Économie et Statistique n° 455-456 - Systèmes de santé

Economie et Statistique
Paru le : 16/05/2013
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Les différences d'état de santé en France : inégalités des chances ou reflet des comportements à risques ?

Florence Jusot, Sandy Tubeuf et Alain Trannoy

Les inégalités de santé en France sont-elles principalement des inégalités des chances dues aux circonstances, tel que le milieu d'origine, ou sont-elles avant tout expliquées par les différences de comportements individuels ? Cette interrogation est importante pour la définition des politiques de santé. Selon la philosophie de la responsabilité, les différences de santé dues à des facteurs relevant de la responsabilité individuelle, tels que les comportements à risque choisis, peuvent être considérées comme « légitimes » car découlant de choix de vie assumés par les individus : elles n'ont pas à faire l'objet de politiques correctrices. À l'inverse, on doit chercher à corriger ou compenser les inégalités des chances attribuables à des facteurs ne relevant pas de la responsabilité individuelle, tels que le milieu d'origine. Cet article propose d'évaluer la part des inégalités de santé perçue liées aux conditions dans l'enfance, et celle liées aux comportements à risque, en considérant deux positions éthiques possibles relatives à la corrélation entre milieu d'origine et comportements à risque. Dans une première étape, seul l'effet direct sur la santé du milieu d'origine est considéré comme source d'inégalités des chances. Dans une seconde étape, son effet indirect sur les comportements liés à la santé est en outre considéré comme source d'inégalités illégitimes. L'application aux données de l'enquête Santé Protection Sociale 2006 de l'Irdes, dans laquelle a été introduit un module spécifique de questions sur les conditions de vie dans l'enfance, met en évidence la contribution massive du milieu d'origine aux inégalités de santé et ce, quelle que soit la position éthique retenue. Ainsi, les inégalités des chances représentent jusqu'à 46 % des inégalités de santé alors que celles liées aux comportements à risque ne dépassent pas 7 %, les inégalités résiduelles étant liées à l'influence de l'âge et du sexe.

Economie et Statistique
No 455-456
Paru le : 16/05/2013