De nouvelles unités urbaines en Poitou-Charentes

Jérôme Borély

En 2010, le Poitou-Charentes compte 83 unités urbaines sur les 2 233 unités urbaines de métropole. Au sein des 83 unités urbaines, 178 communes de la région sont des communes urbaines, soit 12 % des communes de la région. Les unités urbaines de Poitiers, La Rochelle et Angoulême sont les seules à dépasser les 100 000 habitants. Elles sont respectivement les 47e, 48e et 53e unités urbaines les plus peuplées de France métropolitaine.

Le Poitou-Charentes : une région peu urbanisée

Bien que concernant relativement peu de communes, les unités urbaines construites autour de la notion de continuité du bâti regroupent la majorité de la population française. En effet, en France métropolitaine, 77 % de la population habite dans une unité urbaine, alors que seulement 20 % des communes font partie d’une unité urbaine. Le Poitou-Charentes est une des deux régions les plus rurales de France avec le Limousin : seulement 55 % des habitants de ces deux régions résident dans une unité urbaine alors que ce taux atteint 73 % en moyenne en Province.

Figure 1 – Part de la population urbaine par région

  • Source : Insee, RP 2007

Figure 2 – Les nouvelles unités urbaines en Poitou-Charentes

  • Source : Insee

Par rapport aux anciennes unités urbaines de 1999, 38 communes rurales du Poitou-Charentes deviennent urbaines en 2010 sur la base des données démographiques de 2007. Environ 56 000 habitants résident dans ces communes en 2007. La commune de L’Houmeau (17) est la seule à faire le chemin inverse, commune urbaine en 1999, elle devient une commune rurale. Ce changement s’explique par une diminution de sa population entre 1999 et 2007, faisant passer la zone bâtie sous le seuil des 2 000 habitants. Par ailleurs les unités urbaines de Dompierre-sur-Mer (17), Vouneuil-sous-Biard (86) et Naintré (86) sont absorbées respectivement par les unités urbaines de La Rochelle, Poitiers et Châtellerault.

La Charente, parmi les seize départements ruraux de France

En Charente, 34 communes, soit à peine 8 % des communes, font partie d’une des 10 unités urbaines du département. Outre Angoulême, Cognac est la seule unité urbaine à dépasser les 10 000 habitants. Avec 47 % de sa population dans une unité urbaine, la Charente fait partie des 16 départements ruraux de France. Plus de la moitié de la population du département vit hors d’une unité urbaine.

Figure 3 – Part de la population urbaine par département

  • Source : Insee, RP 2007

Suite au renouvellement des unités urbaines, 3 communes (Vœuil-et-Giget, Balzac et Triac-Lautrait) deviennent urbaines. Ces communes regroupent environ 3 200 habitants en 2007. La part de la population urbaine reste stable à 47 %.

En Charente-Maritime, davantage d’unités urbaines à proximité du littoral

68 communes de Charente-Maritime, soit 14 % des communes, sont intégrées à l’une des 32 unités urbaines du département. Outre La Rochelle, les unités urbaines de Rochefort, Royan, Saintes et La Tremblade dépassent les 10 000 habitants. 58 % de la population de la Charente-Maritime est concentrée dans une unité urbaine. Ce département est toutefois moins urbain qu’en moyenne provinciale (73 %). À noter que l’unité urbaine de La Roche-Chalais-Saint-Aigulin est à cheval sur les départements de la Charente-Maritime et de la Dordogne.

Avec les nouvelles unités urbaines, 22 communes rurales en 1999 deviennent urbaines. Ces communes regroupent environ 31 100 habitants en 2007. On assiste à la création de 8 unités urbaines à savoir Matha, Breuillet, Saint-Agnant, La Jarne, Rivedoux-Plage, Saint-Trojan-les-Bains, Ars-en-Ré et Port-des-Barques. La part de la population urbaine du département passe de 55 % en 1999 à 58 % aujourd’hui.

La nouvelle unité urbaine d’Ars-en-Ré se distingue en étant une unité urbaine multi-communale avec quatre villes-centres (Ars-en-Ré, La Couarde-sur-Mer, Loix et Saint-Clément-des-Baleines) car aucune commune n’est deux fois plus peuplée que les autres (cf. définitions). La commune des Portes-en-Ré devient banlieue de cette unité urbaine. Conséquence de ces nombreux changements dans le département, l’île de Ré devient entièrement urbaine avec le nouveau zonage.

Les Deux-Sèvres, cinq unités urbaines de plus de 10 000 habitants

Dans les Deux-Sèvres, 39 communes, soit 13 % des communes, sont insérées dans l’une des 19 unités urbaines du département. Les unités urbaines de Niort, Bressuire, Parthenay, Thouars et Saint-Maixent-l'école sont les seules à dépasser les 10 000 habitants. Avec 53 % de sa population dans une unité urbaine, les Deux-Sèvres ont une population moins urbaine que la moyenne régionale (55 %).

Par rapport aux unités urbaines de 1999, 6 communes (Coulon, Le Vanneau-Irleau, Bessines, Cirières, Louin et Saint-Martin-de-Saint-Maixent), regroupant environ 7 500 habitants, deviennent urbaines. Coulon est la seule nouvelle unité urbaine du département. La part de la population urbaine passe de 52 % en 1999 à 53 % aujourd’hui.

La Vienne, département le plus urbain de la région

La Vienne se distingue des autres départements de la région en possédant la moyenne de communes intégrées dans une unité urbaine la plus faible. Ainsi, 22 unités urbaines existent dans le département mais regroupent en tout seulement 37 communes. Deux unités urbaines dominent : outre Poitiers, Châtellerault est la seule à dépasser les 10 000 habitants. Avec 59 % de sa population dans une unité urbaine, la Vienne est le département le plus urbain de la région mais reste cependant beaucoup moins urbain que la moyenne nationale. À noter que l’unité urbaine de Descartes est à cheval sur les départements de la Vienne et de l’Indre-et-Loire.

Dans la Vienne, 7 communes (Nouaillé-Maupertuis, Lencloître, Saint-Georges-Lès-Baillargeaux, Gençay, Saint-Maurice-la-Clouère, Antran et Savigné), rurales en 1999, sont désormais urbaines. Ces communes regroupent environ 14 000 habitants, en 2007. Nouaillé-Maupertuis, Lencloître, Gençay et Saint-Georges-lès-Baillargeaux forment 4 nouvelles unités urbaines. La part de la population urbaine passe de 56 % en 1999 à 59 % aujourd’hui.

Encadré

La ville étend ses frontières et maintient son poids démographique

La part de la population urbaine dans la région, c’est à dire le pourcentage de la population résidant dans une unité urbaine, passe de 53 % en 1999 à 55 % aujourd’hui. Cette augmentation de 2 points s’explique par l’évolution de la population mais aussi par le changement de périmètre des unités urbaines. Si le zonage en unité urbaine n’avait pas changé, la part de la population urbaine aurait diminué d’1 point. Le changement de périmètre engendre donc une augmentation de 3 points de la part de la population urbaine. Sans cette révision des unités urbaines, la part de la population urbaine diminuerait dans toutes les régions de métropole, à l’exception de la Corse.

Depuis quelques décennies, la démographie nationale et régionale est marquée par un phénomène qualifié de périurbanisation. De nombreux Français, souvent des couples avec ou sans enfants, travaillent au cœur des unités urbaines mais vont s’installer en proche périphérie ou dans les villages et les campagnes aux alentours. L’installation de ménages en périphérie des unités urbaines a pour conséquence un étalement urbain avec un nombre croissant de communes de banlieue. On peut penser à la commune de Vœuil-et-Giget devenue banlieue d’Angoulême. De même, l’installation de nombreux ménages dans des villages non loin de grandes unités urbaines transforment ces villages en petite unité urbaine : par exemple, la commune de Nouaillé-Maupertuis, près de Poitiers. Il était donc nécessaire de revoir les unités urbaines afin de bien appréhender les frontières entre urbain et rural qui évoluent rapidement au fil du temps.

Un autre zonage concernant l’influence des grandes villes existe : l'aire urbaine. Dans ce cas, l’influence est mesurée au travers des déplacements domicile-travail. Les aires urbaines seront révisées en octobre 2011.

Sources

Appréhender l’urbain et le rural, plusieurs méthodes

Le code général des collectivités territoriales donne, dans l’article D. 3334-8-1, une définition des communes rurales. En métropole, sont considérées comme telles, les communes suivantes :

- les communes dont la population n'excède pas 2 000 habitants

- les communes dont la population est supérieure à 2 000 habitants et n'excède pas 5 000 habitants, si elles n'appartiennent pas à une unité urbaine ou si elles appartiennent à une unité urbaine dont la population n'excède pas 5 000 habitants.

Le préfet fixe par arrêté la liste des communes rurales dans le département à partir de cette définition.

Une commune rurale au sens de ce texte de loi peut faire partie d’une unité urbaine. Par exemple la commune de Biard fait partie de l’unité urbaine de Poitiers du fait de la continuité du bâti, mais compte moins de 2 000 habitants. Biard est donc une commune rurale pour le code général des collectivités territoriales. En revanche, Biard n’est pas rurale au sens des unités urbaines. Dans la région, une centaine de communes rurales au sens du code général des collectivités territoriales appartiennent à des unités urbaines.

À l’inverse une commune peut être rurale au sens des unités urbaines mais ne pas l’être au sens du code général des collectivités territoriales. Il s’agit d’une commune de plus de 5 000 habitants mais avec des discontinuités du bâti ne permettant pas son classement dans une unité urbaine. Le seul cas de la région semble être la commune de Champniers (16).

Note

Prenons l’exemple de Naintré : on parle d’unité urbaine absorbée (ou commune urbaine absorbée) car en 1999, Naintré était une unité urbaine et Châtellerault en était une autre. Entre 1999 et 2007 des bâtiments se sont construits entre ces unités urbaines de telle sorte qu’il n’y ait plus qu’une seule unité urbaine (moins de 200 mètres entre deux bâtiments les plus proches). Châtellerault étant la plus grande commune de cette nouvelle unité urbaine, on garde le nom de Châtellerault pour parler de cette nouvelle unité urbaine.

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