Léger regain démographique en Aveyron

Sophie Pauvers

Entre 2006 et 2011, l’Aveyron connaît un léger regain démographique alors que le nombre d’habitants stagne entre 1982 et 2011. Sur la période récente 2006-2011, le centre Aveyron, qui englobe l’aire urbaine de Rodez, est particulièrement dynamique. En revanche, le sud-est et l’ouest aveyronnais stagnent et les territoires ruraux du nord et du sud-ouest déclinent.

Les arrivées de nouveaux habitants portent la croissance. Les retraités, surreprésentés en Aveyron au regard de la province, continuent de s’installer en nombre dans le département. La campagne séduit les nouveaux arrivants : ils choisissent de s’éloigner de plus en plus des centres villes ou privilégient des communes sous l’influence de plusieurs pôles d’emploi, propices à l’installation de couples biactifs.

L’Aveyron est le plus vaste département de la région, il est aussi l’un des moins densément peuplés avec 275 800 habitants en 2011, soit 31 habitants au km2. C’est le seul département de Midi-Pyrénées où la croissance démographique récente diffère de la tendance de long terme 1982-2011. Entre 2006 et 2011, il gagne 490 habitants en moyenne par an, soit + 0,2 %. En revanche, entre 1982 et 2011, l’Aveyron est l’unique département de Midi-Pyrénées qui perd des habitants (une centaine par an soit - 0,04 %) (figure 1).

Seul le centre Aveyron gagne des habitants depuis 1962

Figure1 – Évolution de la population entre 1962 et 2011 par territoire

Évolution de la population entre 1962 et 2011 par territoire
Centre Nord Ouest Sud-Est Sud-Ouest Aveyron Midi-Pyrénées France métropolitaine
1962 100 100 100 100 100 100 100 100
1968 104,1 92,2 99,6 93,8 91,7 96,9 106 107,1
1975 108,9 87,7 101,8 90,1 82,4 95,8 110 113,3
1982 113,9 83,7 103,4 89,7 77,7 95,9 112,8 117,1
1990 115,8 76,4 100,6 87,2 70,3 93 117,9 122
1999 117,1 70,8 97,6 86,1 64,9 90,8 123,8 126,1
2006 124,1 70,5 100,1 90,2 65,1 94,1 134,7 132,3
2010 128,7 69,1 101,1 91 63,8 95,3 139,8 135,2
2011 129 68,5 100 90,4 63,4 95 140,9 135,9
  • Sources : Insee, recensements de la population

Figure1 – Évolution de la population entre 1962 et 2011 par territoire

La croissance démographique récente de l’Aveyron est bien inférieure à celle de la région (+ 0,9 %) et de la France métropolitaine (+ 0,5 %). Aussi depuis 1982, le département pèse de moins en moins lourd en Midi-Pyrénées : il rassemble 9 % de la population régionale en 2011, contre 12 % en 1982. L’Aveyron reste toutefois le troisième département de la région en nombre d’habitants, après la Haute-Garonne et le Tarn.

Les migrations compensent désormais le déficit naturel

Sur la période récente, le département devient plus attractif : il gagne chaque année au jeu des migrations 960 habitants (figure 2). Dans le même temps, le déficit naturel s’atténue : par différence des naissances et des décès, le département perd 470 habitants par an sur la période récente, contre 670 habitants sur la période de long terme.

Léger regain démographique dans l’Aveyron depuis 2006

Figure2 – Population et évolution de la population et des soldes naturels et migratoires entre 1982 et 2011

Population et évolution de la population et des soldes naturels et migratoires entre 1982 et 2011
Population Évolution annuelle 2006-2011 (en %) Évolution annuelle 1982-2011 (en %)
2011 2006 1982 Total due au solde naturel due au solde migratoire Total due au solde naturel due au solde migratoire
Aveyron 275 813 273 377 278 654 0,2 -0,2 0,4 0,0 -0,2 0,2
Midi-Pyrénées 2 903 420 2 776 822 2 325 319 0,9 0,2 0,7 0,8 0,1 0,7
France métropolitaine 63 069 637 61 399 733 54 334 871 0,5 0,4 0,1 0,5 0,4 0,1
Par territoire d'étude
Centre 112 844 108 539 99 661 0,8 0,1 0,6 0,4 0,1 0,4
Nord 56 789 58 412 69 308 -0,6 -0,7 0,1 -0,7 -0,7 0,0
Ouest 30 891 30 930 31 978 0,0 -0,3 0,3 -0,1 -0,3 0,2
Sud-Est 62 366 62 238 61 882 0,0 -0,1 0,2 0,0 -0,2 0,3
Sud-Ouest 12 923 13 258 15 825 -0,5 -0,5 0,0 -0,7 -0,5 -0,2
  • Sources : Insee, recensements de la population et état civil

Ces deux phénomènes conjugués expliquent la reprise de la croissance démographique de l’Aveyron. Quoiqu’en augmentation, les apports migratoires restent toutefois modestes entre 2006 et 2011 (+ 0,4 %) dépassant dans la région uniquement ceux des Hautes-Pyrénées (+ 0,3 % par an).

Une croissance démographique concentrée autour de Rodez

Le centre de l’Aveyron est particulièrement dynamique (figures 3 et 4). Ce territoire abrite l’aire urbaine de Rodez, dont la croissance démographique atteint + 0,9 % par an entre 2006 et 2011. Cette aire bénéficie d’un solde naturel élevé pour le département, qui vient renforcer un solde migratoire fortement excédentaire. La croissance démographique actuelle y est plus importante que sur le long terme (+ 0,6 % par an entre 1982 et 2011).

Une croissance démographique concentrée autour de Rodez

Figure3 – Entre 2006 et 2011

figure4 – Entre 1982 et 2011

  • Sources : Insee, recensements de la population 2011, 2006 et 1982

Les nouveaux arrivants privilégient la couronne périurbaine à la ville de Rodez ou sa banlieue. Cependant, dans cette dernière, Onet-le-Château et Luc-La-Primaube bénéficient d’une forte croissance. Grâce à la présence de l’usine Bosch et d’un nombre élevé de logements sociaux, Onet-le-Château accueille un grand nombre de familles chaque année (+ 130 habitants par an entre 2006 et 2011).

Les communes situées plus à l’est du centre Aveyron profitent de la double influence de Rodez et de l’autoroute allant de Clermont–Ferrand à Béziers. Elles connaissent une croissance démographique importante : de l’ordre de + 3 % par an sur la période récente. Il s’agit notamment de Gabriac, Palmas, Coussergues et Gaillac d’Aveyron situées entre la départementale D988 et la nationale N88 reliant Rodez à l’autoroute.

Le sud-est et l’ouest aveyronnais sans évolution majeure

Les deux territoires du sud-est et de l’ouest aveyronnais ont une croissance démographique quasiment nulle sur la période récente. L’aire de Millau, bénéficiant pourtant de la présence de l’autoroute, est peu attractive entre 2006 et 2011. Sa population baisse légèrement, de 60 habitants par an, bien que son solde naturel soit quasiment nul. Cette baisse démographique est néanmoins compensée par une hausse dans différentes communes du territoire, notamment dans celles de l’aire de Saint-Affrique.

La population de l’ouest aveyronnais se maintient également sur la période récente, alors qu’elle baisse légèrement sur le long terme. L’aire de Villefranche-de-Rouergue évolue peu (+ 0,2 % par an sur la période récente).

Le nord et le sud-ouest aveyronnais : des territoires en déclin

Le nord et le sud-ouest de l’Aveyron, peu densément peuplés, perdent des habitants sur la période récente (- 0,5 % par an). Le solde naturel est très déficitaire sur ces territoires majoritairement ruraux. Ceux-ci sont de plus peu attractifs sur le plan démographique.

Le nord du département, mieux pourvu en pôles d’emplois, comprend les aires d’Espalion et de Decazeville. Celles-ci sont en déclin démographique sur la période récente. Les anciennes communes minières de Decazeville et d’Aubin continuent de souffrir d’une image négative. Ainsi, Decazeville est le pôle le moins attractif du département. Cependant, la couronne du pôle parvient désormais à séduire de nouvelles populations au même niveau que celle de Rodez : elle compte cependant onze fois moins d’habitants.

Des retraités toujours plus nombreux

En 2011, près d’un tiers de la population de l’Aveyron est âgée de 60 ans ou plus (figure 5) : 32 %, contre 25 % en province. La proportion de seniors parmi la population aveyronnaise a d’ailleurs progressé de plus de deux points depuis 2006. Naturellement, la part de retraités augmente elle aussi, mais pas au détriment de celle des actifs avec ou sans emploi qui reste stable. En lien avec ce nombre important de seniors, une part de la population, plus importante qu’en moyenne en province, est constituée de couples sans enfants ou de personnes seules.

La structure de la population active a fortement évolué depuis 1982 dans le département (figure 5). En effet, l’agriculture nécessite moins de main–d’œuvre que par le passé. L’artisanat a parfois été remplacé par de la production de masse. Le département a également connu une phase de désindustrialisation, même si elle est moins marquée que dans d’autres départements aux spécialisations plus touchées par la crise industrielle. Comme partout en France, le poids du secteur tertiaire s’est accru. Ainsi, la part des agriculteurs et des ouvriers a chuté de respectivement 14 et 4 points sur la période 1982-2011 au profit de celle des cadres (+ 4 points), mais surtout des employés (+ 7 points) et des professions intermédiaires (+ 9 points). À titre comparatif, en province, la part des ouvriers a chuté de 14 points sur cette même période.

Beaucoup de couples sans enfant et de personnes seules

Figure5 – Évolution de la structure de la population aveyronnaise

Évolution de la structure de la population aveyronnaise
Aveyron Midi-Pyrénées France de province
Effectif en 2011 Répartition
2011 2006 1982 2011 2011
Population selon l'âge
Moins de 18 ans 52 531 19,0 19,0 23,6 20,3 21,6
18-24 ans 16 432 6,0 6,4 9,6 8,4 8,4
25-39 ans 43 139 15,6 17,1 18,8 18,2 18,2
40-59 ans 76 091 27,7 28,0 23,8 27,3 27,1
60-74 ans 49 436 17,9 16,7 15,6 15,2 15,0
75 ans ou plus 38 183 13,8 12,8 8,6 10,6 9,7
par situation principale
Actifs ayant un emploi 111 971 40,6 41,2 37,6 41,4 40,5
Chômeurs 10 713 3,9 3,1 2,7 5,4 5,7
Retraités ou préretraités 83 270 30,2 28,9 18,6 24,2 23,1
Élèves, étudiants, stagiaires 15 575 5,6 6,1 7,4 7,7 7,4
Moins de 14 ans 40 706 14,8 14,7 17,8 15,7 16,9
Femmes ou hommes au foyer 5 772 2,1 2,8 15,9 2,5 3,1
Autres inactifs 7 805 2,8 3,2 3,1 3,3
Population active par CSP
Agriculteurs exploitants 10 323 8,5 10,1 22,2 3,1 2,0
Artisans, commerçants, chefs entreprise 10 304 8,5 8,6 10,7 7,0 6,2
Cadres, professions intellectuelles sup. 10 221 8,4 8,1 4,3 15,7 12,7
Professions intermédiaires 26 774 22,0 21,1 13,2 25,1 24,2
Employés 34 821 28,7 27,5 21,8 28,7 29,5
Ouvriers 29 086 23,9 24,6 27,8 20,4 25,4
par mode de cohabitation
Couples avec au moins un enfant 113 167 41,0 43,5 /// 42,3 45,0
Familles monoparentales 19 982 7,3 6,9 /// 9,3 9,5
Couples sans enfant 81 730 29,7 28,8 /// 25,9 24,9
Personnes seules 43 125 15,6 14,4 /// 15,7 14,8
Autres ménages (colocataires...) 8 589 3,1 3,3 /// 4,3 3,4
Communautés 9 009 3,3 3,1 /// 2,5 2,4
par niveau de diplôme
Sans diplôme 78 769 35,9 41,9 73,2 31,8 34,6
CAP, BEP 55 363 25,2 24,4 14,2 22,9 25,3
Bac 39 195 17,9 15,9 7,5 17,6 16,6
Bac+2 28 163 12,8 11,0 5,1 13,6 12,2
2e ou 3e cycle universitaire, grande école 17 953 8,2 6,8 14,1 11,3
  • Sources : Insee, recensements de la population

Parmi la population des 15 ans ou plus ayant terminé leurs études, la proportion d’Aveyronnais sans diplôme (figure 5) a fortement baissé depuis 1982 ; elle reste cependant légèrement supérieure à la moyenne de province (36 % contre 35 %). De plus, la part des diplômés de 2e ou de 3e cycle, même si elle progresse entre 2006 et 2011, demeure inférieure à celle de province de 3 points. Les diplômés de niveaux intermédiaires tels que les bacheliers sont, en revanche, plus représentés dans l’Aveyron.

Les communes multipolarisées séduisent les nouveaux arrivants

Figure6 – Évolution de la population et des soldes naturels et migratoires entre 1982 et 2011

Évolution de la population et des soldes naturels et migratoires entre 1982 et 2011
Population Évolution annuelle 2006-2011 (en %) Évolution annuelle 1982-2011 (en %)
2011 2006 1982 Total due au solde naturel due au solde migratoire Total due au solde naturel due au solde migratoire
Communes multipolarisées 30 716 29 946 28 284 0,5 -0,2 0,7 0,3 -0,4 0,6
Communes isolées hors influence des pôles 74 855 75 659 87 749 -0,2 -0,6 0,4 -0,5 -0,6 0,1
Aires grande ou moyennes :
Aire urbaine de Rodez 83 800 80 250 70 209 0,9 0,3 0,6 0,6 0,2 0,4
Unité urbaine de Rodez 48 976 47 810 43 963 0,5 0,3 0,2 0,4 0,4 0,0
Couronne de Rodez 34 824 32 440 26 246 1,4 0,3 1,1 1,0 0,1 0,9
Aire de Millau 28 114 28 410 26 672 -0,2 0,0 -0,2 0,2 -0,1 0,3
Unité urbaine de Millau 23 132 23 620 23 021 -0,4 0,0 -0,4 0,0 -0,1 0,1
Couronne de Millau 4 982 4 790 3 651 0,8 0,0 0,8 1,1 -0,2 1,2
Aire de Decazeville 18 483 19 235 25 394 -0,8 -0,6 -0,2 -1,1 -0,6 -0,5
Unité urbaine de Decazeville 15 373 16 251 21 925 -1,1 -0,6 -0,5 -1,2 -0,6 -0,6
Couronne de Decazeville 3 110 2 984 3 469 0,8 -0,4 1,2 -0,4 -0,5 0,1
Aire de Villefranche-de-Rouergue 19 758 19 600 19 211 0,2 0,0 0,2 0,1 -0,1 0,2
Unité urbaine de Villefranche-de-Rouergue 12 455 12 731 13 224 -0,4 -0,2 -0,2 -0,2 0,0 -0,2
Couronne de Villefranche-de-Rouergue 7 303 6 869 5 987 1,2 0,2 1,0 0,7 -0,2 0,9
Petites aires :
Aire de Saint-Affrique 9 659 9 368 9 467 0,6 -0,1 0,8 0,1 -0,2 0,2
Aire d'Espalion 5 656 5 898 5 940 -0,8 -1,1 0,2 -0,2 -0,6 0,5
  • Sources : Insee, recensements de la population et état civil

Encadré

Encadré : Des communes multipolarisées propices à l’installation de couples biactifs

En Aveyron, les communes multipolarisées sous l’influence de plusieurs pôles d’emploi séduisent les nouveaux arrivants (figure 6). Elles sont propices à l’installation de couples biactifs dont les conjoints ne travaillent pas forcément dans le même pôle. Leur croissance démographique a presque doublé entre la période récente 2006-2011 et celle de long terme 1982-2011.

Les couronnes des aires moyennes ou grande de l’Aveyron sont elles aussi attractives. Elles ont plus de succès que les villes–centres et leurs banlieues sur la période récente comme sur la période de long terme. Le coût du logement près des villes centre n’est pas étranger à ce phénomène. Les jeunes couples choisissent de s’en éloigner pour s’installer à la campagne dans les couronnes des pôles de Rodez, Millau, Villefranche-de-Rouergue et Decazeville. Ils y trouvent la possibilité d’avoir un logement plus grand et d’agrandir leur famille. Ainsi l’attractivité résidentielle de ces couronnes s’accompagne d’une augmentation du solde naturel par rapport à la période de long terme.

Les communes rurales hors influence des pôles d’emploi déclinent sur le plan démographique en raison d’un solde naturel déficitaire. Cependant, ces communes captent davantage de nouveaux arrivants sur la période récente, avec un excédent migratoire de 0,35 % par an entre 2006 et 2011 alors qu’il était quasiment nul sur la période 1982-2011.

Ainsi, les nouveaux arrivants en Aveyron préfèrent s’installer à la campagne, dans une commune proche d’un ou de plusieurs pôles d’emploi, voire dans une commune plus éloignée mais cependant bien desservie sur le plan routier.

Sources

Depuis la mise en place des enquêtes annuelles de recensement (2004), il est possible, pour la 1ère fois cette année, de comparer directement les résultats de deux millésimes de recensement. Ainsi, dans cette étude, des comparaisons ont pu être faites entre les années 2006 et 2011 pour lesquelles les résultats s'appuient sur deux cycles de cinq années d'enquête disjoints : 2004 à 2008 d'une part, 2009 à 2013 d'autre part (cf. La nouvelle méthode de recensement sur insee.fr).

Définitions

Le solde migratoire apparent est estimé par différence entre la variation totale de la population et le solde naturel. Il peut être différent du solde migratoire mesuré à partir de la question du bulletin individuel du recensement sur le lieu de résidence antérieur du fait des imprécisions tenant aux défauts de comparabilité entre deux recensements (évolutions de concepts de population et qualité inégale). Il est qualifié de solde migratoire « apparent », afin que l'utilisateur garde en mémoire la marge d'incertitude qui s'y attache.

Pour en savoir plus

« Midi-Pyrénées, 3e région métropolitaine pour sa croissance démographique », Insee Analyses Midi-Pyrénées n° 3, juillet 2014.

« 30 ans d’évolution démographique en Midi-Pyrénées - 580 000 habitants supplémentaires », 6 pages n° 155, janvier 2014, Insee Midi-Pyrénées.

« Dans le sillage de Toulouse, les villes moyennes proches renforcent leur attractivité », 6 pages n° 154, décembre 2013, Insee Midi-Pyrénées.