Le modèle de simulation macroéconomique Mésange

Le modèle Mésange est un modèle macroéconomique de l’économie française, développé conjointement par l’Insee et la DG Trésor. Il permet notamment d’évaluer l’impact sur l’économie française (PIB, consommation, emploi…) de mesures de politique économique (fiscales, budgétaires…) ou de chocs externes (hausse du prix du pétrole…).

Méthodes
Dernière mise à jour le :05/09/2018

Caractéristiques générales du modèle

Le Modèle Économique de Simulation et d’ANalyse Générale de l’Économie (Mésange) est un modèle macroéconométrique trimestriel de l’économie française, développé en collaboration par l’Insee et la DG Trésor. Il s’agit d’une représentation de l’économie française où les agents économiques (ménages, entreprises, administrations publiques…) sont modélisés dans leurs comportements de consommation, d’investissement, de détermination des prix et des salaires, et dans leurs relations avec le reste du monde (exportations, importations).

Cinq secteurs économiques sont distingués, dont quatre marchands (agriculture et industrie, énergie, services exposés, services abrités) et un secteur non marchand. Cette répartition sectorielle, adaptée aux mutations de l’économie française, est guidée par le degré d’exposition des activités économiques à la concurrence internationale et par l’opportunité d’isoler le secteur énergétique. En outre, le modèle contient deux catégories de salariés : les salariés qualifiés et les salariés peu qualifiés, afin de pouvoir modéliser l’effet de politiques ciblées sur le marché du travail (allègement de cotisations sociales sur les bas salaires par exemple).

L’environnement extérieur est considéré comme donné (prix du pétrole, prix étrangers, demande mondiale adressée à la France, taux de change…) tout comme certaines variables internes à l’économie française (population active, progrès technique…).

Mésange modélise le comportement de l’économie française comme obéissant à court terme à une dynamique keynésienne, où les comportements de demande (consommation, investissement…) sont prédominants. À long terme en revanche, les comportements de demande sont atténués, voire évincés, par des comportements d’offre (ajustement des prix) déterminés selon un cadre théorique sous-jacent au modèle.

Principales utilisations

Les utilisations les plus fréquentes de Mésange sont de deux types :

  • utilisation en « variante », c’est-à-dire l’étude de la réaction du modèle à une modification interne de l’économie française - mesure de politique économique, choc démographique… - ou à une modification externe - hausse du prix du pétrole, appréciation de l’euro… Le modèle fournit alors l’impact macroéconomique de la modification considérée, c’est-à-dire prenant en compte les effets d’entraînement ou de diffusion engendrés. L’impact est évalué sur les agrégats de l’économie française (PIB, consommation des ménages, taux de chômage, balance commerciale…) et à des horizons temporels allant du court terme (trimestre ou année immédiatement après le choc) au long terme (plusieurs années après le choc) ;
  • utilisation « conjoncturelle » pour l’exercice de la prévision : il peut s’agir d’exercices dits « d’inversion » du modèle, consistant à évaluer si un scénario de prévision s’éloigne fortement ou non des comportements modélisés dans Mésange, lesquels sont supposés traduire le comportement moyen de l’économie française sur les dernières décennies. Il peut s’agir également d’exercices de post mortem, visant à analyser a posteriori l’écart entre le scénario de prévision et l’évolution réalisée de l’économie française.

En outre, certaines des équations ou blocs d’équations du modèle peuvent être utilisés au cas par cas pour appuyer des analyses économiques spécifiques (par exemple, l’élasticité moyenne implicite du travail à son coût ou le comportement de consommation énergétique en fonction du prix de l’énergie).

À noter que, comme tout modèle macroéconomique, Mésange ne constitue qu’un outil parmi d’autres de l’analyse économique, et notamment de l’évaluation de la politique économique. En particulier, Mésange ne peut fournir d’impact à un niveau fin de la population des ménages ou des entreprises (impact par décile de revenus, par taille d’entreprise, par zone géographique…). À cet égard, la dimension redistributive des politiques économiques est absente des évaluations effectuées à l’aide de Mésange et, afin d’être appréciée, nécessite de recourir à d’autres outils, par exemple un modèle de microsimulation (Ines, Destinie 2…).

Méthodologie

Dans sa dernière version publiée en mai 2017 (Bardaji et al., 2010), le modèle Mésange s’appuie sur les comptes nationaux trimestriels produits en base 2010 aux prix de l’année précédente chaînés (résultats définitifs du 1er trimestre de 2016). La distinction des salariés selon les qualifiés et les peu qualifiés repose quant à elle sur l’exploitation des déclarations administratives de données sociales (DADS) dans leurs éditions successives.

Le modèle est composé de deux types d’équations : les identités comptables d’une part, qui assurent la cohérence comptable du modèle, et les équations de comportements d’autre part, qui reflètent les hypothèses de modélisation. Parmi ces dernières, les équations dites économétriques modélisent le comportement d’une variable donnée (consommation des ménages, emploi salarié, prix de production…) conformément au cadre théorique de long terme du modèle et de façon à répliquer le mieux possible l’évolution passée de l’économie (coefficients estimés équation par équation, à l’aide des comptes trimestriels et, sauf exception, sur la période 1985T1-2014T4). La stratégie d’estimation consiste à assurer à la fois de bonnes propriétés économétriques pour chaque équation estimée et de bonnes propriétés variantielles pour le modèle dans son ensemble.

Dans l’utilisation en variante du modèle, il s’agit en premier lieu de définir un état de référence du modèle, c’est-à-dire « en l’absence de choc ». Celui-ci est généralement construit comme un état de long terme de l’économie, où toutes les grandeurs en volume de l’économie croissent au même rythme. On applique alors au modèle le choc qu’on souhaite étudier, interne ou externe à l’économie française, et on simule le modèle sur plusieurs trimestres : en réponse au choc, la trajectoire du modèle s’écarte alors du scénario de référence pour donner un scénario « avec choc ». L’impact du choc sur l’économie française consiste à évaluer, pour toute grandeur économique d’intérêt, l’écart entre le scénario avec choc et le scénario en l’absence de choc. Les impacts sont en général fournis en écart relatif par rapport au scénario en l’absence de choc (impact sur le PIB en % du PIB de référence) mais peuvent également l’être en écart absolu (impact sur l’emploi en milliers d’emplois).

Le modèle est mis à jour de façon régulière à travers des exercices de « réestimation » des équations économétriques. La réestimation du modèle est aussi l’occasion d’introduire des nouveautés de modélisation, inspirées par l’actualité du débat économique ou des besoins spécifiques en termes d’évaluation. Depuis sa création en 2002 (Allard-Prigent et al., 2002) sur la base 1995 des comptes trimestriels à prix constants, le modèle Mésange a fait l’objet de trois réestimations : sur la base 2000 des comptes trimestriels à prix constants (Klein et Simon, 2010), sur les comptes trimestriels à prix chaînés de cette même base (Cabannes et al., 2010) et enfin sur les comptes trimestriels à prix chaînés de la base 2010 (Bardaji et al., 2017). La distinction des salariés selon les qualifiés et les peu qualifiés, ainsi que la répartition sectorielle en cinq secteurs, font partie des innovations introduites dans la version de mai 2017 par rapport aux versions précédentes du modèle.

Publications

Pour en savoir plus

Le code source et une documentation du modèle sont mis à disposition dans un dépôt en ligne.