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Insee Analyses Normandie · Février 2026 · n° 152
Insee Analyses NormandieD’ici 2050, la température pourrait augmenter de 1,8 degré en Normandie par rapport à la période 1976-2005

Flavien Alleaume, Stéphanie Gosselin, Catherine Pesin (Insee), Nicolas Buffard (Météo France)

En Normandie, les températures moyennes journalières ont augmenté de 1,1 °C entre la période 1965-1994 et la période 1995-2024. Cette hausse moyenne est plus prononcée durant les mois de juin à août. Même si le climat normand reste tempéré, ce phénomène de réchauffement semble s’accélérer sur la période récente. À l’horizon 2050, toutes les régions métropolitaines pourraient être concernées par une importante hausse des températures. Celle-ci serait toutefois plus mesurée en Normandie, en particulier près du littoral. De plus, les évènements météorologiques extrêmes susceptibles d’affecter les publics les plus fragiles, notamment les journées de forte chaleur et les nuits tropicales, pourraient être encore relativement peu fréquents dans la région, bien qu’en progression, à cet horizon.

Insee Analyses Normandie
No 152
Paru le :Paru le05/02/2026

Les températures en hausse en Normandie tout au long de l’année

En Normandie, la annuelle se situait autour de 11,5 °C sur les trois dernières décennies (1995 à 2024), soit 1,1 °C de plus que sur la période précédente (1965-1994). Cette hausse moyenne de température, observée sur l’ensemble de l’année, est un peu plus prononcée de juin à août (+1,2 °C) qu’entre décembre et février (+0,9 °C ; figure 1). De ce fait, elle se traduit par une augmentation du nombre de journées chaudes, lors desquelles la température maximale est supérieure ou égale à 25 °C, et une diminution du nombre de jours de gel. Sur la période récente, la Normandie connaît ainsi 8 journées chaudes de plus en moyenne par an (28 contre 20 sur la période 1955-1994), avec des disparités importantes selon les villes (+3 à Cherbourg et +14 à Rouen). À l’inverse, le nombre annuel de jours de gel a diminué de 26 % en moyenne sur le territoire (de 42 à 31).

Même si le climat normand reste tempéré, ce phénomène de réchauffement semble s’accélérer sur la période récente. Entre 2015 et 2024, la moyenne annuelle de 11,5 °C a été dépassée huit fois, contre deux fois entre 2005 et 2014 et trois fois entre 1995 et 2004.

Les moyennes annuelles de précipitations (pour comprendre) ont également augmenté de près de 5 % entre les deux périodes de 30 ans considérées (de 752 mm par an entre 1965-1994 à 787 mm entre 1995 et 2024). Les variations observées sur les précipitations montrent un accroissement de la pluviométrie au cours de la période située entre les mois d’octobre et février.

Figure 1Évolution des moyennes mensuelles sur 30 ans de températures et des précipitations en Normandie depuis 1965

Unités : en mm et en °C
Évolution des moyennes mensuelles sur 30 ans de températures et des précipitations en Normandie depuis 1965 (Unités : en mm et en °C)
Mois Précipitations (1965-1994) Précipitations (1995-2024) Températures moyennes (1965-1994) Températures moyennes (1995-2024)
janv 72 75 4,4 5,1
fév 56 61 4,5 5,8
mars 59 57 6,8 7,8
avril 51 49 8,6 10,0
mai 62 59 12,1 13,1
juin 54 55 14,9 16,2
juill 53 51 17,1 18,2
août 47 58 17,1 18,4
sept 66 58 14,9 15,9
oct 73 82 11,6 12,7
nov 82 86 7,3 8,4
déc 80 94 5,2 5,8
  • Note : En janvier, au cours de la période 1965-1994, les températures ont été en moyenne en Normandie de 4,4 °C, et de 5,1 °C sur la période 1995-2024. Sur ce même mois, les précipitations moyennes ont été de 72 mm au cours de la période 1965-1994, et de 75 mm au cours de la période 1995-2024.
  • Source : Météo-France.

Figure 1Évolution des moyennes mensuelles sur 30 ans de températures et des précipitations en Normandie depuis 1965

  • Note : En janvier, au cours de la période 1965-1994, les températures ont été en moyenne en Normandie de 4,4 °C, et de 5,1 °C sur la période 1995-2024. Sur ce même mois, les précipitations moyennes ont été de 72 mm au cours de la période 1965-1994, et de 75 mm au cours de la période 1995-2024.
  • Source : Météo-France.

À l’horizon 2050, la hausse des températures devrait être plus marquée en été qu’en hiver

Les données prospectives de Météo-France (sources) permettent d’anticiper l’évolution des températures et des précipitations au niveau régional, à différents stades du réchauffement global de la planète. Les données de référence couvrent la période allant de 1976 à 2005, point de départ de la projection. L’horizon de projection considéré ici est celui d’une élévation moyenne de température de +2,0 °C dans le monde et +2,7 °C en France par rapport à l’ère préindustrielle, des niveaux qui devraient être atteints à l’horizon 2050 selon les hypothèses du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).

À l’horizon 2050, la hausse des températures moyennes en Normandie par rapport à la période 1976-2005 (+1,8 °C) serait plus forte en été (+2,1 °C) qu’en hiver (+1,4 °C), ce que les observations des deux dernières décennies semblent confirmer. Les précipitations pourraient être, quant à elles, en légère hausse sur l’ensemble de l’année (+4 %) mais légèrement plus faibles en été et plus élevées en hiver.

Au cours de la période estivale (de juin à août), nombre de villes normandes seraient, à l’horizon 2050, exposées aux niveaux de températures et de précipitations observés entre 1976 et 2005 dans des villes de Charente (figure 2). Ces analogies entre climats passés et à venir seraient sensiblement différentes au cours de la période hivernale, avec des villes normandes se rapprochant davantage du climat breton. Rouen et Alençon auraient un climat hivernal proche de celui observé entre 1976 et 2005 à Redon, et Le Havre se rapprocherait de Lorient. Ces exemples illustrent la difficulté de trouver des analogies entre les climats observés dans deux lieux distincts, ou pendant deux périodes différentes, en prenant en compte plusieurs variables climatiques.

Figure 2Analogues climatiques des principales villes normandes au cours de la période estivale entre la période de référence (1976-2005) et l’horizon 2050

Analogues climatiques des principales villes normandes au cours de la période estivale entre la période de référence (1976-2005) et l’horizon 2050
Communes Températures pendant la période de référence (°C) Précipitations pendant la période de référence (mm) Températures pendant la période de projection (°C) Précipitations pendant la période de projection (mm)
Alençon 17,8 152 20,1 146
Caen 17,4 151 19,5 147
Cherbourg 16,0 142 17,9 132
Évreux 17,7 145 20,0 138
Le Havre 17,2 162 19,2 154
Rouen 17,3 185 19,4 176
Périgueux 20,0 179 /// ///
Angoulême 20,0 168 /// ///
Cognac 20,1 154 /// ///
La Rochelle 19,6 119 /// ///
Poitiers 19,3 154 /// ///
Tours 19,5 141 /// ///
Redon 18,3 134 /// ///
  • /// : Absence de données.
  • Note : À l’horizon 2050, au cours de la période estivale (juin à août), le niveau de précipitations et des températures au Havre (153 mm ; 19,3°C) serait similaire à celui constaté lors de ces mêmes mois à Poitiers entre 1976 et 2005.
  • Source : Météo-France – Drias les futurs du climat

Figure 2Analogues climatiques des principales villes normandes au cours de la période estivale entre la période de référence (1976-2005) et l’horizon 2050

  • Note : À l’horizon 2050, au cours de la période estivale (juin à août), le niveau de précipitations et des températures au Havre (153 mm ; 19,3°C) serait similaire à celui constaté lors de ces mêmes mois à Poitiers entre 1976 et 2005.
  • Source : Météo-France – Drias les futurs du climat

La température moyenne estivale pourrait augmenter de 2,1 degrés en Normandie

La Normandie se situe parmi les régions où la température estivale moyenne est la plus faible, exception faite des massifs montagneux. Entre 1976 et 2005, la moyenne des températures s’élevait à 16,9 °C dans la région durant les mois de juin, juillet et août contre 18,4 °C en France métropolitaine. À l’horizon 2050, l’écart de températures entre la Normandie et la France métropolitaine au cours de la période estivale pourrait s’accentuer (19,0 °C contre 20,8 °C ; figure 3). La région subirait une hausse des températures parmi les moins importantes de France métropolitaine (+2,1 °C). Seules la Bretagne et les Hauts-de-France pourraient connaître une évolution comparable. En revanche, les régions du sud-est du pays, qui connaissent déjà les températures estivales les plus élevées, subiraient une hausse moyenne d’au moins 2,5 °C.

Au cours de la période estivale, le littoral pourrait être davantage épargné

À l’horizon 2050, les départements de l’Eure et de l’Orne pourraient être confrontés aux évolutions de températures estivales les plus élevées (respectivement +2,3 °C et +2,2 °C), alors que le département de la Manche connaîtrait une hausse plus limitée à 1,9 °C. Les littoraux de la région, dont les températures sont déjà plus clémentes, seraient ainsi davantage préservés de l’élévation des températures consécutive au réchauffement climatique. En revanche, ils pourraient être confrontés à d’autres effets du changement climatique, notamment l’érosion du trait de côte ou un impact plus élevé des épisodes de submersion marine [Brendler & al., 2020, pour en savoir plus (3)].

Cependant, et malgré ces augmentations, la température estivale moyenne resterait inférieure à 20 °C à l’horizon 2050, dans ces départements comme dans le reste de la Normandie (figure 4), une évolution qui reste inférieure à la trajectoire possible à l’échelle nationale.

Figure 3Évolution des températures estivales moyennes (en °C) entre les périodes 1976-2005 et 2021-2050

  • Les données de cette carte lissée ne sont pas diffusables.
  • Source : Météo-France – Drias les futurs du climat.

Figure 4Températures moyennes estivales à l’horizon 2050

  • Les données de cette carte lissée ne sont pas diffusables.
  • Source : Météo-France – Drias les futurs du climat.

La Normandie relativement épargnée par les journées de forte chaleur et par les nuits tropicales en 2050

Une journée de ou une ne constituent pas en soi un phénomène à risque. Toutefois, leurs multiplications et leurs successions peuvent se traduire par la survenue d’épisodes critiques de vagues de chaleur et de périodes de canicule. La prise en compte des températures nocturnes – en plus des températures diurnes – est essentielle dans une optique de santé publique. En effet, les baisses de température nocturne permettent aux organismes de mieux supporter les fortes chaleurs le jour, notamment pour les personnes âgées. À l’horizon 2050, bien que ces phénomènes soient en progression sur l’ensemble du territoire métropolitain, la Normandie devrait être globalement moins impactée que d’autres régions comme la Nouvelle-Aquitaine, l’Occitanie et le pourtour méditerranéen, ainsi que la vallée du Rhône (figure 5). Dans la région, seul le Perche ornais pourrait être légèrement plus exposé à ces phénomènes extrêmes.

Ces constats généraux sont susceptibles d’être démentis en fonction de l’environnement urbain des populations. Ainsi, malgré l’absence de nuits tropicales, les phénomènes d’îlots de chaleur urbains peuvent affecter la qualité de vie des habitants, en particulier dans les plus grandes agglomérations [Fontès-Rousseau & al., 2022, pour en savoir plus (2)].

Figure 5Journées de forte chaleur et nuits tropicales à l’horizon 2050

  • Les données de cette carte lissée ne sont pas diffusables.
  • Source : Météo-France – Drias les futurs du climat.
Publication rédigée par :Flavien Alleaume, Stéphanie Gosselin, Catherine Pesin (Insee), Nicolas Buffard (Météo France)

Pour comprendre

Les changements climatiques survenus en Normandie entre 1965 et 2024 sont évalués grâce aux données enregistrées par Météo France dans six stations représentatives de la diversité du climat sur le territoire. Les mesures météorologiques présentant une grande variabilité, on calcule pour chaque année, saison ou mois étudié, les moyennes de températures ou de précipitations sur des périodes de 30 ans.

Sources

Dans l’étude, deux périodes d’analyse sont retenues : une période passée (1976-2005) reposant sur des valeurs constatées, et une période de futur proche (2021-2050). Les résultats de la période future reposent sur des scénarios issus du programme Drias (Donner accès aux scénarios climatiques régionalisés français pour l’impact et l’adaptation de nos sociétés et environnements) de Météo-France. Ces scénarios se fondent notamment sur des hypothèses en concentration de gaz à effet de serre, et en énergie reçue et émise par la Terre (niveau de forçage radiatif) définis par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Dans cette étude, le scénario de fortes émissions (Representative Concentration Pathway (RCP) 8.5) a été retenu. Les résultats de ces simulations climatiques sont disponibles sur des mailles de 8 km x 8 km (mailles Safran).

Définitions

La température moyenne journalière est égale à la moyenne des températures minimale et maximale du jour. La température moyenne est égale à la moyenne des températures journalières sur la période étudiée.

Une journée de forte chaleur est une journée au cours de laquelle la température maximale est supérieure ou égale à 30 °C.

Une nuit tropicale est une nuit au cours de laquelle la température ne descend pas en dessous de 20 °C.

Pour en savoir plus

(1) Cantat O., Costa S., Beauvais F. (Université de Caen Normandie), Laignel B. (Université de Rouen Normandie), Buffard N. (Météo-France), « Ouvrir dans un nouvel ongletChangement climatique et aléas météorologiques en Normandie », Giec Normand – Phase 2, avril 2025.

(2) Fontès-Rousseau C., Lardellier R. (Insee), Soubeyroux J-M. (Météo-France), « Un habitant sur sept vit dans un territoire exposé à plus de 20 journées anormalement chaudes par été dans les décennies à venir », Insee Première no 1918, août 2022.

(3) Brendler J., Comte S., Louza T., Mounchit N. (Insee), Dardaillon B., Rose V. (Dreal), Paillette E. (Draaf), « Plus de 100 000 résidents, logements et emplois concernés par le risque de submersion marine en Normandie », Insee Analyses Normandie no 87, décembre 2020.