En Poitou-Charentes, la fécondité remonte depuis le milieu des années 90

Annie Bourgoin, Jean-Pierre Ferret, Marie-Laure Portejoie-Koch

Après une hausse presque continue depuis le début des années 2000, le nombre de naissances a légèrement baissé en 2009 et plus sensiblement en 2011 en Poitou-Charentes. Ce ralentissement se retrouve au niveau de l'indicateur de fécondité qui, après une forte reprise au milieu des années 90, commence à marquer le pas. L'arrivée du premier enfant est de plus en plus tardive et près des deux tiers des femmes accouchent après l'âge de 28 ans dans notre région.

Comme le nombre de décès a augmenté en 2011 en Poitou-Charentes, le solde naturel se retrouve quasiment nul pour la première fois depuis la sinistre année 2003.

e.décim@l
No 027
Paru le : 15/01/2013

Au 1er janvier 2012, la population du Poitou-Charentes est estimée à 1 789 711 habitants. La région conserve son 15ème rang métropolitain. Depuis 1999, la population a augmenté de près de 150 000 habitants, soit environ 11 500 habitants supplémentaires par an. La région enregistre ainsi une croissance annuelle moyenne de 0,67 %, supérieure à celle de la France métropolitaine (+ 0,62 %).

La Charente-Maritime, avec plus de 629 000 habitants au 1er janvier 2012 connaît la plus forte évolution depuis 1999 (+0,94 % par an). Deux-Sèvres et Vienne enregistrent des évolutions annuelles moyennes de l'ordre de +0,62 % sur la période. En Charente, la hausse se limite à 0,35 %.

Moins de naissances en 2011 qu'en 2010

18 415 bébés de mère picto-charentaise ont vu le jour en 2011, soit une baisse de 2,1 % par rapport à 2010. En France métropolitaine, le nombre de naissances a également diminué sur la même période (-1,2 %). Pratiquement toutes les régions accusent une baisse. Seules quatre régions (Corse, Languedoc-Roussillon, Limousin et Midi-Pyrénées) ont vu naître un peu plus de bébés que l'année précédente. Ce repli régional se retrouve dans tous les départements du Poitou-Charentes. Il faut remonter à 2007 ou 2002 pour observer des évolutions négatives pour les quatre départements.

La Charente-Maritime, département le plus peuplé de la région, enregistre 6 065 naissances domiciliées en 2011. La Vienne suit, avec 4 885 naissances domiciliées. Puis viennent les Deux-Sèvres avec 4 006 naissances et enfin la Charente avec 3 459 naissances.

En Charente-Maritime, la baisse du nombre de naissances se poursuit : -2,0 % entre 2010 et 2011 après déjà la légère baisse de 0,4 % entre 2009 et 2010. Après une hausse des naissances de 1,1 % entre 2009 à 2010, la Vienne voit, elle aussi, ses naissances diminuer de 2,4 % en 2011. Pour la troisième année consécutive, le nombre de naissances continue de diminuer en Deux-Sèvres : une baisse de 1,4 % entre 2010 et 2011 après -4,0 %, et -2,3 %. La Charente enregistre la plus forte baisse des naissances en 2011 (-2,9 %) après avoir connu en 2010 la plus forte augmentation (+4,5 %). Hormis ce redressement de 2010, la Charente est néanmoins le seul département de la région à enregistrer de manière récurrente une décrue des naissances depuis 1999. Les évolutions annuelles de naissances résultent conjointement d'effets démographiques (le nombre de femmes en âge de procréer une année donnée) et comportementaux (mesurés par l'indicateur conjoncturel de fécondité). Pour la Charente, la raison principale est que la proportion de femmes en âge de procréer y est plus faible que dans les trois autres départements ainsi qu'à un dynamisme démographique plus modéré. Dans les trois autres départements, sur longue période, la tendance est plutôt à la hausse.

Figure 1 – Évolution des naissances de 1999 à 2011

  • Source : Insee, Etat-civil

Le Poitou-Charentes consolide sa première place pour les naissances hors mariage.

La proportion de naissances hors mariage croît encore en Poitou-Charentes, passant de 64,1 % en 2010 à 65,4 % en 2011. En métropole, la part de naissances hors mariage reste à 55,0 %. Le Poitou-Charentes demeure au 1er rang des régions de France métropolitaine devant le Limousin (64,6 %) et la Basse-Normandie (63,1 %). À l'inverse, l'Île-de-France et l'Alsace enregistrent les proportions de naissances hors mariage les plus faibles avec, respectivement, 46,3 % et 48 %. Les naissances hors mariage sont devenues majoritaires dans la région dès 2001, avec 6 ans d'avance sur la France métropolitaine.

Le Poitou-Charentes cumule plusieurs facteurs favorisant les naissances hors mariages. D'abord un faible taux de femmes mariées parmi celles âgées de 20 à 40 ans ; ensuite plus de naissances à un âge plus jeune donc au moment où le taux de femmes non mariées est le plus fort ; enfin un faible taux de femmes cadres qui ont traditionnellement des enfants lorsqu'elles sont mariées et, a contrario, un fort taux d'employées et d'ouvrières qui ont le comportement inverse.

Dans un contexte de fléchissement général des naissances, la proportion de naissances hors mariage a continué d'augmenter dans trois départements de la région. Seule la Vienne reste stable. La Charente-Maritime, avec 68,3 %, possède le plus fort taux de naissances hors mariage de la région. Les naissances hors mariage sont devenues majoritaires dans ce département avant 1999. Ce fut le cas dès 2000 pour la Charente, puis en 2003 dans la Vienne et enfin en 2004 dans les Deux-Sèvres.

Figure 2 – Proportion de naissances hors mariage en Poitou-Charentes en 2011

  • Source : Insee, Etat-civil

La fécondité orientée à la hausse depuis le milieu des années 90

A partir de 1962 et jusqu'en 1975, la fécondité baisse fortement en Poitou-Charentes, comme en France métropolitaine avant de se stabiliser et de remonter légèrement à partir du milieu des années 1990. Au niveau régional, l'indicateur conjoncturel de fécondité passe ainsi de 3,07 enfants par femme en 1962 à 1,96 en 1975. Ensuite, il descend modérément avant d'atteindre un point bas de 1,5 en 1994 puis remonter jusqu'au chiffre record de 1,93 en 2008, soit le même niveau que 30 ans auparavant.

Dans les cinquante dernières années, dans notre région, l'indicateur conjoncturel de fécondité est toujours plus élevé en Deux-Sèvres que dans les trois autres départements sauf à la fin des années 80 où la Charente-Maritime était à peu près au même niveau, mais avec un nombre d'enfants par femmes historiquement très bas d'environ 1,6 enfant par femme. Depuis 1975, la Vienne enregistre la fécondité la plus basse.

Si au début des années 60, notre région connaissait une fécondité supérieure à celle de la France métropolitaine, (3,07 contre 2,83), la situation s'est inversée à partir de la fin des années 70 et perdure aujourd'hui même si l'écart devient ténu (1,98 contre 1,91 en 2009). Cette baisse importante du nombre d'enfants par femme dans notre région est cependant moins forte qu'en Lorraine, diminuant de moitié en Moselle (de 3,42 en 1962 à 1,79 en 2009). À l'inverse, en Provence-Alpes-Côte d'Azur et Île de France, où la fécondité était déjà basse en 1962, la baisse a été plus modérée. En 2009, les indicateurs de fécondité les plus bas de France se retrouvent à Paris (1,59) et en Corse (1,63). Les plus hauts en Seine-Saint-Denis (2,42) et en Mayenne (2,25). D'une manière générale, les disparités de fécondité entre régions tendent à s'estomper, même si le quart Nord-Ouest demeure le plus fécond.

Figure 3 – Évolution de l’indice de fécondité selon le département entre 1962 et 2009

  • Source : Insee, Etat-civil - recensement de la population

Les Charentaises parmi les plus jeunes mères de France à la naissance de leur enfant

L'âge moyen à l'accouchement quel que soit le rang de l'enfant, augmente dans toutes les régions depuis 1977. Cependant, ce phénomène ralentit depuis une dizaine d'années. La hausse du taux d'activité des femmes et de leur niveau d'études engendre un recul de la naissance de leur premier enfant et donc des suivants. En 2009, l'âge moyen de la mère au premier enfant est de 28 ans et de 30 ans pour l'ensemble des accouchements.

En Poitou-Charentes, l'âge moyen de la mère à l'arrivée du bébé, quel que soit son rang, est passé de 25,9 ans en 1977 à 29,3 ans en 2009. Un âge parmi les plus bas de France métropolitaine, guère plus élevé que dans la partie Nord-Ouest de la France où la Picardie détient le record (29 ans seulement). Le report des naissances est plus sensible dans les régions du Sud-Est et, surtout, dans l'Île de France où l'âge moyen de la mère à l'accouchement atteint 31 ans.

En raison de la présence d'étudiantes et de femmes actives proportionnellement plus diplômées, la Vienne tire la moyenne de la région vers le haut, avec un âge moyen à l'accouchement de 29,9 ans. Dans les trois autres départements, les chiffres sont très proches. Même si la Charente, avec un âge de 28,9 ans figure parmi les dix départements où la mère accouche le plus tôt (record pour les Ardennes avec 28,3 ans.)

Figure 4 – Évolution de l’âge moyen à l’accouchement depuis 1975 selon le département

  • Source : Insee, Etat-civil - recensement de la population

La contribution des femmes de plus de 28 ans dans la fécondité a doublé depuis 1975

La fécondité à des âges plus élevés a fortement évolué depuis 35 ans en France métropolitaine. En 1975, les femmes de plus de 28 ans ne représentaient que 38 % des mères accouchant dans l'année contre plus 67 % en 2009. Pour les mères de plus de 35 ans, cette part a doublé depuis 1975, passant de moins de 10 % à près de 20 %.

Le Poitou-Charentes ne fait pas exception à la règle avec une part de mères fécondes après 28 ans passant de 35 % à 63 % et de moins de 9 % à près de 16 % après 35 ans. La Vienne est dans la moyenne nationale alors que, pour les trois autres départements, la fécondité reste plus précoce. En Deux-Sèvres, les femmes de plus de 35 ans accouchant dans l'année 2009 représentent moins de 15 % contre près de 19 % dans la Vienne. Et seulement 60 % des Charentaises avaient plus de 28 ans à leur accouchement en 2009 contre plus de 67 % pour les Viennoises.

Figure 5 – Part des femmes de plus de 35 ans accouchant dans l’année en Poitou-Charentes

  • Source : Insee, Etat-civil - recensement de la population

Une légère augmentation du nombre de décès en 2011

18 343 habitants du Poitou-Charentes sont décédés en 2011, soit une légère hausse de 0,6 % par rapport à 2010. En revanche, en France métropolitaine, une baisse des décès de 1 % est constatée sur la même période. L'ensemble des régions françaises enregistrent une baisse. Avec notre région, seules la Bourgogne et la Franche-Comté font exception. Ces deux régions affichent en effet des hausses plus marquées (respectivement +1,8 % et +1,6 %).

En Poitou-Charentes, trois départements enregistrent une hausse du nombre de décès en 2011. Seule la Charente-Maritime connaît une baisse en 2011 (-1,7 %). 6 742 décès y ont été enregistrés. La plus forte progression se situe dans les Deux-Sèvres (+4,3 % en 2011 contre+ 0,5 % en 2010), avec 3 722 décès en 2011. Avec 3 799 décès, la Charente enregistre également une hausse de 0,9 % après une forte baisse des décès observée en 2010. La Vienne connaît une situation similaire à celle de la Charente avec une augmentation de 1,2 % après une diminution l'année précédente. 4 079 personnes y sont décédées en 2011.

Figure 6 – Évolution des décès de 1999 à 2011

  • Source : Insee, Etat-civil

L'un des taux de mortalité les plus élevés de France

Dans la région, plus d'un décès sur trois (36,8 %) a eu lieu en Charente-Maritime en 2011. Ce département détient en 2011 le taux de mortalité le plus élevé de la région (10,7 ‰). La Vienne enregistre le plus bas (9,5 ‰). En raison de la surreprésentation de populations âgées dans notre région, le taux de mortalité y est plus élevé qu'en moyenne métropolitaine (10,3 ‰ contre 8,4 ‰) et la classe au 4ème rang des taux de mortalité les plus élevés. Seuls le Limousin (avec 12,1 ‰), la Bourgogne et l'Auvergne (10,6 ‰) la dépassent. En revanche, l'Ile de France, bénéficiant d'une population relativement jeune, enregistre un taux de mortalité de seulement 6 ‰.

Un solde naturel quasiment nul

L'excédent naturel de la région a nettement diminué entre 2010 et 2011 passant de 586 à 72. La baisse du solde naturel touche tous les départements de la région. Deux départements restent excédentaires : les Deux-Sèvres, avec un solde de +284 et, surtout, la Vienne qui enregistre un solde encore important de +806. La Charente voit son déficit s'accroître encore en 2011 pour atteindre -340 et la Charente-Maritime reste à peu près stable mais avec un déficit record à -678. Le département des Deux-Sèvres, traditionnellement excédentaire voit tout de même son excédent baisser de moitié par rapport à 2010.

Figure 7 – Évolution du solde naturel de 1999 à 2011 en Poitou-Charentes

  • Source : Insee, Etat-civil

Dans la Vienne, l'espérance de vie progresse encore sensiblement

L'espérance de vie en Poitou-Charentes progresse moins vite qu'au niveau national. Depuis 2000, elle a progressé dans notre région de 1,7 ans pour les hommes et de 1,4 pour les femmes contre 2,5 pour les hommes et 1,6 pour les femmes en France métropolitaine. Si, en 2009, l'espérance de vie des picto-charentaises reste au-dessus de la moyenne nationale (84,8 ans contre 84,3), ce n'est pas le cas pour les hommes qui repassent légèrement en dessous de la moyenne nationale (77,7 ans contre 77,8). Ainsi la différence hommes/femmes est plus marquée dans notre région qu'au niveau national (7,1 ans contre 6,5 ans).

La Charente présente les espérances de vie les plus faibles de la région (76,8 ans pour les hommes et 84,5 ans pour les femmes) mais aussi l'écart hommes/femmes le plus grand (7,7 ans). À l'opposé, les Deux-Sèvres figurent toujours parmi les départements français où l'espérance de vie est la plus élevée (78,3 ans pour les hommes et 85,3 ans pour les femmes). Mais c'est dans la Vienne que l'évolution est la plus forte : presque 2 ans de gagnés en moins de dix ans, pour les hommes comme pour les femmes, contre seulement une année en Charente.

Figure 8 – Espérance de vie au 1er janvier 2009

(en années)
Espérance de vie au 1er janvier 2009
Charente Charente-Maritime Deux-Sèvres Vienne Poitou-Charentes France
Espérance de vie à la naissance
Hommes 76,8 77,5 78,3 78 77,7 77,8
Femmes 84,5 84,5 85,3 85,1 84,8 84,3
Espérance de vie à 60 ans
Hommes 22 22,5 22,9 21,9 22,3 22,2
Femmes 27,2 27,2 27,4 27,4 27,3 26,8
  • Source : Insee, estimations de population - état civil.

Sources

Les chiffres publiés proviennent de trois sources : l'état-civil, les recensements de population et les estimations de population. Le recensement de la population sert de base aux estimations annuelles de population. Il en fixe les niveaux de référence, pour les années où il est disponible. Au cours des années où il n'est pas disponible, les estimations de population sont réalisées à partir des données d'état-civil et de l'estimation des soldes migratoires.

Définitions

Le taux de fécondité à un âge donné est le nombre d'enfants nés vivants des femmes de cet âge au cours de l'année, rapporté à la population moyenne de l'année des femmes de même âge.

L'indicateur conjoncturel de fécondité est la somme des taux de fécondité par âge observés une année donnée. Cet indicateur mesure le nombre d'enfants qu'aurait une femme au cours de sa vie si les taux de fécondité par âge observés l'année considérée demeuraient inchangés.

L'âge moyen à l'accouchement est la somme des âges pondérés par les taux de fécondité par âge observés une année donnée. Cet indicateur mesure l'âge moyen auquel les mères donneraient naissance à leurs enfants si les taux de fécondité observés l'année considérée à chaque âge demeuraient inchangés. Comme l'indicateur conjoncturel de fécondité, il neutralise les effets de structure par âge.