieux prévenir la délinquance des mineurs et des jeunes majeurs, soutenir l'exercice de la parentalité, améliorer la prise en charge des victimes, renforcer les actions de prévention de la récidive, renforcer la tranquillité dans l'espace public et, enfin, mobiliser l'échelon communal. Différentes actions sont déclinées à partir de ces orientations.

À l'heure actuelle, plusieurs dispositifs locaux de la prévention de la délinquance ou initiatives existent en Martinique :

  • Le Conseil local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance créé en 2007. Actuellement, il y a quatorze Contrats Locaux de Sécurité : un CLS intercommunal avec la CACEM, un CLS campus de Schœlcher, un CLS communal Robert, Sainte-Marie, Fort-de-France, Ducos, Le François, Gros-morne, Le Lamentin, Schœlcher, Le Marin, Rivière-Salée, Saint-Joseph, en cours Sainte-Luce, Saint-Pierre, Le Morne-Rouge, Le Carbet…
  • L’État-major de Sécurité est une instance de concertation des services et institutions, qui coordonne l’action des services de l’État dans la lutte contre l’insécurité.
  • L'association Rosannie-Soleil, désignée par la préfecture comme opérateur référent départemental pour femmes victimes de violences au sein du couple, participe à toute action liée à la promotion sociale et à la défense des droits des femmes, notamment en matière de lutte contre les violences au sein du couple, ainsi qu’au développement de tout moyen favorisant l’autonomie sociale des femmes. Cette association a été créée en 2003.
  • Plusieurs campagnes « déposez les armes » se sont déroulées sur le territoire martiniquais. La dernière a eu lieu au cours du premier trimestre 2015.

Pour comprendre

Méthodologie d’enquête : du protocole de collecte à la précision des résultats

Chaque année depuis 2007, l’Insee, l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) et depuis 2015, le Service statistique de la sécurité intérieure (SSMSI), réalisent une enquête de victimation intitulée « Cadre de vie et sécurité » (CVS). Elle s’est déroulée en 2015 pour la première fois en Guadeloupe, Martinique et Guyane en partenariat avec la Direction Générale à l’outre-mer. Il s’agit d’une enquête en population générale, auprès d’un échantillon de logements ordinaires. Plus de 2 100 ménages ont répondu en Guadeloupe et Martinique, et 1 500 en Guyane.

Ainsi l’enquête CVS interroge un échantillon représentatif de la population sur les violences subies. Les résultats doivent donc être vus comme des ordres de grandeur s’approchant de la réalité vécue par la population mais pouvant s'écarter plus ou moins des résultats qu'aurait donnée une interrogation exhaustive de la population. La notion d'intervalle de confiance permet de donner une idée de cet écart qui dépend de la taille de l’échantillon enquêté et de la prévalence du phénomène dans la population. L'échantillon interrogé étant de taille inférieure dans les territoires des Antilles-Guyane que dans la France hexagonale, les intervalles de confiance sont plus importants. Les différences entre les territoires sont considérées comme significatives si les intervalles de la grandeur mesurée ne se recoupent pas.

Intervalles de confiance

L’estimation des intervalles de confiance pour chacune des variables d’intérêt a été réalisée par l’utilisation de la méthode de type « Bootstrap ». Cette dernière est un outil très largement utilisé dans le cas d’une analyse statistique en population infinie, qui est adaptée ici au cas d’un sondage en population finie. Son principe consiste à répliquer l’ensemble de la procédure d’estimation des variables d’intérêt sur un échantillon tiré aléatoirement dans l’échantillon initial et à déterminer l’écart type de la distribution de l’ensemble des estimateurs des variables d’intérêt ainsi obtenus.

Par ailleurs, l’enquête CVS présente le cas d’un échantillonnage dit complexe : les algorithmes de Bootstrap ont été appliqués au cas d’un plan stratifié avec un nombre fixe et fini de strates. Ils ne prennent pas en compte 2 l’échantillonnage multi-degrés lié aux enquêtes annuelles de recensement, ni la méthode de redressement décrite précédemment, la perte de significativité de ces deux limites se compensant.

Toutefois, afin de vérifier la significativité des intervalles de confiance, la répartition des poids Bootstrap dans chaque strate par rapport à la répartition de l'échantillon initial a été contrôlée : au niveau de la région, la somme des poids Bootstrap est très proche de la somme initiale pour les ménages, comme pour les individus. Enfin, des contrôles simples ont été menés avec les méthodes naïves d’estimation par les intervalles de Wald et Wilson avec correction de la continuité.

Figure 6 – Des différences significativesIntervalles de confi ance des taux de victimation de vols dans les habitations et des vols avec violence en Guadeloupe, Martinique et France Métropolitaine (en %)

Des différences significatives
Guadeloupe Martinique France métropolitaine
Vol sans effraction, cambriolage ou tentative dans les habitations 9 6,5 5,8
Vol avec violence (atteinte à la personne) 1,6 1,5 0,9
  • Les barres en noir représentent les intervalles de confiance à 95 % des taux de victimation.
  • Lecture : Le taux de victimation pour les vols dans les habitations est compris entre 5,5 % et 7,5 % en Martinique, comparable à celui de France hexagonale entre 5,5 % et 6,2 %.
  • Source : Insee, Enquête Cadre de Vie et Sécurité 2015.

Figure 6 – Des différences significativesIntervalles de confi ance des taux de victimation de vols dans les habitations et des vols avec violence en Guadeloupe, Martinique et France Métropolitaine (en %)

Sources

L'objectif de l'enquête dite de "victimation" - Cadre de vie et sécurité (CVS) - est de connaître les faits de délinquance dont les ménages et leurs membres ont pu être victimes. Cette enquête permet donc de mesurer la prévalence et l'incidence de certaines atteintes aux personnes et aux biens, la fréquence des plaintes déposées auprès des services de police et de gendarmerie pour chaque type d'atteinte. Elle s'intéresse également aux délits ne faisant pas l'objet d'une plainte. L'enquête s'intéresse en outre aux opinions de l'ensemble de la population (victimes et non-victimes) en matière de cadre de vie et de sécurité.

Définitions

Cambriolage : on qualifie le vol de cambriolage s'il y a eu effraction, c'est-à-dire si une porte ou une fenêtre est forcée (y compris avec de fausses clés). Par opposition, un vol est dit « sans effraction » si l’entrée s’est faite par une porte ouverte ou si le vol a pu se dérouler sans entrer (vol d’objets accessibles de l’extérieur).

Pour en savoir plus

Didier E., Névanen S., Robert Ph. et Zauberman R., « La solidité des institutions. Les statistiques de victimation de l’Insee (1996-2006) », Genèses 2009, nº 74, pp. 128-144.

« Davantage de vols et d’actes violents en Guadeloupe et Guyane qu’en métropole », Insee Première n°1632, janvier 2017.

« La délinquance enregistrée outre-mer : des situations très variées selon les territoires », Interstats Info rapide N° 5, Mai 2016 .

Lefaucheur N., « Situation des femmes, pluri-partenariat et violences conjugales aux Antilles » , CNAF, Informations sociales 2014/6 (n°186) , p28-35.

« Plan départemental de prévention de la délinquance de la Martinique 2014-2017 », Préfecture de la Martinique, 2014.

Dang-Vu H., Le Jeannic T., « Femmes agressées au domicile ou à l’extérieur : une analyse des risques », Économie et Statistiques n°448-449, 2011, pp. 129-157.

« Une nouvelle stratégie de prévention de la délinquance et de la lutte contre la violence pour la Martinique 2014-2017 », services de l’État de Martinique, association des maires de Martinique 2014.