Un taux de chômage de 23,7 % en moyenne en 2014Rénovation de l’enquête emploi en Guadeloupe

Pierre-Eric Treyens, Maud tantin Machecler, Insee

En 2014, la Guadeloupe est le département français d’Amérique (DFA) où le chômage est le plus élevé. Les jeunes et les femmes sont les plus touchés par le chômage. En termes de taux d’activité et d’emploi, le territoire s’intercale entre la Guyane et la Martinique. Il en est de même pour les inégalités hommes femmes sur le marché du travail. Sans atteindre les écarts observés en Guyane, les femmes guadeloupéennes restent plus pénalisées que les femmes martiniquaises.

En 2014, 63,3 % des Guadeloupéens sont actifs. Ce taux est supérieur à celui de la Guyane (59,6 %) et inférieur à celui de la Martinique (65,4 %). Les hommes guadeloupéens sont plus actifs que les femmes (66,9 % contre 60,3 %) alors que les écarts sont plus faibles tant en Martinique qu’en métropole. Néanmoins, les inégalités restent moins marquées qu’en Guyane où l’écart est de près de 15 points. Le faible taux d’activité des moins de 25 ans, avec seulement un jeune sur quatre en activité, s’explique principalement par le taux de scolarisation élevé dans cette tranche d’âge.

Les jeunes et les femmes sont les plus touchés par le chômage

En 2014, pour la première fois, le taux de chômage au sens du Bureau International du Travail (BIT) (Définitions) dans les DOM est évalué comme en métropole, tout au long de l’année et non plus uniquement sur le second trimestre. Il s’élève en moyenne annuelle à 23,7 % en Guadeloupe chez les 15 ans ou plus. Non seulement ce taux est largement plus élevé que celui observé en France métropolitaine (9,9 %), mais il place la Guadeloupe au-dessus de la Guyane (22,3 %) et surtout de la Martinique (19,4 %). Ce taux de chômage ne peut être comparé directement avec le dernier taux publié en raison des changements de méthodes (Méthodologie).

La Guadeloupe compte, en moyenne, au cours de l’année 2014, 38 300 chômeurs pour une population active de 160 300 personnes. Plus qu’en métropole et que dans les autres DFA, l’âge est un des facteurs les plus discriminants face au chômage. Ainsi, 56,3 % des moins de 25 ans sont au chômage en Guadeloupe contre 50,6 % en Martinique et 40 % en Guyane. Comme pour l’activité, la situation des femmes est plus précaire que celle des hommes avec un écart de 3,5 points. Ce chiffre reste néanmoins largement inférieur à l’écart observé en Guyane (11,7 points) mais légèrement supérieur à celui observé en Martinique (0,9 point). Le diplôme reste la protection la plus efficace contre le chômage. Les Guadeloupéens diplômés du supérieur sont nettement moins touchés par le chômage que les bacheliers, les titulaires d’un BEP ou d’un CAP et surtout que ceux qui n’ont aucun diplôme.

Le diplôme reste la protection la plus efficace contre le chômage. Les Guadeloupéens diplômés du supérieur sont nettement moins touchés par le chômage que les bacheliers, les titulaires d’un BEP ou d’un CAP et surtout que ceux qui n’ont aucun diplôme.

63 375 personnes sans emploi souhaitent travailler

En Guadeloupe, parmi les 93 100 personnes inactives au sens du BIT, 26,9 % souhaitent trouver un emploi (25 033) sans pour autant être considérées comme chômeurs au sens du BIT : elles constituent le halo autour du chômage. Si l’on additionne les 38 342 chômeurs aux 25 033 individus appartenant au halo, la Guadeloupe compte 63 375 personnes sans emploi souhaitant travailler.

Parmi les individus appartenant au halo, la plupart sont disponibles pour prendre un emploi sans faire les recherches nécessaires pour être compatibilités comme chômeur (14,8 % des inactifs de 15 à 64 ans). Enfin, ceux qui souhaitent un emploi sans faire aucune recherche et n’étant pas disponibles (8,8 %) et ceux qui recherchent un emploi sans être disponibles (3,2 %) complètent ce halo.

De plus, le rapport du nombre de personnes dans le halo sur le nombre de chômeurs est de 0,65 en Guadeloupe quand il est de 0,75 en Martinique et de 1,09 en Guyane. Ce chiffre indique qu’en Guadeloupe une personne souhaitant un emploi se tourne plus vers le chômage que l’inactivité et explique le plus fort taux de chômage observé en Guadeloupe que dans les autres DFA.

Des jeunes peu en emploi car plus scolarisés

En Guadeloupe, le taux d’emploi des 15-64 ans est en moyenne de 48,1 % en 2014, soit 4,5 points de moins qu’en Martinique. La Guyane demeure le département qui offre le moins d’emploi (46,2 %).

Au cours de l’année 2014, seuls 11,1 % des Guadeloupéens de moins de 25 ans sont en emploi contre 13,1 % en Martinique et 16,6 % en Guyane. Toutefois, ce chiffre s’explique par le fort taux de scolarisation des jeunes guadeloupéens par rapport à la Martinique et surtout à la Guyane. Enfin, bien qu’éloigné de l’écart entre les taux d’emploi des hommes et des femmes observé en Guyane (18,4 points), l’écart en Guadeloupe reste conséquent (7,3 points), ce qui place la Guadeloupe derrière la Martinique en termes d’égalité hommes femmes sur le marché du travail. Sur les 122 000 Guadeloupéens en emploi, 13,5 % se trouvent en situation de sous-emploi (Définitions) contre 6 % en France métropolitaine. Le temps partiel subi est plus de deux fois plus répandu (13,1 % contre 6 %).

Figure_1 – 63 375 Guadeloupéens sans emploi souhaitent travailler

63 375 Guadeloupéens sans emploi souhaitent travailler
Chômage et halo autour du chômage en Guadeloupe
Personnes sans emploi souhaitant ou cherchant activement un emploi : 63 375
Inactifs dans le halo : 25 033 En recherche d'emploi mais non disponible : 3 000
dont Disponible mais sans recherche d'emploi : 13 823
Non disponible et sans recherche d'emploi : 8 210
  • Champs : Guadeloupe, 15 ans ou plus.
  • Source : Insee, Enquête Emploi 2014.

Figure_2 – Des jeunes particulièrement touchés par le chômage

Des jeunes particulièrement touchés par le chômage
Activité, emploi et chômageau sens du BIT en Guadeloupe
Taux d'activité (En %) Taux d'emploi (En %) Taux de chômage (En %) Nombre d'actifs en emploi Nombre de chômeurs Nombre d'inactifs
Ensemble
15 ans ou plus 50,8 38,8 23,7 123 700 38 300 156 800
15 - 64 ans 63,3 48,1 23,9 122 000 38 300 93 100
15 - 24 ans 25,3 11,1 56,3 5 300 6 900 36 100
25 - 49 ans 79,9 59,7 25,2 72 000 24 200 24 300
50 - 64 ans 61,4 52,8 13,9 44 700 7 200 32 700
Hommes
15 ans ou plus 54,5 42,6 21,8 60 800 17 000 65 000
15 - 64 ans 66,9 52,1 22,1 59 800 17 000 37 900
Femmes
15 ans ou plus 47,9 35,7 25,4 62 900 21 400 91 700
15 - 64 ans 60,3 44,8 25,6 62 200 21 400 55 100
  • Champs : Guadeloupe et France hexagonale, personnes de 15 ans ou plus.
  • Source : Enquête Emploi 2014.

Sources

Une enquête rénovée

Depuis la dernière publication des résultats sur le 2e trimestre 2013, l’enquête Emploi aux Antilles-Guyane a été rénovée en profondeur. La collecte a lieu désormais en continu, tout au long de l’année, et la taille de l’échantillon a été augmentée. Le questionnaire a fait l’objet d’une rénovation pour alléger et simplifier les questions et pour tenir compte des évolutions du marché du travail (recherche d’emploi via les réseaux sociaux par exemple) et de concepts dont les définitions internationales ont changé (halo et sous-emploi notamment).

En France métropolitaine, ces changements sont intervenus en plusieurs étapes, avec un passage à l’enquête en continu en 2003 ; mise en œuvre en 2007 de l’interprétation communautaire des concepts d’activité ; rénovation du questionnaire en 2013 puis des modifications du questionnaire en 2008 et en 2013. La mesure des concepts d’activité au sens du Bureau international du travail est désormais conforme à celle préconisée par Eurostat, notamment pour les indicateurs de halo et de sous-emploi qui sont maintenant articulés avec la définition européenne. L’ensemble de ces changements ont tous été réalisés en 2014 dans les DOM (hors Mayotte).

Certaines reformulations du questionnaire en 2013 ont eu des effets sur les réponses d’une petite partie des personnes enquêtées, notamment pour des personnes dont la situation se situe à la frontière entre les catégories de chômage et d’inactivité. Le niveau du taux de chômage calculé avec le nouveau questionnaire est plus bas que celui calculé avec l’ancien questionnaire. De même, le changement de questionnaire entraîne une baisse de l’inactivité et une hausse du halo et une baisse de l’inactivité hors halo. Ces changements n’ont toutefois pas eu d’impact sur la répartition entre emploi et non-emploi. Les résultats de l’enquête dans les DOM sont aujourd’hui complètement comparables à ceux de France métropolitaine et conformes aux définitions européennes. Ils sont dorénavant publiés tous les ans en moyenne annuelle.

Définitions

La population active regroupe la population active occupée ou « population active ayant un emploi » et les chômeurs. Ainsi, le taux d'activité est le rapport entre le nombre d'actifs et l'ensemble de la population correspondante. Un chômeur est une personne en âge de travailler qui remplit trois conditions : être sans emploi, c'est à dire ne pas avoir travaillé au moins une heure durant une semaine de référence, être disponible pour prendre un emploi dans les 15 jours et avoir cherché activement un emploi dans le mois précédent ou en avoir trouvé un qui commence dans les trois mois.

Le taux de chômage est le pourcentage de chômeurs dans la population active.

Le taux d'emploi d'une classe d'individus est la proportion d'individus de la classe ayant un emploi sur le nombre total d'individus dans la classe.

Pour être en sous-emploi, un individu doit être un actif occupé travaillant à temps partiel, souhaitant travailler davantage et étant disponibles pour le faire ou un actif occupé ayant travaillé moins que d’habitude pendant une semaine de référence en raison de chômage partiel (chômage technique) ou mauvais temps.

Pour en savoir plus

Treyens P-E., « Un taux de chômage de 22,6 % en moyenne en 2014 », Insee Flash Guyane n°17, juin 2015

Treyens P-E., « Un taux de chômage de 19,4 % en moyenne en 2014 », Insee Flash Martinique n°17, juin 2015

Le Grand H., Rivière J., « Un taux de chômage de 26,8 % en moyenne en 2014 », Insee Flash Réunion n°32, juin 2015