Le taux d’emploi des hommes et des femmes Des écarts plus marqués en équivalent temps plein

Hélène Guedj, division Études sociales, Insee

En 2011, parmi les femmes âgées de 20 à 64 ans ayant achevé leur formation initiale, 67 % ont un emploi : c’est 9 points de moins que les hommes. En équivalent temps plein (ETP), le taux d’emploi des femmes n’est plus que de 59 % et l’écart atteint 15 points par rapport aux hommes. L’écart est important mais se resserre entre 2003 et 2011 : le taux d’emploi en ETP des femmes augmente de 1 point quand celui des hommes recule de 3 points. Les taux d’emploi augmentent fortement chez les personnes de 55 à 64 ans, hommes comme femmes, malgré une nette montée du temps partiel chez les 60-64 ans. Entre 2003 et 2011, c’est pour les 20-29 ans que la situation se dégrade le plus : le chômage et le temps partiel augmentent fortement après 2008. En 2011, le taux d’emploi en ETP des jeunes femmes sans diplôme n’atteint pas 30 % contre près de 80 % pour les jeunes femmes diplômées du supérieur. Les femmes peu diplômées, qu’elles aient ou non des enfants, peinent davantage que leurs homologues masculins et que les femmes plus diplômées à trouver un emploi et à l’exercer à temps plein.

Publications grand public
Insee Première – No 1462
Paru le : 30/08/2013

En ETP, le taux d’emploi diffère encore plus entre hommes et femmes

En 2011, 34,6 millions de personnes sont âgées de 20 à 64 ans et ont achevé leurs études. Parmi ces dernières, qui représentent le cœur de la population susceptible de contribuer à la production, 71 % travaillent. C’est le cas de 76 % des hommes contre 67 % des femmes, soit 9 points d’écart.

Ces taux d’emploi résultent à la fois des comportements d’activité (choix de participer ou non au marché du travail) et de la situation sur le marché du travail (ampleur du chômage). L’indicateur ne donne toutefois qu’une vision incomplète de la participation à l’emploi. En effet, parmi les personnes qui travaillent, 17 % occupent un emploi à temps partiel, qu’il soit, le plus souvent, choisi (70 %) ou, parfois, subi (30 %). En particulier, 30 % des femmes travaillent à temps partiel (30 % à temps partiel subi) contre 6 % des hommes (34 % à temps partiel subi). Ainsi, si l’on tient compte des quotités de travail, les participations à l’emploi des hommes et des femmes apparaissent encore plus éloignées : le taux d’emploi en équivalent temps plein (ETP, encadré) est de 74 % pour les hommes contre 59 % pour les femmes, soit 15 points d’écart (graphique 1).

Graphique 1 – L’écart hommes-femmes reste important mais se réduit

  • Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes âgées de 20 à 64 ans ayant terminé leurs études.
  • Source : Insee, enquêtes Emploi 2003 à 2011.

Le taux d’emploi en ETP des femmes s’est rapproché de celui des hommes

Le taux d’emploi en ETP suit globalement les évolutions du taux d’emploi. Entre 2003 et 2008, avant que la crise économique ne prenne de l’ampleur, il augmente de 2 points pour les femmes tandis qu’il baisse de 1 point pour les hommes. De 2008 à 2010, il se retourne à la baisse pour les femmes (− 1 point) et diminue plus fortement pour les hommes (− 2 points). Il se stabilise ensuite en 2011 pour les deux sexes. Au total, entre 2003 et 2011, le taux d’emploi en ETP des femmes a augmenté de 1 point quand celui des hommes a reculé de 3 points (tableau). Pour ces derniers, la baisse du taux d’emploi en ETP est un peu plus marquée que celle de leur simple taux d’emploi (− 2 points), En effet, sur la période, le taux de temps partiel a gagné 1 point chez les hommes alors qu’il est resté stable chez les femmes.

C’est entre 30 et 49 ans, au cœur de « l’âge actif », que les taux d’emploi en ETP sont à leur maximum : en 2011, ils avoisinent 87 % pour les hommes et 70 % pour les femmes. Avant 2008, les taux féminins avaient augmenté dans cette tranche d’âge sous l’effet conjugué des baisses du chômage et du temps partiel ; depuis la crise, ils se dégradent pour les trentenaires et stagnent pour les quadragénaires. Au final, entre 2003 et 2011, le taux d’emploi en ETP des femmes a augmenté de 3 points pour les 30-39 ans et de 4 points pour les 40-49 ans.

Pour les hommes en revanche, le taux d’emploi en ETP des trentenaires stagne entre 2003 et 2008, puis diminue franchement : au total, entre 2003 et 2011, il recule de 2 points. Cette baisse s’explique à la fois par le rebond du chômage après la crise et par la montée du taux de temps partiel, de 1,5 point, entre 2003 et 2011. Pour les hommes âgés de 40 à 49 ans, le taux de temps partiel stagne et le repli du taux d’emploi en ETP est moindre (− 1 point).

Tableau – Une femme sur trois en emploi est à temps partiel

en %
Une femme sur trois en emploi est à temps partiel
Taux d’emploi en ETP (en % de la population totale) Taux de chômage (en % de la population active) Taux de temps partiel (en % de la population en emploi)
Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes
2011 évolution depuis 2003 (en points) 2011 évolution depuis 2003 (en points) 2011 évolution depuis 2003 (en points) 2011 évolution depuis 2003 (en points) 2011 évolution depuis 2003 (en points) 2011 évolution depuis 2003 (en points)
Ensemble 74,3 − 2,8 59,4 1,3 8,4 1,1 9,4 0,2 5,9 1,3 29,6 0,3
Âge
20-29 ans 75,9 − 4,4 62,3 − 3,3 15,7 2,8 17,2 3,1 7,3 2,6 23,3 3,2
30-39 ans 86,5 − 2,1 67,6 3,1 7,5 1,0 9,0 − 0,5 4,7 1,5 29,6 − 1,8
40-49 ans 87,2 − 0,7 71,0 4,4 6,2 0,8 7,2 − 0,6 4,0 0,1 31,0 − 0,6
50-59 ans 74,6 3,3 59,8 7,3 6,5 0,6 6,9 0,5 6,4 − 0,2 30,8 0,1
60-64 ans 18,1 5,0 13,9 4,0 4,7 1,8 4,7 0,7 22,6 5,7 40,8 3,1
Diplôme
Sans diplôme 56,7 − 7,0 36,0 − 2,8 15,4 4,4 15,8 2,3 8,3 1,8 41,7 3,2
Brevet 69,5 − 6,9 53,2 − 3,0 11,3 2,7 12,3 3,2 7,8 3,0 31,5 − 0,3
CAP, BEP 74,1 − 6,3 58,0 − 1,6 7,7 1,7 10,2 0,2 5,0 1,6 32,9 1,2
Bac 80,1 − 1,3 64,3 − 1,6 7,3 0,6 9,4 1,5 5,8 1,5 27,9 − 0,2
Bac+2 85,6 − 2,4 74,6 0,2 5,2 0,2 4,9 − 0,8 4,5 1,0 25,2 2,9
Bac+3 ou plus 85,6 1,1 75,0 1,0 5,0 − 1,3 6,2 − 0,8 5,7 0,2 22,6 2,8
  • Lecture : en 2011, le taux d’emploi en équivalent temps plein des femmes âgées de 20 à 29 ans ayant terminé leurs études est de 62,3 %. Soit une baisse de 3,3 points par rapport à 2003.
  • Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes âgées de 20 à 64 ans ayant terminé leurs études.
  • Source : Insee, enquêtes Emploi 2003 et 2011.

Des seniors plus présents qu’avant, mais souvent à temps partiel

Hommes comme femmes, l’emploi des 55-64 ans, plutôt faible au début des années 2000, progresse continûment. Cela fait suite aux réformes de retraite successives, qui ont allongé la durée de cotisation nécessaire à l’obtention du taux plein et reculé l’âge légal de départ en retraite. Les dispositifs de dispense de recherche d’emploi, de préretraite ou de cessation progressive d’activité ont par ailleurs été largement abandonnés.

Les taux d’emploi en ETP des seniors (60-64 ans) augmentent nettement entre 2003 et 2011 (+ 5 points pour les hommes et + 4 points pour les femmes), mais moins que les simples taux d’emploi (+ 6 points et + 5 points respectivement). Ces écarts sont dus à la montée du temps partiel (+ 6 points pour les hommes, + 3 points pour les femmes). De plus, il s’agit souvent de très petits temps partiels : en 2011, 40 % des seniors travaillant à temps partiel font moins d’un mi-temps. Chez les 50-59 ans, le taux de temps partiel est stable et les taux d’emploi en ETP augmentent de 3 points pour les hommes et de 7 points pour les femmes.

Des taux d’emploi en ETP en berne chez les jeunes

Entre 2003 et 2011, c’est chez les jeunes (20-29 ans) que le taux d’emploi en ETP se dégrade le plus : parmi ceux qui ont achevé leurs études, − 4 points pour les jeunes hommes et − 3 points pour les jeunes femmes. Leurs taux avaient baissé entre 2003 et 2005, puis regagné les niveaux de 2003 avant le début de la crise. Pour les jeunes hommes, le décrochage est brutal entre 2008 et 2009, puis le taux se stabilise. Pour les jeunes femmes, la baisse est continue depuis 2008 et aucune reprise ne s’amorce. Les jeunes subissent à la fois un fort rebond du chômage après 2008 et une montée du temps partiel sur la période. Entre 2003 et 2011, le taux de temps partiel croît de 3 points chez les jeunes hommes. En 2011, le taux d’emploi en ETP est de 62 % pour les jeunes femmes et de 76 % pour les jeunes hommes. Pour ces derniers, c’est à peine plus que celui des hommes de 50 à 59 ans (75 %).

Les personnes les moins diplômées restent les plus exposées lors d’un retournement conjoncturel. Entre 2003 et 2011, la baisse du taux d’emploi en ETP des moins diplômés est particulièrement marquée chez les hommes : − 6 points pour les titulaires d’un CAP ou d’un BEP et − 7 points pour les titulaires d’un brevet ou pour les jeunes sans diplôme. Cette chute est principalement liée à la forte hausse du chômage. Pour les femmes, la baisse est plus modérée chez les moins diplômées, mais les niveaux étaient déjà très bas, en particulier pour les femmes sans diplôme.

Un taux inférieur à 30 % pour les jeunes femmes sans diplôme

Le niveau de diplôme est en moyenne plus faible pour les seniors que pour le reste de la population en âge de travailler. En effet, le niveau d’éducation a augmenté fortement au fil des générations. Pour autant, en 2011, 43 % des hommes de moins de 40 ans et un tiers des femmes du même âge sont titulaires au mieux d’un CAP ou d’un BEP (respectivement 21 % et 17 % sont titulaires au mieux du brevet). Pour ces personnes peu diplômées, surtout les femmes, les taux d’emploi en ETP sont très faibles (graphique 2).

Ainsi, en 2011, entre 20 et 29 ans, près de 35 points séparent le taux d’emploi en ETP des hommes diplômés du supérieur de celui des hommes sans aucun diplôme (86 % pour les titulaires d’un Bac+2  ou supérieur, contre 52 % pour les sans diplôme). Chez les jeunes femmes, cet écart est encore plus élevé : le taux atteint 82 % pour les diplômées du supérieur contre 29 % pour celles qui n’ont aucun diplôme, soit plus de 50 points de différence. Chez les jeunes femmes peu diplômées, l’inactivité et le chômage sont particulièrement élevés. Par ailleurs, parmi les femmes de 20 à 40 ans en emploi, 44 % de celles qui n’ont aucun diplôme sont à temps partiel contre 22 % des titulaires d’un diplôme de niveau Bac+2 ou plus. Pour les jeunes femmes titulaires d’un CAP, d’un BEP ou du brevet, les taux de temps partiel sont de l’ordre de 34 %. Chez les hommes, les écarts sont moindres et n’affectent que marginalement les niveaux d’emploi.

Graphique 2 – Plus de 40 % des femmes sans diplôme et en emploi sont à temps partiel

  • Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes âgées de 20 à 64 ans ayant terminé leurs études.
  • Lecture : le taux d’emploi en ETP des hommes sans diplôme âgés de 30 à 39 ans est de 70 % ; parmi ceux en emploi, 8,5 % sont à temps partiel.
  • Source : Insee, enquête Emploi 2011.

Pour les jeunes femmes peu diplômées, le temps partiel est souvent subi

Avant 40 ans, avec ou sans enfant, les femmes travaillent plus souvent à temps partiel que les hommes (21 points d’écart). Mais l’écart est plus marqué parmi les moins diplômés (30 points) et en présence d’enfant (30 points). Ces caractéristiques jouent par ailleurs de manière cumulative.

Ainsi, en l’absence d’enfant, l’écart entre les hommes et les femmes est de 19 points parmi les personnes sans diplôme et âgées de 20 à 40 ans. Il descend à 4 points à partir d’un Bac+2 (graphique 3). Parmi les femmes sans diplôme travaillant à temps partiel, deux tiers auraient préféré occuper un emploi à temps plein mais n’en ont pas trouvé. Ainsi, 23 % des femmes sans diplôme sont à temps partiel subi contre seulement 9 % des hommes sans diplôme. En revanche, en l’absence d’enfant, seules 5 % des femmes ayant au moins un Bac +2 sont à temps partiel subi. En présence d’enfant et avant 40 ans, l’écart entre les hommes et les femmes se creuse. En effet, lorsqu’ils ont des enfants, les hommes sont encore moins souvent à temps partiel (4 % contre 7 %), à l’inverse des femmes (34 % contre 17 %). Le temps partiel reste beaucoup plus souvent subi pour les femmes les moins diplômées : dans plus de la moitié des cas pour celles qui n’ont pas le baccalauréat, contre moins d’un cas sur quatre parmi les titulaires d’un diplôme du supérieur. Avant 40 ans, qu’elles aient ou non des enfants, les femmes peu diplômées peinent donc davantage à trouver des emplois à temps plein. Elles travaillent de fait plus souvent dans des secteurs qui ont beaucoup recours au temps partiel.

Graphique 3 – Pour les femmes diplômées avec enfant(s), le temps partiel est souvent un choix

  • Note : seuls les enfants âgés de moins de 18 ans sont pris en compte.
  • Lecture : en 2011, entre 20 et 39 ans, près de 50 % des femmes en emploi sans diplôme et ayant au moins un enfant sont à temps partiel, dont 22 % pour s'occuper d'enfant(s) ou d'autre(s) proche(s), 21 % parce qu'elles n'ont pas trouvé d'emploi à temps plein et 7 % pour d'autres raisons.
  • Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes en emploi âgées de 20 à 39 ans ayant terminé leurs études.
  • Source: enquête Emploi 2011.

Encadré

Le taux d’emploi en équivalent temps plein (ETP)

Le taux d’emploi mesure la part, au sein d’une population en âge de travailler, des personnes qui travaillent. C’est un indicateur fréquemment utilisé, par exemple par l’OCDE ou par Eurostat, pour comparer la capacité des pays à mobiliser leurs forces de travail. Toutefois, avec cette mesure, les personnes qui travaillent à temps partiel sont comptées de la même façon que les personnes travaillant à temps plein.

Le taux d’emploi en équivalent temps plein (ETP) intègre le temps partiel dans son calcul. Plus précisément, c’est une mesure qui prend en compte les quotités de temps de travail (par tranche) déclarées dans l’enquête Emploi. Ainsi, par exemple, un emploi à mi-temps (50 %) en équivalent temps plein compte pour moitié d’un temps plein. Le calcul de l’emploi en ETP dissocie par ailleurs les salariés des non-salariés, car le nombre moyen d’heures travaillées des personnes à temps plein diffère selon le statut d’emploi.

Sources

Les données de cette étude proviennent de l’enquête Emploi. Cette enquête est réalisée par l’Insee auprès des personnes de 15 ans ou plus vivant dans un ménage dit « ordinaire », c’est-à-dire les ménages qui ne vivent pas en communauté (foyers, cités universitaires, hôpitaux, maisons de retraite, prisons...). Depuis 2003, l’enquête Emploi est réalisée en continu tout au long de l’année pour la métropole. Jusqu’en 2008, environ 70 000 personnes âgées de 15 ans ou plus répondaient chaque trimestre et étaient interrogées six trimestres consécutifs. À partir de début 2009, la taille de l’échantillon a augmenté progressivement pour aboutir à 105 000 répondants par trimestre à compter de la mi-2010.

L’enquête Emploi est la seule source statistique permettant de mesurer les concepts d’activité, chômage, emploi et inactivité tels qu’ils sont définis par le Bureau international du travail (BIT).

La population d’étude comprend ici tous les répondants ayant achevé leur formation initiale et qui étaient âgés de 20 à 64 ans la semaine de l’enquête.

Définitions

Le taux d’emploi d’une classe d’individus est calculé en rapportant le nombre d’individus de la classe ayant un emploi au nombre total d’individus dans la classe. Pour calculer ce taux, on ne retient que les personnes qui ont achevé leurs études afin de pouvoir comparer les plus jeunes et le restant de la population en âge de travailler.

Le taux d’emploi en équivalent temps plein d’une classe d’individus est calculé en rapportant le nombre d’individus de la classe ayant un emploi converti en équivalent temps plein au nombre total d’individus dans la classe (cf. encadré).

Le taux de temps partiel d’une classe d’individus est calculé en rapportant le nombre d’individus en emploi à temps partiel au nombre total d’individus en emploi dans la classe.