Parité femmes/hommes : des évolutions, pas de révolution

Thierry Geay, Philippe Bertrand

Les inégalités entre hommes et femmes s’observent en premier lieu dans le domaine de l’éducation. D’une manière générale, les performances scolaires des filles sont meilleures que celles des garçons. Indépendamment de ces résultats, les orientations diffèrent dans le sens où les filles s’engagent moins souvent dans les filières professionnelles. Sur le marché du travail, les femmes sont de plus en plus présentes. L’augmentation du niveau de diplôme leur permet également d’être de plus en plus représentées parmi les cadres, quel que soit le secteur d’activité. Si certains métiers restent typiquement féminins, les femmes intègrent petit à petit des secteurs d’où elles étaient absentes, comme celui du bâtiment.

Les choix d'orientations différencient filles et garçons dès la sortie du collège. En 2013, en Auvergne - Rhône-Alpes, deux filles sur trois s’orientent vers une seconde générale ou technologique, où elles sont majoritaires (54 filles pour 100 élèves) ; c’est l’inverse dans la filière professionnelle (41 %). Ces parts de filles selon la filière sont stables sur la période récente, dans un mouvement général où les élèves empruntent davantage la voie générale ou technologique (+ 5 points entre 2008 et 2013, pour les filles comme pour les garçons), au détriment de la filière professionnelle.

Taux de réussite au bac : les filles toujours devant

En 2013, parmi les 77 400 élèves participant aux épreuves du baccalauréat, le taux de réussite global à l’examen reste plus élevé chez les filles (91 % en 2013), soit 4 points de plus que les garçons, comme en 2001. Le taux de réussite des filles est toujours supérieur à celui des garçons quel que soit le type de bac (général, technologique ou professionnel), et quelle que soit la série (ES, L ou S) du bac général.

Parmi les participants aux épreuves, il y a autant de filles que de garçons, alors que ces derniers étaient nettement moins nombreux que les filles au début des années 2000. Ceci est principalement lié à la réforme de la filière professionnelle en 2008 (cursus de 3 ans menant au bac pro) qui touche principalement les garçons, majoritaires dans la filière.

Figure 1 – En 2011, plus de la moitié des femmes ont un diplôme de l'enseignement supérieur

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En 2011, plus de la moitié des femmes ont un diplôme de l'enseignement supérieur
Sans diplôme, CEP, BEPC CAP, BEP Baccalauréat Diplôme universitaire de 1er cycle, BTS, DUT Diplôme universitaire de 2e cycle ou supérieur
1999 20,2 36,4 14,6 15,7 13,1
2011 14,1 22,7 23,0 19,2 21,1
1999 19,5 27,3 17,6 20,9 14,8
2011 12,2 14,6 21,6 25,9 25,7
  • Champ : Individus âgés de 25 à 34 ans habitant en Auvergne – Rhône-Alpes.
  • Sources : MESR-DGESIP-DGRI-SIES ; MEN-MESR-DEPP

Figure 1 – En 2011, plus de la moitié des femmes ont un diplôme de l'enseignement supérieurDiplôme le plus élevé obtenu

Les filles deviennent majoritaires dans les écoles de commerce et de gestion

En 2013, 170 000 des 305 000 étudiants recensés dans les établissements d’enseignement supérieur de la région sont des filles, soit 56 % (54 % en 2000). Elles sont majoritaires dans les formations paramédicales et sociales (86 %), en médecine (65 %), où leur présence se renforce entre 2000 et 2013, ainsi que dans les lettres et sciences humaines (72 %). En revanche, elles sont minoritaires en IUT (37 %), dans les formations scientifiques (38 %) et les écoles d’ingénieurs (29 %). Toutefois, au sein de celles-ci, le nombre de filles augmente de 45 % sur les douze dernières années. Autre évolution majeure, sur longue période, les écoles de commerce, de gestion et comptabilité font plus que doubler leurs effectifs : on y compte désormais 51 % de filles, contre 46 % en 2000.

Les filles des jeunes générations plus diplômées

Conséquence de leurs choix d’orientation et de leurs meilleurs résultats scolaires, les jeunes femmes sont plus diplômées que les jeunes hommes. Dans la population des 25 à 34 ans, 26 % des femmes sont titulaires d'au moins un diplôme du 2cycle  (21 % pour les hommes). 73 % des femmes ont un diplôme au moins égal au baccalauréat (contre 63 % des hommes). Entre 1990 et 2011, le nombre de jeunes filles diplômées du 2cycle a été multiplié par 3,4 et celui des garçons par 2,4.

La part des femmes cadres augmente de 10 points entre 1990 et 2011

La présence des femmes sur le marché du travail se renforce. En 2011, sur 100 femmes ayant entre 25 et 54 ans, 12 ne sont pas en activité (elles n'ont et ne recherchent pas d'emploi) ; elles étaient 25 en 1990. Parmi les femmes qui sont en activité, 9 sont à la recherche d'un emploi (comme en 1990). Sur ce point, l'écart avec les hommes se réduit : 8 hommes de 25 à 54 ans cherchent un emploi en 2011 ; ils étaient seulement 5 dans cette situation en 1990.

La population des cadres et professions intellectuelles augmente de 120 % pour les femmes et seulement de 42 % pour les hommes entre 1990 et 2011. En 2011, 40 % des cadres sont des femmes, contre 30 % en 1990. Le constat est similaire pour les professions intermédiaires (52 % de femmes contre 43 % en 1990).

L’arrivée des femmes dans les métiers du bâtiment

Parmi les principaux métiers exercés par des femmes, les aides-soignantes et aides à domicile sont ceux dont les effectifs progressent le plus entre 1999 et 2011 ; à l'opposé, secrétaires, agents d'entretien et employées administratives de la fonction publique sont moins nombreuses. Ces métiers demeurent néanmoins largement féminins. La féminisation du métier d’enseignant se renforce : sur 100 enseignants, 69 sont des femmes en 2011, contre 66 en 1999.

Si le BTP demeure un secteur très fortement masculin, l’arrivée d’une population féminine n’est pas à négliger : en hausse de 44 %, elles représentent désormais 11 emplois sur 100 contre 8 en 1999. Dans le secteur, 22 % des cadres sont des femmes en 2011, contre 14 % en 1999.

Dans l'industrie, les progrès sont également significatifs parmi les ingénieurs : 21 % sont des femmes en 2011 ; elles n'étaient que 9 % en 1999.

Figure_2 – La moitié de l'emploi féminin tient en dix métiers

La moitié de l'emploi féminin tient en dix métiers
Famille professionnelle Effectifs 2011 Évolution 1999-2011 (en %) Part des femmes dans le métier (en %)
en 2011 en 1999
Métiers employant le plus de femmes
Enseignants 71 540 3 69 66
Agents d'entretien 70 560 -14 74 73
Employés administratifs de la fonction publique 58 720 -14 75 76
Vendeurs 54 130 18 77 76
Aides-soignants 53 040 38 92 92
Infirmiers, sages-femmes 50 280 14 88 89
Secrétaires 39 230 -31 98 99
Assistantes maternelles 38 240 3 99 99
Aides à domicile et aides ménagères 37 190 67 97 99
Employés administratifs d'entreprise 36 480 16 79 82
Métiers où les effectifs féminins ont plus que doublé entre 1999 et 2011 (effectifs > 3 000)
Cadres des services administratifs, comptables et financiers 28 470 162 45 36
Cadres commerciaux et technico-commerciaux 11 420 107 27 16
Personnels d'études et de recherche 8 890 118 24 17
Techniciens et agents de maîtrise de la maintenance 6 880 189 14 7
Ingénieurs et cadres techniques de l'industrie 6 680 334 21 9
Armée, police, pompiers 4 380 138 14 6
Professionnels du droit (hors juristes en entreprise) 4 140 105 59 42
Maraîchers, jardiniers, viticulteurs 3 480 110 20 15
Cadres du bâtiment et des travaux publics 3 400 385 22 14
  • Source : Insee, recensements de la population (exploitations complémentaires) au lieu de travail.

Pour en savoir plus

« Auvergne Rhône-Alpes : géographie physique, humaine et urbaine », Atlas tome 1, octobre 2015

Baillot. A, Michel. S, « Femmes et hommes : regards régionaux sur l’égalité », Insee Première n° 1585, mars 2016

« Plus de huit couples rhônalpins sur dix sont biactifs », La Lettre Analyses Rhône-Alpes n° 223, mars 2014

« Les femmes et les hommes continuent de s'orienter vers des professions différentes », La Lettre Analyses Rhône-Alpes n° 222, février 2014

« Regards sur la parité en Auvergne », Repères Insee Auvergne n° 30, mars 2012