Insee
Insee Flash Auvergne-Rhône-Alpes · Octobre 2026 · n° 173
Insee Flash Auvergne-Rhône-AlpesLes départements de l’ouest plus exposés au risque d’illettrisme et d’innumérisme

Anne-Cécile Argaud, Véronique Domptail (Insee)

Auvergne-Rhône-Alpes est l’une des régions françaises les moins exposées aux facteurs de risque d’illettrisme et d’innumérisme, en raison d’une proportion de personnes non diplômées ou peu diplômées parmi les plus faibles. Pour autant, ces populations encore nombreuses et plus fragiles au regard des compétences de base sont présentes dans chaque département. Elles ont plus souvent un emploi peu qualifié ou sont plus fréquemment à la recherche d’un emploi. L’ouest de la région est davantage concerné, en particulier le département de l’Allier, qui cumule ces deux facteurs de risque.

Insee Flash Auvergne-Rhône-Alpes
No 173
Paru le :Paru le06/10/2026
Les données de l'infographie sont présentes dans l'onglet suivant : Étude
Publication rédigée par :Anne-Cécile Argaud, Véronique Domptail (Insee)

Auvergne-Rhône-Alpes, une région moins exposée aux risques d’illettrisme et d’innumérisme

Éprouver de fortes difficultés avec les compétences de base (pour comprendre) a des conséquences sur la vie quotidienne et l’insertion professionnelle. Ne pas avoir de diplôme ou être peu diplômé (titulaire d’un brevet, d’un CAP ou d’un BEP) sont les deux principaux facteurs identifiés de risque d’illettrisme et d’innumérisme (encadré 1).

Les habitants d’Auvergne-Rhône-Alpes âgés de 18 à 64 ans ayant suivi tout ou partie de leur scolarité en France, désignés sous le terme « ensemble de la population », figurent parmi les moins exposés des régions françaises. En 2022, la région concentre la troisième plus faible part de non­-diplômés (9 %), derrière la Bretagne et l’Île­-de­-France. Elle compte également la deuxième plus faible part de titulaires d’un diplôme inférieur au baccalauréat (31 % des diplômés), après l’Île­-de­-France. Malgré ces plus faibles parts, le nombre de personnes concernées par le risque d’illettrisme et d’innumérisme dans la région est élevé, respectivement 348 000 et 1 106 000 (encadré 2).

Les personnes peu ou pas diplômées plus souvent éloignées de l’emploi

Les personnes peu ou pas diplômées sont plus fréquemment au chômage (selon le recensement de la population, 10 % se déclarent au chômage contre 8 % pour l’ensemble de la population). Elles sont également plus souvent inactives (12 % contre 7 %), particulièrement parmi les non­-diplômés (22 %). Lorsqu’elles sont en emploi, les personnes peu ou pas diplômées occupent davantage des métiers peu qualifiés. Il y a deux fois plus d’ouvriers parmi elles (2,5 fois pour les non­-diplômés), notamment des ouvriers peu qualifiés de type industriel ou qualifiés de type artisanal. Elles travaillent plus régulièrement dans la construction, l’industrie manufacturière, le transport ou l’entreposage. Les peu ou pas diplômés sont aussi plus souvent employés, particulièrement dans la fonction publique, par exemple comme agents de service ou aides-soignants, ou dans les services aux particuliers, comme aides à domicile, assistantes maternelles ou serveurs. Pour ces personnes, les compétences à l’écrit et/ou en calcul sont moins mobilisées dans leur activité professionnelle, ce qui les expose à un risque de désapprentissage progressif.

Les peu ou pas diplômés sont plus âgés : la moitié a entre 50 et 64 ans, contre un tiers pour l’ensemble de la population. Ce sont plus souvent des hommes. Les jeunes générations s’inscrivent dans des scolarités plus diplômantes, et les filières courtes sont plus masculines. Par ailleurs, les peu ou pas diplômés vivent plus souvent hors ménage (casernes, habitations mobiles, etc.) ou seuls, en particulier quand ils n’ont aucun diplôme. Pour eux, le manque de personnes-ressources peut aggraver les conséquences des difficultés liées au déficit de compétences de base.

Cumul des risques dans l’Allier

Au sein de la région, les habitants de l’Allier sont les plus exposés aux facteurs de risque d’illettrisme et d’innumérisme. Le département cumule les plus fortes parts de non­-diplômés (12 %, soit 19 400 personnes) et de peu diplômés (43 % des diplômés, soit 60 000 personnes) (figure 1). À cet égard, il ressemble aux départements voisins de la Nièvre et du Cher.

Figure 1 – Nombre et part de personnes non diplômées par département, en 2022

(en %)
Nombre et part de personnes non diplômées par département, en 2022 ((en %)) - Lecture : En 2022, dans le Rhône, 70 000 personnes n’ont aucun diplôme, soit 8,1 % de la population.
Département Libellé département Nombre de non-diplômés Part de non-diplômés
01 Ain 30 010 9,3
02 Aisne 45 270 17,0
03 Allier 19 400 12,2
04 Alpes-de-Haute-Provence 7 610 9,7
05 Hautes-Alpes 5 290 7,5
06 Alpes-Maritimes 46 760 9,8
07 Ardèche 16 110 9,8
08 Ardennes 21 510 15,8
09 Ariège 7 180 9,5
10 Aube 20 560 13,9
11 Aude 20 860 11,8
12 Aveyron 10 060 7,5
13 Bouches-du-Rhône 103 960 10,9
14 Calvados 41 000 11,9
15 Cantal 6 630 9,2
16 Charente 18 070 10,5
17 Charente-Maritime 32 180 10,0
18 Cher 17 700 12,1
19 Corrèze 10 620 9,2
21 Côte-d'Or 24 390 9,4
22 Côtes-d'Armor 21 850 7,5
23 Creuse 5 630 10,3
24 Dordogne 21 400 10,9
25 Doubs 27 570 10,5
26 Drôme 26 530 10,5
27 Eure 41 960 13,7
28 Eure-et-Loir 26 700 12,6
29 Finistère 28 090 6,1
2A Corse-du-Sud 6 980 8,6
2B Haute-Corse 9 630 11,0
30 Gard 42 480 11,7
31 Haute-Garonne 44 560 6,4
32 Gers 8 200 9,0
33 Gironde 69 550 8,5
34 Hérault 55 300 9,9
35 Ille-et-Vilaine 36 830 6,7
36 Indre 13 580 13,1
37 Indre-et-Loire 26 170 8,9
38 Isère 56 380 9,1
39 Jura 13 540 10,6
40 Landes 18 800 8,7
41 Loir-et-Cher 18 910 12,0
42 Loire 38 170 10,7
43 Haute-Loire 9 950 8,7
44 Loire-Atlantique 48 530 6,6
45 Loiret 35 820 11,2
46 Lot 7 400 9,0
47 Lot-et-Garonne 16 550 10,9
48 Lozère 3 470 9,3
49 Maine-et-Loire 42 290 10,4
50 Manche 28 400 11,4
51 Marne 35 430 12,9
52 Haute-Marne 12 560 14,6
53 Mayenne 16 430 10,9
54 Meurthe-et-Moselle 37 240 10,7
55 Meuse 12 050 13,1
56 Morbihan 26 680 7,0
57 Moselle 57 750 11,1
58 Nièvre 12 230 12,9
59 Nord 171 670 13,3
60 Oise 56 230 13,6
61 Orne 19 120 14,4
62 Pas-de-Calais 106 660 13,9
63 Puy-de-Dôme 27 950 8,7
64 Pyrénées-Atlantiques 22 960 6,7
65 Hautes-Pyrénées 10 120 9,1
66 Pyrénées-Orientales 27 860 12,4
67 Bas-Rhin 53 710 9,7
68 Haut-Rhin 39 790 10,7
69 Rhône 70 010 8,1
70 Haute-Saône 15 860 13,3
71 Saône-et-Loire 30 750 11,6
72 Sarthe 33 990 12,3
73 Savoie 16 170 7,3
74 Haute-Savoie 31 100 7,4
75 Paris 39 640 4,3
76 Seine-Maritime 80 890 13,1
77 Seine-et-Marne 68 420 10,2
78 Yvelines 44 840 6,9
79 Deux-Sèvres 18 520 9,9
80 Somme 43 910 15,4
81 Tarn 18 790 9,9
82 Tarn-et-Garonne 14 330 11,3
83 Var 53 170 10,1
84 Vaucluse 31 640 11,9
85 Vendée 32 430 9,2
86 Vienne 19 620 9,5
87 Haute-Vienne 15 570 9,1
88 Vosges 24 330 13,4
89 Yonne 23 520 14,7
90 Territoire de Belfort 8 170 12,2
91 Essonne 49 730 8,7
92 Hauts-de-Seine 41 170 5,8
93 Seine-Saint-Denis 75 470 12,7
94 Val-de-Marne 48 000 8,3
95 Val-d'Oise 54 920 10,4
  • Lecture : En 2022, dans le Rhône, 70 000 personnes n’ont aucun diplôme, soit 8,1 % de la population.
  • Champ : Personnes âgées de 18 à 64 ans, ayant suivi tout ou partie de leur scolarité en France.
  • Source : Insee, Recensement de la population 2022.

Figure 1 – Nombre et part de personnes non diplômées par département, en 2022

  • Lecture : En 2022, dans le Rhône, 70 000 personnes n’ont aucun diplôme, soit 8,1 % de la population.
  • Champ : Personnes âgées de 18 à 64 ans, ayant suivi tout ou partie de leur scolarité en France.
  • Source : Insee, Recensement de la population 2022.

Les personnes peu ou pas diplômées de l’Allier sont plus souvent masculines et âgées que l’ensemble de la population du département. Néanmoins, ces écarts sont moins marqués que dans les autres départements régionaux. De même, l’écart entre la part des ouvriers parmi les peu ou pas diplômés en emploi et leur part dans l’ensemble de la population en emploi est le deuxième plus faible de la région (figure 2). Les ouvriers sont cependant davantage présents dans l’ensemble de la population, tout comme les chômeurs et les inactifs. Dans ce contexte, où l’insertion sur le marché du travail est complexe, la pauvreté est importante.

Figure 2 – Surreprésentation des ouvriers dans la population peu ou pas diplômée en emploi par rapport à l’ensemble de la population, par département, en 2022

(en points)
Surreprésentation des ouvriers dans la population peu ou pas diplômée en emploi par rapport à l’ensemble de la population, par département, en 2022 ((en points)) - Lecture : Dans le Rhône, la part des ouvriers dans la population peu ou pas diplômée (33,3 %) est supérieure de 20,9 points à leur part dans l’ensemble de la population.
Zone de résidence Écart entre la part des ouvriers dans la population en emploi et celle dans la population peu ou pas diplômée en emploi
Rhône 20,9
Isère 19,6
Puy-de-Dôme 19,3
Auvergne-Rhône-Alpes 19,2
France hors Mayotte 19,0
Ain 18,9
Haute-Savoie 18,6
Loire 18,3
Drôme 18,0
Savoie 17,4
Haute-Loire 16,8
Ardèche 16,7
Allier 15,8
Cantal 13,7
  • Lecture : Dans le Rhône, la part des ouvriers dans la population peu ou pas diplômée (33,3 %) est supérieure de 20,9 points à leur part dans l’ensemble de la population.
  • Champ : Personnes de 18 à 64 ans en emploi, ayant suivi tout ou partie de leur scolarité en France.
  • Source : Insee, Recensement de la population 2022.

Figure 2 – Surreprésentation des ouvriers dans la population peu ou pas diplômée en emploi par rapport à l’ensemble de la population, par département, en 2022

  • Lecture : Dans le Rhône, la part des ouvriers dans la population peu ou pas diplômée (33,3 %) est supérieure de 20,9 points à leur part dans l’ensemble de la population.
  • Champ : Personnes de 18 à 64 ans en emploi, ayant suivi tout ou partie de leur scolarité en France.
  • Source : Insee, Recensement de la population 2022.

Une part élevée de personnes non diplômées dans la Loire, la Drôme et l’Ardèche

Une part élevée de personnes non diplômées (entre 10 % et 11 %) expose également la Loire, l’Ardèche et la Drôme au risque d’illettrisme et d’innumérisme. Les deux premiers départements cités ont aussi une proportion importante de peu diplômés, bien que celle-ci soit inférieure à celle de l’Allier. Dans la Loire, la surreprésentation des chômeurs et des inactifs est marquée parmi les 152 900 personnes peu ou pas diplômées (figure 3). L’écart est moindre pour les ouvriers, même si leur part parmi les peu ou pas diplômés est la plus forte des départements de la région, avec des répercussions sur la pauvreté. En Ardèche, la situation d’emploi et la catégorie socioprofessionnelle des 71 700 personnes peu ou pas diplômées sont plus proches de celles de l’ensemble de la population.

Figure 3 – Surreprésentation des chômeurs dans la population peu ou pas diplômée par rapport à l’ensemble de la population, par département, en 2022

(en points)
Surreprésentation des chômeurs dans la population peu ou pas diplômée par rapport à l’ensemble de la population, par département, en 2022 ((en points)) - Lecture : Dans le Rhône, la part des chômeurs dans la population peu ou pas diplômée est supérieure de 3,4 points à leur part dans l'ensemble de la population.
Zone de résidence Écart entre la part des chômeurs dans la population totale et celle dans la population peu ou pas diplômée
Rhône 3,4
France hors Mayotte 2,7
Loire 2,6
Isère 2,5
Allier 2,5
Drôme 2,4
Auvergne-Rhône-Alpes 2,4
Puy-de-Dôme 2,3
Ain 2,1
Haute-Savoie 1,8
Haute-Loire 1,8
Ardèche 1,7
Savoie 1,4
Cantal 1,2
  • Lecture : Dans le Rhône, la part des chômeurs dans la population peu ou pas diplômée est supérieure de 3,4 points à leur part dans l'ensemble de la population.
  • Champ : Personnes âgées de 18 à 64 ans, ayant suivi tout ou partie de leur scolarité en France.
  • Source : Insee, Recensement de la population 2022.

Figure 3 – Surreprésentation des chômeurs dans la population peu ou pas diplômée par rapport à l’ensemble de la population, par département, en 2022

  • Lecture : Dans le Rhône, la part des chômeurs dans la population peu ou pas diplômée est supérieure de 3,4 points à leur part dans l'ensemble de la population.
  • Champ : Personnes âgées de 18 à 64 ans, ayant suivi tout ou partie de leur scolarité en France.
  • Source : Insee, Recensement de la population 2022.

Une part élevée de personnes peu diplômées dans le Cantal et la Haute-Loire

Le Cantal et la Haute-Loire sont également exposés au risque d’illettrisme et d’innumérisme, en raison d’un nombre important de personnes peu diplômées (respectivement 27 000 et 39 800 personnes). Dans le Cantal, la situation d’emploi et la catégorie socioprofessionnelle des personnes peu ou pas diplômées sont toutefois plus proches de celles de l’ensemble de la population qu’ailleurs.

Dans les autres départements de la région, où les facteurs de risque sont en moyenne moins présents, certains territoires restent exposés au risque d’illettrisme et d’innumérisme. Malgré des proportions plus faibles, le Rhône compte le plus grand nombre de résidents peu ou pas diplômés (254 500, dont 170 250 dans la Métropole de Lyon), devant l’Isère (224 400). Certaines intercommunalités présentent, quant à elles, une part importante de personnes peu ou pas diplômées, comme celles du Haut­-Bugey dans l’Ain, de Thiers Dore et Montagne dans le Puy-de-Dôme, de Cluses-Arve et Montagnes en Haute­-Savoie et de Porte de Maurienne en Savoie.

Encadré 1 - Les facteurs de risque au regard de l’illettrisme et de l’innumérisme

En 2022, en France, 11 % des 18-64 ans ayant suivi tout ou partie de leur scolarité en France (soit 3,7 millions de personnes) éprouvent de fortes difficultés avec les compétences de base. Ils sont 38 % parmi les non­-diplômés, faisant de ce critère le premier facteur de risque. Les personnes ayant suivi un cursus d’études court ont également une maîtrise plus fragile des compétences de base : 16 % d’entre elles rencontrent de fortes difficultés, contre 3 % des diplômés du supérieur. Une scolarité débutée à l’étranger et un âge élevé peuvent aussi contribuer à ces difficultés.

Encadré 2 - Le mot du partenaire

L’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) vise l’accès de tous aux compétences de base (lire, écrire, compter, utiliser les outils numériques). Pour renforcer les synergies, l’État, l’ANLCI et le Conseil régional déploient une feuille de route régionale 2025-2027 à travers 15 actions prioritaires pour mieux repérer et accompagner les personnes. Dans les territoires les plus à risque, les principaux enjeux sont :

  • Consolider les compétences de base des personnes peu ou pas diplômées, notamment des jeunes et des personnes en emploi : la maîtrise de ces compétences est un prérequis indispensable à leur évolution professionnelle et au développement économique du territoire.
  • Favoriser des actions dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), où les risques d’illettrisme sont majorés.

Agence nationale de lutte contre l’illettrisme

Publication rédigée par :Anne-Cécile Argaud, Véronique Domptail (Insee)

Pour comprendre

Le volet « compétences » de l’enquête Formation tout au long de la vie (FLV) 2022 permet d’évaluer les compétences de base des adultes de 18 à 64 ans en littératie et numératie, à l’échelle nationale. Les personnes éprouvent de fortes difficultés avec les compétences de base quand, après avoir été scolarisées en France, elles ne maîtrisent pas la lecture ou l’écriture (illettrisme) ou les compétences en calcul (innumérisme), c’est-à-dire lorsqu’elles ont obtenu moins de 60 % de réussite lors des mises en situation dans au moins un des quatre domaines (lire, écrire, comprendre, compter).

Le recensement de la population 2022 est mobilisé pour identifier les territoires où les facteurs de risque au regard de l’illettrisme et de l’innumérisme sont les plus présents et caractériser les personnes peu ou pas diplômées.

Publication rédigée par :Anne-Cécile Argaud, Véronique Domptail (Insee)

Pour en savoir plus

(1) Retrouvez davantage de données associées à cette publication en téléchargement.

(2) Pilorge C., « Les difficultés à l’écrit ou en calcul pénalisent l’insertion professionnelle, surtout celle des femmes et des peu ou pas diplômés », Insee Première no 2080, octobre 2025.

(3) Bernert E., Allesiardi F. (Observatoire de l’illettrisme et de l’illectronisme de l’ANLCI), « Ouvrir dans un nouvel onglet100 fiches départementales pour localiser les risques d’illettrisme et cibler l’action », avril 2026.