Un PIB régional par habitant tiré par la productivité du travail et la population en emploi

David Amonou, Valérie Deroin, Insee

Entre 1990 et 2013, le produit intérieur brut des Pays de la Loire enregistre la deuxième plus forte progression de France de province, après la Corse. Même si elle ralentit sensiblement depuis 2008, la croissance régionale reste parmi les plus élevées. Elle s'explique par le dynamisme démographique et le développement d'activités à forte valeur ajoutée. Depuis 1990, la création de richesse progresse plus rapidement que la population, le PIB par habitant augmente de 2,7 % par an. L’évolution de la productivité apparente du travail et la part croissante de personnes en emploi dans la population contribuent à cette hausse.

La création de régions de grande taille, depuis le 1er janvier 2016, fait ressortir davantage de disparités du niveau de richesse. Avec 105 milliards d'euros de produit intérieur brut (PIB) en 2013 (définitions), les Pays de la Loire passent ainsi du 4e rang sur 21 régions de province au 7e rang sur 12 régions en termes de richesse produite, tout comme de population. Son dynamisme économique et démographique reste cependant un des plus élevés.

Une des plus fortes croissance du PIB depuis 20 ans

Entre 1990 et 2013, la région connaît la 2e plus forte progression du PIB derrière la Corse : + 2,0 % par an contre + 1,4 % en France de province. La contribution régionale au PIB de la France de province a augmenté de 1 point sur la période, pour atteindre 7,3 % en 2013.

Deux périodes peuvent se distinguer. Avant 2008, le PIB régional augmente en moyenne de 2,4 % par an contre 1,7 % en province. La crise de 2008 ralentit le rythme de croissance et de nombreuses régions peinent à retrouver leur niveau de richesse antérieur. Les Pays de la Loire, comme l'ouest et le sud de la France, le retrouvent dès 2011.

Entre 2008 et 2013, le PIB des Pays de la Loire augmente de 0,6 % par an contre 0,2 % en province (figure 1). En 2012, dans un contexte économique international atone, la croissance ligérienne est nulle. En 2013, elle est supérieure à celle de France de province, notamment grâce à une valeur ajoutée (définitions) davantage portée par le secteur de l’information et de la communication.

Une croissance fortifiée par le dynamisme démographique…

Dans la région, le dynamisme du PIB et celui de la démographie sont interdépendants. La croissance économique crée de l'emploi et attire des populations. Le gain de population, à travers sa consommation, ses besoins en services et ses investissements, génère de l'activité et produit un effet d’entraînement sur le marché du travail.

La région est celle où l'emploi progresse le plus entre 1990 et 2013, après la Corse. Avec une hausse de la population de 0,8 % par an entre 1990 et 2013, elle figure parmi les plus dynamiques de province, derrière la Corse et le Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. Ces trois régions bénéficient également de la plus forte croissance du PIB sur la même période.

Figure 1 – La croissance du PIB rebondit en 2013

La croissance du PIB rebondit en 2013
Pays de la Loire France de province
1991 1,9 1,1
1992 2,5 1,6
1993 -0,3 -0,9
1994 3,2 2,4
1995 4,0 2,8
1996 2,2 1,3
1997 1,4 2,2
1998 4,8 3,9
1999 3,7 2,3
2000 5,8 4,0
2001 3,3 2,1
2002 1,4 0,9
2003 1,5 1,0
2004 2,4 3,2
2005 1,7 1,3
2006 2,0 2,6
2007 2,3 1,5
2008 0,0 -1,9
2009 -3,0 -2,6
2010 0,3 0,6
2011 4,5 3,0
2012 0,1 -0,3
2013 1,2 0,4
  • Source : Insee, Comptes régionaux base 2010.

Figure 1 – La croissance du PIB rebondit en 2013Évolution annuelle du PIB en volume de 1991 à 2013 (en %)

…et tirée par une progression de la valeur ajoutée dans les services

L’évolution du PIB d’un territoire dépend de la progression de la valeur ajoutée de chacun des secteurs, mais aussi de leurs poids relatifs en termes de production de richesse. Dans les Pays de la Loire, la structure productive est diversifiée, et les branches à haute valeur ajoutée sont relativement peu représentées. Cependant, elles se développent particulièrement depuis vingt ans. Les activités plus traditionnelles résistent mieux que sur l’ensemble du territoire national. Ces dynamiques expliquent la plus forte croissance du PIB régional.

Ainsi, les activités industrielles phares de la région (fabrication de denrées alimentaires, d’équipements et de machines), le commerce et les activités financières ont produit davantage de richesse qu'en moyenne nationale avant 2008, tandis que les services se sont développés au même rythme qu’en France.

Depuis 2008, l’évolution plus favorable de la croissance régionale est portée par les services marchands, notamment dans les pôles urbains (+ 6,0 % pour l’information et la communication, + 4,5 % pour les services aux ménages). La construction et le commerce résistent aussi mieux, comme avant 2008. En revanche, d'autres services aux entreprises se sont moins développés qu'ailleurs.

Une croissance de la productivité du travail et du taux d’activité

Le PIB par habitant s’élève à 28 600 euros en 2013 dans les Pays de la Loire. Il progresse de 2,7 % par an depuis 1990. Ce rythme place la région au 2e rang derrière la Corse. Sa croissance est particulièrement forte jusqu'en 2008 (+ 3,3 % par an contre + 2,9 % en province), tandis qu'elle est plus modeste, comme en France de province, depuis la crise (+ 0,5 % par an).

Pour comprendre l’évolution du PIB par habitant, ce dernier peut se décomposer en plusieurs facteurs économiques et démographiques. Ainsi, le PIB par habitant dépend de la productivité apparente du travail et du nombre d’emploi par habitant, qui se décompose lui-même en plusieurs indicateurs (définitions).

Entre 1990 et 2012, la forte croissance du PIB par habitant dans la région fait qu’il devient plus élevé qu'en moyenne de province (figure 2). Cela s'explique essentiellement par une forte progression de la productivité apparente du travail (ratio entre le PIB et l’emploi). Le tissu productif local étant basé sur une économie plus utilisatrice d'emplois (industrie, agriculture, construction), le PIB par emploi reste moins élevé que la moyenne de province. Cependant, il s'en rapproche sensiblement en raison du développement d'activités à forte valeur ajoutée et du maintien des secteurs phares de la région, comme les équipements, le matériel de transport ou le raffinage et l'entreposage.

La part plus élevée de la population en emploi sur la population totale contribue également au niveau relativement élevé du PIB par habitant. En effet, la région attire des travailleurs d'autres régions (indicateur d'attractivité), elle possède un taux de chômage relativement faible (indicateur de performance du marché du travail) et une forte part d'actifs parmi la population en âge de l'être (taux d'activité). Le dernier indicateur de cette équation de décomposition du PIB par habitant, la part de la population en âge d'être active (effet démographique), est moins favorable qu'au niveau national. Elle s’en approche un peu en raison d'un moindre vieillissement de sa population.

Au final, malgré la crise, la région conserve sur une longue période des caractéristiques plutôt favorables observées depuis vingt ans : dynamisme économique, fort taux d'activité, faible taux de chômage.

Figure 2 – Le PIB par habitant devient plus élevé qu’en France de province

Le PIB par habitant devient plus élevé qu’en France de province
1990 1999 2007 2012
PIB par| habitant -4,1 0,5 1,8 3,4
PIB par| emploi -8,2 -1,9 -2,2 -1,0
Indicateur| d'attractivité 1,7 0,6 1,2 1,7
Indicateur| de| performance| du marché| du travail 1,6 1,0 1,4 1,6
Taux| d'activité 2,4 0,9 1,9 1,8
Effet| démographique -1,6 0,0 -0,5 -0,7
  • Lecture : en 1990 dans les Pays de la Loire, la contribution du PIB par emploi au PIB par habitant est 8 % plus faible qu'en France de province, alors qu’elle est plus faible de 1 % en 2012.
  • Source : Insee, Comptes régionaux base 2010, Recensement de la population.

Figure 2 – Le PIB par habitant devient plus élevé qu’en France de provinceDécomposition du PIB par habitant, écarts avec la France de province (en %)

Sources

Les données proviennent des comptes régionaux publiés en base 2010. La régionalisation du PIB est effectuée à partir des comptes des entreprises, qui sont ventilés selon la localisation de la masse salariale de leurs établissements.

Définitions

- Produit intérieur brut (PIB) est égal à la somme des valeurs ajoutées augmentée des impôts sur les produits et diminuée des subventions sur les produits.

- Valeur ajoutée est égale à la valeur de la production diminuée de la consommation intermédiaire.

- PIB / Habitant

- PIB / emploi : productivité apparente du travail. Ne tient compte que du seul facteur travail comme ressource mise en œuvre.

- Emploi / population active occupée : indicateur d’attractivité. Supérieur à 1, il signifie que la région attire des travailleurs d’autres zones.

- Population active occupée / population active : indicateur de performance du marché du travail. Plus il est fort, plus le taux de chômage est faible.

- Population active / population en âge de travailler : taux d’activité (participation au marché du travail).

- Population en âge de travailler / nombre d’habitants : effet démographique. Un ratio élevé signifie qu’une forte part de la population est potentiellement disponible pour travailler.

Pour en savoir plus

Hurpeau B., Les produits intérieurs bruts régionaux de 1990 à 2013, Insee Focus, n° 60, juillet 2016.

Sylvie P., 20 ans de PIB dans les Pays de la Loire : un appareil productif dynamique, Insee Pays de la Loire, Étude, n° 134, juin 2014.

Brière L. et Clément É., Croissance dans les régions : davantage de disparités depuis la crise, Insee Première, n° 1501, juin 2014.