Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté ·
Avril 2026 · n° 137
Près de 20 000 seniors supplémentaires en perte d’autonomie d’ici 2055
En Bourgogne-Franche-Comté, 97 600 personnes de 60 ans ou plus sont en situation de perte d'autonomie en 2021, soit plus de 11 % des seniors. Ce nombre pourrait atteindre 121 000 en 2044, puis 117 000 en 2055, soit une hausse d’environ 20 % d’ici 30 ans. Déjà relativement âgée, la région connaîtrait une augmentation inférieure à celle des autres régions françaises. Les femmes sont plus concernées par la perte d’autonomie que les hommes. L’offre d’établissements pour personnes âgées est supérieure à la moyenne nationale, mais reste inégale sur le territoire. La croissance du nombre de seniors en perte d’autonomie pourraient les confronter à des difficultés de recrutement accrues. À l’horizon 2055, si le nombre de lits en établissements restait le même, 81 400 seniors en perte d’autonomie vivraient à domicile, dont 14 400 en perte sévère.
- Trois habitants sur dix ont 60 ans ou plus
- En 2055, la perte d’autonomie toucherait 117 000 seniors
- La poursuite de l’amélioration de l’état de santé permettrait de retarder la perte d’autonomie
- Le pic du nombre de seniors en perte d’autonomie serait atteint en 2044
- La hausse la moins forte des régions françaises
- Les femmes sont plus concernées par la perte d’autonomie
- Sept seniors en perte d’autonomie sur dix résideraient à domicile à l’horizon 2055
- Les capacités d’accueil en établissements n’évolueraient quasiment pas
- Encadré - Partenariat
Trois habitants sur dix ont 60 ans ou plus
En 2022, 860 000 seniors résident en Bourgogne-Franche-Comté. Ainsi, trois habitants sur dix ont 60 ans ou plus. La région figure parmi les territoires les plus âgés de France métropolitaine, conséquence d’une transition démographique engagée depuis plus de quarante ans. Parmi ces seniors, 11,4 % se trouvent en situation de perte d’autonomie, soit 97 600 personnes.
Or, la perte d’autonomie augmente fortement avec l’âge : elle concerne 42 % de la population de 85 ans ou plus. Ainsi, la poursuite du vieillissement de la population devrait entraîner une hausse significative du nombre de personnes âgées dépendantes, avec des conséquences majeures sur les besoins d’accompagnement, de soins et de services à domicile.
Face à ce défi, les politiques publiques privilégient le maintien à domicile et l’adaptation de l’offre d’accompagnement. Cette orientation est notamment portée par la loi de 2015 relative à l’adaptation de la société au vieillissement, qui renforce l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA), soutient les aidants et vise une meilleure adéquation des services aux besoins des personnes âgées.
En 2055, la perte d’autonomie toucherait 117 000 seniors
En Bourgogne-Franche-Comté, si les tendances démographiques récentes se poursuivent, le nombre de seniors en perte d’autonomie augmenterait d’ici 2055 (figure 1), quelles que soient les hypothèses d’évolution de l’état de santé retenues (pour comprendre). À cet horizon, la région pourrait compter entre 107 000 et 130 000 personnes âgées en perte d’autonomie.
tableauFigure 1 – Projections du nombre de seniors en perte d’autonomie selon différents scénarios à l’horizon 2055
| Hypothèse d’évolution de l’état de santé | Nombre de seniors | 2021 | 2044 | 2055 |
|---|---|---|---|---|
| Hypothèse pessimiste | En perte d’autonomie | 97 600 | 129 400 | 130 000 |
| dont sévère | 32 100 | 44 900 | 45 600 | |
| Hypothèse intermédiaire | En perte d’autonomie | 97 600 | 121 000 | 117 000 |
| dont sévère | 32 100 | 42 100 | 41 100 | |
| Hypothèse optimiste | En perte d’autonomie | 97 600 | 114 500 | 106 800 |
| dont sévère | 32 100 | 35 600 | 31 200 |
- Sources : Insee, projections Omphale 2022 ; Drees, enquêtes EHPA 2019, BADIANE 2019 et 2021, Autonomie Ménages 2022 et VQS 2021 (scénario démographique central).
Le scénario intermédiaire, fondé sur la poursuite de l’amélioration de l’état de santé et retenu pour la suite de cette publication, conduit à retenir un effectif d'environ 117 000 personnes âgées en perte d’autonomie, soit 19 400 personnes supplémentaires (+20 %) par rapport à 2021. Ce scénario souligne la nécessité de mobiliser des moyens supplémentaires pour anticiper les tensions futures sur les différents dispositifs de soutien et les métiers d’aide envers les personnes âgées.
La poursuite de l’amélioration de l’état de santé permettrait de retarder la perte d’autonomie
L’augmentation attendue de 19 400 personnes âgées en perte d’autonomie à l’horizon 2055 s’expliquerait par trois effets (figure 2).
tableauFigure 2 – Contributions des différents effets à la projection du nombre de personnes âgées en perte d’autonomie à l’horizon 2055
| Période | Évolution du nombre de personnes âgées en perte d’autonomie | Effet dû à l’évolution du nombre de seniors | Effet dû au vieillissement de la population de seniors | Effet dû à l’évolution de la perte d’autonomie |
|---|---|---|---|---|
| 2021 à 2055 | +19 400 | +10 400 | +37 000 | -28 000 |
| 2021 à 2044 | +23 500 | +12 800 | +28 100 | -17 400 |
| 2044 à 2055 | -4 100 | -2 400 | +8 900 | -10 600 |
- Lecture : Entre 2021 et 2055, le nombre de personnes âgées en perte d’autonomie augmenteraient de 19 400 : 10 400 s’expliqueraient pas la croissance démographique, 37 000 par le vieillissement de la population âgée et l’amélioration de l’état de santé réduirait de 28 000 ce nombre.
- Sources : Insee, projections Omphale 2022 ; Drees, enquêtes EHPA 2019, BADIANE 2019 et 2021, Autonomie Ménages 2022 et VQS 2021 (scénario démographique central et hypothèse intermédiaire de perte d’autonomie).
graphiqueFigure 2 – Contributions des différents effets à la projection du nombre de personnes âgées en perte d’autonomie à l’horizon 2055

- Lecture : Entre 2021 et 2055, le nombre de personnes âgées en perte d’autonomie augmenteraient de 19 400 : 10 400 s’expliqueraient pas la croissance démographique, 37 000 par le vieillissement de la population âgée et l’amélioration de l’état de santé réduirait de 28 000 ce nombre.
- Sources : Insee, projections Omphale 2022 ; Drees, enquêtes EHPA 2019, BADIANE 2019 et 2021, Autonomie Ménages 2022 et VQS 2021 (scénario démographique central et hypothèse intermédiaire de perte d’autonomie).
D’abord, environ 10 400 personnes supplémentaires en perte d’autonomie s’expliqueraient par la seule progression du nombre de personnes âgées de 60 ans ou plus, qui passerait de 856 000 en 2021 à 950 000 en 2055 (+11 %).
Ensuite, environ 37 000 personnes supplémentaires seraient dues au vieillissement de la population âgée. L’âge moyen des personnes de 60 ans ou plus passerait de 72,7 ans en 2021 à 74,8 ans en 2055. Cette hausse de l’âge moyen est liée à l’arrivée des baby-boomers dans les tranches d’âge les plus élevées et à la baisse de la natalité après 1974.
Enfin, l’amélioration de l’état de santé des seniors, évitant à près de 28 000 personnes de basculer dans la perte d’autonomie, compenserait partiellement ces deux premiers effets.
Le pic du nombre de seniors en perte d’autonomie serait atteint en 2044
L’évolution du nombre de seniors en perte d’autonomie en Bourgogne-Franche-Comté se déroulerait en deux phases. Entre 2021 et 2044, il progresserait en moyenne de 0,9 % par an. L'augmentation serait plus forte pour les personnes âgées de 75 à 84 ans (+1,1 % par an) et encore plus rapide pour celles de 85 ans ou plus (+1,7 %). Ces hausses s’expliqueraient principalement par l’arrivée progressive aux âges élevés des générations nombreuses du baby-boom, combinée à la dégradation progressive de l’état de santé liée à l’avancée en âge, augmentant les limitations fonctionnelles, physiques ou cognitives.
À partir de 2044, la tendance s’inverserait légèrement. Entre 2044 et 2055, le nombre total de seniors en perte d’autonomie diminuerait en moyenne de 0,3 % par an. Ce recul s’expliquerait par des générations moins nombreuses arrivant à 60 ans ou plus et par une amélioration de leur état de santé, retardant l’entrée en dépendance des personnes âgées de 60 à 74 ans et de 75 à 84 ans (respectivement -1,4 % et -1,0 % par an). En revanche, le nombre de seniors très âgés (85 ans ou plus) en perte d’autonomie continuerait d’augmenter, mais à un rythme plus modéré, +0,3 % par an (figure 3).
tableauFigure 3 – Projections du nombre de seniors en perte d’autonomie par tranche d’âge à l’horizon 2055
| Année | 60 à 74 ans | 75 à 84 ans | 85 ans ou plus |
|---|---|---|---|
| 2021 | 24 500 | 25 900 | 47 200 |
| 2022 | 24 300 | 26 200 | 47 400 |
| 2023 | 24 000 | 26 900 | 47 700 |
| 2024 | 23 700 | 27 700 | 48 000 |
| 2025 | 23 500 | 28 500 | 48 200 |
| 2026 | 23 200 | 29 700 | 48 200 |
| 2027 | 23 000 | 31 200 | 47 900 |
| 2028 | 22 800 | 32 400 | 48 000 |
| 2029 | 22 600 | 33 600 | 48 200 |
| 2030 | 22 400 | 34 800 | 48 500 |
| 2031 | 22 300 | 36 100 | 49 000 |
| 2032 | 22 200 | 36 000 | 50 800 |
| 2033 | 22 000 | 35 700 | 52 900 |
| 2034 | 21 800 | 35 200 | 55 200 |
| 2035 | 21 500 | 34 900 | 57 400 |
| 2036 | 21 200 | 34 400 | 59 600 |
| 2037 | 20 800 | 34 200 | 61 400 |
| 2038 | 20 500 | 34 000 | 63 100 |
| 2039 | 20 200 | 33 900 | 64 500 |
| 2040 | 19 800 | 33 800 | 65 800 |
| 2041 | 19 500 | 33 700 | 66 900 |
| 2042 | 19 300 | 33 600 | 67 800 |
| 2043 | 19 100 | 33 400 | 68 500 |
| 2044 | 18 700 | 33 300 | 69 000 |
| 2045 | 18 500 | 33 100 | 69 400 |
| 2046 | 18 200 | 32 900 | 69 700 |
| 2047 | 17 800 | 32 900 | 69 900 |
| 2048 | 17 500 | 32 800 | 70 000 |
| 2049 | 17 100 | 32 500 | 70 200 |
| 2050 | 16 900 | 32 100 | 70 500 |
| 2051 | 16 700 | 31 600 | 70 700 |
| 2052 | 16 600 | 31 000 | 70 900 |
| 2053 | 16 500 | 30 600 | 71 000 |
| 2054 | 16 300 | 30 200 | 71 100 |
| 2055 | 16 100 | 29 700 | 71 200 |
- Sources : Insee, projections Omphale 2022 ; Drees, enquêtes EHPA 2019, BADIANE 2019 et 2021, Autonomie Ménages 2022 et VQS 2021 (scénario démographique central et hypothèse intermédiaire de perte d’autonomie).
graphiqueFigure 3 – Projections du nombre de seniors en perte d’autonomie par tranche d’âge à l’horizon 2055

- Sources : Insee, projections Omphale 2022 ; Drees, enquêtes EHPA 2019, BADIANE 2019 et 2021, Autonomie Ménages 2022 et VQS 2021 (scénario démographique central et hypothèse intermédiaire de perte d’autonomie).
Le nombre de seniors en perte d’autonomie en Bourgogne-Franche-Comté atteindrait ainsi un maximum en 2044, avec près de 121 000 personnes. Toutefois, ce pic ne surviendrait pas la même année dans chacun des départements de la région, en raison de structures démographiques et de rythmes de vieillissement différents (figure 4). La Nièvre, territoire où la population est déjà très âgée aujourd’hui, ferait ainsi partie des départements français où le pic du nombre de seniors en perte d’autonomie serait atteint le plus tôt (2041). Le vieillissement de sa population progresserait donc moins fortement dans les prochaines années. À l’inverse le Jura atteindrait son pic sept ans plus tard, en 2048.
tableauFigure 4 – Année où l’effectif maximal de seniors en perte d'autonomie serait atteint
| Code | Département | Année de pic |
|---|---|---|
| 01 | Ain | 2070 |
| 02 | Aisne | 2043 |
| 03 | Allier | 2043 |
| 04 | Alpes-de-Haute-Provence | 2049 |
| 05 | Hautes-Alpes | 2051 |
| 06 | Alpes-Maritimes | 2046 |
| 07 | Ardèche | 2055 |
| 08 | Ardennes | 2043 |
| 09 | Ariège | 2053 |
| 10 | Aube | 2044 |
| 11 | Aude | 2056 |
| 12 | Aveyron | 2051 |
| 13 | Bouches-du-Rhône | 2047 |
| 14 | Calvados | 2045 |
| 15 | Cantal | 2045 |
| 16 | Charente | 2046 |
| 17 | Charente-Maritime | 2057 |
| 18 | Cher | 2042 |
| 19 | Corrèze | 2045 |
| 2A | Corse-du-Sud | 2064 |
| 2B | Haute-Corse | 2070 |
| 21 | Côte-d'Or | 2046 |
| 22 | Côtes-d'Armor | 2051 |
| 23 | Creuse | 2043 |
| 24 | Dordogne | 2048 |
| 25 | Doubs | 2045 |
| 26 | Drôme | 2058 |
| 27 | Eure | 2047 |
| 28 | Eure-et-Loir | 2046 |
| 29 | Finistère | 2048 |
| 30 | Gard | 2051 |
| 31 | Haute-Garonne | 2070 |
| 32 | Gers | 2053 |
| 33 | Gironde | 2070 |
| 34 | Hérault | 2070 |
| 35 | Ille-et-Vilaine | 2070 |
| 36 | Indre | 2043 |
| 37 | Indre-et-Loire | 2046 |
| 38 | Isère | 2059 |
| 39 | Jura | 2048 |
| 40 | Landes | 2063 |
| 41 | Loir-et-Cher | 2044 |
| 42 | Loire | 2045 |
| 43 | Haute-Loire | 2048 |
| 44 | Loire-Atlantique | 2070 |
| 45 | Loiret | 2047 |
| 46 | Lot | 2048 |
| 47 | Lot-et-Garonne | 2048 |
| 48 | Lozère | 2049 |
| 49 | Maine-et-Loire | 2057 |
| 50 | Manche | 2047 |
| 51 | Marne | 2042 |
| 52 | Haute-Marne | 2043 |
| 53 | Mayenne | 2050 |
| 54 | Meurthe-et-Moselle | 2045 |
| 55 | Meuse | 2043 |
| 56 | Morbihan | 2059 |
| 57 | Moselle | 2046 |
| 58 | Nièvre | 2041 |
| 59 | Nord | 2044 |
| 60 | Oise | 2048 |
| 61 | Orne | 2044 |
| 62 | Pas-de-Calais | 2043 |
| 63 | Puy-de-Dôme | 2044 |
| 64 | Pyrénées-Atlantiques | 2057 |
| 65 | Hautes-Pyrénées | 2047 |
| 66 | Pyrénées-Orientales | 2056 |
| 67 | Bas-Rhin | 2051 |
| 68 | Haut-Rhin | 2053 |
| 69 | Rhône | 2070 |
| 70 | Haute-Saône | 2043 |
| 71 | Saône-et-Loire | 2043 |
| 72 | Sarthe | 2046 |
| 73 | Savoie | 2060 |
| 74 | Haute-Savoie | 2070 |
| 75 | Paris | 2043 |
| 76 | Seine-Maritime | 2044 |
| 77 | Seine-et-Marne | 2070 |
| 78 | Yvelines | 2061 |
| 79 | Deux-Sèvres | 2050 |
| 80 | Somme | 2044 |
| 81 | Tarn | 2056 |
| 82 | Tarn-et-Garonne | 2062 |
| 83 | Var | 2056 |
| 84 | Vaucluse | 2048 |
| 85 | Vendée | 2063 |
| 86 | Vienne | 2047 |
| 87 | Haute-Vienne | 2043 |
| 88 | Vosges | 2043 |
| 89 | Yonne | 2043 |
| 90 | Territoire de Belfort | 2043 |
| 91 | Essonne | 2057 |
| 92 | Hauts-de-Seine | 2057 |
| 93 | Seine-Saint-Denis | 2062 |
| 94 | Val-de-Marne | 2059 |
| 95 | Val-d'Oise | 2070 |
| 971 | Guadeloupe | 2050 |
| 972 | Martinique | 2049 |
| 973 | Guyane | 2070 |
| 974 | La Réunion | 2057 |
| 976 | Mayotte | 2070 |
- Sources : Insee, projections Omphale 2022 ; Drees, enquêtes EHPA 2019, BADIANE 2019 et 2021, Autonomie Ménages 2022 et VQS 2021 (scénario démographique central et hypothèse intermédiaire de perte d’autonomie).
graphiqueFigure 4 – Année où l’effectif maximal de seniors en perte d'autonomie serait atteint

- Sources : Insee, projections Omphale 2022 ; Drees, enquêtes EHPA 2019, BADIANE 2019 et 2021, Autonomie Ménages 2022 et VQS 2021 (scénario démographique central et hypothèse intermédiaire de perte d’autonomie).
La hausse la moins forte des régions françaises
En Bourgogne-Franche-Comté, l’augmentation projetée du nombre de personnes âgées en perte d’autonomie (+20 %) serait la moins forte de France, inférieure de 15 points à la moyenne métropolitaine. Cette situation s’explique par une population d’ores et déjà plus âgée que la moyenne. En 2021, 30 % des habitants avaient 60 ans ou plus, contre 27 % en France métropolitaine. Par ailleurs, la Bourgogne-Franche-Comté connaîtrait une baisse démographique importante, alors que la population nationale continuerait de progresser. L’espérance de vie pourrait rester, comme aujourd’hui, légèrement inférieure à la moyenne française, limitant le nombre de personnes très âgées. Enfin, si la région attire des retraités, ces flux demeurent modestes comparativement aux régions du sud ou de l’ouest de la France.
Parmi les seniors en perte d’autonomie, la part de personnes en situation de perte sévère augmenterait davantage. En 2055, environ 9 000 seniors supplémentaires seraient concernés, soit une hausse de 28 % par rapport à 2021. Toutefois, cette progression resterait également inférieure à la moyenne nationale (+44 %) en raison d’une augmentation plus modérée du nombre de personnes de 85 ans ou plus, tranche d’âge la plus exposée à ce niveau de dépendance.
Les femmes sont plus concernées par la perte d’autonomie
Les deux tiers des personnes âgées en perte d’autonomie sont des femmes, et leur nombre passerait de 63 700 en 2021 à 77 000 en 2055. Elles sont plus nombreuses pour deux raisons.
D’abord, elles ont tendance à vivre plus longtemps que les hommes. En 2055, leur espérance de vie à 60 ans atteindrait environ 29,6 ans, contre 27,1 ans pour les hommes. Même si l’écart d’espérance de vie entre les sexes tendrait à se réduire, les femmes demeureraient surreprésentées aux âges très élevés où le risque de perte d’autonomie est le plus marqué.
Par ailleurs, à âge égal, elles sont davantage touchées par la perte d’autonomie. Avec l’avancée en âge, les femmes vivent plus souvent seules que les hommes, une situation pouvant renforcer leur vulnérabilité. Cela constitue un enjeu important pour les proches aidants, notamment lorsque l’accompagnement repose sur l’entourage. Cette surreprésentation des femmes se traduit aussi par une fréquence plus élevée de situations de perte d’autonomie reconnues par l’APA. Fin 2022, en France, 14 % d’entre elles perçoivent cette allocation entre 80 et 84 ans, 27 % entre 85 et 89 ans et 54 % après 90 ans, contre respectivement 9 %, 18 % et 42 % des hommes.
Par ailleurs, l’allongement de la durée de vie en couple devrait également accroître les situations d’accompagnement à domicile entre conjoints.
Sept seniors en perte d’autonomie sur dix résideraient à domicile à l’horizon 2055
Le maintien à domicile constitue à la fois le mode de vie privilégié des personnes âgées, aussi longtemps que leur état de santé le permet, et une priorité des politiques publiques, notamment à travers le plan « Vieillir chez soi » (2021-2027). Ce dernier soutient l’adaptation des logements, le développement des services de proximité et la diversification des formes d’habitat. La vie à domicile resterait majoritaire à l’horizon 2055 : elle concernerait 81 400 personnes en perte d’autonomie, soit 70 % des seniors concernés, dont 14 400 en perte sévère (figure 5).
tableauFigure 5 – Répartition et évolution des seniors en perte d’autonomie en 2021 et 2055
| Perte d’autonomie | Lieu | Année | Évolution en 2055 par rapport à 2021 (en %) | |
|---|---|---|---|---|
| 2021 | 2055 | |||
| Modérée | Domicile | 52 700 | 67 000 | 27 |
| Établissements | 12 800 | 8 900 | -30 | |
| Sévère | Domicile | 11 800 | 14 400 | 22 |
| Établissements | 20 300 | 26 700 | 32 | |
- Lecture : Chaque rond représente 1 000 personnes. En 2055, 67 000 personnes en perte d’autonomie modérée vivraient à domicile, elles seraient 27 % de plus qu’en 2021.
- Sources : Insee, projections Omphale 2022 ; Drees, enquêtes EHPA 2019, BADIANE 2019 et 2021, Autonomie-Ménages 2022 et VQS 2021 (scénario démographique central et hypothèse intermédiaire de perte d’autonomie).
graphiqueFigure 5 – Répartition et évolution des seniors en perte d’autonomie en 2021 et 2055

- Lecture : Chaque rond représente 1 000 personnes. En 2055, 67 000 personnes en perte d’autonomie modérée vivraient à domicile, elles seraient 27 % de plus qu’en 2021.
- Sources : Insee, projections Omphale 2022 ; Drees, enquêtes EHPA 2019, BADIANE 2019 et 2021, Autonomie-Ménages 2022 et VQS 2021 (scénario démographique central et hypothèse intermédiaire de perte d’autonomie).
Le vieillissement entraînerait donc une hausse significative des besoins d’accompagnement à domicile, dans des métiers déjà fortement en tension. Entre 8 000 et 14 000 salariés supplémentaires seraient nécessaires pour répondre aux besoins des 200 000 ménages susceptibles de recourir à ces services d’ici trente ans. Les besoins de prise en charge par les services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) augmenteraient également. Le taux d’équipement en SSIAD est de 22 places pour 1 000 personnes âgées de 75 ans ou plus début 2026. La forte hausse attendue du nombre de personnes de 75 ans ou plus nécessiterait l’ouverture de 1 250 places supplémentaires à l'horizon 2030 pour le maintenir à un minimum de 20 dans chaque département.
Parallèlement, pour répondre à la diversité des besoins, des solutions intermédiaires entre le maintien à domicile et l’entrée en établissement se développent : les résidences autonomie et différentes formes de colocations, notamment intergénérationnelles, contribuent à élargir l’offre. Dans la région, le nombre de places en résidence autonomie a progressé de 12 % entre 2016 et 2022, plus rapidement que la population des seniors, +7 %.
Les capacités d’accueil en établissements n’évolueraient quasiment pas
La région dispose également d’une offre relativement importante en établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Fin 2022, le taux d’équipement s’élève à 104 places pour 1 000 personnes âgées de 75 ans ou plus, contre 93 en moyenne en France métropolitaine, 76 en PACA et 75 en Île-de-France. Aussi, 33 % des seniors en perte d’autonomie résident actuellement en établissement dans la région, une proportion supérieure à la moyenne nationale (30 %).
À court terme, la création de quelques places supplémentaires en Ehpad est prévue dans le Doubs afin de compenser un niveau d’équipement encore inférieur à celui des autres départements de la région. En revanche, aucun développement conséquent de nouvelles capacités n’est envisagé en Bourgogne-Franche-Comté dans les années à venir. En effet, les Ehpad ne remplissent pas totalement leur capacité d’accueil : leur taux d’occupation s’établit en moyenne à 94 % en 2024. Le taux d’occupation a légèrement augmenté après le creux à l’issue de la crise du Covid, mais reste désormais stable. Ce taux varie selon la localisation et l’attractivité des établissements. Des investissements dans la rénovation des capacités existantes pourraient être nécessaires dans certains établissements. Par ailleurs, les tarifs, compris entre 46 € et 115 € par jour pour une chambre individuelle, influencent également les choix des personnes âgées et de leurs familles. Néanmoins, une aspiration forte au maintien à domicile conduit également à retarder autant que possible l’entrée en Ehpad.
À capacité constante, et sous l’hypothèse d’un taux d’occupation maximal et d’une priorité d’admission donnée aux personnes en perte d’autonomie sévère, les établissements de Bourgogne-Franche-Comté pourraient théoriquement accueillir 35 600 résidents en perte d’autonomie d’ici 2055, dont 26 700 en situation de perte d’autonomie sévère (soit près des deux tiers des seniors en perte sévère).
Encadré - Partenariat
Cette étude est réalisée en partenariat avec l’Agence régionale de santé Bourgogne-Franche-Comté.
Pour comprendre
Les projections combinent un scénario démographique central, fondé sur la poursuite des tendances récentes de mortalité et migrations, avec plusieurs hypothèses d’évolution de l’état de santé.
Dans l’hypothèse intermédiaire, l’espérance de vie sans perte d’autonomie à 60 ans progresserait au même rythme que l’espérance de vie, atteignant en 2055, 24,6 ans pour les hommes et 25,3 pour les femmes. Cette hypothèse signifie qu’à âge donné, l’espérance de vie des seniors s’améliore tendanciellement.
Une hypothèse pessimiste prévoit une progression plus faible, 24,1 ans pour les hommes et 25,0 ans pour les femmes, ce qui entraînerait une hausse continue du nombre de seniors en perte d’autonomie.
À l’inverse, une hypothèse optimiste suppose une amélioration plus rapide de l’espérance de vie sans perte d’autonomie que de l’espérance de vie à 60 ans. L’espérance de vie sans perte d’autonomie à 60 ans serait de 25,0 pour les hommes et 25,5 ans pour les femmes en 2055.
Sources
Les caractéristiques des personnes résidant à domicile s’appuient sur deux sources :
- l’enquête Vie quotidienne et santé (VQS) menée par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) auprès de 334 000 personnes et l’enquête Autonomie-Ménages 2022 (volet Individus) réalisée auprès de 35 000 personnes vivant dans un logement ordinaire. Elles permettent de décrire la situation des personnes vivant à domicile au regard du handicap et de la perte d’autonomie ;
- les caractéristiques des personnes résidant en établissement sont issues de deux dispositifs complémentaires : l’enquête auprès des établissements d’hébergement pour personnes âgées (EHPA) conduite tous les quatre ans, recueille des informations sur l’activité des établissements pour les personnes âgées, leur personnel et leurs résidents. La base BADIANE, fichier inter administratif actualisé chaque année, rassemble des données sur le fonctionnement, l’activité, les personnels et les publics accueillis dans les structures intervenant auprès des personnes âgées.
Omphale (outil méthodologique de projection d’habitants, d’actifs, de logements et d’élèves) est une application développée par l’Insee qui comprend un modèle théorique de projection de la population, des bases de données démographiques, des techniques d’analyse démographique et des outils de construction de scénarios pour le futur.
Définitions
La perte d’autonomie se définit par l’impossibilité pour un senior d’effectuer sans assistance certains actes de la vie quotidienne, dans son environnement habituel.
La grille Aggir (Autonomie Gérontologique – Groupes Iso-Ressources) mesure l’autonomie, à travers l’observation des activités qu’effectue seule la personne âgée : s’habiller, se repérer dans le temps et l’espace, s’alimenter, se déplacer à l’intérieur et à l’extérieur, etc.
Cette grille répartit les personnes âgées dans six groupes « gir » (groupes iso-ressources) :
Les personnes en pertes d’autonomie appartiennent aux groupes 1 à 4.
- seniors en situation de perte d’autonomie modérée : gir 3-4 ;
- seniors en situation de perte d’autonomie sévère : gir 1-2.
Les établissements accueillant des seniors sont des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), des établissements pour personnes âgées (Ehpa) non médicalisés, ou des unités de soins de longue durée (USLD). Les seniors qui ne vivent pas dans ces établissements sont considérés comme vivant à domicile, y compris ceux qui vivent en habitat intermédiaire du type « résidence autonomie ».
Pour en savoir plus
(1) Louvel A., « Ouvrir dans un nouvel ongletSoutien à l’autonomie des personnes âgées : entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires seraient nécessaires en 2050 », Études et Résultats no 1365, Drees, février 2026.
(2) Louis JF., Sztrakoniczky T., « Services à la personne : 20 % de hausse potentielle des besoins d’ici 2050 », Insee Flash Bourgogne-Franche-Comté no 227, décembre 2025.
(3) Dufeutrelle J., Pucher O. (Insee), Louvel A., « 700 000 seniors en perte d’autonomie supplémentaires d’ici 2050 », Insee Première no 2078, octobre 2025.
(4) Brion D., « L’APA couvre 80 % des frais de maintien à domicile des personnes âgées », Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté no 106, février 2023.
