Insee Analyses Auvergne-Rhône-Alpes ·
Avril 2026 · n° 209
Un emploi sur dix relève des métiers du « prendre soin » dans la métropole de Lyon
En 2022, les métiers du « prendre soin » représentent 82 400 emplois dans la métropole de Lyon. Ces métiers se déploient autour de quatre domaines d’activité et différents publics. Les professionnels qui les exercent assurent la prise en charge des besoins sanitaires et sociaux de la population, à tous les âges de la vie.
Fortement féminisés, les métiers du « prendre soin » emploient 80 % de femmes, une proportion qui dépasse 90 % dans la petite enfance et l’aide à domicile. Répondre au vieillissement de ces professionnels constitue un enjeu majeur pour le maintien en emploi et le renouvellement des effectifs : les 55 ans et plus représentent 36 % des médecins, 32 % des assistants maternels et 30 % des cadres de santé. Une moindre densité de professionnels, avec une sous-représentation des aides-soignants et des agents hospitaliers, caractérise la métropole de Lyon par rapport aux autres grandes métropoles de province.
- 82 400 professionnels du « prendre soin » dans la métropole de Lyon
- Une féminisation massive
- Des profils d’âge contrastés selon les métiers du « prendre soin »
- De nombreux étudiants dans le « prendre soin »
- Une offre de « prendre soin » moins dense que dans la plupart des grandes métropoles
- Encadré 1 – Fortes tensions de recrutement dans les métiers du « prendre soin »
- Encadré 2 – Mot du partenaire
82 400 professionnels du « prendre soin » dans la métropole de Lyon
Le terme de « prendre soin » (pour comprendre), emprunté à l’anglais care, désigne un ensemble de pratiques visant à répondre aux besoins physiques, psychologiques et sociaux des personnes. Le périmètre des métiers du « prendre soin » varie selon les approches institutionnelles et académiques. Depuis plusieurs années, ces métiers font l’objet d’une attention accrue de la part des pouvoirs publics, en raison de déséquilibres marqués entre l’offre et la demande d’emplois (encadré 1). L’enjeu central est de disposer de professionnels qualifiés pour répondre aux besoins croissants de la population en matière de soin et d’accompagnement. C’est un défi majeur pour l’action sanitaire et sociale territoriale (encadré 2).
En 2022, parmi les 771 000 emplois que compte la métropole de Lyon, 82 400 relèvent du « prendre soin », soit 10,7 % de l’emploi total. Ces métiers sont structurés autour de quatre domaines d’activité – la santé, le social, l’éducatif, l’aide à la personne – et de multiples publics – la petite enfance, la jeunesse, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les personnes en situation de précarité. Les métiers liés à la santé prédominent, autour de quatre groupes professionnels. Le groupe des infirmiers est le plus nombreux, avec 17 000 personnes en emploi (pour comprendre) (figure 1). Ces professionnels occupent une place centrale dans l’organisation des soins sur le territoire et structurent largement l’offre hospitalière et paramédicale. Les aides-soignants et agents hospitaliers forment le deuxième groupe, avec 13 900 professionnels. Ils jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement quotidien des établissements médicaux et médicosociaux et dans la prise en charge des patients, en appui des équipes médicales et infirmières.
tableauFigure 1 – Regroupement et effectifs des catégories de métiers du « prendre soin » dans la métropole de Lyon en 2022
| Groupe | Profession | Effectifs |
|---|---|---|
| Médecins et sages-femmes | Médecins salariés hospitaliers | 3 700 |
| Médecins et sages-femmes | Médecins libéraux généralistes | 2 000 |
| Médecins et sages-femmes | Médecins libéraux spécialistes | 1 860 |
| Médecins et sages-femmes | Chirurgiens-dentistes | 1 230 |
| Médecins et sages-femmes | Sages-femmes | 770 |
| Médecins et sages-femmes | Médecins salariés non hospitaliers | 690 |
| Infirmiers | Infirmiers en soins généraux salariés | 11 500 |
| Infirmiers | Cadres de santé | 1 950 |
| Infirmiers | Infirmiers libéraux | 1 860 |
| Infirmiers | Infirmiers spécialisés salariés | 1 660 |
| Aides-soignants et agents hospitaliers | Aides-soignants | 8 550 |
| Aides-soignants et agents hospitaliers | Agents de service des établissements de santé | 5 320 |
| Rééducation et soutien psychologique | Spécialistes de la rééducation de la motricité, du langage et de la vue | 3 510 |
| Rééducation et soutien psychologique | Masseurs-kinésithérapeutes rééducateurs | 2 950 |
| Rééducation et soutien psychologique | Psychologues, psychanalystes, psychothérapeutes (non médecins) | 2 760 |
| Petite enfance | Assistants maternels agréés | 5 370 |
| Petite enfance | Auxiliaires de puériculture | 3 390 |
| Petite enfance | Autres salariés de particulier pour la garde d’enfants | 1 820 |
| Petite enfance | Éducateurs de jeunes enfants | 950 |
| Accompagnement social et éducatif | Assistants de service social, conseillers en économie sociale et familiale | 3 390 |
| Accompagnement social et éducatif | Directeurs et cadres du travail social et de l'animation socioculturelle | 3 010 |
| Accompagnement social et éducatif | Éducateurs spécialisés | 2 950 |
| Accompagnement social et éducatif | Surveillants scolaires et assistants d’éducation | 2 490 |
| Accompagnement social et éducatif | Moniteurs éducateurs | 860 |
| Accompagnement social et éducatif | Éducateurs techniques spécialisés, moniteurs d’ateliers | 460 |
| Accompagnement social et éducatif | Psychologues et conseillers de l'orientation scolaire et professionnelle | 360 |
| Accompagnement social et éducatif | Assistants familiaux, familles d'accueil | 290 |
| Aide à la vie quotidienne | Aides médico-psychologiques et professions assimilées | 3 620 |
| Aide à la vie quotidienne | Auxiliaires de vie sociale | 3 130 |
- Lecture : Les 3 700 médecins salariés hospitaliers (en violet) font partie du groupe « Médecins et sages-femmes ».
- Champ : Catégories socioprofessionnelles du « prendre soin ».
- Source : Insee, Recensement de la population 2022, exploitation complémentaire.
graphiqueFigure 1 – Regroupement et effectifs des catégories de métiers du « prendre soin » dans la métropole de Lyon en 2022

- Lecture : Les 3 700 médecins salariés hospitaliers (en violet) font partie du groupe « Médecins et sages-femmes ».
- Champ : Catégories socioprofessionnelles du « prendre soin ».
- Source : Insee, Recensement de la population 2022, exploitation complémentaire.
Les médecins et sages-femmes représentent 10 300 emplois, constituant un pilier indispensable de l’offre de soins, tant en milieu hospitalier qu’en médecine de ville. À leurs côtés, les métiers de la rééducation et du soutien psychologique (quatrième et dernier groupe) rassemblent 9 200 professionnels, incluant notamment les kinésithérapeutes, orthophonistes, psychologues ou psychomotriciens, qui contribuent au suivi, à la réadaptation et au bien-être des patients.
Hors des métiers directement liés à la santé, les métiers liés à l’accompagnement social et éducatif regroupent 13 800 professionnels, soit un volume d’emplois comparable à celui des aides-soignants et agents hospitaliers. Ces professionnels travaillent auprès de publics variés – enfants, jeunes, familles, personnes en difficulté sociale – et participent à la prévention, à l’accompagnement social, éducatif et à l’insertion sur le territoire.
Les acteurs de la petite enfance occupent une place significative dans la structure du « prendre soin » lyonnais, avec 11 500 professionnels. Ces métiers couvrent l’accueil, l’éveil et l’accompagnement des jeunes enfants, au sein de structures collectives ou en accueil individuel. Ils constituent un maillon important de l’offre de services aux familles.
Enfin, les métiers de l’aide à la vie quotidienne regroupent 6 700 professionnels. Ces derniers assurent l’accompagnement des personnes dans les actes essentiels de la vie courante. Ils contribuent à leur autonomie et à leur maintien à domicile. Pris dans leur ensemble, ces différents groupes dessinent une structure des métiers marquée par le poids respectif des emplois liés à la santé (61 % des métiers du « prendre soin » local), de l’accompagnement social et éducatif (17 %), de la petite enfance (14 %), et de l’aide à la vie quotidienne (8 %). Cette structure résulte du croisement des besoins sociaux du territoire, de l’organisation locale de l’offre de soins et de services à la population, de l’offre de formation et d’emploi. Elle est propre à la métropole de Lyon, dont elle reflète en partie les caractéristiques démographiques qui orientent le poids respectif du « prendre soin ».
La structure par âge de la population, relativement jeune, se traduit par une demande soutenue en services liés à la petite enfance, tandis que la part relative des besoins liés à l’accompagnement du grand âge et de la perte d’autonomie est moindre. Toutefois, les facteurs démographiques ne suffisent pas à expliquer la structure des métiers observée. Celle-ci est également façonnée par les spécificités du marché du travail du « prendre soin » : niveaux de rémunération relativement faibles, recours fréquent au temps partiel, horaires atypiques et forte rotation dans certains métiers, dans un contexte de tensions de recrutement. Ces paramètres, variables au sein même de la métropole, pèsent sur sa capacité à stabiliser et développer certains segments professionnels, notamment dans les métiers hospitaliers, infirmiers et de l’action sociale et affectent la continuité de l’offre sanitaire et sociale.
Une féminisation massive
Une très forte présence féminine distingue les métiers du « prendre soin » dans la métropole de Lyon comme ailleurs : 80 % des emplois y sont occupés par des femmes, contre 45 % dans le reste de l’emploi local. À l’exception des éducateurs techniques spécialisés, tous les métiers sont concernés.
Cette féminisation est totale dans la petite enfance, avec 99 % de femmes exerçant le métier d’auxiliaire de puériculture et 98 % celui d’assistant maternel. La situation est proche pour le personnel soignant (hors médecins) et les aides à domicile. Les femmes représentent 95 % des sages-femmes, plus de 90 % des auxiliaires de vie ou des aides médico-psychologiques et plus de 85 % des infirmiers et aides-soignants. La parité n’est approchée que parmi les médecins, avec toutefois des variations selon le mode d’exercice, les femmes étant majoritaires parmi les salariés (60 %) et moins nombreuses parmi les libéraux (47 %).
Ainsi, un profond déséquilibre de genre marque la structure de ces métiers, particulièrement dans ceux les moins rémunérateurs. Cette forte féminisation s’articule avec des conditions d’emploi spécifiques au secteur, caractérisées par une proportion élevée de temps partiel (35 % contre 14 % pour le reste des emplois), des carrières fragmentées et des niveaux de rémunération inférieurs à ceux de métiers de qualification comparable.
Ces conditions d’emploi nuisent à l’attractivité de ces métiers, à la stabilité et au maintien en emploi des professionnels.
Des profils d’âge contrastés selon les métiers du « prendre soin »
Les professionnels du « prendre soin » de la métropole de Lyon ont un âge moyen semblable à celui des autres grandes métropoles de province, soit 43 ans. La répartition des tranches d’âge varie selon les métiers.
Le renouvellement générationnel est en cours dans plusieurs métiers où les 25-35 ans sont surreprésentés, tandis que les 40-55 ans sont moins nombreux ; c’est le cas, par exemple, parmi les rééducateurs et professionnels du soutien psychologique. À l’inverse, certains métiers présentent un âge moyen élevé induisant des enjeux de relève marqués. Les plus de 55 ans représentent 18 % des actifs en emploi de la métropole de Lyon, mais 36 % des médecins. Ils constituent le groupe le plus âgé avec un âge moyen de 47 ans, en lien avec la longueur des études et des départs en retraite plus tardifs. La proportion des plus de 55 ans est aussi supérieure parmi les assistants maternels (32 %), les cadres de santé (30 %), les agents hospitaliers (28 %), les aides à la vie quotidienne et les éducateurs techniques spécialisés (27 %) (figure 2).
Les métiers en expansion récente, liés à la rééducation, à la psychologie ou à l’enfance, présentent des structures d’âge nettement plus jeunes. Ergothérapeutes, orthophonistes, ostéopathes ou psychomotriciens comptent seulement 11 % de professionnels de plus de 55 ans. Les éducateurs ou auxiliaires de puériculture suivent aussi cette dynamique. Les infirmiers, malgré un cursus plus long, sont également plus jeunes que la moyenne.
tableauFigure 2 – Part et effectif des plus de 55 ans de la métropole de Lyon dans les métiers du « prendre soin » les plus vieillissants en 2022
| Profession | Effectifs seniors | Part de seniors (en %) |
|---|---|---|
| Médecins libéraux spécialistes | 800 | 45,6 |
| Médecins libéraux généralistes | 800 | 39,5 |
| Assistants maternels agréés | 1 700 | 32,4 |
| Cadres de santé | 600 | 30,3 |
| Agents de servicedes établissements de santé | 1 500 | 27,9 |
| Auxiliaires de vie sociale | 800 | 26,8 |
| Médecins salariés hospitaliers | 1 000 | 25,7 |
- Lecture : 32 % des assistants maternels, du groupe de la petite enfance, sont des personnes de 55 ans ou plus, soit 1 700 personnes. C’est nettement plus que la moyenne des emplois (18 %), représentée par la droite verticale en pointillés.
- Champ : Catégories socioprofessionnelles du « prendre soin » ; métiers avec au moins 25 % de personnes de plus de 55 ans et 400 professionnels.
- Source : Insee, Recensement de la population 2022, exploitation complémentaire.
graphiqueFigure 2 – Part et effectif des plus de 55 ans de la métropole de Lyon dans les métiers du « prendre soin » les plus vieillissants en 2022

- Lecture : 32 % des assistants maternels, du groupe de la petite enfance, sont des personnes de 55 ans ou plus, soit 1 700 personnes. C’est nettement plus que la moyenne des emplois (18 %), représentée par la droite verticale en pointillés.
- Champ : Catégories socioprofessionnelles du « prendre soin » ; métiers avec au moins 25 % de personnes de plus de 55 ans et 400 professionnels.
- Source : Insee, Recensement de la population 2022, exploitation complémentaire.
Le profil par âge des métiers du « prendre soin » dans la métropole de Lyon présente de fortes disparités et une polarisation entre métiers en expansion récente et métiers plus anciens où les enjeux de renouvellement sont marqués. Ces particularités reflètent la structure démographique locale, les mobilités résidentielles et l’attractivité différenciée des métiers.
De nombreux étudiants dans le « prendre soin »
Dans la métropole de Lyon, environ 4 900 professionnels du « prendre soin » sont, en même temps, engagés dans un cursus d’études supérieures, soit 6,0 % des effectifs du secteur. Cette proportion est plus élevée qu’à l’échelle de la région Auvergne-Rhône-Alpes (3,6 %). Elle reflète l’offre de formation universitaire lyonnaise. Cette présence étudiante recouvre des réalités distinctes. Elle va de l’exercice professionnel intégré au cursus universitaire, comme pour les dentistes (12,9 %) ou les médecins hospitaliers salariés (11,1 %), dans le secteur de la santé, à l’occupation de jobs étudiants parallèlement à des études, sans lien direct avec le métier exercé, quel qu’il soit.
Dans les professions médicales, le contingent étudiant est intégré à la gestion des effectifs et des parcours professionnels. Dans d’autres métiers, la proportion d’étudiants a un impact important sur la rotation des effectifs. La garde d’enfants à domicile (baby-sitting) présente le taux d’étudiants le plus élevé du secteur (33,5 % d’étudiants). Dans le domaine de l’accompagnement social et éducatif, les surveillants scolaires et assistants d’éducation comptent 19,3 % d’étudiants dans leurs rangs, tandis que les moniteurs éducateurs en totalisent 12,3 %. Un renouvellement important des effectifs caractérise ces métiers. Les étudiants qui exercent ces métiers en parallèle de leur parcours de formation cessent généralement à l’issue de celle-ci.
Cette présence étudiante joue un rôle d’amortisseur conjoncturel des tensions sur l’emploi du « prendre soin ». Elle permet aux employeurs de pourvoir rapidement des postes moins attractifs ou à forte rotation. Elle constitue toutefois une solution fragile, car elle repose sur une main-d’œuvre non qualifiée, transitoire, peu stabilisée donc faiblement intégrée dans des trajectoires professionnelles durables. Elle contribue ainsi au maintien des volumes d’emploi mais sans ancrage durable de la main-d’œuvre.
Une offre de « prendre soin » moins dense que dans la plupart des grandes métropoles
Rapportée à l’emploi total, la part des métiers du « prendre soin » dans la métropole de Lyon est moindre que celle observée dans l’ensemble des grandes métropoles de province (pour comprendre). Ce constat reste vrai lorsque l’offre est rapportée à la population résidente : avec 57 professionnels du « prendre soin » pour 1 000 habitants, la métropole de Lyon se situe en deçà de la moyenne des grandes métropoles de province, traduisant une capacité d’accompagnement des besoins sociaux de sa population globalement plus faible. Si elle se place devant certaines métropoles du sud (Nice, 50 ‰ ou Marseille, 52 ‰), elle reste nettement en retrait par rapport aux territoires les mieux dotés, comme Bordeaux (67 ‰) ou Toulouse (64 ‰). La situation lyonnaise s’inscrit dans un système urbain dense, caractérisé par la proximité d’autres pôles importants, comme Saint-Étienne et Grenoble, susceptibles d’accueillir une partie de l’offre régionale de services à la population. Cette organisation territoriale peut ainsi limiter l’étendue du bassin de recours de la métropole de Lyon et contribuer à une moindre concentration de ces professionnels en son sein.
Cette sous-représentation concerne l’ensemble des métiers du « prendre soin », mais elle est particulièrement marquée dans les métiers liés aux fonctions hospitalières, médicales et paramédicales (figure 3).
tableauFigure 3 – Écart de densité entre la métropole de Lyon et la moyenne des autres grandes métropoles de province, pour les catégories de métiers du « prendre soin » en 2022
| Groupe | Écart de densité à la moyenne des autres métropoles |
|---|---|
| Petite enfance | 16,0 |
| Rééducation et soutien psychologique | 7,0 |
| Accompagnement social et éducatif | 1,0 |
| Aide à la vie quotidienne | -0,2 |
| Médecins et sages-femmes | -0,7 |
| Infirmiers | -6,2 |
| Aides-soignants et agents hospitaliers | -17,5 |
- Lecture : La métropole de Lyon a une densité d’aides-soignants et agents hospitaliers inférieure de 17,5 % à la moyenne des grandes métropoles de province.
- Champ : Catégories socioprofessionnelles du « prendre soin ».
- Source : Insee, Recensement de la population 2022, exploitation complémentaire.
graphiqueFigure 3 – Écart de densité entre la métropole de Lyon et la moyenne des autres grandes métropoles de province, pour les catégories de métiers du « prendre soin » en 2022

- Lecture : La métropole de Lyon a une densité d’aides-soignants et agents hospitaliers inférieure de 17,5 % à la moyenne des grandes métropoles de province.
- Champ : Catégories socioprofessionnelles du « prendre soin ».
- Source : Insee, Recensement de la population 2022, exploitation complémentaire.
Les aides-soignants et agents hospitaliers affichent la densité la plus faible parmi les grandes métropoles de province, avec 9,7 professionnels pour 1 000 habitants. Les infirmiers présentent également une dotation inférieure à la moyenne, avec 11,8 ‰. Les écarts se retrouvent dans toutes les formes d’exercice du métier, parmi les infirmiers salariés généralistes, spécialisés ou libéraux, ces derniers ayant les écarts les plus marqués.
Les autres métiers ont un positionnement intermédiaire. La densité de médecins et de sages-femmes se situe à un niveau proche de la moyenne des grandes métropoles de province. Les rééducateurs et professionnels du soutien psychologique occupent une position favorable, plaçant la métropole de Lyon dans la moitié supérieure du classement.
Les écarts sont plus contenus dans les métiers de l’accompagnement social et éducatif. Certains, tels qu’éducateur spécialisé ou surveillant scolaire, présentent des niveaux proches de la moyenne. En rapportant le nombre d’enfants de plus de trois ans scolarisés au nombre d’éducateurs spécialisés et de surveillants scolaires, et ce au niveau infraterritorial, on constate cependant une pression plus forte sur le territoire des Portes du Sud (Corbas, Feyzin, Saint-Fons, Solaize, Vénissieux) ainsi que sur celui du Plateau Nord (Caluire-et-Cuire, Rillieux-la-Pape, Sathonay-Camp).
Les métiers de la petite enfance constituent la seule famille professionnelle nettement au-dessus de la moyenne. Avec huit professionnels pour 1 000 habitants, la métropole de Lyon se situe au troisième rang des grandes métropoles de province derrière Nantes et Toulouse, en lien avec des besoins accrus par une part élevée de jeunes enfants dans la population. Ce chiffre recouvre là encore des situations contrastées selon les métiers.
La densité des auxiliaires de puériculture et des éducateurs de jeunes enfants s’inscrit parmi les plus élevées des grandes métropoles de province, traduisant un développement marqué de l’accueil collectif et des services spécialisés.
En revanche, celle des assistants maternels est relativement faible par rapport aux autres métropoles, avec 100 professionnels pour 1 000 enfants de moins de trois ans en moyenne. Elle est homogène sur le territoire de la métropole de Lyon, sauf dans certaines communes du nord-ouest, notamment Saint-Cyr-au-Mont-d’Or et Limonest.
Les effets démographiques et les tensions sur le marché du travail expliquent en partie les fragilités observées. Elles reflètent également un ensemble de facteurs structurels liés à la configuration de l’offre de soins et de services, aux conditions résidentielles, aux mobilités domicile–travail, ainsi qu’à la spécialisation économique de la métropole de Lyon.
Encadré 1 – Fortes tensions de recrutement dans les métiers du « prendre soin »
L’analyse des tensions de recrutement dans les métiers du « prendre soin » à l’échelle de la métropole de Lyon met en évidence des niveaux de difficulté globalement élevés, traduisant des déséquilibres persistants entre l’offre et la demande de travail. Dans plusieurs professions du soin et du médicosocial, une part importante des projets de recrutement est jugée difficile par les employeurs. La combinaison de conditions de travail exigeantes, d’une attractivité salariale limitée, des inadéquations géographiques et des besoins croissants liés au vieillissement de la population expliquent ces tensions (sources).
Les niveaux les plus marqués concernent l’accompagnement médicosocial (91 % de projets jugés difficiles) et l’assistance auprès d’adultes (85 %). L’intervention socio-éducative (71 %) et les aides-soignants (66 %) figurent également parmi les métiers les plus exposés. Les métiers d’infirmiers et de sages-femmes présentent eux aussi des difficultés importantes, autour de 64 % des projets jugés difficiles. Dans ces professions, les tensions apparaissent structurelles, liées à des besoins durables et à des viviers de recrutement insuffisants.
D’autres métiers connaissent des tensions significatives mais plus hétérogènes : assistance auprès d’enfants et auxiliaires de puériculture (58 %), éducation de jeunes enfants (56 %), métiers de l’éducation (53 %) ou encore certaines professions paramédicales (autour de 42 %).
Dans l’ensemble, les indicateurs montrent que les tensions observées sur les métiers du « prendre soin » relèvent rarement d’une cause unique. Elles résultent d’un faisceau de facteurs structurels et organisationnels, appelant des réponses différenciées selon les métiers et les niveaux de tension identifiés.
Encadré 2 – Mot du partenaire
Les métiers du « prendre soin » sont essentiels pour répondre aux besoins des habitants en situation de vulnérabilité. Ils sont d’une grande diversité. Ils offrent de nombreuses opportunités d’emploi et de carrières. Pourtant, ils sont peu (re)connus, dévalorisés pour certains, avec des difficultés de recrutement et de maintien en emploi qui se sont accentuées.
Sur un territoire de 1,4 million d’habitants (58 communes), la Métropole de Lyon exerce les compétences d’un département et d’une métropole. En tant que cheffe de file des politiques de solidarité, d’insertion et d’emploi, elle agit avec ses partenaires pour renforcer l’attractivité des métiers du « prendre soin », répondre aux besoins d’aujourd’hui et anticiper les besoins de demain. Cette analyse territorialisée vise à alimenter cette démarche partenariale et les actions en faveur des professionnels et des métiers du « prendre soin ».
Christophe Bernard, Observatoire Métropolitain des Solidarités – Métropole de Lyon
Pour comprendre
La nomenclature socioprofessionnelle (PCS 2020) est un ensemble de catégories statistiques qui, chacune, regroupe des professions correspondant à un même milieu social. Elle s’appuie sur plusieurs clivages, comme la distinction entre travailleurs indépendants et salariés, la nature (publique ou privée) de l’établissement employeur et le niveau de qualification, le secteur d’activité et la taille de l’entreprise.
La codification des PCS s’appuie sur une information centrale, le libellé de profession déclaré dans les enquêtes statistiques, et des variables annexes de codification comme le statut d’emploi, la nature de l’employeur, le niveau de qualification ou la taille de l’entreprise.
Les métiers du « prendre soin » ont été regroupés en sept grands ensembles fonctionnels, permettant d’analyser les données issues du recensement de la population 2022, en comparant des familles de métiers ayant des missions et des structures d’emploi similaires : médecins et sages-femmes, infirmiers, aides-soignants et agents hospitaliers, rééducation et soutien psychologique, petite enfance, accompagnement social et éducatif, aide à la vie quotidienne.
La métropole de Lyon est ici comparée aux grandes métropoles de province : Bordeaux, Lille, Marseille, Montpellier, Nantes, Nice, Rouen, Strasbourg et Toulouse.
Sources
Cette étude mobilise les données du recensement de la population 2022.
L’encadré sur les métiers en tension (rédaction France Travail) provient d’un dispositif de mesure conjoint de la Dares et de France Travail qui permet de calculer un indicateur principal.
Cet indicateur combine la part des projets de recrutement jugés difficiles, le ratio entre offres d’emploi en ligne et demandeurs d’emploi de catégorie A et le taux d’écoulement de la demande d’emploi (rapidité de sortie des listes).
Pour en savoir plus
(1) Borey G., Warmoës J. (Insee), Beltzung M., Lefebvre M. (Dares), « En moyenne, 4 % de l’emploi salarié total dans les services à la personne et jusqu’à 6 % dans le Sud-Ouest » Insee Première no 1981, janvier 2024.
(2) Gass C., Vinhal Goncalves Alvarenga J.M., « De forts besoins en aides à domicile et agents de service hospitaliers à l’horizon 2030 », Insee Analyses Grand Est no 125, décembre 2020.
