La fécondité dans les régions depuis les années 1960

Anne-Thérèse Aerts, division Statistiques régionales, locales et urbaines, Insee

En France métropolitaine, les disparités régionales de fécondité se sont sensiblement réduites depuis la fin du baby-boom. Le traditionnel croissant de haute fécondité, qui s'étendait jusque dans les années 1960 de l’Ouest à l’Est en passant par le Nord, a disparu. En 2009, la fécondité est la plus élevée dans le quart nord-ouest de la France, ainsi qu’en Franche-Comté, Rhône-Alpes et Provence - Alpes - Côte d’Azur. La Corse est la région la moins féconde, suivie par l’Alsace et la Lorraine où la fécondité équivaut à celle du sud-ouest et du centre de la France.

L’âge moyen à l’accouchement ne cesse de progresser depuis 1977. En 2009, il culmine à 31 ans en Île-de-France, soit près d’un an de plus que dans les autres régions de métropole. La hausse de la fécondité après 28 ans est générale, mais elle est globalement la plus forte dans la moitié sud de la France, ainsi que dans le Centre et l'Île-de-France ; dans ces régions, la fécondité tous âges confondus dépasse en 2009 les niveaux atteints en 1975. Dans les départements d’outre-mer, la fécondité est généralement plus élevée et plus précoce qu’en métropole, en particulier en Guyane.

Publications grand public
Insee Première – No 1430
Paru le : 15/01/2013

Jusque dans les années 1960, la fécondité culmine dans le « croissant fertile »

Les disparités de fécondité en France métropolitaine sont anciennes. Dès le milieu du XIXe siècle, la fécondité est plus élevée dans une zone qui réunit l’ouest, le nord et l’est de la France, sans englober Paris. Ce « croissant fertile » subsiste jusque dans les années 1960, où il s’étend alors de Poitou-Charentes à la Franche-Comté, excluant le Centre, l'Île-de-France, la Bourgogne, la Bretagne et l’Alsace. Plus globalement, l’indicateur conjoncturel de fécondité est alors plus élevé dans la moitié nord de la France métropolitaine, exception faite de l’Île-de-France.

Dès la fin du baby-boom, les écarts de fécondité se réduisent en métropole

À partir de 1964 et jusqu’au milieu des années 1970, la fécondité chute en France métropolitaine, suivant une tendance générale en Europe qui marque la fin du baby-boom. La baisse est la plus marquée en Poitou-Charentes, Haute-Normandie, Picardie, Champagne-Ardenne, Lorraine et Alsace. Elle est la plus faible en Île-de-France, région initialement la moins féconde, ainsi qu’en Bretagne et dans les Pays de la Loire. La moitié nord hors Île-de-France demeure plus féconde mais, globalement, l’écart entre les régions se réduit : l’indicateur conjoncturel de fécondité varie ainsi selon les régions de 1,66 à 2,3 enfants par femme en moyenne en 1975, après 2,38 à 3,37 enfants par femme en 1962. Les régions de plus forte fécondité se situent en 1975 dans l’Ouest et le Nord (Pays de la Loire, Bretagne, Basse-Normandie, Picardie, Nord - Pas-de-Calais), ainsi qu’en Franche-Comté. L’Île-de-France remonte en 17e position, devant les régions du Sud (hormis la Corse) et le Limousin.

En 2009, la fécondité est la plus forte dans le quart nord-ouest, en Franche-Comté et dans le Sud-Est

Depuis le milieu des années 1970, la fécondité évolue entre 1,66 et près de 2 enfants par femme en métropole. Au début des années 1980, elle remonte à 1,95 enfant par femme, en raison de la hausse momentanée des naissances de deuxièmes et troisièmes enfants. Elle diminue ensuite jusqu’en 1993-1994 où elle atteint son point bas, et remonte depuis. À partir de 2006, la fécondité dépasse légèrement celle de 1975, mais reste à des niveaux bien inférieurs à ceux atteints pendant la période du baby-boom.

Dans la plupart des régions de métropole, le profil d’évolution est semblable : en 1994, la fécondité se situe généralement en dessous de son niveau de 1975 ; il n’y a qu’en Île-de-France et en Provence - Alpes - Côte d’Azur (PACA) qu’elle retrouve, au contraire, un niveau proche de celui de 1975. Puis, à partir du milieu des années 1990, la fécondité remonte dans toutes les régions métropolitaines. Parallèlement, la réduction des écarts de fécondité entre régions se poursuit : l’indicateur conjoncturel de fécondité va selon les régions de 1,31 à 1,82 enfant par femme en 1994, puis de 1,82 à 2,11 enfants par femme en 2009 sauf en Corse (1,63 en 2009). En 2009, les régions de plus forte fécondité en France métropolitaine se situent dans le quart nord-ouest, incluant la région Centre et l’Île-de-France, ainsi qu’en Franche-Comté, Rhône-Alpes et PACA (carte 1). L’Alsace et la Lorraine ont désormais une fécondité équivalente à celle des régions du sud-ouest et du centre de la France, la fécondité étant la plus faible en Corse.

Carte 1 – Indicateur conjoncturel de fécondité en 2009 selon la région de résidence de la mère

  • Lecture : en 2009, la fécondité est supérieure en moyenne à 2 enfants par femme dans les régions du quart nord-ouest de la France, en Franche-Comté, Rhône-Alpes, PACA, ainsi que dans les DOM. Elle atteint 2,38 enfants en moyenne par femme à la Réunion et 3,49 enfants en moyenne par femme en Guyane.
  • Champ : France.
  • Sources: Insee - état civil (données domiciliées 2009), estimations de population 2009 et 2010.

L’âge moyen à l’accouchement augmente dans toutes les régions depuis 1977

Depuis les années 1960, les comportements de fécondité ont aussi beaucoup évolué en France métropolitaine, en lien avec l’accroissement du niveau d’étude et la place croissante des femmes sur le marché du travail. La fin du baby-boom s’accompagne ainsi d’une raréfaction des familles nombreuses, à partir de quatre enfants surtout. La forte baisse de la fécondité observée alors traduit ce phénomène : la fécondité au troisième enfant chute, tandis que celle à partir du quatrième enfant diminue à un rythme accéléré. Le calendrier des maternités est aussi en constante évolution : les femmes ont d’abord eu leurs enfants de plus en plus tôt, puis de plus en plus tard. L’âge moyen des femmes à l’accouchement est ainsi passé de 29,4 ans au début du XXe siècle à 26,5 ans en 1977. Il remonte fortement depuis dans toutes les régions de métropole, du fait de l’âge moyen plus élevé au premier enfant, et dépasse légèrement 30 ans en 2011 en métropole (tableau). Les bachelières et diplômées de l’enseignement supérieur ont été les premières à retarder leurs grossesses, dès le milieu des années 1970, le mouvement ne se généralisant aux femmes moins diplômées qu’à partir des années 1980.

Tableau – Indice conjoncturel de fécondité et âge moyen à l’accouchement par région

Indice conjoncturel de fécondité et âge moyen à l’accouchement par région
Région Indicateur conjoncturel de fécondité Âge moyen à l’accouchement
1962* 1975 1994 2009 1977 1994 2009
Alsace 2,94 1,86 1,59 1,83 26,7 28,5 29,8
Aquitaine 2,68 1,76 1,48 1,84 26,5 28,8 29,9
Auvergne 2,63 1,83 1,43 1,85 26,3 28,5 29,7
Basse-Normandie 3,18 2,12 1,75 2,01 26,3 28,3 29,4
Bourgogne 2,97 1,99 1,61 1,93 26,3 28,3 29,5
Bretagne 2,97 2,14 1,65 2,01 26,6 28,8 30,0
Centre 2,97 1,94 1,64 2,04 26,2 28,5 29,5
Champagne-Ardenne 3,29 2,06 1,66 1,98 26,0 28,0 29,1
Corse 2,73 1,85 1,58 1,63 26,7 28,6 30,0
Franche-Comté 3,13 2,11 1,67 2,04 26,5 28,5 29,3
Haute-Normandie 3,20 2,04 1,75 2,05 26,0 28,2 29,1
Île-de-France 2,38 1,77 1,74 2,02 26,9 29,6 31,0
Languedoc-Roussillon 2,59 1,69 1,58 1,96 26,6 28,8 29,7
Limousin 2,43 1,66 1,31 1,84 26,0 28,6 29,4
Lorraine 3,29 2,00 1,60 1,82 26,4 28,2 29,4
Midi-Pyrénées 2,56 1,67 1,45 1,84 26,8 29,3 30,2
Nord - Pas-de-Calais 3,32 2,30 1,82 2,08 26,2 27,9 29,1
Pays de la Loire 3,18 2,28 1,70 2,11 26,3 28,7 29,7
Picardie 3,37 2,14 1,76 2,07 26,0 28,1 29,0
Poitou-Charentes 3,07 1,96 1,50 1,91 25,9 28,3 29,3
Provence - Alpes - Côte d’Azur 2,52 1,68 1,66 2,01 26,7 28,9 30,0
Rhône-Alpes 2,71 1,89 1,69 2,03 27,0 29,1 30,1
France métropolitaine 2,83 1,93 1,66 1,98 26,5 28,8 30,0
Guadeloupe n.d. n.d. n.d. 2,16 n.d. n.d. 29,3
Guyane n.d. n.d. n.d. 3,49 n.d. n.d. 27,9
Martinique n.d. n.d. n.d. 2,08 n.d. n.d. 29,4
Réunion n.d. n.d. n.d. 2,38 n.d. n.d. 28,4
Départements d’outre-mer n.d. n.d. n.d. 2,43 n.d. n.d. 28,6
France entière n.d. n.d. n.d. 2,00 n.d. n.d. 29,9
  • * Pour les résultats de l’année 1962, les statistiques d’état civil utilisées dans le calcul de l’indice conjoncturel de fécondité sont la moyenne des trois années qui entourent le recensement de population (1961, 1962, 1963).
  • Champ : France.
  • Sources : Insee - état civil (données domiciliées), recensement de population de 1962, estimations de population pour les années 1975, 1977, 1994 et 2009.

Le report des naissances est le plus significatif dans le Sud-Est et en Île-de-France

De 1975 à 1994, le report progressif des naissances se traduit dans les régions de métropole par une baisse des taux de fécondité aux âges jeunes, jusqu’à 25 ans, et une hausse des taux de fécondité aux âges plus élevés, à partir de 28 ans (encadré). Mais selon l'ampleur de la baisse aux âges jeunes, et de la hausse aux âges plus élevés, l'impact global est très variable selon les régions. C'est dans les Pays de la Loire que la fécondité baisse le plus (− 0,58), ainsi qu'en Bretagne (− 0,49), Nord - Pas-de-Calais (− 0,48), Poitou-Charentes (− 0,46) et Franche-Comté (− 0,44). Dans ces régions, la baisse de la fécondité aux âges jeunes y est importante, sans que la fécondité aux âges plus élevés y augmente beaucoup.

Inversement, l'indicateur conjoncturel de fécondité diminue le moins en PACA (− 0,02), Île-de-France (− 0,03), Languedoc- Roussillon (− 0,11), Rhône-Alpes (− 0,2) et Midi-Pyrénées (− 0,22). Dans ces régions, la baisse de la fécondité aux âges jeunes est la plus faible, et la hausse déjà importante de la fécondité aux âges plus élevés contrebalance plus qu'ailleurs cette baisse. La part des femmes diplômées y était plus élevée en 1975 et le mouvement de retard des naissances ayant commencé plus tôt, le rattrapage aux âges plus élevés est déjà important. En Alsace et en Corse, en revanche, où la baisse de la fécondité aux âges jeunes est comparable à celle en Île-de-France, la hausse de la fécondité aux âges plus élevés est bien moindre, et l’indicateur conjoncturel de fécondité y diminue de ce fait autant que la moyenne métropolitaine. Au total, entre 1975 et 1994, l’Île-de-France et Rhône-Alpes émergent parmi les régions les plus fécondes, tandis que la fécondité en PACA se rapproche de la moyenne métropolitaine.

À partir de 1994, la fécondité aux âges jeunes se stabilise dans la plupart des régions de métropole, tandis qu’elle continue à progresser aux âges plus élevés. Dans certaines régions, la fécondité après 28 ans augmente plus particulièrement, expliquant la hausse plus importante de la fécondité globale depuis 1994 (moitié sud de la France, Bretagne, Pays de la Loire, Centre et Franche-Comté). C’est en Corse qu’elle augmente le moins, alors que la fécondité aux âges jeunes y diminue encore un peu : dans cette région, la fécondité fluctue entre 1,51 et 1,67 enfant par femme et retrouve en 2009 un niveau un peu supérieur à celui de 1994.

Depuis 1975, la fécondité après 28 ans progresse le plus en Île-de-France, dans le Centre et la moitié sud de la France continentale

Par rapport à 1975, la fécondité a progressé en 2009 essentiellement en Île-de-France et en région Centre, ainsi que dans les régions de la moitié sud continentale (carte 2). Dans ces régions, la hausse de la fécondité après 28 ans a été aussi globalement plus marquée qu’ailleurs entre 1975 et 2009. En Alsace, Auvergne et Haute-Normandie, la fécondité retrouve en 2009 des niveaux comparables à ceux de 1975. En revanche, elle reste bien inférieure à son niveau de 1975 en Nord - Pas-de-Calais, Lorraine et Corse, où le rattrapage aux âges plus élevés est un phénomène moins observé qu’ailleurs.

L’âge moyen à la maternité, en hausse partout, a progressé beaucoup plus en Île-de-France et atteint 31 ans en 2009, alors qu’il est de 29 à 30 ans dans les autres régions de métropole. Depuis le milieu des années 1990, ce sont majoritairement les femmes de 28 ans ou plus qui contribuent à la fécondité de leur région. L’Île-de-France se démarque de plus en plus des autres régions par des accouchements tardifs : 26 % de la fécondité en 2009 est dûe aux femmes âgées de 35 ans ou plus, contre 20 % en moyenne en métropole.

Carte 2 – Évolution de l’indicateur conjoncturel de fécondité entre 1975 et 2009 selon la région de résidence de la mère

  • Note 1 : les DOM n’apparaissent pas sur la carte car les données d’état civil n’y sont disponibles qu’à partir de 1998.
  • Note 2 : l’évolution de la fécondité entre 1975 et 2009 dans une région est la différence entre la fécondité en 2009 des femmes y résidant en 2009 et de la fécondité en 1975 des femmes y résidant en 1975.
  • Lecture : en Île-de-France, Languedoc-Roussillon et PACA, les femmes ont en moyenne 0,25 enfant de plus en 2009 qu’en 1975.
  • Champ : France métropolitaine.
  • Sources : Insee - état civil (données domiciliées 1975 et 2009), estimations de population 1975, 1976, 2009 et 2010.

Les départements d’outre-mer : une fécondité plus élevée et plus précoce

Dans les départements d’outre-mer, la fécondité est généralement plus élevée et plus précoce que dans les régions de métropole, en Guyane et à la Réunion en particulier (respectivement 3,49 et 2,38 enfants par femme en 2009). Ceci s’explique par une fécondité nettement supérieure aux âges jeunes, et un peu plus forte après 35 ans. Mais les situations sont variables. Ainsi, les maternités sont plus précoces en Guyane et à la Réunion. En Guadeloupe et Martinique, l’âge moyen à l’accouchement y est un peu supérieur depuis 1998 à celui des régions les plus précoces de métropole. En Martinique, la fécondité est un peu inférieure depuis 1998 à celle des régions les plus fécondes de métropole.

Encadré

Mesurer la fécondité : les effets de calendrier

La fécondité d’une année donnée est résumée par l’indicateur conjoncturel de fécondité qui, en neutralisant les différences de structure par âge, permet de comparer les comportements de fécondité entre régions. Cet indicateur a cependant l’inconvénient d’être sensible au calendrier des naissances. Lorsque les femmes retardent leurs maternités, les taux de fécondité aux âges jeunes diminuent, car les nouvelles générations ont proportionnellement moins d’enfants, aux âges jeunes, que leurs aînées. Mais arrivées à des âges plus élevés, celles-ci « rattrapent » alors (au moins en partie) leur retard et ont proportionnellement plus d’enfants que les générations qui les précèdent : les taux de fécondité aux âges plus élevés augmentent. Tant que le report des maternités se poursuit, la baisse de la fécondité aux âges jeunes l’emporte globalement sur la hausse aux âges plus élevés (cas de la période 1975-1994) : l’indicateur de fécondité suit alors une tendance à la baisse. Lorsque le report prend fin pour les nouvelles générations, mais n’est pas encore terminé pour les plus anciennes, les taux de fécondité aux âges jeunes se stabilisent, alors que les taux aux âges plus élevés continuent encore à augmenter. L’indicateur de fécondité remonte alors, du fait du rattrapage encore en cours aux âges plus élevés (cas de la période 1995-2009).

Sources

Les chiffres publiés proviennent de trois sources : l’état civil, les recensements de population et les estimations de population. Le recensement de la population sert de base aux estimations annuelles de population. Il en fixe les niveaux de référence, pour les années où il est disponible. Depuis la publication des résultats relatifs au 1er janvier 2006, le recensement fournit des résultats chaque année. Pour les années où il n’est pas disponible, les estimations de population sont réalisées à partir des données d’état civil et de l’estimation des soldes migratoires. Les estimations de population, par sexe et âge, sont disponibles depuis 1975 en métropole et depuis 1990 dans les départements d’outre-mer. Les statistiques d’état civil utilisées dans cette étude portent sur les naissances domiciliées au lieu de résidence de la mère.

Définitions

Le taux de fécondité à un âge donné est le nombre d’enfants nés vivants des femmes de cet âge au cours de l’année, rapporté à la population moyenne de l’année des femmes de même âge.

L’indicateur conjoncturel de fécondité est la somme des taux de fécondité par âge observés une année donnée. Cet indicateur mesure le nombre d’enfants qu’aurait une femme au cours de sa vie si les taux de fécondité par âge observés l’année considérée demeuraient inchangés.

L’âge moyen à l’accouchement est la somme des âges pondérés par les taux de fécondité par âge observés une année donnée. Cet indicateur mesure l’âge moyen auquel les mères donneraient naissance à leurs enfants si les taux de fécondité observés l’année considérée à chaque âge demeuraient inchangés. Comme l’indicateur conjoncturel de fécondité, il neutralise les effets de structure par âge.