La population du Gers augmente encore

Thierry Guillaume, avec la collaboration de Fabien Batlle

Après plus d’un siècle de baisse, la population gersoise augmente depuis le début des années 2000. Cette croissance démographique, due à une forte attractivité résidentielle, perdure entre 2006 et 2011. Ce constat général cache cependant des disparités. C’est l’est du département qui, par sa proximité avec l’agglomération toulousaine, attire le plus de nouveaux habitants. Cette dynamique se fait sentir désormais de plus en plus vers l’ouest, jusqu’aux abords d’Auch, qui regagne désormais des habitants. Le Gers reste cependant un département peu peuplé et âgé.

Au 1er janvier 2011, le département du Gers compte 188 900 habitants. Entre 2006 et 2011, il a gagné 1 500 habitants par an. La population n’a pas toujours été en hausse dans ce département rural : le XXe siècle a été marqué par une longue déprise démographique, qui s’est ralentie à partir des années 80, tout en continuant dans la décennie suivante (figure 1). Le Gers ne gagne donc des habitants que depuis le début des années 2000 et ce regain démographique perdure ces dernières années. Entre 2006 et 2011, le rythme de croissance démographique (+ 0,8 % par an) est presque trois fois supérieur à celui de la période de long terme 1982-2011 (+ 0,3 % par an). Le département se classe au 23e rang des départements métropolitains en termes de croissance démographique relative, et au 3e rang en Midi-Pyrénées, loin derrière certains départements limitrophes cependant, Tarn-et-Garonne, Landes et Haute-Garonne qui figurent, il est vrai, très haut dans le classement national.

Figure_1 – Un regain démographique important depuis le début des années 2000 - Évolution de la population entre 1962 et 2011 par territoire du département

Un regain démographique important depuis le début des années 2000 - Évolution de la population entre 1962 et 2011 par territoire du département
Gers Arrondissement d'Auch Arrondissement de Condom Arrondissement de Mirande
1962 100,0 100,0 100,0 100,0
1968 101,1 102,4 97,6 98,6
1975 97,7 102,2 93,1 91,9
1982 97,0 104,2 90,1 90,9
1990 97,3 107,2 88,9 89,0
1999 96,1 108,0 86,2 87,1
2006 101,0 117,2 88,5 89,8
2011 105,2 125,2 90,8 90,8
  • Sources : Insee, recensements de la population

Figure_1 – Un regain démographique important depuis le début des années 2000 - Évolution de la population entre 1962 et 2011 par territoire du département

Le Gers reste néanmoins l’un des départements les moins peuplés du pays, avec une très faible densité de population (30 habitants/km2), la plus faible de la région, derrière l’Ariège désormais. Composé de trois arrondissements et d’un nombre élevé de communes (463), le Gers ne compte qu’une douzaine de communes de plus de 2 000 habitants et une sur cinq est peuplée de moins d’une centaine d’habitants. Avec 85 200 habitants en 2011, l’arrondissement d’Auch est le plus peuplé, grâce à la présence de la seule grande aire urbaine du département, celle d’Auch, mais aussi grâce à l’étendue de cet arrondissement jusqu’aux confins de l’aire urbaine de Toulouse, à l’est. L’arrondissement de Condom compte 65 500 habitants et celui de Mirande est de loin le moins peuplé avec 38 200 habitants, sans autre ville importante que la sous-préfecture.

Seul l’excédent migratoire porte la croissance démographique

Le maintien de la croissance démographique entre 2006 et 2011 s’explique exclusivement par un fort excédent migratoire (figure 2). Les arrivées plus nombreuses que les départs génèrent ainsi une croissance démographique de 1,1 % par an, bien supérieure aux évolutions régionale (0,7 %) et surtout métropolitaine (0,1 %). Une contribution aussi forte de l’apport migratoire à la croissance est récente : elle ne dépassait pas 0,3 % par an dans les années 80 et 90.

Figure_2 – L’excédent migratoire à l’origine du regain démographique - Évolution annuelle de la population due aux soldes naturel et migratoire

L’excédent migratoire à l’origine du regain démographique - Évolution annuelle de la population due aux soldes naturel et migratoire
Évolution de population totale Solde naturel Solde migratoire
2006-2011 1504 -462 1966
1982-2011 508 -529 1037
  • Sources : Insee, recensements de la population, État-civil

Figure_2 – L’excédent migratoire à l’origine du regain démographique - Évolution annuelle de la population due aux soldes naturel et migratoire

L’attractivité du département permet ainsi de compenser le fort déséquilibre observé entre les naissances et les décès. Entre 2006 et 2011, les décès ont été plus nombreux que les naissances. Durant cette période, quelque 1 700 naissances sont comptabilisées chaque année en moyenne, pour un peu plus de 2 100 décès. Le déficit naturel reste donc élevé mais s’améliore légèrement par rapport au long terme 1982-2011, notamment grâce à une légère hausse des naissances et à une stabilisation du nombre de décès. La plupart des communes où les naissances sont plus nombreuses que les décès sont situées dans les couronnes périurbaines d’Auch et surtout de Toulouse : elles sont rurales pour la majorité d’entre elles, à l’exception notable de L’Isle-Jourdain, seule commune importante du département à afficher un excédent naturel important.

La dynamique s’étend vers l’ouest

Porté par sa proximité avec l’agglomération toulousaine, l’est du département bénéficie d’une forte croissance démographique, particulièrement depuis 2006. Dans certaines zones, comme à Cologne et surtout L’Isle-Jourdain et leurs alentours, la hausse annuelle est exceptionnelle, supérieure à 2 % (figure 3). L’Isle-Jourdain, devenue la deuxième commune du département avec près de 7 400 habitants, est située à moins de 20 km des premières communes de la banlieue de Toulouse, et à une trentaine des principales zones d’activité aéroportuaire et aéronautique. Cependant, ces territoires ne sont plus les seuls à bénéficier d’une croissance démographique : le dynamisme toulousain semble s’étendre vers l’ouest, le long de l’axe qui relie la métropole régionale à Auch. Les communes périurbaines autour du chef-lieu de département font preuve aussi d’un dynamisme démographique notable. La population de l’aire urbaine d’Auch dans son ensemble augmente fortement (+ 0,9 % par an entre 2006 et 2011), mais la croissance est surtout le fait des communes rurales de la couronne périurbaine (+ 1,5  % par an). Néanmoins, la commune d’Auch regagne des habitants depuis 2006 (+ 0,3  % par an), alors qu’elle en perdait depuis 1982 : avec 21 900 habitants, elle est de loin la seule ville importante du Gers. Cette hausse est liée à son attractivité, avec un excédent migratoire (+ 0,6 % par an) qui compense largement le déficit naturel persistant.

L’ensemble des territoires sous l’influence bénéfique d’Auch et surtout de Toulouse constitue une grande partie de l’arrondissement d’Auch. À lui seul, cet arrondissement capte ainsi près des trois quarts de l’augmentation de population du département entre 2006 et 2011. L’accroissement annuel y est largement supérieur à celui du département : + 1,3 % contre + 0,8 %. Preuve récente de son dynamisme, il a doublé par rapport à la période 1982-2011.

Figure_3 – L’est du département profite de la dynamique toulousaine- Évolution annuelle de la population des communes entre 2006 et 2011

  • Sources : Insee, recensements de la population 2006 et 2011

Figure_4 – Évolution annuelle de la population des communes entre 1982 et 2011

  • Sources : Insee, recensements de la population 1982 et 2011

Un regain démographique récent ailleurs

Après plusieurs décennies de perte de population, la population des arrondissements de Condom et Mirande repart à la hausse depuis le début des années 2000, même si cette hausse est mesurée dans l’absolu.

La croissance démographique concerne en premier lieu l’arrondissement de Condom : + 0,5 % par an entre 2006 et 2011. Ces gains de population permettent à l’arrondissement de retrouver un niveau de population supérieur à celui de 1982. L’arrondissement, qui recouvre tout le nord du département, compte 65 500 habitants, soit 500 de plus qu’en 1982. Condom continue cependant à perdre des habitants, et ce depuis 1990. Cette baisse est plus marquée sur cette période récente que sur l’ensemble des trente dernières années. Certaines petites communes situées à proximité de la sous-préfecture bénéficient néanmoins d’une forte hausse de la population, comme Lagraulet-du-Gers (460 habitants en 2011) ou Pauilhac (630 habitants). De nombreuses communes situées à l’est de l’arrondissement profitent quant à elles de la dynamique toulousaine : c’est le cas de Mauvezin (2 000 habitants en 2011) qui gagne 50 habitants par an entre 2006 et 2011, soit 2,7 % de croissance annuelle.

Dans l’arrondissement de Mirande, la croissance démographique est aussi perceptible. Entre 2006 et 2011, elle s’établit à + 0,4 % par an. En 2011, la population de l’arrondissement, qui s’étend sur le sud-ouest du département, retrouve presque son niveau de 1982 (38 200 habitants en 2011). Les communes les plus dynamiques sont situées à proximité immédiate de l’axe reliant Auch à Tarbes, ou encore tout près d’Aire-sur-l’Adour, dans le département voisin des Landes et dont l’agglomération déborde dans le Gers. C’est le cas par exemple de Tasque (+ 6,4 % par an depuis 2006) ou encore d’Arblade-le-Bas (+ 4,2 %). Ce sont néanmoins souvent de toutes petites communes.

Un tiers des communes de l’arrondissement de Mirande perdent cependant des habitants mais là aussi, il s’agit de petites communes, dont la déprise pèse peu sur l’ensemble de l’arrondissement.

Les communes qui bénéficient d’une certaine dynamique démographique ne le doivent qu’à l’attractivité qu’elles exercent, les décès étant toujours plus nombreux que les naissances.

Un département déjà très âgé

Avec un âge moyen de 45 ans en 2011, le Gers est l’un des départements les plus âgés de France métropolitaine et le deuxième de Midi-Pyrénées après le Lot. Sa population vieillit encore (43 ans en 2006), comme partout en France (39,5 ans au niveau national en 2006 et 40,3 ans en 2011). Les seniors sont nombreux : 24 % des habitants du département ont 65 ans ou plus, contre 19 % en moyenne en Midi-Pyrénées et 17 % en France métropolitaine. Cependant, en cinq ans, cette part reste stable dans le département alors qu’elle augmente ailleurs. En 2011, le rapport entre le nombre des 65 ans ou plus et celui des moins de 20 ans, appelé indice de vieillissement, est de 1,2 dans le Gers, soit beaucoup plus que dans la région (0,9) et qu’en métropole (0,7). La valeur de cet indice de vieillissement est certes élevée mais a peu progressé ces dix dernières années. L’apport migratoire important sur la période récente permet d’atténuer très légèrement le vieillissement dans le département, comme ailleurs dans la région.

Dans le Gers, les retraités sont nombreux : en 2011, ils représentent 30 % de la population, contre 24 % en Midi-Pyrénées et 22 % en France métropolitaine (figure 5). Comme au niveau national, cette part a progressé ces dernières années. Ainsi, les retraités ne représentaient que 29 % en 2006 et 19 % en 1982. A contrario, les actifs sont moins nombreux : 44,5 % de la population est active (ayant un emploi ou au chômage), contre 46,7 % en Midi-Pyrénées et 47,2  % en France métropolitaine.

Figure_5 – Un département âgé et rural - Évolution de la structure de la population dans le département du Gers

Un département âgé et rural - Évolution de la structure de la population dans le département du Gers
Effectif dans le Gers en 2011 Répartition (%)
Gers Midi-Pyrénées France métropolitaine
2011 2006 1982 2011 2011
Population selon l'âge
Moins de 18 ans 35 922 19,0 18,9 22,8 20,3 21,9
18-24 ans 10 691 5,7 5,7 9,5 8,4 8,6
25-39 ans 28 190 14,9 16,2 18,7 18,2 19,0
40-59 ans 54 265 28,7 29,3 24,4 27,3 27,0
60-74 ans 34 357 18,2 17,1 15,8 15,2 14,4
75 ans ou plus 25 468 13,5 12,8 8,8 10,6 9,1
Population par situation principale
Actifs ayant un emploi 76 056 40,3 40,4 39,3 41,3 41,4
Chômeurs 7 876 4,2 3,6 3,2 5,5 5,8
Retraités ou préretraités 56 643 30,0 29,4 18,6 24,1 21,7
Élèves, étudiants, stagiaires 10 793 5,7 6,0 7,0 7,7 7,7
Moins de 14 ans 27 567 14,6 14,4 16,8 15,7 17,2
Femmes ou hommes au foyer 4 013 2,1 2,9 15,1 2,6 3,0
Autres inactifs 5 945 3,1 3,3 3,1 3,2
Population active par CSP
Agriculteurs exploitants 6 833 8,2 10,0 27,8 3,1 1,6
Artisans, commerçants, chefs entreprise 7 103 8,5 7,9 9,8 7,0 5,9
Cadres, professions intellectuelles supérieures 8 182 9,8 9,3 4,5 15,7 15,7
Professions intermédiaires 18 347 22,0 21,0 11,9 25,1 24,6
Employés 23 348 28,0 28,1 21,7 28,7 29,0
Ouvriers 19 579 23,5 23,7 24,3 20,4 23,2
Population par mode de cohabitation
Couples avec au moins un enfant 76 662 40,6 42,9 42,2 45,6
Familles monoparentales 16 638 8,8 7,6 9,3 9,9
Couples sans enfant 55 076 29,2 29,1 25,9 23,6
Personnes seules 27 469 14,5 13,3 15,8 14,9
Autres ménages (colocataires...) 8 087 4,3 4,6 4,3 3,7
Communautés 4 947 2,6 2,5 2,5 2,3
Population des plus de 15 ans ayant terminé leurs études, par niveau de diplôme
Sans diplôme 56 121 37,3 43,1 74,2 31,7 33,6
CAP, BEP 35 966 23,9 23,1 13,0 23,0 23,7
Bac 26 645 17,7 16,2 7,6 17,6 16,7
Bac+2 17 592 11,7 9,6 5,2 13,6 12,4
2e ou 3e cycle universitaire, grande école 14 117 9,4 8,0 14,1 13,6
  • Sources : Insee, recensements de la population

Les agriculteurs reculent devant les cols blancs

Sur ce territoire traditionnellement très agricole, un actif sur douze est agriculteur en 2011. C’est trois à quatre fois plus qu’en moyenne dans la région et en métropole. Le Gers est ainsi le cinquième département métropolitain pour sa part d’agriculteurs. Cette proportion a néanmoins fortement diminué et le département se classait en seconde position en 1982, plus d’un actif sur quatre était alors agriculteur. Les employés (28 % de la population active en 2011) sont les plus nombreux, devant les ouvriers (24 %) et les professions intermédiaires (22 %). Ces dernières sont un peu moins représentées qu’ailleurs sur le territoire régional ou national, même si elles ont connu une forte progression : + 1 point en cinq ans et + 10 points par rapport à 1982. Les cadres sont relativement peu nombreux dans le Gers. Leur poids augmente cependant. En 2011, les cadres et professions intermédiaires supérieures représentent 10 % de la population active, contre 9 % en 2006 et 5 % en 1982.

Cette montée en qualification se traduit aussi par un niveau de diplôme plus élevé qu’autrefois. Ainsi, comme partout ailleurs, de plus en plus de Gersois possèdent au moins le baccalauréat : ils sont près de quatre sur dix en 2011, contre trois sur dix en 2006 et un peu plus d’un sur dix en 1982. La proportion de titulaires d’un diplôme de second ou troisième cycle universitaire augmente elle aussi rapidement ces dernières années : 9,4 % des 15 ans ou plus en 2011, contre 8,0 % en 2006. Inversement, la proportion des Gersois sans diplôme baisse de six points entre 2006 et 2011, passant de 43 % à 37 %. Ce chiffre reste supérieur à la moyenne française et midi-pyrénéenne mais l’écart se réduit sensiblement.

Sources

Depuis la mise en place des enquêtes annuelles de recensement (2004), il est possible, pour la 1ère fois cette année, de comparer directement les résultats de deux millésimes de recensement. Ainsi, dans cette étude, des comparaisons ont pu être faites entre les années 2006 et 2011 pour lesquelles les résultats s'appuient sur deux cycles de cinq années d'enquête disjoints : 2004 à 2008 d'une part, 2009 à 2013 d'autre part (cf. La nouvelle méthode de recensement sur insee.fr).

Définitions

Le solde migratoire apparent est estimé par différence entre la variation totale de la population et le solde naturel. Il peut être différent du solde migratoire mesuré à partir de la question du bulletin individuel du recensement sur le lieu de résidence antérieur du fait des imprécisions tenant aux défauts de comparabilité entre deux recensements (évolutions de concepts de population et qualité inégale). Il est qualifié de solde migratoire « apparent », afin que l'utilisateur garde en mémoire la marge d'incertitude qui s'y attache.

Pour en savoir plus

« Midi-Pyrénées, 3e région métropolitaine pour sa croissance démographique », Insee Analyses Midi-Pyrénées n° 3, juillet 2014.

« 30 ans d’évolution démographique en Midi-Pyrénées - 580 000 habitants supplémentaires », 6 pages n° 155, janvier 2014, Insee Midi-Pyrénées.

« Dans le sillage de Toulouse, les villes moyennes proches renforcent leur attractivité », 6 pages n° 154, décembre 2013, Insee Midi-Pyrénées.