Bourgogne 2030 : des ménages plus petits, plus nombreux et une évolution des besoins en logements

David Brion, Céline Silactchom (Insee)

À l’horizon 2030, 84 200 nouveaux ménages seraient présents sur le territoire bourguignon. Cette hausse résulterait en premier lieu du vieillissement de la population, mais aussi d’une dynamique démographique liée à l’arrivée de nouveaux habitants dans la région, et de l’évolution des modes de cohabitation. Les personnes seules seraient de plus en plus nombreuses, la taille des ménages se réduirait donc. La progression du nombre de ménages serait plus marquée sur la façade Est et au nord de la région.

Pour répondre aux besoins suscités par ces évolutions, tout en tenant compte des caractéristiques et des mutations du parc de logements, 122 200 à 129 700 logements seraient à construire en vingt ans.

Insee Analyses Bourgogne
No 04
Paru le : 09/12/2014

En Bourgogne, si les tendances passées se poursuivaient (méthodologie), le nombre de ménages passerait de 732 400 en 2009 à 816 600 en 2030, soit 84 200 nouveaux ménages.

Dans les vingt prochaines années, les ménages bourguignons seraient donc plus nombreux qu’aujourd’hui. Mais comparé à la période précédente, le rythme de progression serait ralenti : il passerait à 4 000 ménages supplémentaires par an entre 2009 et 2030, contre 5 600 sur la période 1990-2009.

Figure 1 – Davantage de ménages dans tous les départements bourguignons en 2030

  • Sources : Insee - Recensements de population , Omphale 2010 (scénario central).

Davantage de ménages car davantage d’habitants

Le lien est très étroit entre l’évolution du nombre d'habitants et celle du nombre de ménages. Un ménage est l’ensemble des personnes qui partagent une même résidence principale, qu’elles soient ou non unies par un lien de parenté. Ainsi, plus la population augmente, plus le nombre de ménages est susceptible de progresser.

La population bourguignonne continuerait d’augmenter jusqu’en 2030. Cette croissance serait uniquement portée par les migrations. L’installation de retraités franciliens dans la région serait amplifiée dans les prochaines années et les départs de jeunes et d’actifs en Île-de-France ou en Rhône-Alpes se tasseraient du fait du vieillissement de la population. Cet excédent migratoire compenserait le solde naturel. Celui-ci deviendrait au fil des années de plus en plus déficitaire, le nombre de décès l’emportant de plus en plus sur celui des naissances. Le nombre de ménages augmenterait cependant plus vite que la population.

Figure_2 – La Bourgogne pourrait compter 84 200 ménages supplémentaires en 2030

La Bourgogne pourrait compter 84 200 ménages supplémentaires en 2030
Nombre de ménages Variation annuelle du nombre de ménages 2009-2030 (%)
en 2009 en 2030 due à l'évolution démographique (%) due à la déformation de la structure par âge de la population (%) due à l'évolution des comportements de cohabitation (%)
Côte-d'Or 233 800 265 500 0,63 0,29 0,16 0,18
Nièvre 102 800 108 900 0,27 -0,10 0,23 0,14
Saône-et-Loire 247 300 274 100 0,50 0,11 0,24 0,15
Yonne 148 500 168 100 0,59 0,24 0,19 0,16
Bourgogne 732 400 816 600 0,53 0,17 0,20 0,16
France métropolitaine 26 866 000 31 834 300 0,81 0,42 0,21 0,18
  • Sources : Insee - Recensement de la population 2009, Omphale (scénario central).

Davantage de ménages car des ménages plus petits

La taille des ménages participe aussi à l’augmentation du nombre de ménages ; à population égale, ce dernier augmente quand le nombre d’individus qui le composent diminue. En 2009, les ménages bourguignons comprenaient en moyenne 2,3 personnes ; ils en comporteraient 2,1 en 2030 du fait du vieillissement de la population et de l’évolution des modes de cohabitation.

L’arrivée de classes nombreuses aux âges de la retraite se poursuivant, la structure par âge de la population devrait se modifier fortement. D’ici 2030, l’augmentation du nombre de ménages s’expliquerait pour 38 % par le vieillissement de la population. Les ménages âgés seraient plus nombreux ; ceux de 65 ans et plus représenteraient 39 % de l’ensemble des ménages, contre 29 % en 2009. Ceux dont la personne de référence est âgée de 90 ans ou plus devraient plus que doubler d’ici 2030. Ces ménages plus âgés sont aussi plus petits que la moyenne ; les couples demeurent seuls après le départ des enfants et les veuvages deviennent plus nombreux. En sens inverse, la proportion de ménages relevant de la classe d’âge des 35 - 64 ans serait moindre : 45 % contre 53 % en 2009.

L’évolution des modes de cohabitation réduit aussi la taille des ménages ; elle participerait à hauteur de 30 % à l’augmentation de leur nombre. Des séparations plus nombreuses, des couples qui se forment plus tardivement conduisent les individus à occuper seuls leur logement. Ainsi, la part des personnes vivant seules parmi les ménages passerait de 35 % en 2009 à 43 % en 2030. Dans le même temps, le nombre de couples baisserait, de 21 400, sous l’effet d’une diminution du nombre des couples dont la personne de référence a moins de 65 ans.

De ce fait, 98 700 Bourguignons supplémentaires résideraient seuls dans leur logement en 2030. Parmi eux, 63 % seraient âgés de 65 ans et plus.

Figure 3a – Vers une forte augmentation du nombre de ménages âgés et de personnes seules

Vers une forte augmentation du nombre de ménages âgés et de personnes seules
2009 2030
24 ans et moins 37132 34961
25 - 34 ans 90127 94860
35 - 49 ans 188530 173490
50 - 64 ans 201222 193996
65 - 79 ans 141519 209240
80 - 89 ans 64860 87813
90 ans et plus 7776 22242
  • Sources : Insee - Recensement de la population 2009, Omphale 2010 (scénario central).

Figure 3a – Vers une forte augmentation du nombre de ménages âgés et de personnes seulesÉvolution du nombre de ménages bourguignons selon l'âge de la personne de référence

Personne seule Couple Famille monoparentale Ménage sans famille
1990 172 276 402 040 40 256 10 736
1999 209 576 403 740 46 448 11 200
2009 255 917 406 405 53 190 15 654
2015 284 836 401 504 55 070 15 954
2023 321 572 393 178 56 864 16 340
2030 354 819 386 078 58 934 16 772
  • Sources : Insee - Recensement de la population 2009, Omphale 2010 (scénario central).

L’Est bourguignon et le Sénonais plus dynamiques

Démographie, vieillissement de la population, évolution des modes de cohabitation produisent des effets plus ou moins marqués selon les territoires et les départements. En Côte-d’Or comme dans l’Yonne, l’augmentation du nombre d’habitants serait le premier facteur explicatif de progression du nombre de ménages. En 2030, la Côte-d’Or pourrait compter 31 700 nouveaux ménages, l’Yonne 19 600. La façade Est comme le nord de la région porteraient la croissance démographique et celle des ménages. Cette dernière serait de l’ordre de 0,6 % par an dans le quart nord-est de la Côte-d’Or comprenant Dijon, de 0,7 % dans le Beaunois. Cette progression serait moins marquée dans l’ouest du département, peu attractif. Dans l’Yonne, le Sénonais, du fait de sa proximité avec l’Île-de-France, bénéficierait d’une croissance annuelle du nombre de ménages de 0,9 % alors que L’Avallonnais - Tonnerrois serait plus en retrait (+ 0,3 %).

Le vieillissement et l’évolution des modes de cohabitation porteraient la progression du nombre des ménages en Saône-et-Loire et dans la Nièvre. Les deux départements hébergent une population plus âgée. La Saône-et-Loire pourrait accueillir 26 800 ménages supplémentaires d’ici 2030 soit une progression de 0,5 % par an. La Bresse bourguignonne serait le territoire le plus dynamique et compterait annuellement 1,0 % de ménages supplémentaires. Á l’ouest, la population devrait continuer de baisser, surtout dans l’Autunois-Creusot-Montceau, seul territoire bourguignon où le nombre de ménages diminuerait d’ici 2030. La Nièvre devrait gagner 6 100 ménages supplémentaires alors qu’elle perdrait des habitants. Mais les évolutions attendues dans le Val-de-Loire - Clamecy trancheraient avec le reste du département ; ce territoire devrait gagner des habitants et le nombre des ménages augmenter de 0,5 % par an en moyenne, une progression similaire à la moyenne régionale et bien au- dessus de celle du département, de l’ordre de 0,27 %.

Des besoins en logements qui vont évoluer

La demande en logements devrait évoluer puisque la Bourgogne compterait davantage de ménages âgés et de personnes seules, moins de familles et de ménages d’actifs. Le logement devra être également adapté pour répondre au vieillissement de la population dans l’optique d’un maintien à domicile de personnes moins autonomes, voire dépendantes.

Ces caractéristiques liées au logement mises à part, de nouvelles constructions devraient être réalisées pour répondre à l’augmentation du nombre des ménages. Mais cette dernière ne suffit pas à apprécier la demande potentielle en logements. La structure du parc de logements est loin d’être figée. Des constructions, des démolitions, des changements d’affectation de locaux existants, la transformation de résidences secondaires en résidences principales et le taux de vacance modifient la composition interne du parc. En Bourgogne, 8,6 % des habitations sont déclarées inoccupées en 2009, un taux plus élevé qu’en moyenne nationale (6,9 %). Plus de 60 % de ces logements vacants ont été construits avant 1949 ; ils ne répondent souvent plus aux critères de confort et nécessiteraient d'être réhabilités.

Les résidences secondaires sont tout autant implantées dans la région qu’en moyenne nationale ; elles représentent 9,3 % du parc de logements régional mais sont inégalement localisées sur le territoire bourguignon et sont en particulier très nombreuses dans le rural nivernais et icaunais.

Le renouvellement du parc contribue à réduire le stock de logements disponibles : entre 1999 et 2009, cela s’est traduit par la disparition de 1 600 habitations chaque année.

Figure 4 – Une forte croissance du nombre de ménages dans l’Est bourguignon

  • Sources : Insee - Recensements de la population 1999 et 2009, Omphale (scénario central).
  • Sources : Insee - Recensements de population 1999 et 2009.

Une demande potentielle de 5 800 à 6 200 logements par an

Sur la base des projections tendancielles du nombre de ménages et selon des hypothèses de « recomposition interne » du parc de logements portées par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (méthodologie), 122 200 à 129 700 logements seraient à construire en vingt ans. La demande potentielle avoisinerait donc 5 800 à 6 200 logements supplémentaires par an jusqu’en 2030. Entre 1999 et 2008, le rythme de construction était plus soutenu, de l’ordre de 7 650 par an. MMais, avec la réduction de la demande liée à la crise économique, il s'est tassé avec 6 100 logements construits chaque année sur la période 2009 - 2011 et 5 400 sur 2012-2013.

Cette appréciation de la demande potentielle dans les années à venir repose sur des hypothèses affectant la « recomposition interne » du parc. Dans un premier cas, la structure du parc de logement dans les territoires se base strictement sur une évolution tendancielle de la recomposition interne (vacance, part des résidences secondaires...). Dans un second cas, un scénario alternatif tente de davantage tenir compte des politiques de l'habitat actuellement en oeuvre dans les territoires.

Quel que soit le scénario retenu, les dynamiques seraient différentes selon les territoires. Ainsi, 2 150 à 2 250 logements seraient à construire en Côte-d'Or, environ 700 dans la Nièvre, 1 850 à 2 000 en Saône-et-Loire et 1 050 à 1 250 dans l’Yonne.

Les territoires urbains comme ceux du monde rural à croissance démographique relativement marquée seraient davantage confrontés à la demande de logements supplémentaires. À l’inverse, le risque d’une vacance de longue durée pourrait être renforcé dans les territoires cumulant une faible évolution du nombre de ménages et une proportion relativement importante de logements anciens ou présentant certains éléments d’inconfort.

Encadré

Des inflexions démographiques durables ?

Un exercice de projection n’est pas une prévision. Il simule sous certaines hypothèses de moyen et long termes ce que pourrait être la démographie dans les années à venir. La réalité est souvent plus fluctuante et peut parfois infirmer temporairement les hypothèses retenues, pour les confirmer sur longue période.

Le dernier recensement de la population, celui millésimé 2011, intègre les données des collectes annuelles de 2009 à 2013. Il fait apparaître des inflexions de tendances par rapport aux années antérieures entraînant un écart entre le rythme tendanciel et la réalité observée sur les deux dernières années.

Les inflexions les plus marquées concernent le Jovinien-Migennois et le Val-de-Loire - Clamecy. Dans ces territoires, la population a diminué entre 2006 et 2011 et le nombre de ménages augmente à un rythme bien inférieur au rythme tendanciel. Dans le premier territoire cité, la fermeture sur Joigny de services publics, comme les tribunaux d’instance et de commerce en 2009, et le départ du 28e groupe géographique de cartographie militaire en 2010 pourraient expliquer ces résultats.

En sens inverse, l’évolution récente dépasse le rythme tendanciel sur le Beaunois.

Sources

Une méthodologie nationale développée par l'Insee et le ministère du logement a été déclinée en Bourgogne pour cette étude.

L’estimation de la demande potentielle en logements s’opère en trois étapes.

1/ Les projections de population par sexe et âge sont issues d’un scénario dit « central », qui prolonge les tendances récentes, sur chaque territoire, en termes de fécondité, d’espérance de vie et de migrations : - les taux de fécondité par âge sont maintenus sur toute la durée de projection à leur niveau de 2007 - la mortalité baisse au même rythme qu’en France métropolitaine - les quotients migratoires calculés à partir du recensement de 2007 sont maintenus sur toute la période de projection.

2/ La population ainsi projetée par sexe et âge à horizon 2030 est ventilée par mode de cohabitation : personnes seules, adultes en couple (avec ou sans enfants), parents d’une famille monoparentale, enfants, personnes hors famille (en colocation par exemple), population hors ménages (personnes vivant en collectivité par exemple). Cette répartition est basée sur l’observation au recensement de 2009 et évolue selon une hypothèse établie nationalement par le service statistique du ministère du logement(SoeS). On obtient alors les projections de ménages, en appliquant pour chaque mode de cohabitation le taux de personne de référence du ménage (ou probabilité d’être chef de ménage) correspondant (taux mesurés au recensement de 2009 et maintenus constants sur toute la période de projection).

3/ Enfin, l’estimation de la demande potentielle de logements se compose de la projection de ménages, à laquelle s’ajoutent des hypothèses supplémentaires portées par la Dreal de Bourgogne, sur l’évolution des parts de résidences secondaires, de logements vacants, et sur le renouvellement du parc (fusions/scissions, changements d’usage, destructions). Les données utilisées pour bâtir les hypothèses reposent sur les recensements de la population et du fichier Filocom (fichier du logement communal issu des sources fiscales et foncières).

Définitions

Ménage : ensemble des personnes qui partagent la même résidence principale, sans que ces personnes soient nécessairement unies par des liens de parenté. Un ménage peut être constitué d’une seule personne. Il y a autant de ménages que de résidences principales. Les personnes vivant dans des habitations mobiles, les mariniers, les sans-abris, et les personnes vivant en communauté (foyers de travailleurs, maisons de retraite, résidences universitaires, maisons de détention...) sont considérées comme vivant hors ménage.

À chaque ménage correspond une personne de référence du ménage qui est déterminée à partir de la structure familiale du ménage et des caractéristiques des individus qui le composent. S’il y a un couple parmi elles, la personne de référence est systématiquement l’homme du couple. Si le ménage ne comporte aucun couple, la personne de référence est l’actif le plus âgé (homme ou femme), et à défaut d’actif, la personne la plus âgée.

Demande potentielle en logements : flux de construction de logements neufs compatible avec la croissance attendue du nombre de ménages, sans tenir compte des situations de mal-logement ou de non-logement.

Territoire de projection : regroupement des zones de PDH (Plan départemental de l’habitat) qui constituent les zonages d’action en termes de politique de l’habitat pour chaque département. Ils sont groupés afin d’atteindre le seuil minimal de 50 000 habitants nécessaire pour pouvoir effectuer des projections de population.