L’agriculture en 2010 en France et en EuropeAprès deux années de baisse, les résultats se redressent fortement

Claire Lesdos-Cauhapé, division Agriculture, Insee

En 2010, en France comme dans l’Union européenne à 27, la valeur de la production agricole s’accroît en raison de la hausse des prix, notamment des céréales. Comme, de plus, le prix des consommations intermédiaires diminue, les revenus agricoles se redressent fortement après deux années de recul.

Ainsi, en France, selon les données provisoires les plus récentes, la valeur ajoutée nette au coût des facteurs (ou résultat agricole net) par actif augmente (+ 37,2 % en termes réels) après deux années de fort repli. Depuis 2006, elle fluctue fortement. Sur les dix dernières années, sa progression globale est inférieure à la moyenne des pays européens. Elle est notamment plus faible qu’en Allemagne.

L’excédent du commerce extérieur se redresse pour les produits agricoles, après la baisse particulièrement marquée de 2009 (et sans précédent depuis 2001).

Hausse de la valeur de la production agricole

En 2010, en France, la valeur ajoutée nette au coût des facteurs (ou résultat agricole net) par actif se redresse après deux années très difficiles (graphique 1). La valeur de la production agricole (hors subventions sur les produits) s’accroît en effet de 7,5 % par rapport à 2009 (tableau 1) : + 10,5 % pour la production végétale, + 4,2 % pour la production animale. Pour les productions végétales, la baisse des volumes est plus que compensée par le net redressement des prix ; pour les productions animales, les prix augmentent modérément, mais les volumes progressent également.

Graphique 1 – France : résultat agricole net par actif en termes réels

  • Lecture : en 2010, le résultat agricole net par actif en termes réels en France passe de 76,9 à 105,5 (en indice), soit une hausse de 37,2 % (voir les tableaux 2 et 3).
  • Source : Insee, compte provisoire de l'agriculture arrêté fin mai 2011, base 2005.

Tableau 1 – France : de la production à la valeur ajoutée

France : de la production à la valeur ajoutée
Valeur 2010 (en milliards d'euros) Évolution 2010/2009 (en %)
Volume Prix Valeur
Production hors subventions (a) 65,7 − 2,6 + 10,4 + 7,5
Produits végétaux   39,1 − 5,3 + 16,7 + 10,5
Céréales   10,5 − 6,9 + 46,9 + 36,7
Oléagineux, protéagineux   2,8 − 5,7 + 45,0 + 36,7
Betteraves industrielles   0,8 − 8,3 + 2,2 − 6,2
Autres plantes industrielles1   0,4 + 0,7 − 1,8 − 1,1
Fruits, légumes, pommes de terre   7,8 − 3,4 + 19,7 + 15,7
Vins   9,4 − 5,8 + 4,6 − 1,5
Fourrages, plantes, fleurs   7,3 − 4,5 − 4,9 − 9,2
Produits animaux   23,0 + 1,8  + 2,3 + 4,2
Bétail (bovins, porcins, ovins, caprins, équidés)   10,1 + 1,2 + 1,5 + 2,7
Volailles, œufs   4,1 + 2,8 − 4,6 − 1,9
Lait et autres produits de l'élevage   8,8 + 2,1 + 6,9 + 9,1
Services 2   3,6 − 3,2 + 1,8 − 1,4
Subventions sur les produits (b) 1,2 − 3,3 − 49,8 − 51,5
Production au prix de base 3 (c) = (a) + (b) 66,9 − 2,6 + 8,0 + 5,2
Consommations intermédiaires, dont : (d) 39,7 − 1,8 − 1,5 − 3,3
achats   33,5 − 0,3 − 2,0 − 2,3
Sifim 4   1,0 + 1,6 + 18,7 + 20,6
Valeur ajoutée brute (e) = (c) - (d) 27,2 − 4,1 + 25,8 + 20,7
Consommation de capital fixe 3 (f) 10,8 − 1,3 + 0,9 −  0,5
Valeur ajoutée nette 5 (g) = (e) - (f) 16,4 − 6,7 + 50,4 + 40,4
  • 1. Autres plantes industrielles : tabac, lin textile, houblon, canne à sucre, etc.
  • 2. Services : production des entreprises de travaux agricoles, des coopératives d'utilisation de matériel agricole, services entre agriculteurs, agri-tourisme...
  • 3. Voir définitions.
  • 4. Services d'intermédiation financière indirectement mesurés. Voir définitions.
  • 5. Nette de la consommation de capital fixe.
  • Source : Insee, compte provisoire de l'agriculture arrêté fin mai 2011, base 2005.

Forte remontée des prix des grandes cultures

La production végétale décroît en volume (− 5,3 %). Les récoltes de céréales et d’oléagineux sont inférieures à leur niveau record de 2009 en raison d’une baisse conjuguée des surfaces et des rendements. Les quantités de fruits produites sont en recul par rapport à leur niveau élevé de 2009, favorisé par de bonnes conditions climatiques. Les récoltes de légumes et de pommes de terre se réduisent également. La production de betteraves décroît, les rendements ayant baissé à cause de la sécheresse estivale. Le volume des vins de champagne est en très net repli pour la deuxième année consécutive ; celui des autres vins diminue aussi. En revanche, les récoltes de protéagineux sont très importantes : les surfaces ont été doublées suite aux aides supplémentaires mises en place en 2010.

Le prix de la production végétale (hors subventions sur les produits) s’accroît de 16,7 %. Les prix des céréales remontent fortement en 2010, après avoir baissé en 2008 et 2009. Cette remontée a été déclenchée par la chute des récoltes de blé et d’orge en Russie et en Ukraine ; elle s’est renforcée avec l’annonce de la sécheresse printanière de 2011 dans l’hémisphère nord. Les cours des oléagineux remontent fortement également, conséquence du décalage entre une demande croissante et une offre réduite. Les prix des protéagineux et des pommes de terre augmentent aussi très nettement. Ceux des fruits et légumes se redressent notablement en raison d’une offre limitée. La hausse des prix des vins est plus modérée.

Hausse des prix et des volumes des productions animales

La production animale s’accroît de 1,8 % en volume. Pour le bétail, la progression concerne surtout les bovins. La production de porcins se stabilise. En revanche, celle d’ovins décroît pour la sixième année consécutive. Pour les volailles, la production de poulets continue sa progression tandis que celle de dindes poursuit son déclin. La quantité d’œufs produite se redresse en raison d’un nombre plus élevé de poulettes de ponte mises en place en 2009 et au premier semestre 2010. La collecte de lait augmente après avoir atteint un niveau très bas en 2009.

Le prix de la production animale (hors subventions) est en hausse modérée (+ 2,3 %) en 2010 après une forte baisse en 2009. Les prix des gros bovins et des veaux se redressent à la suite du réajustement de l’offre à la demande. Le prix des ovins continue à croître sous l’effet de la faiblesse de l’offre. Le prix du lait se redresse : la demande est en effet soutenue, alors que le niveau des stocks en beurre et poudre de lait est faible. En revanche, les prix des porcins et des volailles se replient après avoir déjà beaucoup diminué en 2009. Le prix des œufs chute en raison de la progression de l’offre.

Baisse du volume et du prix des intrants

La valeur des consommations intermédiaires continue à diminuer en 2010 (− 3,3 % après − 2,3 % en 2009) sous l’effet d’une baisse conjuguée des volumes et des prix. Premier poste, les dépenses pour l’alimentation animale se stabilisent : la légère hausse des quantités achetées est presque compensée par l’atténuation des prix. Les dépenses pour l’achat d’engrais chutent malgré l’augmentation de 5 % des volumes ; en effet, après deux années de hausse soutenue, les prix diminuent fortement (− 34,1 %). Les achats de produits de protection des cultures baissent notablement, particulièrement en volume pour les fongicides et herbicides. En revanche, la hausse marquée des prix du gaz et des produits pétroliers, notamment celui du fioul domestique, alourdit la facture énergétique.

Le résultat agricole se redresse fortement

Depuis les réformes de 2006, le montant total des subventions à la branche agriculture reste quasiment stable : il passe de 9,7 milliards d’euros en 2009 à 10,0 milliards en 2010. Pour 2010, la baisse des subventions sur les produits décidée lors du Bilan de santé de la politique agricole commune est compensée par la hausse des subventions d’exploitation.

Dans ce compte provisoire de l’agriculture, le résultat agricole net se redresse très nettement en 2010 (+ 35,8 %) (tableau 2), après deux années de baisse (− 13,0 % en 2008 et − 20,3 % en 2009). L’élément déterminant de cette hausse est l’augmentation de la valeur de la production agricole associée à la réduction des charges. Comme l’emploi agricole total diminue de 1,8 %, le résultat agricole net par actif progresse de 38,3 % (tableau 3), soit 37,2 % en termes réels. Au-delà des fluctuations de grande ampleur depuis 2006, son évolution tendancielle reste orientée à la baisse depuis 1998 (graphique 1).

Tableau 2 – France : de la valeur ajoutée au résultat agricole

France : de la valeur ajoutée au résultat agricole
Valeur 2010 (en milliards d'euros) Évolution 2010/2009 (en %)
Valeur ajoutée nette (a) 16,4 + 40,4
Subventions d'exploitation, dont : (b) 8,8 + 21,4
bonifications d'intérêts   0,1 + 11,0
Autres impôts sur la production (c) 1,5 + 0,7
Impôts fonciers   1,0 + 2,1
Autres   0,5 − 1,7
Résultat agricole net (d) = (a) + (b) - (c) 23,7 + 35,8
  • Source : Insee, compte provisoire de l'agriculture arrêté fin mai 2011, base 2005.

Tableau 3 – France : redressement du résultat agricole entre 2009 et 2010

en %
France : redressement du résultat agricole entre 2009 et 2010
Résultat agricole net + 35,8
Résultat agricole net par actif + 38,3
Résultat agricole net par actif en termes réels + 37,2
Évolution du prix du produit intérieur brut + 0,8
Évolution du nombre d'UTA* total − 1,8
  • * Unités de travail annuel (équivalents temps plein de l'agriculture).
  • Source : Insee, compte provisoire de l'agriculture arrêté fin mai 2011, base 2005.

Les échanges extérieurs en produits agroalimentaires remontent

En 2010, l’excédent du commerce extérieur en produits agroalimentaires atteint 7,6 milliards d’euros : 2,3 milliards pour les produits agricoles bruts et 5,3 milliards pour les produits transformés. Après la récession de 2009, il augmente de 2,5 milliards et retrouve un niveau proche de sa moyenne des années 2000, mais pas le niveau exceptionnel atteint en 2007-2008 lors de la précédente flambée des prix agricoles.

Le solde augmente de 0,7 milliard d’euros sur les produits agricoles bruts et de 1,9 milliard sur les produits transformés. L’excédent augmente de façon modérée avec l’Union européenne, mais il gagne plus de 2 milliards d’euros avec les pays tiers, qui ont subi de nombreux aléas climatiques.

Pour les produits agricoles bruts, l’amélioration du solde provient de la forte croissance des exportations (+ 15,7 % en valeur) due pour l’essentiel à l’augmentation des volumes exportés. Les importations progressent peu en volume (+ 1,7 %) mais leur prix croît fortement (+ 10,0 %).

L’excédent augmente principalement pour les produits végétaux (+ 673  millions d’euros), grâce au blé tendre (+ 812 millions). Il augmente également pour les produits animaux (+ 119 millions) grâce aux exportations de gros bovins.

Les exportations de produits transformés progressent davantage (+ 10,6 % en valeur) que les importations (+ 5,5 %). Cette progression des exportations est surtout due à l’augmentation des volumes exportés (+ 10,0 %). Ce sont essentiellement les exportations de boissons alcoolisées qui permettent cette amélioration. La croissance des importations provient principalement de la hausse de leurs prix.

Forte croissance du résultat agricole en Europe

D’après les comptes prévisionnels, dans l’Union européenne à 27 (sources), la valeur de la production agricole hors subventions augmente en 2010 de 4,9 % en termes réels, essentiellement en raison de la hausse des prix, les volumes diminuant de 1,1 %. Pour la production végétale, la croissance de la production (+ 7,4 %) est tirée par l’augmentation (+ 21,5 %) de la valeur de la production de céréales, conséquence de la hausse du prix à la production (+ 27,0 % hors subventions). Les prix des oléagineux et des pommes de terre se sont également fortement accrus (+ 29,0 % et + 18,1 %, respectivement). L’augmentation de la production animale en valeur est plus modeste : + 2,7 % hors subventions, dont + 0,8 % en volume. Tous les prix de production fléchissent, à l’exception de celui du lait (+ 10,5 %) qui se redresse après le bas niveau de 2009.

Les consommations intermédiaires restent globalement stables en volume mais progressent en valeur de 1,1 % (en termes réels) du fait des prix de l'énergie. Cette augmentation nettement plus faible que celle de la production entraîne une croissance du résultat agricole net par actif de l'Union européenne (+ 12,3 % en termes réels), après une baisse de 10,0 % en 2009.

Le résultat agricole net par actif augmente dans 21 des 27 États membres. Les plus fortes hausses sont enregistrées au Danemark, en Estonie et aux Pays-Bas, et les baisses les plus marquées au Royaume-Uni, en Roumanie et en Grèce (entre − 3,5 % et − 6,4 %). Pour les quatre principaux producteurs, l’indicateur progresse en Espagne, Allemagne et France (de + 8,4 %, + 22,4 % et + 34,3 %, respectivement) alors qu’il baisse toujours en Italie (− 2,8 %) (graphique 2), selon les données disponibles fin janvier 2011.

Depuis l’année 2000, dans l’ensemble de l’Union européenne à 27, le résultat agricole net par actif a augmenté de 17,1 % en termes réels (soit + 1,6 % par an en moyenne). Il a progressé dans 19 pays, dont seulement six États de l’ancienne Union européenne à 15. Dans quatre des nouveaux États membres (Estonie, Lettonie, Pologne, Lituanie), il a plus que doublé. Les augmentations dans les nouveaux États membres résultent essentiellement de la forte réduction des effectifs agricoles : − 32,6 % contre − 17,5 % dans l’ancienne Union européenne à 15.

Dans les États de l’ancienne Union européenne à 15, le résultat agricole net par actif n’a augmenté globalement que de 0,4 % depuis 2000, mais avec de fortes disparités. Il a ainsi reculé de plus de 25 % pour quatre d’entre eux (Danemark, Grèce, Italie et Luxembourg). Parallèlement, il a augmenté de plus de 25 % en Allemagne (+ 38,3 %), en Suède (+ 43,2 %) et au Royaume-Uni (+ 71,3 %).

Graphique 2 – Union européenne : résultat agricole net par actif en termes réels

  • Lecture : le résultat agricole net par actif en termes réels augmente en 2010 dans la plupart des pays de l'Union européenne à 27.
  • Source : Eurostat, compte européen de l'agriculture arrêté fin janvier 2011 (pour la France, dans le tableau 3, les données ont été actualisées en mai 2011).

Sources

Comptes européens et comptes français

Ces comptes sont établis selon la méthodologie et les concepts du Système européen des comptes (SEC), mais à des périodes différentes pour la France et les pays européens :

- pour l’Europe (y compris pour la France au sein de l’Union), il s’agit de données prévisionnelles fournies à Eurostat en janvier 2011 par les États membres ;

- pour la France, le compte provisoire 2010 repose sur des informations disponibles en mai 2011, plus complètes que celles des comptes prévisionnels européens.

Définitions

La branche agricole est le regroupement de toutes les unités d’activité économique qui exercent les activités suivantes : culture de végétaux (y compris maraîchage et horticulture), élevage d’animaux, activités de travaux agricoles à façon, chasse et activités annexes. Outre les exploitations agricoles, les unités caractéristiques de la branche comprennent les groupements de producteurs (coopératives) produisant du vin et de l’huile d’olive et les unités spécialisées qui fournissent des machines, du matériel et du personnel pour l’exécution de travaux agricoles à façon.

Les services produits par la branche agricole peuvent l’être à titre principal (entreprises de travaux agricoles, coopératives d’utilisation de matériel agricole...) ou secondaire (services entre agriculteurs, agritourisme...).

La production au prix de base est égale à la production valorisée au prix auquel vend le producteur, plus les subventions sur les produits qu’il perçoit, moins les impôts spécifiques sur les produits qu’il reverse.

Les consommations intermédiaires correspondent aux biens et services qui entrent dans le processus de production. Elles comprennent les services d’intermédiation financière indirectement mesurés (Sifim). Les Sifim représentent la part des services rendus par les intermédiaires financiers qui n’est pas facturée à la clientèle. Pour ces services, les intermédiaires financiers se rémunèrent en prenant une marge de taux d’intérêt sur les dépôts de leurs clients et sur les prêts (crédits) qu’ils leur accordent.

La valeur ajoutée brute est égale à la production valorisée au prix de base dont on retranche les consommations intermédiaires.

Les subventions à l’agriculture comprennent les subventions sur les produits (aides associées à certains types de production), qui ont pour la plupart disparu en 2010, et les subventions d’exploitation, telles que le paiement unique, les aides pour calamités agricoles, les contrats d’agriculture durable...

La consommation de capital fixe mesure la dépréciation annuelle liée à l’usure et à l’obsolescence du capital, lequel est évalué à son coût de remplacement. Elle est évaluée pour l’ensemble des biens de capital fixe de la branche agricole (plantations, matériels et bâtiments) à l’exception des animaux.

Plusieurs indicateurs sont définis à partir des soldes comptables :

- la valeur ajoutée nette est égale à la valeur ajoutée brute diminuée de la consommation de capital fixe ;

- la valeur ajoutée nette au coût des facteurs (ou résultat agricole net) est égale à : valeur ajoutée nette + subventions d’exploitation − autres impôts sur la production dont impôts fonciers. Son évolution peut être rapportée à celle du nombre total d’unités de travail annuel (ou équivalents temps plein) : on obtient ainsi l’évolution du résultat agricole net par actif. Elle est aussi présentée en termes réels.

Les indicateurs de revenu de la France et toutes les données européennes (de la production aux indicateurs de revenu) sont présentés en termes réels : les évolutions à prix courants sont divisées par un indice qui reflète l’évolution générale des prix dans chacun des États membres. Vu les grandeurs considérées, on n’utilise pas l’indice des prix à la consommation, mais l’indice de prix du produit intérieur brut (PIB), qui couvre l’ensemble du champ de l’économie. Ainsi, l’évolution d’un prix ou d’un revenu calculée en termes réels est positive ou négative selon qu’elle est supérieure ou inférieure à l’évolution générale des prix.