Rhône-Alpes, une région riche en dépit d’inégalités territoriales

Benjamin Beaumont, Axel Gilbert, Insee Rhône-Alpes

La région Rhône-Alpes affiche un niveau de vie médian parmi les plus élevés de France métropolitaine, le taux de pauvreté monétaire étant inférieur de deux points au niveau national. Le territoire présente toutefois des inégalités de revenus. Les niveaux de vie les plus élevés se trouvent dans les grands pôles urbains, qui hébergent aussi la majorité de la population la plus pauvre. Dans les territoires ruraux de la Drôme et de l’Ardèche, plus défavorisés, l'effet des politiques de redistribution sur la composition des revenus est marqué.

En 2012, la moitié de la population rhônalpine a un niveau de vie supérieur à 20 600 euros, ce qui place la région au troisième rang derrière l'Île-de-France et l'Alsace. À titre de comparaison, le niveau de vie médian sur l'ensemble de la France métropolitaine est de 19 800 euros.

Figure 1 – Une distribution comparable à celle de la France métropolitaine

Niveau de vie (en euros)
Une distribution comparable à celle de la France métropolitaine
Centiles France métropolitaine Rhône-Alpes
0
1 4400 4726
2 6087 6498
3 7089 7537
4 7799 8284
5 8371 8883
6 8866 9417
7 9318 9903
8 9735 10351
9 10133 10760
10 10503 11143
11 10852 11495
12 11183 11830
13 11494 12153
14 11790 12452
15 12075 12742
16 12345 13025
17 12606 13300
18 12867 13561
19 13123 13810
20 13372 14058
21 13611 14303
22 13843 14539
23 14072 14770
24 14298 15006
25 14521 15236
26 14741 15464
27 14962 15684
28 15181 15900
29 15397 16119
30 15608 16335
31 15816 16543
32 16024 16753
33 16231 16967
34 16437 17175
35 16642 17386
36 16848 17598
37 17053 17809
38 17257 18019
39 17463 18230
40 17669 18444
41 17875 18654
42 18082 18865
43 18290 19077
44 18499 19291
45 18709 19506
46 18921 19724
47 19134 19943
48 19349 20163
49 19566 20390
50 19786 20616
51 20009 20843
52 20234 21070
53 20462 21304
54 20692 21533
55 20925 21772
56 21161 22018
57 21401 22269
58 21646 22527
59 21897 22787
60 22155 23053
61 22421 23322
62 22691 23597
63 22967 23878
64 23249 24165
65 23538 24465
66 23835 24772
67 24138 25086
68 24452 25409
69 24776 25748
70 25111 26098
71 25459 26461
72 25821 26837
73 26202 27225
74 26596 27632
75 27006 28051
76 27432 28493
77 27878 28958
78 28345 29441
79 28836 29949
80 29349 30493
81 29893 31078
82 30477 31692
83 31105 32364
84 31783 33067
85 32515 33843
86 33303 34664
87 34162 35549
88 35091 36516
89 36108 37582
90 37236 38782
91 38508 40125
92 39986 41709
93 41749 43606
94 43875 45895
95 46535 48741
96 50042 52459
97 55104 57795
98 63329 66313
99 80600 83342
100
  • Source : Insee, Filosofi 2012

Figure 1 – Une distribution comparable à celle de la France métropolitaineDistribution des revenus

Rhône-Alpes, une région riche…

La composition du revenu disponible reflète les caractéristiques démographiques et économiques de la région. Ainsi, en écho à un taux d'activité rhônalpin plus élevé qu'en France métropolitaine, 70 % du revenu disponible est composé de salaires, traitements ou indemnités de chômage, soit deux points de plus qu'en métropole. À l'inverse, en lien avec la jeunesse relative de la population rhônalpine, les pensions, retraites et rentes représentent seulement un quart du revenu disponible des ménages, proportion inférieure à celle de la plupart des régions. Les revenus du patrimoine comptent quant à eux pour 12 % du revenu disponible.

… abritant 750 000 personnes pauvres

Si la région Rhône-Alpes se distingue par un niveau de vie globalement élevé, elle affiche néanmoins des disparités de revenus. Ainsi, l'indicateur de dispersion du revenu disponible, qui quantifie les inégalités entre le cinquième de la population le plus riche et le cinquième le plus pauvre, s'élève à 4,4 : si ce rapport est comparable à celui observé en France métropolitaine, Rhône-Alpes est la cinquième région la plus inégalitaire au regard de ce critère. Les revenus des habitants les plus riches expliquent ces écarts, en particulier à cause des hauts salaires. Le revenu disponible des 10 % les plus riches est supérieur à 38 800 euros, plaçant la région au troisième rang derrière l'Île-de-France et l'Alsace. Plus globalement, les régions du sud et du quart nord-est de France métropolitaine affichent d'importantes disparités de revenus, à la différence des régions situées au centre et à l'ouest.

Si les disparités de revenus sont marquées, le taux de pauvreté rhônalpin est toutefois modéré. Il s'élève à 12 %, contre 14 % au niveau national. Environ 750 000 personnes ont un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté.

Des disparités géographiques marquées

La comparaison des revenus sur le territoire met en évidence une opposition manifeste entre le nord et le sud de la région. Le sud se distingue par des niveaux de vie médians assez faibles, associés à un taux de pauvreté plutôt élevé. C'est en particulier le cas des zones rurales de la Drôme et de l’Ardèche (hors vallée du Rhône), marquées par un vieillissement de la population couplé à un nombre important de retraités d'un niveau modeste. Dans ces deux départements, le taux de pauvreté approche les 15 %, tandis que le niveau de vie médian n'y dépasse pas 19 000 euros. Un niveau de vie similaire est relevé dans la Loire, qui subit encore les effets de la désindustrialisation ; toutefois, ce département affiche un taux de pauvreté légèrement plus faible (14 %).

Le nord de la région présente un niveau de précarité généralement modéré et des conditions de revenus favorables. Le département de la Haute-Savoie en est le principal exemple : le niveau de vie médian, qui s'élève à près de 23 700 euros, y est le plus élevé parmi les départements français hors Île-de-France. Conjointement, moins de 10 % des habitants sont pauvres. La proximité de la métropole genevoise, qui génère d'importants flux de travailleurs transfrontaliers, explique en partie ces conditions de revenus favorables.

Figure_2 – Le sud de Rhône-Alpes est plus pauvre que le nord

  • Source : Insee, Filosofi 2012

Des niveaux de vie plus élevés dans les grands pôles urbains

Les revenus les plus élevés se trouvent dans les plus grands pôles urbains. C'est particulièrement vrai dans les deux plus grandes aires urbaines (Lyon et Grenoble), dans les villes de l'espace frontalier lémanique (Annemasse, Thonon-les-Bains) ainsi qu'à Annecy. Font figure d'exception Saint-Étienne, Roanne, Oyonnax et, dans une moindre mesure, Valence.

Si le niveau de vie dans les grandes agglomérations est généralement élevé, celles-ci abritent aussi une population pauvre. Annemasse présente ainsi un taux de pauvreté particulièrement haut (11,5 %) au regard de son revenu médian, proche de 30 000 euros. Parmi les grands pôles urbains, c'est à Annecy que la part de population pauvre est la plus faible (moins de 8 %).

Plus globalement, les conditions de revenus sont d'autant plus défavorables dans les pôles urbains qu'ils sont de petite taille. Ainsi, le niveau de vie médian est inférieur d'environ 7 % dans les petits et moyens pôles par rapport aux grands pôles. À la différence des revenus, le taux de pauvreté est plutôt stable quelle que soit la taille des pôles.

Enfin, les communes isolées, situées hors de l'influence des pôles, sont celles qui présentent à la fois les niveaux de vie les plus bas et le taux de pauvreté le plus élevé, ce dernier atteignant, en moyenne, 16 % de la population. Le nombre de communes concernées est toutefois assez faible.

Figure 3 – Plus de pauvreté dans les pôles urbains Niveau de vie et taux de pauvreté en région Rhône-Alpes

Plus de pauvreté dans les pôles urbains Niveau de vie et taux de pauvreté en région Rhône-Alpes
Part de la population rhônalpine en % Niveau de vie médian en euros Indicateur de dispersion S80/S20 Taux de pauvreté en %
Grands pôles urbains 59,9 20 600 4,7 13,5
Couronnes des grands pôles urbains 23,4 21 600 4,0 8,3
Communes multipolarisées des grandes aires urbaines 5,2 19 800 3,5 10,8
Moyens pôles 1,9 19 200 3,9 13,2
Couronnes des moyens pôles 0,4 20 700 3,4 8,3
Petits pôles 3,1 19 100 3,9 13,7
Couronnes des petits pôles 0,1 19 400 3,3 11,9
Autres communes multipolarisées 3,2 19 500 3,6 11,3
Communes isolées hors influence des pôles 2,8 18 600 4,2 15,9
Rhône-Alpes 100,0 20 600 4,4 12,1
Rhône-Alpes Auvergne /// 20 300 4,3 12,3
France métropolitaine /// 19 800 4,5 14,3
  • Source : Insee, Filosofi 2012

Des disparités marquées sont relevées au sein des villes, en lien avec leur structure. Ainsi, dans la plupart des aires urbaines, ce sont les villes-centres qui comprennent la majorité des ménages pauvres, en particulier les bénéficiaires de minima sociaux. C'est par exemple le cas des communes de Saint-Étienne, Roanne, Valence et Vienne, où le taux de pauvreté est supérieur à 20 %. Le constat est le même à Grenoble, où cette proportion s'élève à 18 %, alors même que l'aire urbaine est globalement favorisée. À l'écart des villes-centres, les banlieues sont souvent riches, bien que très fréquemment divisées en communes populaires et aisées, corrélativement à la présence ou non de logements sociaux. Enfin, un vaste espace périurbain abrite une population assez homogène socialement, le taux de pauvreté y étant assez faible (il n'est que de 8 % dans les couronnes des grands et moyens pôles urbains).

La métropole lyonnaise se démarque du reste du territoire en affichant des caractéristiques comparables à la région parisienne. À la différence des autres grandes aires urbaines rhônalpines, le niveau de vie est plus élevé au centre qu'en banlieue. Parallèlement, alors que les banlieues des aires urbaines abritent généralement une population plutôt riche, à Lyon, le taux de pauvreté est équivalent entre centre et banlieue, autour de 14 %.

Au-delà de ce constat global, les arrondissements lyonnais présentent de sensibles variations, les écarts de niveau de vie médian pouvant atteindre jusqu'à 10 000 euros : ainsi, dans les 6e, 2e et 4arrondissements, les revenus sont élevés, à l'opposé des 9e, 8e et 7e arrondissements. Ces arrondissements moins favorisés financièrement sont aussi davantage confrontés à des situations précaires, le taux de pauvreté s'établissant même aux alentours de 20 % dans les 8e et 9e arrondissements. Si les arrondissements aisés s'en sortent mieux au regard de ce dernier critère, la représentation en personnes pauvres n'est toutefois pas négligeable, à l'instar du 6arrondissement : bien qu'étant l'arrondissement le plus favorisé de Lyon, avec un revenu médian qui dépasse 28 000 euros, son taux de pauvreté est proche de 9 % ; de même, dans le 2e, les disparités de revenus sont importantes : les 20 % d'habitants les plus aisés ont un niveau de vie 6,5 fois supérieur aux 20 % les moins aisés.

Des situations variables sont aussi observées en banlieue : les communes du sud et de l'est lyonnais sont confrontées à une forte précarité, comme à Vaulx-en-Velin, Saint-Fons et Vénissieux, où le taux de pauvreté atteint ou dépasse 30 % ; à l'inverse, il est inférieur à 5 % dans les petites communes résidentielles du nord-ouest de Lyon.

Figure_4 – Pauvreté en centre-ville et dans l’est lyonnais

  • Source : Insee, Filosofi 2012

Un effet géographique des politiques de redistribution

Les politiques de redistribution ont un effet sur la composition du revenu disponible. Cette composition est fortement liée au niveau de revenus des ménages. Ainsi, parmi les plus défavorisés d'entre eux, la part des revenus de transfert (prestations sociales, allocations chômage, retraites…) est plus élevée. En Rhône-Alpes, 31 % du revenu des ménages les plus pauvres (premier décile de revenus) est composé de prestations sociales. Parallèlement, les salaires, traitements ou chômage comptent pour seulement 46 % du revenu, les pensions, retraites et rentes pour 20 %. Ces proportions sont comparables à celles relevées en France métropolitaine.

Ces politiques de redistribution ont une conséquence géographique ; elles tendent à réduire les écarts de revenus entre territoires. Dans les départements de l'Ardèche, de la Loire et de la Drôme, la part des prestations sociales dans le revenu est supérieure à 5 %, égale à la proportion observée au plan national. À l'inverse, la part de ces prestations est inférieure à 3 % en Haute-Savoie. Le poids des pensions, retraites et rentes reflète quant à lui les caractéristiques démographiques départementales : celui-ci est de l'ordre de 30 % en Ardèche, dans la Loire et la Drôme, où les retraités sont plus représentés que dans les autres départements rhônalpins. Corrélativement, c'est dans l'Ain et en Haute-Savoie que la part des salaires, traitements ou prestations chômage est la plus élevée, avec respectivement 73 % et 77 %, soit de 6 à 10 points de plus qu'au niveau national. Enfin, la part des impôts traduit les écarts de richesse du territoire. Celle-ci est particulièrement élevée dans le Rhône (18,1 %), pour une moyenne régionale de 16,3 %.

Figure_5 – Les revenus de répartition plus importants au sud de Rhône-Alpes

  • Source : Insee, Filosofi 2012

Encadré

Pour comprendre les résultats

Les données issues du Fichier Localisé Social et Fiscal (Filosofi) proviennent du rapprochement :

* des données fiscales (déclarations de revenus des personnes physiques, taxe d'habitation et fichier d'imposition des personnes physiques) fournies à l'Insee par la Direction générale des finances publiques ;

* et des données sur les prestations sociales émanant des organismes gestionnaires de ces prestations (CNAF, CNAV, MSA). Ce rapprochement permet de reconstituer un revenu déclaré et un revenu disponible avec des prestations réellement perçues et remplace ainsi les dispositifs Revenus fiscaux localisés (RFL) et Revenus disponibles localisés (RDL) à compter de l'année de revenu 2012.

Le champ couvert est celui de l'ensemble des ménages fiscaux, hors sans-abri, prisons, foyers et maisons de retraite. Les indicateurs portant sur le revenu disponible sont calculés sur le champ des ménages dont le revenu disponible est positif ou nul.

Définitions

Revenu disponible du ménage : somme des revenus d'activité (salaires nets, bénéfices...), de remplacement (allocations chômage, retraites…) et des revenus du patrimoine des différentes personnes composant le ménage, augmentée des prestations sociales (prestations familiales, aides au logement, minima sociaux) et diminuée des impôts directs payés par le ménage (impôt sur le revenu, taxe d'habitation) et des prélèvements sociaux (CSG, CRDS).

Niveau de vie : revenu disponible du ménage, divisé par le nombre d'unités de consommation (UC). Le nombre d'unités de consommation n'est pas égal au nombre de personnes du ménage, car il est tenu compte du fait que la vie commune procure des économies d'échelle. L'échelle actuellement utilisée retient la pondération suivante :

* le premier adulte du ménage compte pour 1 UC ;

* les autres personnes de 14 ans ou plus comptent pour 0,5 UC ;

* les enfants de moins de 14 ans comptent pour 0,3 UC.

Alors que le revenu disponible concerne le ménage, le niveau de vie représente ce dont dispose un individu pour vivre compte tenu de la composition du ménage auquel il appartient. Tous les individus d'un même ménage possèdent donc le même niveau de vie : celui du ménage dont ils font partie.

Niveau de vie médian : niveau de vie qui partage la population en deux parties égales. La moitié des habitants dispose d'un niveau de vie inférieur à ce montant, l'autre moitié dispose d'un niveau de vie supérieur à ce montant.

Le seuil de pauvreté est égal à 60 % du niveau de vie médian national, soit 990 euros par mois et par UC en France en 2012.

Taux de pauvreté : proportion de personnes dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté.

Déciles : le 1er décile est la valeur d'une variable en dessous de laquelle se situe 10 % de la population. Ainsi, le 1er décile du niveau de vie est le niveau de vie en dessous duquel vit 10 % de la population. À l'opposé, le 9e décile correspond au niveau de vie au-dessous duquel se situe 90 % de la population.

S80 : masse des revenus disponibles détenue par les 20 % d'individus les plus riches.

S20 : masse des revenus disponibles détenue par les 20 % d'individus les plus pauvres.

Ratio S80/S20 : Ce ratio rapporte la masse des revenus disponibles détenue par les 20 % d'individus les plus riches à celle détenue par les 20 % des personnes les plus pauvres.

Pour en savoir plus

Publications :

"Une pauvreté très présente dans les villes-centres des grands pôles urbains, Insee Première n° 1552, mai 2015

"La précarité dans les trois grandes agglomérations de Rhône-Alpes : Saint-Étienne, Grenoble et Lyon", Insee Rhône-Alpes, Insee Analyses Rhône-Alpes n° 20, 21, 22, février 2015

"Rhône-Alpes : une région riche, mais des inégalités qui s’accentuent", Insee Rhône-Alpes, Insee Analyses Rhône-Alpes n° 18, février 2015

"Revenus fiscaux des ménages du Genevois français", Observatoire Statistique Transfrontalier Fiche 3, décembre 2014