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Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté · Avril 2026 · n° 137
Insee Analyses Bourgogne-Franche-ComtéPrès de 20 000 seniors supplémentaires en perte d’autonomie d’ici 2055

Marie Léger, Dimitri Szempruch (Insee), Didier Carel, Nadia Mainy (Agence régionale de santé Bourgogne-Franche-Comté)

En Bourgogne-Franche-Comté, 97 600 personnes de 60 ans ou plus sont en situation de perte d'autonomie en 2021, soit plus de 11 % des seniors. Ce nombre pourrait atteindre 121 000 en 2044, puis 117 000 en 2055, soit une hausse d’environ 20 % d’ici 30 ans. Déjà relativement âgée, la région connaîtrait une augmentation inférieure à celle des autres régions françaises. Les femmes sont plus concernées par la perte d’autonomie que les hommes. L’offre d’établissements pour personnes âgées est supérieure à la moyenne nationale, mais reste inégale sur le territoire. La croissance du nombre de seniors en perte d’autonomie pourraient les confronter à des difficultés de recrutement accrues. À l’horizon 2055, si le nombre de lits en établissements restait le même, 81 400 seniors en perte d’autonomie vivraient à domicile, dont 14 400 en perte sévère.

Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté
No 137
Paru le :Paru le30/04/2026
Les données de l'infographie sont présentes dans l'onglet suivant : Étude
Publication rédigée par :Marie Léger, Dimitri Szempruch (Insee), Didier Carel, Nadia Mainy (Agence régionale de santé Bourgogne-Franche-Comté)

Trois habitants sur dix ont 60 ans ou plus

En 2022, 860 000 seniors résident en Bourgogne-Franche-Comté. Ainsi, trois habitants sur dix ont 60 ans ou plus. La région figure parmi les territoires les plus âgés de France métropolitaine, conséquence d’une transition démographique engagée depuis plus de quarante ans. Parmi ces seniors, 11,4 % se trouvent en situation de , soit 97 600 personnes.

Or, la perte d’autonomie augmente fortement avec l’âge : elle concerne 42 % de la population de 85 ans ou plus. Ainsi, la poursuite du vieillissement de la population devrait entraîner une hausse significative du nombre de personnes âgées dépendantes, avec des conséquences majeures sur les besoins d’accompagnement, de soins et de services à domicile.

Face à ce défi, les politiques publiques privilégient le maintien à domicile et l’adaptation de l’offre d’accompagnement. Cette orientation est notamment portée par la loi de 2015 relative à l’adaptation de la société au vieillissement, qui renforce l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA), soutient les aidants et vise une meilleure adéquation des services aux besoins des personnes âgées.

En 2055, la perte d’autonomie toucherait 117 000 seniors

En Bourgogne-Franche-Comté, si les tendances démographiques récentes se poursuivent, le nombre de seniors en perte d’autonomie augmenterait d’ici 2055 (figure 1), quelles que soient les hypothèses d’évolution de l’état de santé retenues (pour comprendre). À cet horizon, la région pourrait compter entre 107 000 et 130 000 personnes âgées en perte d’autonomie.

Figure 1Projections du nombre de seniors en perte d’autonomie selon différents scénarios à l’horizon 2055

Projections du nombre de seniors en perte d’autonomie selon différents scénarios à l’horizon 2055
Hypothèse d’évolution de l’état de santé Nombre de seniors 2021 2044 2055
Hypothèse pessimiste En perte d’autonomie 97 600 129 400 130 000
dont sévère 32 100 44 900 45 600
Hypothèse intermédiaire En perte d’autonomie 97 600 121 000 117 000
dont sévère 32 100 42 100 41 100
Hypothèse optimiste En perte d’autonomie 97 600 114 500 106 800
dont sévère 32 100 35 600 31 200
  • Sources : Insee, projections Omphale 2022 ; Drees, enquêtes EHPA 2019, BADIANE 2019 et 2021, Autonomie Ménages 2022 et VQS 2021 (scénario démographique central).

Le scénario intermédiaire, fondé sur la poursuite de l’amélioration de l’état de santé et retenu pour la suite de cette publication, conduit à retenir un effectif d'environ 117 000 personnes âgées en perte d’autonomie, soit 19 400 personnes supplémentaires (+20 %) par rapport à 2021. Ce scénario souligne la nécessité de mobiliser des moyens supplémentaires pour anticiper les tensions futures sur les différents dispositifs de soutien et les métiers d’aide envers les personnes âgées.

La poursuite de l’amélioration de l’état de santé permettrait de retarder la perte d’autonomie

L’augmentation attendue de 19 400 personnes âgées en perte d’autonomie à l’horizon 2055 s’expliquerait par trois effets (figure 2).

Figure 2Contributions des différents effets à la projection du nombre de personnes âgées en perte d’autonomie à l’horizon 2055

Contributions des différents effets à la projection du nombre de personnes âgées en perte d’autonomie à l’horizon 2055 - Lecture : Entre 2021 et 2055, le nombre de personnes âgées en perte d’autonomie augmenteraient de 19 400 : 10 400 s’expliqueraient pas la croissance démographique, 37 000 par le vieillissement de la population âgée et l’amélioration de l’état de santé réduirait de 28 000 ce nombre.
Période Évolution du nombre de personnes âgées en perte d’autonomie Effet dû à l’évolution du nombre de seniors Effet dû au vieillissement de la population de seniors Effet dû à l’évolution de la perte d’autonomie
2021 à 2055 +19 400 +10 400 +37 000 -28 000
2021 à 2044 +23 500 +12 800 +28 100 -17 400
2044 à 2055 -4 100 -2 400 +8 900 -10 600
  • Lecture : Entre 2021 et 2055, le nombre de personnes âgées en perte d’autonomie augmenteraient de 19 400 : 10 400 s’expliqueraient pas la croissance démographique, 37 000 par le vieillissement de la population âgée et l’amélioration de l’état de santé réduirait de 28 000 ce nombre.
  • Sources : Insee, projections Omphale 2022 ; Drees, enquêtes EHPA 2019, BADIANE 2019 et 2021, Autonomie Ménages 2022 et VQS 2021 (scénario démographique central et hypothèse intermédiaire de perte d’autonomie).

Figure 2Contributions des différents effets à la projection du nombre de personnes âgées en perte d’autonomie à l’horizon 2055

  • Lecture : Entre 2021 et 2055, le nombre de personnes âgées en perte d’autonomie augmenteraient de 19 400 : 10 400 s’expliqueraient pas la croissance démographique, 37 000 par le vieillissement de la population âgée et l’amélioration de l’état de santé réduirait de 28 000 ce nombre.
  • Sources : Insee, projections Omphale 2022 ; Drees, enquêtes EHPA 2019, BADIANE 2019 et 2021, Autonomie Ménages 2022 et VQS 2021 (scénario démographique central et hypothèse intermédiaire de perte d’autonomie).

D’abord, environ 10 400 personnes supplémentaires en perte d’autonomie s’expliqueraient par la seule progression du nombre de personnes âgées de 60 ans ou plus, qui passerait de 856 000 en 2021 à 950 000 en 2055 (+11 %).

Ensuite, environ 37 000 personnes supplémentaires seraient dues au vieillissement de la population âgée. L’âge moyen des personnes de 60 ans ou plus passerait de 72,7 ans en 2021 à 74,8 ans en 2055. Cette hausse de l’âge moyen est liée à l’arrivée des baby-boomers dans les tranches d’âge les plus élevées et à la baisse de la natalité après 1974.

Enfin, l’amélioration de l’état de santé des seniors, évitant à près de 28 000 personnes de basculer dans la perte d’autonomie, compenserait partiellement ces deux premiers effets.

Le pic du nombre de seniors en perte d’autonomie serait atteint en 2044

L’évolution du nombre de seniors en perte d’autonomie en Bourgogne-Franche-Comté se déroulerait en deux phases. Entre 2021 et 2044, il progresserait en moyenne de 0,9 % par an. L'augmentation serait plus forte pour les personnes âgées de 75 à 84 ans (+1,1 % par an) et encore plus rapide pour celles de 85 ans ou plus (+1,7 %). Ces hausses s’expliqueraient principalement par l’arrivée progressive aux âges élevés des générations nombreuses du baby-boom, combinée à la dégradation progressive de l’état de santé liée à l’avancée en âge, augmentant les limitations fonctionnelles, physiques ou cognitives.

À partir de 2044, la tendance s’inverserait légèrement. Entre 2044 et 2055, le nombre total de seniors en perte d’autonomie diminuerait en moyenne de 0,3 % par an. Ce recul s’expliquerait par des générations moins nombreuses arrivant à 60 ans ou plus et par une amélioration de leur état de santé, retardant l’entrée en dépendance des personnes âgées de 60 à 74 ans et de 75 à 84 ans (respectivement -1,4 % et -1,0 % par an). En revanche, le nombre de seniors très âgés (85 ans ou plus) en perte d’autonomie continuerait d’augmenter, mais à un rythme plus modéré, +0,3 % par an (figure 3).

Figure 3Projections du nombre de seniors en perte d’autonomie par tranche d’âge à l’horizon 2055

Projections du nombre de seniors en perte d’autonomie par tranche d’âge à l’horizon 2055
Année 60 à 74 ans 75 à 84 ans 85 ans ou plus
2021 24 500 25 900 47 200
2022 24 300 26 200 47 400
2023 24 000 26 900 47 700
2024 23 700 27 700 48 000
2025 23 500 28 500 48 200
2026 23 200 29 700 48 200
2027 23 000 31 200 47 900
2028 22 800 32 400 48 000
2029 22 600 33 600 48 200
2030 22 400 34 800 48 500
2031 22 300 36 100 49 000
2032 22 200 36 000 50 800
2033 22 000 35 700 52 900
2034 21 800 35 200 55 200
2035 21 500 34 900 57 400
2036 21 200 34 400 59 600
2037 20 800 34 200 61 400
2038 20 500 34 000 63 100
2039 20 200 33 900 64 500
2040 19 800 33 800 65 800
2041 19 500 33 700 66 900
2042 19 300 33 600 67 800
2043 19 100 33 400 68 500
2044 18 700 33 300 69 000
2045 18 500 33 100 69 400
2046 18 200 32 900 69 700
2047 17 800 32 900 69 900
2048 17 500 32 800 70 000
2049 17 100 32 500 70 200
2050 16 900 32 100 70 500
2051 16 700 31 600 70 700
2052 16 600 31 000 70 900
2053 16 500 30 600 71 000
2054 16 300 30 200 71 100
2055 16 100 29 700 71 200
  • Sources : Insee, projections Omphale 2022 ; Drees, enquêtes EHPA 2019, BADIANE 2019 et 2021, Autonomie Ménages 2022 et VQS 2021 (scénario démographique central et hypothèse intermédiaire de perte d’autonomie).

Figure 3Projections du nombre de seniors en perte d’autonomie par tranche d’âge à l’horizon 2055

  • Sources : Insee, projections Omphale 2022 ; Drees, enquêtes EHPA 2019, BADIANE 2019 et 2021, Autonomie Ménages 2022 et VQS 2021 (scénario démographique central et hypothèse intermédiaire de perte d’autonomie).

Le nombre de seniors en perte d’autonomie en Bourgogne-Franche-Comté atteindrait ainsi un maximum en 2044, avec près de 121 000 personnes. Toutefois, ce pic ne surviendrait pas la même année dans chacun des départements de la région, en raison de structures démographiques et de rythmes de vieillissement différents (figure 4). La Nièvre, territoire où la population est déjà très âgée aujourd’hui, ferait ainsi partie des départements français où le pic du nombre de seniors en perte d’autonomie serait atteint le plus tôt (2041). Le vieillissement de sa population progresserait donc moins fortement dans les prochaines années. À l’inverse le Jura atteindrait son pic sept ans plus tard, en 2048.

Figure 4Année où l’effectif maximal de seniors en perte d'autonomie serait atteint

Année où l’effectif maximal de seniors en perte d'autonomie serait atteint
Code Département Année de pic
01 Ain 2070
02 Aisne 2043
03 Allier 2043
04 Alpes-de-Haute-Provence 2049
05 Hautes-Alpes 2051
06 Alpes-Maritimes 2046
07 Ardèche 2055
08 Ardennes 2043
09 Ariège 2053
10 Aube 2044
11 Aude 2056
12 Aveyron 2051
13 Bouches-du-Rhône 2047
14 Calvados 2045
15 Cantal 2045
16 Charente 2046
17 Charente-Maritime 2057
18 Cher 2042
19 Corrèze 2045
2A Corse-du-Sud 2064
2B Haute-Corse 2070
21 Côte-d'Or 2046
22 Côtes-d'Armor 2051
23 Creuse 2043
24 Dordogne 2048
25 Doubs 2045
26 Drôme 2058
27 Eure 2047
28 Eure-et-Loir 2046
29 Finistère 2048
30 Gard 2051
31 Haute-Garonne 2070
32 Gers 2053
33 Gironde 2070
34 Hérault 2070
35 Ille-et-Vilaine 2070
36 Indre 2043
37 Indre-et-Loire 2046
38 Isère 2059
39 Jura 2048
40 Landes 2063
41 Loir-et-Cher 2044
42 Loire 2045
43 Haute-Loire 2048
44 Loire-Atlantique 2070
45 Loiret 2047
46 Lot 2048
47 Lot-et-Garonne 2048
48 Lozère 2049
49 Maine-et-Loire 2057
50 Manche 2047
51 Marne 2042
52 Haute-Marne 2043
53 Mayenne 2050
54 Meurthe-et-Moselle 2045
55 Meuse 2043
56 Morbihan 2059
57 Moselle 2046
58 Nièvre 2041
59 Nord 2044
60 Oise 2048
61 Orne 2044
62 Pas-de-Calais 2043
63 Puy-de-Dôme 2044
64 Pyrénées-Atlantiques 2057
65 Hautes-Pyrénées 2047
66 Pyrénées-Orientales 2056
67 Bas-Rhin 2051
68 Haut-Rhin 2053
69 Rhône 2070
70 Haute-Saône 2043
71 Saône-et-Loire 2043
72 Sarthe 2046
73 Savoie 2060
74 Haute-Savoie 2070
75 Paris 2043
76 Seine-Maritime 2044
77 Seine-et-Marne 2070
78 Yvelines 2061
79 Deux-Sèvres 2050
80 Somme 2044
81 Tarn 2056
82 Tarn-et-Garonne 2062
83 Var 2056
84 Vaucluse 2048
85 Vendée 2063
86 Vienne 2047
87 Haute-Vienne 2043
88 Vosges 2043
89 Yonne 2043
90 Territoire de Belfort 2043
91 Essonne 2057
92 Hauts-de-Seine 2057
93 Seine-Saint-Denis 2062
94 Val-de-Marne 2059
95 Val-d'Oise 2070
971 Guadeloupe 2050
972 Martinique 2049
973 Guyane 2070
974 La Réunion 2057
976 Mayotte 2070
  • Sources : Insee, projections Omphale 2022 ; Drees, enquêtes EHPA 2019, BADIANE 2019 et 2021, Autonomie Ménages 2022 et VQS 2021 (scénario démographique central et hypothèse intermédiaire de perte d’autonomie).

Figure 4Année où l’effectif maximal de seniors en perte d'autonomie serait atteint

  • Sources : Insee, projections Omphale 2022 ; Drees, enquêtes EHPA 2019, BADIANE 2019 et 2021, Autonomie Ménages 2022 et VQS 2021 (scénario démographique central et hypothèse intermédiaire de perte d’autonomie).

La hausse la moins forte des régions françaises

En Bourgogne-Franche-Comté, l’augmentation projetée du nombre de personnes âgées en perte d’autonomie (+20 %) serait la moins forte de France, inférieure de 15 points à la moyenne métropolitaine. Cette situation s’explique par une population d’ores et déjà plus âgée que la moyenne. En 2021, 30 % des habitants avaient 60 ans ou plus, contre 27 % en France métropolitaine. Par ailleurs, la Bourgogne-Franche-Comté connaîtrait une baisse démographique importante, alors que la population nationale continuerait de progresser. L’espérance de vie pourrait rester, comme aujourd’hui, légèrement inférieure à la moyenne française, limitant le nombre de personnes très âgées. Enfin, si la région attire des retraités, ces flux demeurent modestes comparativement aux régions du sud ou de l’ouest de la France.

Parmi les seniors en perte d’autonomie, la part de personnes en situation de augmenterait davantage. En 2055, environ 9  000 seniors supplémentaires seraient concernés, soit une hausse de 28 % par rapport à 2021. Toutefois, cette progression resterait également inférieure à la moyenne nationale (+44 %) en raison d’une augmentation plus modérée du nombre de personnes de 85 ans ou plus, tranche d’âge la plus exposée à ce niveau de dépendance.

Les femmes sont plus concernées par la perte d’autonomie

Les deux tiers des personnes âgées en perte d’autonomie sont des femmes, et leur nombre passerait de 63 700 en 2021 à 77 000 en 2055. Elles sont plus nombreuses pour deux raisons.

D’abord, elles ont tendance à vivre plus longtemps que les hommes. En 2055, leur espérance de vie à 60 ans atteindrait environ 29,6 ans, contre 27,1 ans pour les hommes. Même si l’écart d’espérance de vie entre les sexes tendrait à se réduire, les femmes demeureraient surreprésentées aux âges très élevés où le risque de perte d’autonomie est le plus marqué.

Par ailleurs, à âge égal, elles sont davantage touchées par la perte d’autonomie. Avec l’avancée en âge, les femmes vivent plus souvent seules que les hommes, une situation pouvant renforcer leur vulnérabilité. Cela constitue un enjeu important pour les proches aidants, notamment lorsque l’accompagnement repose sur l’entourage. Cette surreprésentation des femmes se traduit aussi par une fréquence plus élevée de situations de perte d’autonomie reconnues par l’APA. Fin 2022, en France, 14 % d’entre elles perçoivent cette allocation entre 80 et 84 ans, 27 % entre 85 et 89 ans et 54 % après 90 ans, contre respectivement 9 %, 18 % et 42 % des hommes.

Par ailleurs, l’allongement de la durée de vie en couple devrait également accroître les situations d’accompagnement à domicile entre conjoints.

Sept seniors en perte d’autonomie sur dix résideraient à domicile à l’horizon 2055

Le maintien à domicile constitue à la fois le mode de vie privilégié des personnes âgées, aussi longtemps que leur état de santé le permet, et une priorité des politiques publiques, notamment à travers le plan « Vieillir chez soi » (2021-2027). Ce dernier soutient l’adaptation des logements, le développement des services de proximité et la diversification des formes d’habitat. La vie à domicile resterait majoritaire à l’horizon 2055 : elle concernerait 81 400 personnes en perte d’autonomie, soit 70 % des seniors concernés, dont 14 400 en perte sévère (figure 5).

Figure 5Répartition et évolution des seniors en perte d’autonomie en 2021 et 2055

Répartition et évolution des seniors en perte d’autonomie en 2021 et 2055 - Lecture : Chaque rond représente 1 000 personnes. En 2055, 67 000 personnes en perte d’autonomie modérée vivraient à domicile, elles seraient 27 % de plus qu’en 2021.
Perte d’autonomie Lieu Année Évolution en 2055 par rapport à 2021 (en %)
2021 2055
Modérée Domicile 52 700 67 000 27
Établissements 12 800 8 900 -30
Sévère Domicile 11 800 14 400 22
Établissements 20 300 26 700 32
  • Lecture : Chaque rond représente 1 000 personnes. En 2055, 67 000 personnes en perte d’autonomie modérée vivraient à domicile, elles seraient 27 % de plus qu’en 2021.
  • Sources : Insee, projections Omphale 2022 ; Drees, enquêtes EHPA 2019, BADIANE 2019 et 2021, Autonomie-Ménages 2022 et VQS 2021 (scénario démographique central et hypothèse intermédiaire de perte d’autonomie).

Figure 5Répartition et évolution des seniors en perte d’autonomie en 2021 et 2055

  • Lecture : Chaque rond représente 1 000 personnes. En 2055, 67 000 personnes en perte d’autonomie modérée vivraient à domicile, elles seraient 27 % de plus qu’en 2021.
  • Sources : Insee, projections Omphale 2022 ; Drees, enquêtes EHPA 2019, BADIANE 2019 et 2021, Autonomie-Ménages 2022 et VQS 2021 (scénario démographique central et hypothèse intermédiaire de perte d’autonomie).

Le vieillissement entraînerait donc une hausse significative des besoins d’accompagnement à domicile, dans des métiers déjà fortement en tension. Entre 8 000 et 14 000 salariés supplémentaires seraient nécessaires pour répondre aux besoins des 200 000 ménages susceptibles de recourir à ces services d’ici trente ans. Les besoins de prise en charge par les services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) augmenteraient également. Le taux d’équipement en SSIAD est de 22 places pour 1 000 personnes âgées de 75 ans ou plus début 2026. La forte hausse attendue du nombre de personnes de 75 ans ou plus nécessiterait l’ouverture de 1 250 places supplémentaires à l'horizon 2030 pour le maintenir à un minimum de 20 dans chaque département.

Parallèlement, pour répondre à la diversité des besoins, des solutions intermédiaires entre le maintien à domicile et l’entrée en établissement se développent : les résidences autonomie et différentes formes de colocations, notamment intergénérationnelles, contribuent à élargir l’offre. Dans la région, le nombre de places en résidence autonomie a progressé de 12 % entre 2016 et 2022, plus rapidement que la population des seniors, +7 %.

Les capacités d’accueil en établissements n’évolueraient quasiment pas

La région dispose également d’une offre relativement importante en établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Fin 2022, le taux d’équipement s’élève à 104 places pour 1 000 personnes âgées de 75 ans ou plus, contre 93 en moyenne en France métropolitaine, 76 en PACA et 75 en Île-de-France. Aussi, 33 % des seniors en perte d’autonomie résident actuellement en établissement dans la région, une proportion supérieure à la moyenne nationale (30 %).

À court terme, la création de quelques places supplémentaires en Ehpad est prévue dans le Doubs afin de compenser un niveau d’équipement encore inférieur à celui des autres départements de la région. En revanche, aucun développement conséquent de nouvelles capacités n’est envisagé en Bourgogne-Franche-Comté dans les années à venir. En effet, les Ehpad ne remplissent pas totalement leur capacité d’accueil : leur taux d’occupation s’établit en moyenne à 94 % en 2024. Le taux d’occupation a légèrement augmenté après le creux à l’issue de la crise du Covid, mais reste désormais stable. Ce taux varie selon la localisation et l’attractivité des établissements. Des investissements dans la rénovation des capacités existantes pourraient être nécessaires dans certains établissements. Par ailleurs, les tarifs, compris entre 46 € et 115 € par jour pour une chambre individuelle, influencent également les choix des personnes âgées et de leurs familles. Néanmoins, une aspiration forte au maintien à domicile conduit également à retarder autant que possible l’entrée en Ehpad.

À capacité constante, et sous l’hypothèse d’un taux d’occupation maximal et d’une priorité d’admission donnée aux personnes en perte d’autonomie sévère, les établissements de Bourgogne-Franche-Comté pourraient théoriquement accueillir 35 600 résidents en perte d’autonomie d’ici 2055, dont 26 700 en situation de perte d’autonomie sévère (soit près des deux tiers des seniors en perte sévère).

Encadré - Partenariat

Cette étude est réalisée en partenariat avec l’Agence régionale de santé Bourgogne-Franche-Comté.

Publication rédigée par :Marie Léger, Dimitri Szempruch (Insee), Didier Carel, Nadia Mainy (Agence régionale de santé Bourgogne-Franche-Comté)

Pour comprendre

Les projections combinent un scénario démographique central, fondé sur la poursuite des tendances récentes de mortalité et migrations, avec plusieurs hypothèses d’évolution de l’état de santé.

Dans l’hypothèse intermédiaire, l’espérance de vie sans perte d’autonomie à 60 ans progresserait au même rythme que l’espérance de vie, atteignant en 2055, 24,6 ans pour les hommes et 25,3 pour les femmes. Cette hypothèse signifie qu’à âge donné, l’espérance de vie des seniors s’améliore tendanciellement.

Une hypothèse pessimiste prévoit une progression plus faible, 24,1 ans pour les hommes et 25,0 ans pour les femmes, ce qui entraînerait une hausse continue du nombre de seniors en perte d’autonomie.

À l’inverse, une hypothèse optimiste suppose une amélioration plus rapide de l’espérance de vie sans perte d’autonomie que de l’espérance de vie à 60 ans. L’espérance de vie sans perte d’autonomie à 60 ans serait de 25,0 pour les hommes et 25,5 ans pour les femmes en 2055.

Publication rédigée par :Marie Léger, Dimitri Szempruch (Insee), Didier Carel, Nadia Mainy (Agence régionale de santé Bourgogne-Franche-Comté)

Sources

Les caractéristiques des personnes résidant à domicile s’appuient sur deux sources :

  • l’enquête Vie quotidienne et santé (VQS) menée par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) auprès de 334 000 personnes et l’enquête Autonomie-Ménages 2022 (volet Individus) réalisée auprès de 35 000 personnes vivant dans un logement ordinaire. Elles permettent de décrire la situation des personnes vivant à domicile au regard du handicap et de la perte d’autonomie ;
  • les caractéristiques des personnes résidant en établissement sont issues de deux dispositifs complémentaires : l’enquête auprès des établissements d’hébergement pour personnes âgées (EHPA) conduite tous les quatre ans, recueille des informations sur l’activité des établissements pour les personnes âgées, leur personnel et leurs résidents. La base BADIANE, fichier inter administratif actualisé chaque année, rassemble des données sur le fonctionnement, l’activité, les personnels et les publics accueillis dans les structures intervenant auprès des personnes âgées.

Omphale (outil méthodologique de projection d’habitants, d’actifs, de logements et d’élèves) est une application développée par l’Insee qui comprend un modèle théorique de projection de la population, des bases de données démographiques, des techniques d’analyse démographique et des outils de construction de scénarios pour le futur.

Définitions

La perte d’autonomie se définit par l’impossibilité pour un senior d’effectuer sans assistance certains actes de la vie quotidienne, dans son environnement habituel.

La grille Aggir (Autonomie Gérontologique – Groupes Iso-Ressources) mesure l’autonomie, à travers l’observation des activités qu’effectue seule la personne âgée : s’habiller, se repérer dans le temps et l’espace, s’alimenter, se déplacer à l’intérieur et à l’extérieur, etc.

Cette grille répartit les personnes âgées dans six groupes « gir » (groupes iso-ressources) :

Les personnes en pertes d’autonomie appartiennent aux groupes 1 à 4.

  • seniors en situation de perte d’autonomie modérée : gir 3-4 ;
  • seniors en situation de perte d’autonomie sévère : gir 1-2.

Les établissements accueillant des seniors sont des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), des établissements pour personnes âgées (Ehpa) non médicalisés, ou des unités de soins de longue durée (USLD). Les seniors qui ne vivent pas dans ces établissements sont considérés comme vivant à domicile, y compris ceux qui vivent en habitat intermédiaire du type « résidence autonomie ».

Pour en savoir plus

(1) Louvel A., « Ouvrir dans un nouvel ongletSoutien à l’autonomie des personnes âgées : entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires seraient nécessaires en 2050 », Études et Résultats no 1365, Drees, février 2026.

(2) Louis JF., Sztrakoniczky T., « Services à la personne : 20 % de hausse potentielle des besoins d’ici 2050 », Insee Flash Bourgogne-Franche-Comté no 227, décembre 2025.

(3) Dufeutrelle J., Pucher O. (Insee), Louvel A., « 700 000 seniors en perte d’autonomie supplémentaires d’ici 2050 », Insee Première no 2078, octobre 2025.

(4) Brion D., « L’APA couvre 80 % des frais de maintien à domicile des personnes âgées », Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté no 106, février 2023.