La pauvreté augmente fortement dans la Sarthe sous l’effet de la crise

Nicole GICQUAUD (Insee)

La Sarthe est le département des Pays de la Loire le plus affecté par l’augmentation de la pauvreté induite par la crise économique. Entre 2008 et 2011, le taux de pauvreté a crû de 1,8 point, quand il a augmenté de 0,9 point dans la région et 1,2 point en France métropolitaine. En 2011, la pauvreté concerne 13,1 % de la population sarthoise, une proportion qui reste en deçà du niveau national. La forte dégradation du marché du travail a pesé sur la hausse de la précarité. En particulier, l’insertion des jeunes dans la vie active s’avère difficile dans un contexte économique fragilisé. En outre, les problématiques de maintien en emploi des séniors et de reconversions professionnelles se posent avec plus d’acuité.

L’aggravation de la précarité a davantage touché les personnes déjà fragiles, parmi lesquelles les familles monoparentales. La pauvreté s’est notamment renforcée dans les agglomérations du Mans et de Sablé-sur-Sarthe.

Insee Flash Pays de la Loire
No 4
Paru le : 10/07/2014

Une aggravation de la pauvreté depuis 2008

En 2011, dans la Sarthe, 13,1 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire dans un ménage qui dispose d’un revenu mensuel par unité de consommation inférieur à 977 euros (Définitions). Cette proportion qui est la plus élevée de la région (11,6 % dans les Pays de la Loire) reste inférieure à la moyenne nationale (14,3 %). Avec une augmentation du taux de pauvreté de 1,5 point entre 2006 et 2011, représentant près de 10 000 personnes supplémentaires, la Sarthe fait partie des départements de France métropolitaine les plus affectés. Sur la même période, le taux de pauvreté s’est accru de 0,5 point dans les Pays de la Loire et de 1,0 point en France métropolitaine. La pauvreté a augmenté dans la Sarthe depuis 2008 (+ 1,8 point) alors qu’elle avait reculé entre 2006 et 2008 (- 0,3 point).

L’augmentation de la précarité est à mettre au regard des destructions d’emplois, avec près de 6 000 emplois détruits entre 2008 et 2011 (- 0,8 % en moyenne chaque année contre 0,0 % au niveau national). Les faibles créations d’emplois dans les services marchands (+ 300 emplois) sont loin de compenser les pertes d’emplois dans l’industrie (- 2 400 emplois), dans le secteur de la construction (- 900 emplois) et dans le secteur tertiaire non marchand (- 2 300 emplois).

En conséquence, malgré une faible augmentation de sa population active (+ 0,3 % en moyenne chaque année contre + 0,8 % pour l’ensemble de la région), le marché du travail s’y est nettement dégradé. Le taux de chômage qui s’élevait à 6,4 % de la population active en 2008, atteint 9,7 % en moyenne sur l’année 2013, proche du niveau national (9,9 %). La persistance du chômage pourrait se traduire par une poursuite de la hausse de la pauvreté, que ce soit pour les chômeurs arrivant en fin de droit ou pour les entrants sur le marché du travail qui peinent à s’insérer. Le nombre de bénéficiaires du RSA socle dans la Sarthe a ainsi augmenté de 2,5 % en moyenne chaque année portant à 24 000 le nombre de personnes couvertes pour 11 000 familles bénéficiaires fin 2012.

Figure_1 – La Sarthe, département le plus touché des Pays de la Loire par la montée de la pauvreté - Taux de pauvreté 2006, 2008 et 2011 par département dans la région des Pays de la Loire

La Sarthe, département le plus touché des Pays de la Loire par la montée de la pauvreté - Taux de pauvreté 2006, 2008 et 2011 par département dans la région des Pays de la Loire
Taux de pauvreté en 2011 (en %) Évolution du taux de pauvreté (en points) Niveau de vie mensuel médian des personnes vivant sous le seuil de pauvreté (en €/U.C.)
entre 2006 et 2008 entre 2008 et 2011 entre 2006 et 2011
Loire-Atlantique 10,7 -0,4 +0,6 + 0,2 812
Maine-et-Loire 12,1 -0,5 +0,9 +0,4 815
Mayenne 12,2 -0,7 +0,9 +0,2 820
Sarthe 13,1 -0,3 +1,8 +1,5 802
Vendée 11,0 -0,3 +0,7 +0,3 824
Pays de la Loire 11,6 -0,4 +0,9 +0,5 814
France métropolitaine 14,3 -0,2 +1,2 +1,0 787
Sarthe Familles monoparentales 37,1 +0,1 +3,1 +3,2 nd
Couples sans enfant 5,2 -0,1 -0,4 -0,5 nd
Couples avec enfants 12,0 -1,0 +2,8 +1,8 nd
Personnes seules 17,4 +0,6 -0,5 +0,2 nd
17 ans et moins 19,3 -2,0 +4,0 +2,0 nd
De 18 à 29 ans 15,7 -1,4 +3,0 +1,5 nd
De 30 à 64 ans 11,5 -0,6 +1,5 +1,0 nd
65 ans et plus 7,2 +1,1 -0,9 +0,2 nd
  • nd : non disponible. U.C. : unité de consommation.
  • Sources : Insee-DGFiP, Revenus disponibles localisés 2006, 2008 et 2011.

Un enfant sarthois sur cinq vit dans un ménage pauvre

Dans la Sarthe comme partout en France, la crise a davantage frappé les ménages les plus vulnérables, parmi lesquels les familles monoparentales. Entre 2008 et 2011, le taux de pauvreté a augmenté de 3,1 points pour les personnes vivant dans une famille monoparentale, pour atteindre 37,1 %, un taux très supérieur au niveau régional (32,6 %) et national (31 %). Les écarts avec les autres départements de la région se sont donc amplifiés.

La part de personnes pauvres au sein d’un couple avec enfants est moins élevée (12,0 % en 2011) mais a aussi fortement augmenté depuis 2008 (+ 2,8 points), notamment pour les familles de trois enfants et plus. À l’inverse, la pauvreté a reculé pour les personnes seules et les couples sans enfant (respectivement - 0,5 et - 0,4 point entre 2008 et 2011). Ces deux types de ménage sont particulièrement présents chez les personnes de 65 ans et plus, dont les revenus dépendent surtout du niveau des pensions de retraite. Ces pensions, revalorisées selon l’inflation, ont joué un rôle d’amortisseur.

Dans la Sarthe comme ailleurs, la crise a accentué les inégalités entre les générations. La part des personnes pauvres chez les enfants (17 ans ou moins) a augmenté de 4,0 points entre 2008 et 2011 pour atteindre 19,3 %. Parallèlement, le taux de pauvreté des jeunes âgés de 18 à 29 ans a augmenté de 3,0 points : 15,7 % d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté en 2011. Ce chiffre témoigne de la difficulté des jeunes Sarthois à s’insérer ou à se maintenir dans l’emploi dans un contexte économique particulièrement difficile.

Des territoires marqués par l’augmentation de la précarité, à l’image du Mans

En touchant davantage les populations les plus vulnérables, la crise a globalement renforcé les disparités territoriales. Dans la Sarthe, l’unité urbaine du Mans fait partie des territoires de la région les plus marqués par l’augmentation de la précarité. Les personnes vivant avec un bas revenu (Définitions) y sont plus nombreuses en proportion et leur part dans la population a davantage progressé qu’ailleurs dans la région. En 2011, le revenu fiscal des 10 % les plus modestes s’y élève à 5 600 euros par unité de consommation, contre 7 400 euros en moyenne pour les unités urbaines de plus de 10 000 habitants de la région. Il a diminué de 4,5 % en moyenne chaque année depuis 2008 (- 0,2 % pour l’ensemble des unités urbaines de plus de 10 000 habitants).

La précarité s’est aussi intensifiée dans les autres pôles urbains, à l’image de l’unité urbaine de Sablé-sur-Sarthe. Avec 4 700 euros en 2011, le revenu des 10 % les plus modestes y est le plus faible des unités urbaines de plus de 10 000 habitants des Pays de la Loire, et a subi la baisse la plus importante entre 2008 et 2011 (- 6,9 % en moyenne chaque année). Peu de territoires échappent à l’augmentation de la précarité, notamment dans les territoires ruraux au nord et à l’est du département. Elle est moins prégnante dans la couronne périurbaine du Mans qui abritent des familles d’actifs plus aisés.

Figure_2 – Le Mans et Sablé-sur-Sarthe, deux agglomérations particulièrement impactées par l’augmentation de la précarité - Premier décile de revenus en 2011 et son évolution depuis 2008, pour les unités urbaines de plus de 10 000 habitants

  • Sources : Insee-DGFiP, Revenus fiscaux localisés 2008 et 2011.

Définitions

Le revenu disponible est le revenu fiscal déclaré auquel on ajoute les revenus sociaux non déclarés (minima sociaux, prestations familiales, aides au logement) et duquel on soustrait les impôts directs.

Le niveau de vie s’obtient en divisant le revenu disponible du ménage par le nombre d’unités de consommation.

Le taux de pauvreté correspond à la part de personnes dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. Ce seuil correspond à 60 % du niveau de vie médian, estimé à 977 euros par mois et unité de consommation en 2011 en France métropolitaine.

La proportion de personnes appartenant à un ménage à bas revenus est le nombre de personnes couvertes par un allocataire de la CAF ayant des revenus déclarés par unité de consommation inférieurs au seuil de pauvreté, rapporté à une population « potentiellement éligible » aux prestations de la CAF.

Une unité urbaine est une commune ou un ensemble de communes présentant une zone de bâti continu (pas de coupure de plus de 200 mètres entre deux constructions) qui compte au moins 2 000 habitants.

Pour en savoir plus

Bonnefoy V. et Gicquaud N., Pauvreté dans les Pays de la Loire : la crise accentue les inégalités sociales et territoriales, Insee Pays de la Loire, Étude, n°136, juin 2014.

Gicquaud N. et Seguin S., Ménages modestes et territoires fragiles : premiers touchés par la crise dans les Pays de la Loire, Insee Pays de la Loire, Études, n°103, juin 2012.

Seguin S., Pays de la Loire : moins de pauvreté et d’inégalités qu’ailleurs, malgré des disparités territoriales, Insee Pays de la Loire, Études, n°100, décembre 2011.