Davantage de vols et d’actes violents en Guadeloupe et Guyane qu’en métropole

Carine Burricand, Lucile Jamet, division Conditions de vie des ménages, Insee

La population de Guadeloupe, et plus encore celle de Guyane, est plus souvent victime de vols violents ou d’actes de violences que celle de métropole. Le niveau de délinquance en Martinique est par contre proche de celui de la métropole. Les habitants des départements d’Antilles-Guyane considèrent plus souvent que la délinquance est le problème de société le plus préoccupant. Ils sont également en moyenne deux fois plus nombreux qu’en métropole à se sentir « souvent » ou de « temps en temps » en insécurité dans leur domicile, tout comme dans leur quartier ou leur village. Le fait d’avoir été soit victime, soit témoin d’agressions ou de violences, ou encore de vivre dans un environnement « dégradé », renforce ce sentiment d’insécurité.

Publications grand public
Insee Première – No 1632
Paru le : 24/01/2017

Davantage de vols dans les logements des DOM américains, moins de vandalisme

Selon l’enquête Cadre de vie et sécurité (CVS ; sources), au cours des années 2013 et 2014, 8 % des ménages ordinaires vivant dans les trois départements d’outre-mer (DOM) d’Amérique ont déclaré avoir subi au moins un cambriolage ou un vol sans effraction (tentatives comprises) de leur résidence principale. En France métropolitaine, seuls 5 % des ménages ordinaires ont déclaré avoir subi de tels faits (figure 1). Les départements d’Antilles-Guyane ne sont cependant pas tous confrontés à la même situation. En Guyane, la population est fortement touchée par ce type d’atteintes (13 %), bien plus qu’en Guadeloupe (9 %) ou qu’en Martinique (6 %). Ces écarts entre territoires concordent avec ceux de la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie (encadré 1).

Les habitants des départements des Antilles américaines résident plus souvent en ville où le risque de vol, comme en métropole, est toujours plus important : plus des trois quarts d’entre eux vivent dans des communes de plus de 10 000 habitants contre près de la moitié de ceux de métropole. La présence de maisons individuelles est par ailleurs plus importante dans ces départements (75 % en Guadeloupe et 64 % en Guyane, contre 57 % en métropole). Or les maisons sont davantage exposées au risque de vol : c’est le cas pour 10 % d’entre elles, contre 5 % des appartements dans les DOM américains (respectivement 6 % et 4 % en métropole).

Les logements d’Antilles-Guyane sont également moins pourvus en systèmes de sécurité (digicode, caméra, alarme ou porte blindée) : trois logements sur dix en sont équipés contre sept sur dix en métropole. Comme en métropole, sept vols sur dix ont lieu avec effraction, et des bijoux sont dérobés dans la majorité des cas.

Aux Antilles, environ 6 % des ménages possédant une voiture ont déclaré avoir subi au moins une fois en 2013 ou 2014 des vols ou tentatives de vols de voiture ou des vols à la roulotte, soit tout autant qu’en métropole. En revanche, en Guyane, les ménages sont significativement (encadré 2) plus nombreux à se déclarer victimes de telles atteintes (13 %). Parmi les ménages équipés, les vols de motos et de vélos sont également plus fréquents en Guyane, soit respectivement deux et trois fois plus qu’en métropole. Dans les Antilles, où les ménages sont deux fois moins souvent équipés de deux-roues qu’en Guyane et qu’en métropole, les pourcentages de victimes sont équivalents à ceux de la métropole.

À l’inverse des vols, les actes de vandalisme contre le logement ou la voiture sont moins fréquents dans les DOM américains que dans l’Hexagone, en particulier en Guadeloupe et en Martinique. Ainsi, 2 % des ménages affirment avoir été victimes d’actes de destruction ou de dégradation de leur logement et 5 % de leur voiture, contre respectivement 3 % et 9 % des ménages métropolitains.

Figure 1 - Atteintes aux biens et aux personnes en 2013 et 2014

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Figure 1 - Atteintes aux biens et aux personnes en 2013 et 2014
Nature d'infraction DOM américains Métropole
Ensemble Guadeloupe Martinique Guyane
Atteintes aux biens
Cambriolage ou vol sans effraction de la résidence principale 8 9 6 13 5
Vol de voiture ou vol d'objets dans ou sur la voiture¹ 7 6 6 13 7
Vol de moto ou vélo¹ 7 5 4 13 5
Acte de dégradation ou de destruction de la résidence principale 2 2 2 3 3
Acte de dégradation ou de destruction de la voiture¹ 5 5 5 7 9
Atteintes aux personnes
Vol avec violence ou menace 2 2 2 4 1
Vol sans violence ni menace 2 2 2 3 3
Menace 5 5 5 6 5
Injure, insulte 11 11 10 11 12
Violence physique ou sexuelle² 5 4 5 7 5
  • 1. Parmi ceux possédant ou ayant possédé ce bien en 2013 ou 2014.
  • 2. Population de 18 ans à 75 ans.
  • Lecture : 8 % des ménages résidant dans les DOM américains se sont déclarés victimes d'un cambriolage ou d'un vol sans effraction de leur résidence principale contre 5 % des ménages résidant en métropole.
  • Champ : ménages ordinaires pour les atteintes aux biens, personnes de 14 ans ou plus vivant en ménage ordinaire pour les atteintes aux personnes.
  • Sources : Insee, enquête CVS 2015 dans les DOM ; Insee-ONDRP-SSMSI, enquête CVS 2015 en métropole.

Vols ou actes physiques violents contre les personnes plus fréquents en Guyane

Les vols ou tentatives de vols avec violences ou menaces sont beaucoup plus fréquents en Guyane qu’en métropole : respectivement 4 % de la population de 14 ans ou plus en ont été victimes contre 1 % (figure 1). Dans une moindre mesure, c’est également le cas en Guadeloupe (2 %) et en Martinique (2 %). Pour autant, dans les territoires domiens, l’usage des armes (ou d’objets dangereux comme des bouteilles, bombes lacrymogènes) n’est pas plus fréquent qu’en métropole et concerne environ trois vols violents sur dix. Ce constat diffère de celui enregistré par les services de police et de gendarmerie qui relèvent dans les DOM américains [Interstats Info rapide n° 5] un recours plus fréquent qu’en métropole à l’usage d’armes (armes à feu, armes blanches ou par destination) au cours de vols avec violence. Néanmoins, les deux sources ne sont pas directement comparables : les services de police et de gendarmerie relèvent les seules infractions qui leur sont signalées par les victimes, qu’il s’agisse de personnes morales ou physiques, tandis que l’enquête CVS recueille auprès des victimes physiques les infractions qu’elles ont subies, sans les avoir forcément signalées à la police ou la gendarmerie (encadré 1).

Pour les autres types d’atteintes aux personnes, sans violence physique, les taux de victimation dans les DOM américains ne diffèrent pas significativement de ceux de métropole. Ainsi, dans ces trois départements, 2 % des habitants âgés de 14 ans ou plus ont déclaré être victimes d’au moins un vol sans violence ni menaces en 2013 et 2014 (contre 3 % en métropole) ; 5 % ont subi des menaces (soit autant qu’en métropole) et 11 % des injures ou des insultes (contre 12 %) de la part d’une personne qui ne vit pas avec eux.

De plus, comme en métropole, les femmes sont tout autant victimes de ces agressions que les hommes. Quel que soit le type d’acte, et comme en métropole, les jeunes de moins de 30 ans sont davantage victimes que les plus âgés.

Les violences physiques ou sexuelles sont en revanche plus fréquentes en Guyane. Parmi les résidents de ce département, 7 % des personnes âgées de 18 à 75 ans ont déclaré avoir subi des violences, qu’elles soient physiques ou sexuelles et perpétrées par une personne de leur entourage ou non. En France métropolitaine, ainsi qu’aux Antilles, de tels actes de violences sont moins fréquents, avec environ 5 % des 18-75 ans se déclarant victimes. Cette différence s’explique en particulier par une plus forte part de violences sexuelles déclarées en Guyane (3 % contre 1 % en métropole). Comme en métropole, les femmes sont majoritaires parmi les victimes de violences physiques ou sexuelles. 

Un sentiment d’insécurité exacerbé pour les habitants des DOM…

Chez les habitants des DOM américains, le sentiment d’insécurité est plus répandu qu’en métropole. En effet, les personnes âgées de 14 ans ou plus résidant dans ces trois départements sont en moyenne deux fois plus nombreuses qu’en métropole à se sentir « souvent » ou « de temps en temps » en insécurité à leur domicile (22 % contre 8 %), comme dans leur quartier ou leur village (22 % contre 11 %). Ce ressenti varie sensiblement d’un DOM à l’autre : 15 % des Martiniquais se sentent en insécurité dans leur quartier, contre 23 % des Guadeloupéens, et plus de 30 % des Guyanais. De même, plus de deux personnes sur dix aux Antilles et en Guyane disent renoncer à sortir de chez elles pour des raisons de sécurité, soit, en moyenne, deux fois plus qu’en France métropolitaine.

Les femmes, quel que soit leur âge, sont plus nombreuses à se sentir en insécurité, à leur domicile comme dans leur quartier, que ce soit dans les DOM ou en métropole (figure 2).

Être victime ou témoin d’agressions ou de violences renforce particulièrement ce sentiment d’insécurité : le risque d’un tel ressenti est, toutes choses égales par ailleurs, alors multiplié par 1,6 en Antilles-Guyane (par 2,0 en métropole) pour les victimes qui, dans leur quartier, ont subi des atteintes envers leurs biens ou leur personne. Pour les témoins d’agressions, de violences ou de tout autre acte de délinquance, ce risque est multiplié par 1,5 (1,6 en métropole).

Figure 2 - Sentiment d'insécuritéSentiment d’insécurité au domicile

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Figure 2 - Sentiment d'insécurité
Guadeloupe Martinique Guyane Métropole
Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes
14-39 ans 16 26 7 17 26 37 4 11
40-64 ans 16 26 11 20 23 37 5 11
65 ans ou plus 27 31 14 25 25 37 6 12

Figure 2 - Sentiment d’insécurité Sentiment d’insécurité au domicile

Figure 2 - Sentiment d'insécuritéSentiment d’insécurité dans le quartier

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Figure 2 - Sentiment d'insécurité
Guadeloupe Martinique Guyane Métropole
Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes
14-39 ans 21 27 10 16 26 40 8 17
40-64 ans 17 24 13 19 30 34 8 14
65 ans ou plus 28 25 12 15 18 36 6 10

Figure 2 - Sentiment d’insécurité Sentiment d'insécurité dans le quartier

Figure 2 - Sentiment d'insécuritéRenoncement à sortir seul(e) pour des raisons de sécurité

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Figure 2 - Sentiment d'insécurité
Guadeloupe Martinique Guyane Métropole
Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes
14-39 ans 18 33 14 27 19 30 3 17
40-64 ans 18 30 11 24 14 28 3 15
65 ans ou plus 19 27 12 24 20 23 5 21
  • Note : personnes ayant répondu « oui, souvent » ou « oui, de temps en temps » aux questions « Vous arrive-t-il personnellement de vous sentir en insécurité à votre domicile ? », « Vous arrive-t-il personnellement de vous sentir en insécurité dans votre quartier ou dans votre village ? », « Vous arrive-t-il de renoncer à sortir seul(e) de chez vous pour des raisons de sécurité ? ».
  • Lecture : en 2015, 33 % des femmes âgées de 14 à 39 ans résidant en Guadeloupe ont souvent ou de temps en temps renoncé à sortir de leur domicile pour des raisons de sécurité.
  • Champ : personnes de 14 ans ou plus vivant en ménage ordinaire.
  • Sources : Insee, enquête CVS 2015 dans les DOM ; Insee-ONDRP-SSMSI, enquête CVS 2015 en métropole.

Figure 2 - Sentiment d’insécurité Renoncement à sortir seul(e) pour des raisons de sécurité

... dépendant de l’environnement de leur lieu de vie

Le sentiment d’insécurité dépend également de l’environnement dans lequel la personne vit. En effet, quel que soit le territoire, un environnement « dégradé » multiplie les risques d’éprouver de l’insécurité.

Ainsi, la moitié des Guyanais considèrent que l’environnement de leur quartier ou de leur village est dégradé (manque d’entretien, de propreté). C’est moins souvent le cas pour les Antillais et encore moins pour les métropolitains (figure 3). Les habitants des DOM américains déclarent deux fois plus souvent être exposés aux trafics et à la consommation de drogue que ceux de métropole. Par ailleurs, être témoin d’agressions est également plus courant en Guyane. Enfin, les habitants de ces départements sont plus nombreux à déclarer que leur quartier manque d’équipements, souffre de la délinquance, d’une mauvaise image ou d’une mauvaise réputation, et plus particulièrement en Guyane. L’ensemble de ces facteurs, plus prégnants dans les DOM qu’en métropole, augmente encore le risque de s’y sentir en insécurité.

En revanche, les habitants des Antilles sont moins nombreux qu’en métropole et qu’en Guyane à témoigner d’actes de vandalisme, que ce soit sur les équipements collectifs ou les voitures, ce qui est cohérent avec la moindre prévalence des victimes de vandalisme dans ces départements.

Figure 3 - Environnement et problèmes dans le quartier ou le village de l'enquêté

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Figure 3 - Environnement et problèmes dans le quartier ou le village de l'enquêté
Guadeloupe Martinique Guyane Métropole
Manque d’équipements 49 39 62 21
Environnement dégradé 28 23 49 17
Mauvaise image ou mauvaise réputation 12 16 27 12
Problèmes de délinquance  37 38 45 21
La délinquance est le problème le plus important du quartier 22 20 24 14
Des équipements collectifs ont été détruits ou détériorés volontairement souvent ou de temps en temps* 9 7 17 16
Des voitures ont été détruites ou détériorées volontairement* 6 4 11 13
A eu connaissance de cambriolages dans l'immeuble, la rue, les rues avoisinantes, le quartier 42 38 39 39
En 2013 et 2014, a été, souvent ou de temps en temps, témoin d'agressions ou de violences, ou de tout autre acte de délinquance  9 9 13 8
A observé, souvent ou de temps en temps, des phénomènes de consommation ou de trafic de drogues* 30 35 29 16
La présence de vendeurs, de consommateurs ou de déchets liés à la drogue est gênante ou très gênante 20 26 24 14
A été témoin d’interventions de la police ou de la gendarmerie pour des problèmes liés à la drogue* 11 14 13 6
A observé, souvent ou de temps en temps, des phénomènes de consommation exagérée d'alcool* 24 24 36 21
Les problèmes liés à la consommation exagérée d'alcool sont gênants ou très gênants 17 21 31 17
A été témoin d’interventions de la police ou de la gendarmerie pour des des problèmes liés à la consommation exagérée d’alcool* 5 6 14 6
  • * Au cours des douze derniers mois.
  • Lecture : en 2015, 22 % des Guadeloupéens ont déclaré que la délinquance était le problème le plus important dans leur quartier ou leur village.
  • Champ : personnes de 14 ans ou plus vivant en ménage ordinaire.
  • Sources : Insee, enquête CVS 2015 dans les DOM ; Insee-ONDRP-SSMSI, enquête CVS 2015 en métropole.

La délinquance : première préoccupation des habitants des DOM

Parmi une liste de huit problèmes de société proposés aux enquêtés, la délinquance est considérée comme le plus préoccupant dans les DOM américains : trois personnes sur dix partagent cette opinion contre une sur dix en métropole (figure 4). Le chômage, cité en premier en métropole, ne vient qu’en deuxième position des préoccupations dans les DOM. Pourtant, le taux de chômage est deux fois plus élevé dans ces départements qu’en France métropolitaine. Le terrorisme, qui, depuis les attentats, est devenu en 2015 la deuxième préoccupation de la population métropolitaine, n’est cité que par 7 % des habitants d’Antilles-Guyane et se situe en cinquième position de leurs préoccupations. La hiérarchie des préoccupations est identique dans chacun des trois départements d’outre-mer.

Si la délinquance est considérée comme le premier problème de société dans les Antilles-Guyane, cette préoccupation n’est pas systématiquement plus répandue chez les victimes de faits délictueux. Dépendant de la situation socio-économique des habitants, elle touche davantage les territoires les plus fragiles [Robert Ph., 2004].

L’inquiétude suscitée par les phénomènes de délinquance s’accompagne d’un manque de confiance envers l’action de la police et de la gendarmerie nationale : seuls quatre Antillais et trois Guyanais sur dix pensent que cette action est satisfaisante, contre six métropolitains sur dix. De plus, quatre Antillais sur dix et cinq Guyanais sur dix affirment que la présence de la police ou de la gendarmerie dans leur quartier ou leur village est insuffisante, contre trois métropolitains sur dix.

Figure 4 - Problème de société le plus préoccupant dans la société actuelle

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Figure 4 - Problème de société le plus préoccupant dans la société actuelle
Problèmes de société DOM américains Métropole
Ensemble Guadeloupe Martinique Guyane
La délinquance 29 31 27 28 10
Le chômage, la précarité de l’emploi 26 25 28 25 38
La santé (alimentation, Sida, grippe et autres épidémies…) 21 19 22 21 10
La pauvreté 8 8 7 9 12
Le terrorisme, les attentats  7 7 7 8 18
L’environnement (pollution de l’air, pollution des sols, qualité de l’eau...) 4 4 4 3 4
La sécurité routière 4 3 4 5 1
Le racisme, la discrimination 2 3 2 2 7
  • Champ : personnes de 14 ans ou plus vivant en ménage ordinaire.
  • Lecture : parmi une liste proposée de huit problèmes de société, 29 % des habitants des DOM présentent la délinquance comme le problème le plus préoccupant dans la société actuelle.
  • Sources : Insee, enquête CVS 2015 dans les DOM ; Insee-ONDRP-SSMSI, enquête CVS 2015 en métropole.

Encadrés

Encadré 1 - Les statistiques de la délinquance enregistrée

Dans le cadre de leur activité, les forces de sécurité (services de police et unités de gendarmerie) sont amenées à rédiger des procédures relatives à des infractions, avant de les transmettre à l’autorité judiciaire [Interstats Méthode n° 2, SSMSI]. Ces infractions ont pu être constatées à la suite d’une plainte, d’un signalement, d’un témoignage, d’un délit flagrant, etc., mais aussi à l’initiative des forces de sécurité.

Les crimes et les délits enregistrés par la police et la gendarmerie ne recensent cependant pas la totalité des infractions commises, notamment parce que toutes les victimes ne se font pas connaître. Les enquêtes de victimation, qui interrogent directement les personnes sur des faits de délinquance dont elles ont pu être victimes, peuvent donc différer des statistiques administratives, car elles couvrent un champ plus large et permettent de connaître les victimes non enregistrées. Si la comptabilité administrative des infractions ne représente certes pas une vision exhaustive de la délinquance, elle fournit cependant une indication du volume réel des infractions commises, et donc de l’insécurité qui en découle. C’est plus particulièrement le cas dans les domaines où la part des délits qui ne sont pas portés à la connaissance des services est faible, comme notamment les atteintes aux biens.

Pour autant, les écarts d’intensité entre les territoires observés dans l’enquête confirment ceux de la délinquance enregistrée par les forces de l’ordre. Ainsi, en 2015, le nombre de vols ou d’actes de violence enregistrés par la police et la gendarmerie rapporté à la population était globalement plus élevé en Guyane et en Guadeloupe qu’en Martinique ou en métropole.

Encadré 2 - L’analyse des résultats au regard des intervalles de confiance

L’enquête CVS (sources) interroge un échantillon représentatif de la population française sur les violences subies. Elle fournit donc une estimation de la mesure de ces violences qu’aurait donnée une interrogation exhaustive de la population. La notion d’intervalle de confiance permet de se faire une idée de l’écart entre l’estimation et la mesure exhaustive. Lorsqu’un intervalle de confiance à 95 % est fourni pour une grandeur, cela signifie que cet intervalle a 95 % de chances de contenir la valeur qu’aurait donnée une interrogation exhaustive. Cet écart est d’autant plus réduit que la taille de l’échantillon enquêté est grande et que la prévalence du phénomène dans la population est faible. L’échantillon interrogé étant de taille inférieure dans les DOM, les intervalles de confiance sont plus importants. Les différences entre territoires sont considérées comme significatives si les intervalles de la grandeur mesurée ne se recoupent pas (figure).

Victimes de vols et de violences physiques dans les DOM américains

Victimes de vols et de violences physiques dans les DOM américains
Guadeloupe Martinique Guyane Métropole
Taux IC_Moins* IC_Plus* Taux IC_Moins* IC_Plus* Taux IC_Moins* IC_Plus* Taux IC_Moins* IC_Plus*
Vols avec violences ou menaces 1,59 1,06 2,25 1,50 ,88 2,13 3,73 2,42 5,26 ,85 ,69 1,02
Vols sans violences ni menaces 2,11 1,39 2,90 2,29 1,40 3,25 3,28 2,25 4,46 3,11 2,79 3,44
Violences physiques hors ménage 1,92 1,28 2,65 2,07 1,32 2,90 2,66 1,57 3,88 2,33 2,07 2,59
Menaces 4,75 3,76 5,82 4,91 3,66 6,16 6,40 4,92 7,96 5,07 4,68 5,33
Insultes 10,51 9,06 12,06 10,17 8,58 11,87 11,12 9,15 13,16 12,04 11,42 12,66
  • * IC_Moins (respectivement IC_Plus) désigne la borne inférieure (respectivement supérieure) de l'intervalle de confiance.
  • Lecture : en moyenne, 3,7% des individus résidant en Guyane ont été victimes de vols avec violences ou menaces : on estime qu'il y a 95 % de chances que ce taux soit compris entre 2,4% et 5,3%.
  • Champ : personnes de 14 ans ou plus vivant en ménage ordinaire.
  • Sources : Insee, enquête CVS 2015 dans les DOM ; Insee-ONDRP-SSMSI, enquête CVS 2015 en métropole.

Victimes de vols et de violences physiques dans les DOM américains

Encadré 3 - Victimation à La Réunion en 2011

En 2011, l’enquête Cadre de vie et sécurité a été réalisée également à La Réunion [Insee partenaires n° 16]. Le profil de victimation est assez proche de celui observé dans les DOM américains. Ainsi, la part de ménages réunionnais se déclarant victimes de vols dans leur logement en 2009 ou 2010 est supérieure à celle mesurée en métropole pour la même période. En revanche, contrairement à la Guadeloupe ou la Martinique en 2015, les vols de moto ou de vélo étaient plus fréquents à La Réunion qu’en métropole. Les actes de vandalisme (contre le logement ou la voiture) étaient moins courants qu’en métropole. Enfin, la proportion de personnes de 14 ans ou plus affirmant avoir subi personnellement une atteinte (vol, menace, injure, violence physique ou sexuelle) n’était pas significativement différente de celle observée dans l’Hexagone, hormis pour les vols sans violences ni menaces, plus fréquents en métropole (figure).

À l’instar des DOM américains, le sentiment d’insécurité était également plus prégnant à La Réunion qu’en métropole. En effet, 18 % des personnes déclarent en 2011 se sentir souvent ou de temps en temps en insécurité dans leur quartier (11 % en France métropolitaine) et 17 % à leur domicile (9 % en France métropolitaine). De plus, les Réunionnais se sentent peu protégés et se déclarent majoritairement (51 %) insatisfaits de l’action de la police ou de la gendarmerie en général, soit sept points de plus qu’en France métropolitaine.

Figure - Atteintes aux biens et aux personnes en 2009 et 2010

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Figure - Atteintes aux biens et aux personnes en 2009 et 2010
Nature d'infraction La Réunion Métropole
Atteintes aux biens
Cambriolage ou vol sans effraction de la résidence principale 6 5
Vol de voiture ou vol d'objets dans ou sur la voiture¹ 7 8
Vol de moto ou vélo¹ 7 4
Acte de dégradation ou de destruction de la résidence principale 3 4
Acte de dégradation ou de destruction de la voiture¹ 7 10
Atteintes aux personnes
Vol avec violence ou menace 1 1
Vol sans violence ni menace 2 3
Menace 5 5
Injure, insulte 12 12
Violence physique ou sexuelle² 5 4
  • 1. Parmi ceux possédant ou ayant possédé ce bien en 2009 ou 2010.
  • 2. Population de 18 ans à 75 ans.
  • Champ : personnes de 14 ans ou plus vivant en ménage ordinaire.
  • Sources : Insee, enquête CVS 2011 dans les DOM ; Insee-ONDRP-SSMSI, enquête CVS 2011 en métropole.

Sources

Chaque année depuis 2007, l’Insee et l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) et depuis 2015 le Service statistique de la sécurité intérieure (SSMSI), réalisent une enquête de victimation intitulée « Cadre de vie et sécurité » (CVS). Elle s’est déroulée en 2015 pour la première fois en Guadeloupe, Martinique et Guyane, en partenariat avec la Direction générale des Outre-mer. Elle avait également été réalisée à La Réunion en 2011. Il s’agit d’une enquête en population générale, auprès d’un échantillon de logements ordinaires. En 2015, environ 6 000 personnes dans les trois DOM et 15 000 personnes en métropole de 14 ans ou plus ont été interrogées. Cette enquête permet de recenser les faits de délinquance dont les ménages et leurs membres ont pu être victimes les deux années précédant la collecte, ainsi que d’appréhender la perception des individus en matière de sécurité et de cadre de vie.

Définitions

Cambriolage : on qualifie le vol de cambriolage s’il y a eu effraction, c’est-à-dire si une porte ou une fenêtre a été forcée. Par opposition, un vol est dit « sans effraction » si l’entrée s’est faite par une porte ouverte ou si le vol a pu se dérouler sans entrée.

Sentiment d’insécurité : mesuré ici à partir de questions relatives aux peurs individuelles – « Vous arrive-t-il personnellement de vous sentir en insécurité à votre domicile ? (respectivement dans votre quartier) » –, il repose sur les réponses aux modalités « souvent » ou « de temps en temps ». Dans la littérature, une définition plus large intégrant également la modalité « rarement » est parfois adoptée (cf. bilan annuel de l’ONDRP).

Vandalisme contre le logement : actes de destruction ou de dégradation volontaire du logement (inscriptions sur les murs, dégradation de boîte aux lettres, de portail, vitres cassées, etc.).

Vandalisme contre la voiture : actes de destruction ou de dégradation volontaire de la voiture (carrosserie abîmée, peinture rayée, bris de glace, véhicule incendié, pneus crevés…).

Vols à la roulotte : vols d’objets ou d’acces­soires dans ou sur un véhicule.

Pour en savoir plus

Naulin A., « De nombreuses victimes de délinquance d'appropriation et de violences en Guyane », Insee Analyses Guyane n° 20, 2017.

Naulin A., « Un sentiment d'insécurité en Guadeloupe, renforcé par les nombreux cambriolages et vols avec violence », Insee Analyses Guadeloupe n° 18, 2017.

Millet C., « La Martinique, région des Antilles-Guyane la moins touchée par la délinquance », Insee Analyses Martinique n° 16, 2017.

« La délinquance enregistrée outre-mer : des situations très variées selon les territoires », Interstats Info rapide n° 5, mai 2016.

« L'enregistrement des crimes et délits non routiers par la police et la gendarmerie », Interstats Méthode n° 2, 2016.

Elizéon S., Levet A., Mariotti E., « Enquête Cadre de vie et sécurité à La Réunion - Moins de victimes de violences qu’en France métropolitaine », Insee partenaires n° 16, Insee La Réunion, juin 2012.

Robert Ph., Pottier M.-L., « Les préoccupations sécuritaires : une mutation ? », in Revue française de sociologie, 2004/2 (Vol. 45).