Des inégalités professionnelles persistantes entre les sexes, mais moindres pour les nouvelles générations

Martine Tornero (Insee), Joël Dubois (Direccte)

Les inégalités professionnelles entre hommes et femmes sont aujourd’hui moins marquées quant à l’accessibilité au marché de l’emploi. Plus diplômées, les femmes sont plus actives. En 2011, près de neuf femmes sur dix de 25 à 54 ans occupent ou recherchent un emploi contre six, il y a trente ans. Même si elles demeurent moins actives que les hommes, la présence d’enfants a moins d'impact pour elles. Par ailleurs, quoique encore majoritaires parmi les demandeurs d’emploi, elles sont moins concernées par la dégradation du marché de l’emploi grâce à un positionnement sur des métiers aujourd’hui moins touchés par la crise.

Des inégalités persistent cependant dans l’emploi. Ainsi, l’éventail des métiers exercés par les femmes est nettement plus réduit. Leurs conditions d’emploi sont aussi plus souvent précaires et elles occupent plus fréquemment des postes déclassés, c’est-à-dire dont le niveau de qualification est inférieur à leur niveau de formation. Les jeunes femmes se positionnent sur des postes et sur des métiers porteurs plus qualifiés que leurs aînées. Une dynamique de réduction des inégalités semble s’amorcer sur les nouvelles générations.

Les femmes sont plus actives aujourd’hui : en 2011, 88 % des femmes de 25 à 54 ans occupent un emploi ou en recherchent un en Midi-Pyrénées, contre seulement 61 % en 1982. Il y a 30 ans, les femmes s’arrêtaient plus souvent de travailler pour rester au foyer, notamment pour élever leurs enfants. Même si cette partition des responsabilités familiales entre hommes et femmes a peu évolué, l’arrêt d’activité est cependant moins fréquent. Les femmes confrontées à l’arbitrage entre inactivité professionnelle pour privilégier la vie familiale et l’exercice d’un emploi, choisissent, plus souvent qu’hier, de travailler : la perspective de revenus supérieurs et l’insertion professionnelle prennent le pas sur les contraintes de la garde des enfants et les difficultés de conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Le taux d’activité baisse cependant pour les mères de trois enfants ou plus. Ainsi, pour les mères de 25 à 54 ans vivant en couple, seulement 74 % de celles ayant trois enfants ou plus sont actives contre plus de 90 % pour les autres. Ce taux d’activité augmente moins fortement sur trente ans (+ 18 points contre plus de 25 points). L’activité des pères est peu L’activité des pères vivants en couple est peu affectée par le nombre d’enfants à charge. Elle a peu évolué depuis trente ans.

Plus présentes sur le marché de l’emploi qu’auparavant, les femmes demeurent néanmoins toujours moins actives que les hommes : entre 15 à 64 ans, 70 % des femmes le sont en 2011 en Midi-Pyrénées contre 76 % des hommes. Ainsi, dans la région, 647 000 femmes âgées de 15 à 64 ans sont actives, soit 48 % de la main-d’œuvre alors qu’elles représentent 50 % de la population de cette tranche d’âge.

Des femmes moins actives, mais bien plus qu’il y a trente ans

Figure1 – Taux d'activité des hommes et des femmes par âge détaillé entre 1982 et 2011

Taux d'activité des hommes et des femmes par âge détaillé entre 1982 et 2011
Hommes en 2011 Femmes en 2011 Hommes en 1982 Femmes en 1982
25 90,33 85,00 88,65 70,09
26 92,88 88,69 91,20 68,09
27 94,62 88,76 92,05 67,52
28 94,96 89,12 93,57 68,56
29 95,30 89,37 94,46 67,45
30 95,57 88,76 95,13 67,44
31 95,03 89,35 95,18 67,00
32 96,05 89,60 95,86 66,65
33 95,64 89,74 95,80 66,52
34 96,07 88,71 96,49 65,82
35 95,49 88,75 96,83 66,76
36 96,40 88,59 96,06 65,59
37 95,73 89,41 96,20 62,94
38 95,86 89,67 96,96 63,93
39 96,19 89,88 95,59 64,46
40 95,10 89,48 96,55 64,89
41 95,27 90,50 94,93 60,72
42 95,07 90,42 95,58 60,96
43 95,38 90,05 95,30 59,54
44 94,74 89,44 95,41 58,76
45 95,07 88,85 95,48 56,31
46 94,24 88,70 94,76 54,82
47 94,55 88,33 94,49 53,38
48 93,92 87,12 93,49 54,24
49 93,34 86,94 93,79 50,76
50 93,27 85,95 91,81 51,86
51 92,59 84,76 91,12 51,46
52 91,48 83,34 90,86 50,37
53 91,06 81,67 89,14 46,58
54 89,05 80,92 88,41 46,71
  • Champ restreint à la population des 25 à 54 ans en raison de changement de concepts d'activité entre les recensements 1982 et 2011 (prise en compte des éventuelles activités des étudiants et retraités d'où impact fort aux extrémités 15-24 ans et 55 ans ou plus)
  • Source : Insee, Recensements de la population

Figure1 – Taux d'activité des hommes et des femmes par âge détaillé entre 1982 et 2011

L’activité féminine modulée selon l’âge

Les femmes sont à tout âge moins actives que les hommes (figure 1). Entre 17 et 23 ans, l’écart du taux d’activité entre les femmes et les hommes est en moyenne de 8 points en défaveur des femmes : les garçons, plus présents dans les filières d’études courtes, entrent plus tôt dans la vie active. Puis l’écart se réduit de 24 à 26 ans pour se creuser à nouveau entre 27 et 36 ans (- 6 points de moins). C’est l’âge de la maternité et certaines femmes s’éloignent de la vie active pour élever leurs enfants. De 50 à 55 ans, l’écart s’accentue de nouveau (- 8 points) : les femmes de ces générations ont été plus nombreuses que leurs cadettes à rester au foyer. Toutes choses égales par ailleurs, c’est-à-dire pour des femmes de même niveau de diplôme et à situation familiale identique, la probabilité d’être active est plus forte pour les femmes de moins de 30 ans que pour celles âgées de 30 à 44 ans. Elle baisse encore pour les plus âgées : pour les femmes âgées entre 55 et 64 ans, leur chance d’être active se réduit de 4 points (figure 2). Cependant, c’est à ces âges plus avancées que l’écart avec les hommes est le plus faible.

La probabilité d’être en activité est plus faible lorsqu’une femme est peu diplômée

Figure2 – Analyse "toutes choses égales par ailleurs" sur le taux d'activité des femmes en Midi-Pyrénées en 2011

Analyse "toutes choses égales par ailleurs" sur le taux d'activité des femmes en Midi-Pyrénées en 2011
Variable Probabilité d'être actif (en %) Ecart avec la situation de référence (en point)
Situation de référence : femme de 30 à 44 ans, diplômée du supérieur, vivant en couple avec enfant(s), le conjoint occupant une profession de cadre, une profession intermédiaire ou de niveau technicien 95,4 0
Homme 98,2 2,8
Moins de 30 ans 96,9 1,5
45 à 54 ans 94,8 -0,6
55 à 64 ans 91,7 -3,7
Peu diplômé (sans diplôme ou BEPC) 83,2 -12,2
CAP BEP 91,7 -3,7
BAC général 92,2 -3,2
BAC technique 94,4 -1,0
Couple sans enfant avec conjoint en emploi qualifié (cadre, prof. intermédiaire ou technicien) 96,2 0,8
Couple sans enfant avec conjoint en emploi peu qualifié (employé ou ouvrier) ou déclassé 97,1 1,7
Couple sans enfant avec conjoint inactif ou demandeur d'emploi 85,8 -9,6
Couple avec enfant(s) avec conjoint en emploi peu qualifié (employé ou ouvrier) ou déclassé ns ns
Couple avec enfant(s) avec conjoint inactif ou demandeur d'emploi 82,2 -13,2
Famille monoparentale 94,7 -0,7
Personne seule 93,7 -1,7
  • Note de lecture : Par rapport à la situation de référence, le fait d'être peu diplômé fait baisser la probablité d'être actif de 12,2 points, soit une probabilité d'être actif de 83,2 %
  • Champ : Actifs de 15 à 64 ans, hors retraités et étudiants
  • Sources : Insee, recensement de la population 2011 et état-civil

Plus diplômées et plus actives que trente ans auparavant

Le diplôme influe fortement sur l’activité, et ce davantage chez les femmes. Toutes choses égales par ailleurs, la probabilité d’être active est bien plus faible pour les femmes peu diplômées (12 points de moins qu’une femme ayant un diplôme de l’enseignement supérieur). Cette probabilité ne baisse que de 6 points pour les hommes dans les mêmes conditions (figure 2). Ainsi, le taux d’activité s’élève à mesure que le niveau de diplôme augmente tout particulièrement pour les femmes. En Midi-Pyrénées, seules 47 % des femmes peu diplômées (pas de diplôme ou BEPC) sont actives en 2011 contre 84 % de celles titulaires d’un diplôme universitaire de 2e ou 3e cycle ou d’une grande école, soit 37 points d’écart. Cet écart est de 33 points pour les hommes.

Aujourd’hui, les femmes sont bien plus diplômées qu’il y a trente ans : en 2011, 28 % des femmes sont titulaires d’un diplôme supérieur au bac, elles n’étaient que 7 % en 1982. La progression est moins forte pour les hommes : 8 % en 1982 et 26 % en 2011. Mieux qualifiées, les femmes sont aussi plus actives.

La présence d’enfant pénalise moins l’activité des femmes

La situation familiale joue également un rôle important dans le choix d’être active ou non. Les mères de familles sont plus actives que les autres, qu’elles vivent en couple ou dans une famille monoparentale (85 % d’entre elles contre 70 % pour l’ensemble des femmes). La présence d’enfants dans le foyer n’est plus un frein aujourd’hui à l’activité des femmes, toutes choses égales par ailleurs. Compte tenu des évolutions des modes de vie, les femmes à la tête d’une famille monoparentale sont plus nombreuses aujourd’hui (8,3 % des femmes en 2011 contre 7,7 % en 2006) (figure 2) et sont, à situation comparable, plus actives que celles vivant seules. Autre constat, la probabilité qu’une femme soit active baisse lorsque le conjoint est inactif ou au chômage : de 10 points lorsqu’elle est sans enfant et de 14 points lorsqu’elle est mère de famille. À l’inverse, l’activité des hommes est peu impactée par la situation de sa conjointe.

Moins impactées par la dégradation du marché du travail

Le nombre de femmes demandeuses d’emploi progresse moins rapidement que celui des hommes entre 2007 et 2013 : leur part baisse ainsi de 4 points en six ans. L’impact de la crise dans des secteurs où les hommes sont habituellement fortement représentés explique en partie ce phénomène.

Fin décembre 2013, les femmes restent cependant majoritaires parmi les 244 600 demandeurs d’emploi en Midi-Pyrénées (52 %) alors qu’elles sont minoritaires au sein de l’ensemble de la population active (48 %). Comme pour les hommes, les durées de recherche d’emploi s’allongent pour les femmes. Les femmes sont plus exposées au chômage de longue durée (elles représentent 54 % des inscrits de plus d’un an à Pôle emploi contre 52 % en moyenne) et surtout de très longue durée, plus de deux ans (55 %). Ce phénomène touche principalement les niveaux de formation inférieurs au bac, où les femmes sont pourtant moins représentées que les hommes. Des choix de formation ou d’orientation différents sur des secteurs d’activité plus ou moins porteurs de recrutements peuvent expliquer en partie ce paradoxe.

Une gamme de métiers plus réduite

Lorsqu’elles exercent un emploi, les femmes ne sont pas positionnées sur les mêmes catégories socioprofessionnelles que les hommes. Parmi la population active occupée (hors exploitants agricoles, artisans, commerçants et chefs d’entreprise), près de la moitié des femmes travaillent comme employées contre seulement 14 % des hommes. Celles-ci travaillent aussi deux fois plus souvent que les hommes en tant que professions intermédiaires (28 % des femmes). A contrario, les femmes sont bien moins fréquemment cadres, techniciennes ou ouvrières que les hommes.

Les métiers exercés par les femmes sont moins diversifiés que ceux des hommes. Celles-ci s’orientent fortement sur des domaines d’activités comme les services à la personne, la santé, l’action sociale ou l’enseignement. Parmi les 87 familles professionnelles (FAP), 34 métiers en Midi-Pyrénées sont « très masculins », c’est-à-dire avec plus de trois quarts des emplois occupés par des hommes. À l’inverse, seulement 12 FAP regroupent un personnel « très féminisé », soit une palette de métiers trois fois moins importante. La moitié de l’effectif féminin se concentre ainsi dans seulement 11 métiers, alors qu’il en faut 19 pour le même résultat avec les hommes.

Pour atteindre la mixité au niveau des métiers, il faudrait en théorie réorienter près de 27 % de la main-d’œuvre masculine et féminine. Cinq métiers emblématiques, aide à domicile (y compris assistante maternelle), aide-soignant, agent d’entretien, infirmier (y compris sage-femme), très féminins d’une part, et conducteur de véhicule, très masculin d’autre part, pèsent le plus dans cette ségrégation professionnelle (figure 3).

Aide à domicile et routier, des profils connotés

Figure3 – Métiers contribuant à la moitié de la ségrégation professionnelle* en Midi-Pyrénées en 2011

Métiers contribuant à la moitié de la ségrégation professionnelle* en Midi-Pyrénées en 2011
Métiers Nombre d'emplois Contribution à la ségrégation Part de femmes
Hommes Femmes (%) (%)
Métiers à prédominance féminine 57 247 239 991 8,6 80,7
Aides à domicile et aides ménagères, assitante maternelle 874 41 651 1,9 97,9
Aides-soignants 2 581 27 792 1,2 91,5
Agents d'entretien 13 542 37 531 1,1 73,5
Infirmiers, sages-femmes 3 305 25 731 1,1 88,6
Secrétaires 521 20 013 0,9 97,5
Employés administratifs de la fonction publique (catégorie C et assimilés) 11 328 30 002 0,9 72,6
Vendeurs 9 519 26 468 0,8 73,5
Enseignants 15 576 30 802 0,7 66,4
Métiers à prédominance masculine 14 538 15 947 5,0 11,6
Conducteurs de véhicules 27 030 3 457 1,1 11,3
Techniciens et agents de maîtrise de la maintenance 18 784 3 044 0,7 13,9
Ouvriers qualifiés de la maintenance et réparation automobile 16 192 864 0,7 5,1
Armée, police, pompiers ** 16 307 2 296 0,7 12,3
Personnels d'études et de recherche * 18 610 5 213 0,6 21,9
Ouvriers non qualifiés du gros œuvre du bâtiment, des travaux publics, du béton et de l'extraction 13 667 957 0,6 6,5
Ouvriers qualifiés du gros œuvre du bâtiment 10 948 116 0,5 1,1
Ensemble des métiers sélectionnés 193 323 271 885 18,6 58,9
Autres 352 474 273 359 13,2 43,7
Total 531 259 529 297 26,8 49,9
  • * le terme "ségrégation professionnelle" fait appel à la notion de non-mixité homme-femme des emplois
  • Note de lecture : Les métiers d’aide à domicile, aide ménagère et assistante maternelle contribuent à hauteur de 1,9 % à la ségrégation totale qui s’élève à 26,8 % en terme d’emploi.
  • Champ : actifs occupés de 15 à 64 ans, hors étudiants, retraités, exploitants agricole, artisans, commerçants et chefs d’entreprise
  • Source : Insee, recensement de la population 2011

Parmi les cadres, seulement trois métiers sont « très féminisés » : les cadres de l’administratif d’entreprise, du paramédical et de l’action sociale. À l’opposé, cinq sont presque exclusivement masculins : les cadres du bâtiment et des travaux publics, les ingénieurs de l’informatique, le personnel d’études et de recherche, les ingénieurs ou cadres techniques de l’industrie et les cadres des transports, de la logistique et navigants de l’aviation. La moitié des femmes cadres exercent dans seulement quatre métiers : enseignante, cadre des services administratifs, comptable et financier, médecin ou cadre A de la fonction publique.

Dans les métiers moins qualifiés, les domaines de la coiffure et de l’esthétique sont investis majoritairement par les femmes Elles sont aussi plus nombreuses à exercer des métiers plus précaires : aide à domicile, aide ménagère, assistante maternelle, employée de maison, caissière ou agent d’entretien. A contrario, les métiers d’ouvriers dans l’industrie, le bâtiment ou l’agriculture sont largement occupés par les hommes.

Des conditions d’emploi plus précaires

Les femmes acceptent plus souvent que les hommes des emplois précaires. En 2011, les formes particulières d’emplois (FPE), qui regroupent tous les types de contrats hors CDI (contrat à durée indéterminée) à temps complet, concernent 39 % des femmes salariées et seulement 18 % des hommes salariés. Les contrats aidés et les contrats à durée déterminée à temps partiel concernent majoritairement les femmes. Huit salariés sur dix à temps partiel sont des femmes. A contrario, l’apprentissage ou l’intérim impliquent plus souvent les hommes. Le temps partiel touche 30 % des femmes et 6 % des hommes salariés. Il impacte plus fortement les femmes quel que soit leur niveau de diplôme, et plus particulièrement celles vivant en couple notamment avec enfants, un compromis peut-être à l’arrêt d’activité.

Les femmes en FPE sont plus souvent diplômées que les hommes : 19 % des femmes en FPE sont titulaires d’un diplôme de niveau bac+2 contre seulement 13 % des hommes. Près de 45 % des femmes en FPE vivent en couple avec enfants. Elles sont bien plus nombreuses que les hommes dans cette situation (23 % d’entre eux). Elles sont aussi plus souvent concernées que les hommes par les FPE après 30 ans ou lorsqu’elles occupent une profession intermédiaire.

Une femme sur trois déclassée

En 2011, 176 400 femmes sont déclassées en Midi-Pyrénées, c’est-à-dire occupent un poste de niveau inférieur à celui auquel elles pourraient prétendre compte tenu de leur niveau de diplôme. Cela représente un tiers des femmes salariées ou exerçant une profession libérale. Les femmes sont bien plus touchées par le déclassement que les hommes (un quart des hommes), notamment entre 30 et 54 ans. Toutes choses égales par ailleurs, la probabilité d’une femme à être déclassée baisse avec l’âge. La situation familiale joue un rôle encore plus important. Les femmes seules ou en famille monoparentale sont plus souvent déclassées que celles vivant en couple avec un conjoint ayant un emploi qualifié, mais elles le sont moins souvent que celles dont le conjoint est employé ou ouvrier, ou occupe lui-même un emploi déclassé.

Dans certains métiers, le personnel déclassé est majoritaire. Parmi les trois métiers où le taux de déclassement est le plus fort (soit plus de huit personnes sur dix), les femmes sont majoritaires. Il s’agit des employés de comptabilité, des agents de services divers et des employés de libre-service. En toute logique, le déclassement touche plutôt les populations diplômées. Toutefois, être titulaire du seul baccalauréat protège davantage, en particulier si celui-ci relève de la filière technologique. La probabilité d’être déclassée diminue de 4 points par rapport aux titulaires d’un bac général et de 6 points par rapport aux titulaires d’un CAP-BEP. Parmi les diplômés de 2e ou 3e cycle, la moitié des femmes sont déclassées contre 27 % des hommes. Ces femmes très diplômées sont plus nombreuses que les hommes sur des emplois de niveau « profession intermédiaire ». Quelle que soit la qualification, les femmes subissent plus souvent le déclassement que les hommes, hormis parmi les titulaires d’un bac général : 25 % des femmes de ce niveau sont déclassées contre 30 % des hommes de ce niveau (figure 4).

La moitié des femmes très diplômées sont déclassées

Figure4 – Part de salariés déclassés par sexe en Midi-Pyrénées en 2011

%
Part de salariés déclassés par sexe en Midi-Pyrénées en 2011
Employé, ouvrier non qualifié Ouvrier qualifié Employé qualifié Profession intermédiaire, technicien
2e ou 3e cycle, grande école - Hommes 3 2 3 19
2e ou 3e cycle, grande école - Femmes 5,8 0,6 8,2 35,6
Bac+2 - Hommes 8 8 8
Bac+2 - Femmes 12,3 0,9 21,7
Bac général - Hommes 15 15
Bac général - Femmes 22,8 2,7
Bac technique - Hommes 17
Bac technique - Femmes 26,1
CAP,BEP - Hommes 24
CAP,BEP - Femmes 41,9
  • Champ : actifs occupés de 15 à 64 ans (hors étudiants, retraités, exploitants agricoles, artisans, commerçants et chefs d'entreprise)
  • Source : Insee, recensement de la population 2011

Figure4 – Part de salariés déclassés par sexe en Midi-Pyrénées en 2011

À l’opposé, autre inégalité, le surclassement bénéficie plus aux hommes qu’aux femmes. Ainsi les hommes titulaires d’un bac + 2 ou de niveau inférieur accèdent plus souvent à un poste surclassé, cadre par exemple, illustrant ici les progressions de carrière plus limitées des femmes.

Des métiers plus qualifiés pour les femmes de moins de 30 ans

Les inégalités professionnelles qui résident aujourd’hui dans la nature et la qualité des emplois occupés pourraient évoluer à l’avenir. En effet, les jeunes générations de femmes investissent davantage certains métiers. Ainsi, parmi les jeunes cadres de moins de 30 ans, 40 % d’entre eux sont des femmes, soit 2 points de plus que pour leurs aînées. Ce phénomène s’observe aussi, de manière un peu moins marquée, parmi les techniciens (1,8 point de plus). Les jeunes hommes exercent aussi plus qu’avant des métiers d’employés. La ségrégation s’accentue en revanche parmi les professions intermédiaires, catégorie toujours plus féminine, et les ouvriers, toujours plus masculine.

Les métiers porteurs, ceux qui devraient offrir le plus de postes à pourvoir d’ici à l’horizon 2020, soit pour remplacer des départs en retraite soit en créations de postes, sont aujourd’hui majoritairement occupés par des femmes (au total 59 % des effectifs)) (figure 5). Ils relèvent des services à la personne ou aux entreprises, ou encore de la santé, domaines très féminisés.

Les jeunes femmes s’orientent davantage vers des métiers porteurs qualifiés

Figure5 – Féminisation des métiers porteurs* en Midi-Pyrénées, notamment parmi les moins de 30 ans

Féminisation des métiers porteurs* en Midi-Pyrénées, notamment parmi les moins de 30 ans
Métiers porteurs (par ordre décroissant de besoins en emploi) Part des femmes (%) Écart (en point)
Parmi les moins de 30 ans Parmi les 30 ans ou plus
Agents d'entretien 71,1 73,9 -2,8
Aides à domicile et aides ménagères, assistantes maternelles 97,0 98,1 -1,1
Enseignants 74,9 65,6 9,3
Aides-soignants 91,7 91,5 0,2
Cadres des services administratifs, comptables et financiers 54,2 44,3 9,9
Infirmiers, sages-femmes 90,4 88,2 2,1
Conducteurs de véhicules 14,5 10,8 3,6
Vendeurs 69,2 76,4 -7,2
Cadres commerciaux et technico-commerciaux 40,4 25,5 14,9
Employés administratifs de la fonction publique (catégorie C et assimilés) 71,3 72,7 -1,4
Ouvriers qualifiés du second œuvre du bâtiment 2,8 1,5 1,3
Maîtrise des magasins et intermédiaires du commerce 51,5 49,9 1,5
Cadres de la fonction publique (catégorie A et assimilés) 48,6 45,4 3,3
Personnels d'études et de recherche 29,1 20,0 9,1
Attachés commerciaux et représentants 39,6 37,6 2,1
Techniciens des services administratifs, comptables et financiers 73,2 68,5 4,7
Techniciens et agents de maîtrise de la maintenance 15,2 13,6 1,6
Professionnels des arts et des spectacles 42,4 39,1 3,2
Professions paramédicales 76,4 70,4 6,0
Ensemble 59,4 59,4 0,0
  • * métiers qui devraient offrir le plus de postes à pourvoir d'ici à l'horizon 2020 (cf étude de la Dares mentionnée dans le Pour en savoir plus)
  • Champ : actifs occupés de 15 à 64 ans, hors étudiants, retraités, exploitants agricoles, artisans, commerçants et chefs d'entreprise
  • Source ; Insee, recensement de la population 2011

Parmi ces métiers porteurs, les plus qualifiés se féminisent le plus. La part des femmes est plus importante parmi les moins de 30 ans que dans les générations précédentes chez les cadres commerciaux et technico-commerciaux, ceux des services administratifs, comptables et financiers, les enseignants et les personnels d’études et de recherche. À l’opposé, d’autres métiers porteurs moins qualifiés sont plus fréquemment occupés par des hommes : vendeurs et agents d’entretien par exemple. La qualification accrue des femmes et l’effet de la crise, notamment sur les emplois plutôt masculins d’ouvriers dans l’industrie, jouent un rôle certain dans cette dynamique de mixité des métiers et des qualifications. En partie conjoncturel, ce phénomène ouvre peut-être la voie à un nouveau regard des hommes et des femmes sur leur métier.

Encadré 1 : Positionnement des Midi-Pyrénéennes au regard de l’activité

Pour dresser à grands traits les profils au regard de l’activité des femmes âgées de 15 à 64 ans, hors étudiantes et retraitées, et résidant en Midi-Pyrénées en 2011, deux groupes sur huit identifiés retiennent l’attention.

Le principal (qui concerne un tiers de ces femmes) regroupe des femmes très diplômées, occupant des professions très qualifiées majoritairement en contrat à durée indéterminée, vivant plutôt en couple avec enfants.

Le portait de celles appartenant au deuxième groupe (un cinquième des effectifs) serait celui d’une femme généralement peu ou pas diplômée, assez âgée, inactive ou occupant un poste d’employée ou d’ouvrière, vivant plutôt en couple sans enfant (figure 6 en Données complémentaires). Ces deux profils laissent entrevoir une réelle métamorphose des femmes au fil des générations, notamment une montée en puissance de leur qualification et de leur implication dans la vie professionnelle. Elles restent malgré tout plus touchées que les hommes par les inégalités professionnelles.

Encadré 2 : Les actions de l'Etat et des partenaires sociaux pour lutter contre les inégalités professionnelles hommes-femmes

Lors de la grande conférence sociale des 9 et 10 juillet 2012, l’État et les partenaires sociaux ont convenu de mettre en œuvre un programme d’action tripartite autour de trois objectifs mobilisateurs (Réaliser l’égalité professionnelle dans les PME-TPE par une effectivité du droit, développer la mixité des filières de formation et des métiers, lutter contre l’éloignement de l’emploi des bénéficiaires du congé parental).

En Midi-Pyrénées le préfet de région, la rectrice d’académie et le président du conseil régional ont signé une convention le 14 février 2013, portant sur les années 2013 à 2015 en vue de mobiliser leurs services dans le cadre d’actions expérimentales sur les deux premiers objectifs nationaux.

La Direccte est notamment impliquée pour intervenir auprès des entreprises et des branches professionnelles, des partenaires sociaux et en particulier des organisations syndicales de salariés, des acteurs du service public de l’emploi et de l’orientation. Il s’agit :

- de sensibiliser les entreprises et les branches professionnelles à la réalité des inégalités ;

- d’apporter un appui opérationnel aux partenaires sociaux dans la négociation de l’égalité professionnelle dans les entreprises ;

- d’assurer l’élaboration de plans d’actions de qualité pour l’égalité professionnelle en entreprise.

Encadré 3 : La politique publique de l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes

Lors de la grande conférence sociale des 9 et 10 juillet 2012, l’État et les partenaires sociaux ont convenu de mettre en œuvre un programme d’action tripartite autour de trois objectifs mobilisateurs (Réaliser l’égalité professionnelle dans les PME-TPE par une effectivité du droit, développer la mixité des filières de formation et des métiers, lutter contre l’éloignement de l’emploi des bénéficiaires du congé parental).

En Midi-Pyrénées le préfet de région, la rectrice d’académie et le président du conseil régional ont signé une convention le 14 février 2013, portant sur les années 2013 à 2015 en vue de mobiliser leurs services dans le cadre d’actions expérimentales sur les deux premiers objectifs nationaux.

La Direccte est notamment impliquée pour intervenir auprès des entreprises et des branches professionnelles, des partenaires sociaux et en particulier des organisations syndicales de salariés, des acteurs du service public de l’emploi et de l’orientation. Il s’agit :

- de sensibiliser les entreprises et les branches professionnelles à la réalité des inégalités ;

- d’apporter un appui opérationnel aux partenaires sociaux dans la négociation de l’égalité professionnelle dans les entreprises ;

- d’assurer l’élaboration de plans d’actions de qualité pour l’égalité professionnelle en entreprise.

Pour en savoir plus

Pour en savoir plus :

« Des facteurs persistants d’inégalité salariale femmes-hommes », 6 pages Insee Midi-Pyrénées n° 153, novembre 2013

« Le taux d’emploi des hommes et des femmes », Insee Première n°1462, août 2013

« Les métiers en 2020 : progression et féminisation des emplois les plus qualifiés ; dynamique des métiers d’aide et de soins à la personne », Dares Analyses n° 022, mars 2012