Davantage de victimes de vol ou d’agression parmi les sans-domicile

Lucile Jamet, Christelle Thouilleux, division Conditions de vie des ménages, Insee

Début 2012, parmi les sans-domicile francophones âgés de 18 à 75 ans, une personne sur quatre déclare avoir été victime, en 2011 ou 2010, d’au moins un vol ou d’une tentative de vol, et trois sur dix d’au moins une agression ou d’un acte de violence. Ils sont huit fois plus souvent victimes de vol que les personnes vivant dans un logement ordinaire, et près de deux fois plus souvent d’agression. Les femmes sont plus souvent victimes d’agression que les hommes. La majorité des sans-domicile ont vécu un événement familial douloureux avant 18 ans.

29 % des sans-domicile francophones ont été victimes d’agression ou d’acte de violence

Début 2012, 85 000 adultes francophones âgés de 18 à 75 ans ont utilisé au moins une fois les services d’hébergement ou de restauration dans les agglomérations de 20 000 habitants ou plus en France métropolitaine (sources). Parmi ces personnes, 66 000 adultes étaient sans domicile : ils avaient passé la nuit précédant l'enquête dans un lieu non prévu pour l'habitation ou dans un service d'hébergement.

Le jour de l’enquête, 26 % d’entre eux déclarent avoir subi au moins un vol ou une tentative de vol au cours des deux années précédentes, quelles que furent leurs conditions de logement durant ces années-là (figure 1). Ce n’est le cas que de 3 % de la population âgée de 18 à 75 ans vivant en logement ordinaire.

Par ailleurs, 29 % des sans-domicile francophones fréquentant des services d’aide affirment avoir été personnellement victimes d’agression ou d’acte de violence (y compris menaces et injures), en 2011 ou 2010, contre 17 % de la population vivant en logement ordinaire.

Figure 1 – Situation des victimes de vol ou d'agression (en 2010 ou 2011)

en %
Situation des victimes de vol ou d'agression (en 2010 ou 2011)
Situation la veille de l'enquête Victimes de vol (ou tentative) Victimes d'agression (y compris menaces et injures)
Sans domicile : 25,9 28,5
sans abri 42,4 33,3
sans domicile en hébergement collectif que l'on doit quitter le matin 37,8 33,8
sans domicile en hébergement collectif où l'on peut rester la journée 25,5 27,2
sans domicile hébergé en hôtel 25,6 29,1
sans domicile hébergé en logement 17,7 26,6
Sans logement personnel 31,9 26,3
Locataire 25,9 21,3
Total des utilisateurs des services d'hébergement ou de distribution de repas 26,5 27,4
Population âgée de 18 à 75 ans vivant en logement ordinaire en France métropolitaine 3,2 17,4
  • Lecture : 25,9 % des sans-domicile ont été victimes de vol ou de tentative de vol au moins une fois en 2010 ou 2011.
  • Champ : personnes francophones âgées de 18 à 75 ans des agglomérations d'au moins 20 000 habitants en France métropolitaine fréquentant des services d'hébergement et de distribution de repas en 2012.
  • Sources : Insee-Ined, enquête auprès des personnes fréquentant les services d'hébergement ou de distribution de repas de 2012 ; Insee-ONDRP, enquête Cadre de vie et sécurité de 2012.

Parmi les sans-domicile, les sans-abri sont plus touchés par les violences

Les personnes sans abri, c’est à dire celles qui, la veille de l'enquête, ont dormi dans un lieu non prévu pour l’habitation, ont été plus souvent victimes d’un vol (42 %) ou d’une agression (33 %) que les autres personnes sans domicile. De même, celles qui ont passé la nuit dans un hébergement collectif qu’elles ont dû quitter le matin ont subi plus fréquemment des vols que celles qui ont pu y rester la journée (38 % contre 26 %). Elles ont également plus souvent été agressées (34 % contre 27 %). Un quart des sans-abri ont ainsi déclaré ne pas vouloir se rendre dans ces centres, craignant l’insécurité qui y régnait.

Les sans-domicile bénéficiant d’un logement ou d’une chambre d’hôtel fournie par une association ou un organisme d’aide sont moins souvent victimes de vol ou d’agression. Leur taux de victimation reste toutefois très supérieur à celui de la population vivant en logement ordinaire.

Les femmes et les personnes seules subissent plus d’agressions

Parmi les adultes sans domicile, les hommes ont subi plus fréquemment que les femmes au moins un vol ou une tentative de vol (28 % contre 22 % ; figure 2). Les femmes, qui représentent 38 % des sans-domicile francophones, bénéficient d’une situation de logement généralement plus stable, et sont ainsi moins souvent exposées aux vols. En effet, les hébergements en hôtel ou en logement accueillent une plus forte proportion de femmes (55 %), tandis qu’elles ne représentent que 5 % des sans-abri.

Figure 2 – Caractéristiques des victimes de vol ou d'agression (en 2010 ou 2011)

en %
Caractéristiques des victimes de vol ou d'agression (en 2010 ou 2011)
Sans-domicile Population âgée de 18 à 75 ans vivant en logement ordinaire
Caractéristiques individuelles des victimes Victimes de vol (ou tentative) Victimes d'agression (y compris menaces et injures) Victimes de vol (ou tentative) Victimes d'agression (y compris menaces et injures)
Sexe
Homme 28,3 26,8 2,9 16,6
Femme 22,1 31,2 3,5 18,3
Âge
De 18 à 29 ans 26,1 34,5 7,0 24,7
De 30 à 39 ans 30,1 35,5 2,8 21,2
De 40 à 49 ans 22,7 23,3 2,3 20,0
De 50 à 74 ans 24,2 19,6 2,0 11,0
Pays de naissance
Né en France 26,9 31,1 3,1 17,9
Né à l'étranger 24,6 25,3 3,8 14,1
Situation familiale
Vit en couple 15,4 12,0 2,3 16,0
Vit seul 28,5 32,7 5,2 20,7
Présence d'enfant dans le ménage
Avec enfant 23,0 26,2 2,7 16,9
Sans enfant 30,0 31,7 5,4 20,3
Taille de l'agglomération de résidence
20 000 à 199 999 habitants 25,4 34,5 2,9 19,5
200 000 habitants ou plus hors agglomération parisenne 24,9 31,1 3,7 20,0
Agglomération parisienne 27,0 24,2 6,0 18,5
Total 25,9 28,5 3,2 17,4
  • Lecture : 22,1 % des femmes sans domicile ont été victimes de vol ou de tentative de vol au moins une fois en 2010 ou 2011.
  • Champ : sans-domicile francophones âgés de 18 à 75 ans des agglomérations d'au moins 20 000 habitants en France métropolitaine fréquentant les services d'hébergement ou de distribution de repas en 2012.
  • Sources : Insee-Ined, enquête auprès des personnes fréquentant les services d'hébergement ou de distribution de repas de 2012 ; Insee-ONDRP, enquête Cadre de vie et sécurité de 2012.

En revanche, les femmes sans domicile sont plus nombreuses à avoir subi des agressions ou des actes de violence dans les deux années précédant l’enquête : 31 % d'entre elles ont été victimes d’agression en 2011 ou 2010, contre 27 % des hommes. Pour une partie de ces femmes, il peut s’agir de violences familiales subies dans leur logement précédent. C’est également à la suite de ces violences qu’elles ont pu se retrouver sans domicile et être hébergées par des associations. Ainsi, 17 % des femmes sans domicile victimes d’acte de violence au cours des deux dernières années affirment avoir quitté leur logement précédent à la suite de violences familiales. C’est le cas de 0,7 % des hommes (figure 3).

Figure 3 – Raisons du départ du logement précédent des sans-domicile

en %
Raisons du départ du logement précédent des sans-domicile
Raisons déclarées à l'enquête Victimes d'agression Ensemble
Hommes Femmes Hommes Femmes
Séparation du conjoint 21,0 23,2 16,9 12,0
Violences familiales 0,7 17,0 0,4 6,3
Ne pouvait plus payer le loyer, les charges, les traites 7,0 6,7 7,6 7,7
Expulsion 5,4 5,6 4,9 5,8
A perdu ou quitté son emploi 6,1 4,8 8,2 2,7
Changement de ville, de région, de pays pour trouver du travail 2,6 2,9 2,9 3,5
On lui a demandé de partir 5,2 2,7 4,4 2,4
Destruction ou condamnation du bâtiment 0,3 2,2 0,4 0,8
Changement de pays car la sécurité n'y était plus assurée 3,4 1,6 2,4 3,1
Décès d'un des proches 0,9 1,2 0,9 1,1
Ne s'entendait pas avec les personnes qui logeaient avec lui/elle, elles lui ont demandé de partir 1,6 1,2 1,6 1,0
Hospitalisation 0,7 0,7 0,8 0,5
Fin du bail 0,5 0,4 0,6 0,4
Incarcération 1,6 0,2 1,7 1,3
Logement de fonction et a perdu son emploi 0,4 0,0 0,3 0,0
Autre 9,3 8,4 5,9 6,8
  • Lecture : 17 % des femmes sans domicile victimes d'agression (y c. menaces et injures) en 2010 ou 2011, ont quitté leur logement précédent parce qu'elles y subissaient des violences familiales.
  • Champ : sans-domicile francophones âgés de 18 à 75 ans des agglomérations d'au moins 20 000 habitants en France métropolitaine fréquentant des services d'hébergement ou de distribution de repas en 2012.
  • Source : Insee-Ined, enquête auprès des personnes fréquentant les services d'hébergement ou de distribution de repas de 2012.

Parmi les sans-domicile, vivre seul accentue également le risque d’être victime : ainsi, 33 % d’entre eux ont été victimes d’agression et 29 % ont subi un vol, contre respectivement 12 % et 15 % de ceux vivant en couple.

Les sans-domicile sont plus souvent victimes d’agression avant 40 ans (35 %) et moins fréquemment après 50 ans (20 %). C’est également lorsqu’ils sont âgés de moins de 40 ans, plus particulièrement entre 30 et 39 ans, qu’ils subissent le plus de vols (30 %).

Quatre victimes d’agression sur dix ont subi des mauvais traitements pendant l’enfance

La très grande majorité des personnes sans domicile (86 %) a vécu au moins un événement douloureux lié à son environnement familial avant l’âge de 18 ans (figure 4). Cette proportion est encore plus importante parmi les sans-domicile victimes de vol (90 %) ou d’agression (92 %). En effet, les sans-domicile portent souvent le poids d’une enfance marquée par des événements familiaux douloureux (conflits, décès, séparation...), susceptibles de fragiliser leurs parcours d'enfant et d’adulte.

40 % des personnes sans domicile victimes d’agression ont subi des violences ou des mauvais traitements pendant leur enfance (contre 25 % des sans-domicile et 2 % de la population vivant en ménage ordinaire). C’est le cas de 50 % des femmes sans domicile victimes d’agression (contre 36 % des femmes sans domicile dans leur ensemble). Enfin, près de 60 % des jeunes âgés de 18 à 24 ans victimes d’agression au cours des deux dernières années ont subi des violences familiales durant leur enfance. On ne peut exclure, pour les plus jeunes, que les agressions subies correspondent à des violences familiales endurées alors qu’ils vivaient dans leur logement précédent, lesquelles les ont conduit à se retrouver sans domicile. Mais seuls 4,4 % des sans-domicile de 18 à 24 ans victimes d’agression ont déclaré être sans domicile à la suite de violences familiales.

Figure 4 – Évènements graves vécus pendant l'enfance des sans-domicile

en %
Évènements graves vécus pendant l'enfance des sans-domicile
Évènements graves durant l'enfance Victime de vol (ou tentative) Victime d'agression (y compris menaces et injures) Ensemble des sans-domicile
Parent en prison 7,7 9,4 6,2
A vécu dans un pays en guerre 13,4 15,9 14,0
Problèmes d'alcool ou de drogue dans la famille 33,1 33,6 22,7
A subi des violences ou des mauvais traitements 34,7 40,7 25,2
Problèmes de santé, hospitalisation en psychiatrie, tentatives de suicide 37,7 36,1 25,3
Conflits avec la famille 49,5 57,8 38,1
Manque d'argent, chômage 46,1 45,4 38,9
Séparation des parents, conflits entre les parents 51,4 52,9 40,1
Maladie ou décès d'un des parents, accident grave 42,2 63,7 52,5
Au moins un des évènements graves cités ci-dessus 90,0 92,0 86,0
  • Lecture : 40,7 % des sans-domicile victimes d'agressions (y compris menaces et injures) en 2010 ou 2011 ont subi des mauvais traitements pendant l'enfance, contre 25,2 % de l'ensemble des sans-domicile.
  • Champ : sans-domicile francophones âgés de 18 à 75 ans des agglomérations d'au moins 20 000 habitants en France métropolitaine fréquentant les services d'hébergement ou de distribution de repas en 2012.
  • Source : Insee-Ined, enquête auprès des personnes fréquentant les services d'hébergement ou de distribution de repas de 2012.

Figure 4 – Évènements graves vécus pendant l'enfance des sans-domicile

Sources

Les données sont issues de trois enquêtes :

- l'enquête auprès des personnes fréquentant les services d’hébergement et de distribution de repas réalisée en 2012 par l’Insee et l’Ined dans les agglomérations d’au moins 20 000 habitants de métropole ; le champ est ici limité aux francophones ;

- l'enquête Cadre de vie et sécurité (CVS) de 2012, qui interroge des ménages ordinaires résidant en métropole sur les atteintes subies au cours des deux années précédant l’enquête ;

- l'enquête Statistiques sur les ressources et les conditions de vie des ménages (SRCV) de 2011.

Définitions

Une personne est dite sans domicile si elle a passé la nuit précédant l'enquête dans un lieu non prévu pour l'habitation (on parle alors de sans-abri), y compris les haltes de nuit qui leur offrent un abri mais qui ne sont pas équipées pour y dormir, ou dans un service d'hébergement (hôtel ou logement payé par une association, chambre ou dortoir dans un hébergement collectif, lieu ouvert en cas de grand froid). Certaines personnes peuvent ne pas avoir de logement personnel sans pour autant être sans domicile (en foyer, à l'hôpital, en prison, dans un squat, hébergées par un particulier…).

Vols : vols ou tentatives de vol personnels, hors cambriolages ou vols dans des logements.

Agressions : physiques, sexuelles ou verbales (menaces ou injures).

Pour en savoir plus

Yaouancq F. et , « L’hébergement des sans-domicile en 2012 - Des modes d’hébergement différents selon les situations familiales », Insee Première n° 1455, juillet 2013. Yaouancq F., Duée M., « Les sans-domicile en 2012 : une grande diversité de situations », in France, portait social, collection Insee Références, novembre 2014.