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Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté · Mai 2022 · n° 97
Insee Analyses Bourgogne-Franche-ComtéUn habitant sur cinq démuni face à l'usage d'internet

Aline Branche-Seigeot, Bénédicte Piffaut (Insee)

En 2019, près de 440 000 Bourguignons-Francs-Comtois n'ont pas utilisé internet au cours de l'année ou rencontrent des difficultés dans l’utilisation des outils numériques. Cela représente 19 % des habitants de 15 ans ou plus. Ces personnes sont considérées en situation d’illectronisme. Ce phénomène concerne surtout les plus âgés mais également les moins diplômés et les moins favorisés socialement.

Le taux d’illectronisme est plus faible dans l’est de la région, dans les grands pôles urbains et le long des grands axes de communication.

Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté
No 97
Paru le : Paru le 17/05/2022

La dématérialisation accélérée des services aux particuliers, la crise de la Covid-19 et les confinements qui en ont découlé, ont contraint les ménages à intensifier leur usage du numérique dans toutes les sphères de la vie quotidienne. Le télétravail, les classes virtuelles, le commerce en ligne et la télémédecine, notamment, prennent de plus en plus de place dans la vie des ménages. Si pour certains, la numérisation de la société simplifie le quotidien, pour d’autres cela le rend plus complexe. Une partie de la population n’a pas accès à internet du fait de la qualité de la couverture numérique, mais aussi en raison du coût de l’abonnement et de l’équipement. D’autres cumulent parfois ces difficultés avec le manque de compétences numériques. Les personnes n’ayant pas utilisé internet dans l’année et/ou étant en difficulté avec les usages du numérique sont considérées en situation d’illectronisme. La lutte contre ce phénomène est un enjeu d’égalité entre les territoires, d’accès aux droits et d’insertion sociale. Estimer le nombre de personnes concernées par l’illectronisme dans la région et approcher leur répartition géographique peut aider à réduire la fracture numérique par la mise en oeuvre de politiques publiques spécifiques (encadré 1).

19 % des habitants de la région sont en situation d’illectronisme

En 2019, 440 000 personnes âgées de 15 ans ou plus de Bourgogne-Franche-Comté sont potentiellement en situation d’illectronisme. Cela représente 19 % de cette catégorie d'âge (méthode). En comparaison, les Bourguignons-Francs-Comtois sont en moyenne plus en situation d'illectronisme qu'en France de province (17 %). Parmi les habitants de la région en situation d’illectronisme, 9 sur 10 n’ont pas utilisé internet dans l’année. Les autres se servent d’internet, mais ne disposent pas des compétences numériques de base. Ces personnes ne sont pas en mesure d’utiliser un logiciel, de rechercher des informations sur internet, de résoudre un problème ou de communiquer via internet.

Même si le développement du numérique a été rapide ces dernières années, 17 % des habitants de la région n’ont pas utilisé internet dans l’année, une proportion voisine de celle de France de province (16 %) (figure 1). Les causes sont multiples : âge, coût du matériel, abonnement trop coûteux, manque de compétences. Le non-usage d’internet a néanmoins tendance à diminuer. En dix ans le nombre de personnes âgées de 15 ans ou plus qui se connectent presque quotidiennement à internet a doublé en France. Dans la région, il est de 67 % en 2019 et il atteint 69 % en moyenne en France de province. Par ailleurs, 86 % des habitants de Bourgogne-Franche-Comté ont un accès à internet et près d’un quart ont une maîtrise élevée des outils numériques, contre respectivement 87 % et 27 % en France de province.

Figure 1Fréquence des compétences, de l’accès à domicile et d’utilisation d’internet par département en Bourgogne-Franche-Comté

Fréquence des compétences, de l’accès à domicile et d’utilisation d’internet par département en Bourgogne-Franche-Comté
Population âgée de 15 ans ou plus (en milliers) Part (%) Usage (%)
Illectronisme Compétences numériques élevées Sans accès à Internet Pas dans l’année Quotidien
Côte-d’Or 445,9 16,2 30,1 12,3 14,6 68,6
Doubs 441,9 16,8 27,5 12,7 15,1 70,2
Jura 215,5 18,6 23,3 14,1 16,7 67,3
Nièvre 176,2 23,1 19,6 17,8 20,6 62,1
Haute-Saône 195,1 19,6 21,6 14,7 17,5 66,2
Saône-et-Loire 462,2 21,2 22,1 16,4 19,0 63,6
Yonne 279,4 19,8 21,1 15,0 17,7 65,7
Territoire de Belfort 116,7 16,1 28,0 12,7 14,5 69,1
Bourgogne-Franche-Comté 2 332,9 18,8 24,7 14,3 16,8 66,8
France de province 43 423,1 16,9 27,0 12,9 15,6 68,7
  • Champ : individus de 15 ans ou plus.
  • Sources : Insee, enquête TIC ménages 2019, recensement de la population 2018.

Un taux d’illectronisme très important aux âges élevés

L’âge est le principal déterminant de l’illectronisme (figure 2). En Bourgogne-Franche-Comté, 3 % des jeunes de 15 à 29 ans sont concernés contre 45 % des personnes de 70 à 79 ans et 74 % des 80 ans ou plus. L’avancée en âge correspond fréquemment à une moindre utilisation des outils numériques notamment après le départ à la retraite. Ces outils sont en constante évolution, accentuant la perte de maîtrise des personnes quant à leur utilisation. Ce clivage lié à l’âge peut être atténué par le niveau de diplôme et l’ancienne catégorie socioprofessionnelle des personnes. Le taux d’illectronisme des 70 ans ou plus atteint 72 % parmi ceux qui n’ont aucun diplôme ou uniquement le brevet des collèges contre 33 % chez les détenteurs du baccalauréat. Il est de seulement 19 % parmi les anciens cadres tandis qu’il avoisine 70 % chez les anciens ouvriers et 75 % chez les anciens agriculteurs. Le fait d’avoir utilisé internet pour des raisons professionnelles dans sa carrière passée joue donc un rôle sur le niveau d’illectronisme.

Les femmes sont plus souvent en situation d’illectronisme que les hommes, 23 % contre 14 %. La forte surreprésentation des femmes après 75 ans explique en grande partie cet écart. D’ailleurs, leur taux d’illectronisme est comparable à celui des hommes jusqu’à 45 ans, c’est ensuite que l’écart se creuse (figure 3).

À âge, diplôme et catégorie socioprofessionnelle équivalents, les femmes sont moins souvent en situation d’illectronisme que les hommes.

Figure 2Taux d’illectronisme, de maîtrise élevée et d’utilisation quotidienne d’internet par âge en Bourgogne-Franche-Comté

en %
Taux d’illectronisme, de maîtrise élevée et d’utilisation quotidienne d’internet par âge en Bourgogne-Franche-Comté (en %)
Taux d’illectronisme Taux de maîtrise élevée des compétences numériques Taux d’utilisation quasi-quotidienne
15 à 29 ans 3,1 91,8 53,0
30 à 44 ans 4,1 84,8 33,3
45 à 59 ans 11,0 70,5 20,5
60 à 69 ans 21,1 57,0 11,6
70 à 79 ans 45,3 36,4 5,1
80 ans et plus 73,8 12,4 0,8
  • Champ : individus de 15 ans ou plus.
  • Sources : Insee, enquête TIC ménages 2019, recensement de la population 2018.

Figure 2Taux d’illectronisme, de maîtrise élevée et d’utilisation quotidienne d’internet par âge en Bourgogne-Franche-Comté

  • Champ : individus de 15 ans ou plus.
  • Sources : Insee, enquête TIC ménages 2019, recensement de la population 2018.

Figure 3Taux d’illectronisme par sexe et âge en Bourgogne-Franche-Comté

en %
Taux d’illectronisme par sexe et âge en Bourgogne-Franche-Comté (en %)
Homme Femme Ensemble
15 à 29 ans 3,0 3,1 3,1
30 à 44 ans 4,1 4,2 4,1
45 à 59 ans 9,4 12,6 11,0
60 à 69 ans 16,5 25,3 21,1
70 à 79 ans 36,5 53,0 45,3
80 ans et plus 63,1 79,7 73,8
  • Champ : individus de 15 ans ou plus.
  • Sources : Insee, enquête TIC ménages 2019, recensement de la population 2018.

Figure 3Taux d’illectronisme par sexe et âge en Bourgogne-Franche-Comté

  • Champ : individus de 15 ans ou plus.
  • Sources : Insee, enquête TIC ménages 2019, recensement de la population 2018.

Les moins diplômés et les moins favorisés socialement sont plus souvent touchés

Au-delà de l’âge, les « fragilités numériques » se cumulent fréquemment avec des fragilités sociales et économiques. À l’inverse, plus les personnes sont diplômées, plus le taux d’illectronisme diminue. Au sein de la population active, les cadres sont les moins souvent en situation d’illectronisme. Ils ne sont ainsi que 4 % contre 28 % des ouvriers et 43 % des agriculteurs. Cette part, nettement plus importante chez les agriculteurs, s’explique notamment par un âge moyen plus élevé que dans les autres professions.

Parmi les personnes en emploi, le taux d’illectronisme est encore plus faible pour les cadres et les professions intermédiaires, respectivement 2 % et 3 %. Le fait d’être en emploi contribue aussi à diminuer ce taux pour les ouvriers et les agriculteurs (12 %).

Pour les jeunes, le diplôme limite également les risques d’être en situation d’illectronisme. Les non diplômés sont 4 % à être en situation d’illectronisme, ils sont seulement 2 % parmi les diplômés du supérieur. De plus, les jeunes ni en emploi, ni en formation, ni en études (NEET pour « neither in employment nor in education or training ») restent éloignés du numérique. L’illectronisme touche 8 % de cette population.

Près d'un Nivernais sur quatre est en situation d'illectronisme

Au sein de la région, la Haute-Saône, l’Yonne, la Saône-et-Loire et la Nièvre sont les départements les plus concernés par l’illectronisme, avec un taux variant de 20 % à 23 %. Ces départements ruraux se caractérisent par une population globalement plus âgée. Par ailleurs, la Nièvre est le seul département de la région où le taux d’illectronisme est supérieur à la part d’individus ayant une maîtrise élevée des outils numériques.

Les territoires en Zones de Revitalisation Rurale (ZRR) abritent une part plus importante qu’ailleurs de personnes de 15 ans ou plus en situation d’illectronisme (22 %). Ceux de la Nièvre et de la Saône-et-Loire sont les plus touchés avec près d’un quart des habitants contre 18 % dans les ZRR du Doubs. La Nièvre est aussi le département où les habitants des ZRR sont les moins bien équipés. 19 % d’entre eux ne disposent pas d’un accès à internet à domicile contre 16 % en moyenne dans les ZRR de la région. À l’inverse, les taux d’illectronisme sont plus faibles dans le Territoire de Belfort, en Côte-d’Or et dans le Doubs. Ces départements bénéficient des grands pôles urbains où réside une population plus jeune et active. La part des personnes de 15 ans ou plus ayant une maîtrise élevée y est la plus importante de la région, plus de 27 %.

Plus âgé et moins peuplé, l'ouest de la région est davantage concerné

Comme au niveau départemental, les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) de l’ouest de la région sont davantage touchés par l’illectronisme que dans ceux de l’est (figure 4). Les EPCI du Morvan, du Châtillonnais, de la Bresse et du nord de la Haute-Saône sont plus particulièrement concernés. Ils correspondent aux territoires ruraux et âgés de la région. Ce taux élevé d’illectronisme va aussi de pair avec une absence plus importante d’accès à internet au domicile. Dans ces intercommunalités, plus de 20 % des habitants ne disposent pas d’accès à internet quand ils ne sont que 14 % en moyenne en Bourgogne-Franche-Comté. La part d’habitants qui n’ont pas utilisé internet au cours des 12 derniers mois atteint les mêmes proportions. Dans ces territoires, la couverture numérique est moins avancée (encadré 2). En raison de la faible densité de population, le déploiement du Très Haut Débit (THD) est moins prioritaire pour les opérateurs privés. La population n’a donc pas toujours accès au THD.

L’aménagement numérique du territoire s’est cependant accéléré ces dernières années pour remplir les obligations légales de couverture en fibre optique d’ici 2025. Cette difficulté d’accès devrait donc progressivement se résorber.

Figure 4Taux d’illectronisme par intercommunalité en Bourgogne-Franche-Comté

en %
Taux d’illectronisme par intercommunalité en Bourgogne-Franche-Comté (en %)
Numéro EPCI Libellé EPCI Taux d’illectronisme
200000925 CC de la Plaine Dijonnaise 13,1
200006682 CA Beaune, Côte et Sud - Communauté Beaune-Chagny-Nolay 18,5
200010650 CA du Grand Dole 18,1
200023075 CC du Pays de Maîche 19,8
200026573 CC Haut-Jura Saint-Claude 22,0
200036150 CC des Hauts du Val de Saône 28,1
200036549 CC Val de Gray 21,5
200039055 CC Ouche et Montagne 14,4
200039063 CC Forêts, Seine et Suzon 17,4
200039642 CC Le Tonnerrois en Bourgogne 23,6
200039709 CC du Serein 21,7
200039758 CC Avallon, Vézelay, Morvan 21,1
200040038 CC Saône Doubs Bresse 17,0
200040293 CC du Clunisois 19,6
200041721 CC de la Haute Comté 25,8
200041853 CC du Pays de Montbozon et du Chanois 17,1
200041861 CC du Triangle Vert 17,3
200041879 CC Terres de Saône 18,7
200041887 CC du Val Marnaysien 13,6
200042414 CC Bresse Revermont 71 23,6
200065647 CA Pays de Montbéliard Agglomération 19,1
200067080 CC Chablis Villages et Terroirs 18,7
200067114 CA de l'Auxerrois 17,9
200067130 CC de Puisaye-Forterre 24,2
200067304 CC Serein et Armance 20,6
200067429 CC Haut Nivernais-Val d'Yonne 24,4
200067668 CC de la Cléry, du Betz et de l'Ouanne 19,6
200067692 CC Tannay-Brinon-Corbigny 27,1
200067700 CC Sud Nivernais 24,2
200067882 CC Bazois Loire Morvan 30,3
200067890 CC Morvan Sommets et Grands Lacs 28,3
200067908 CC Amognes Cœur du Nivernais 19,8
200067916 CC Cœur de Loire 23,5
200068070 CC Loue-Lison 16,2
200068088 CC Les Bertranges 21,2
200068294 CC des Deux Vallées Vertes 19,5
200069052 CA Grand Belfort 15,4
200069060 CC des Vosges du Sud 16,5
200069540 CC Norge et Tille 11,6
200069565 CC des Lacs et Montagnes du Haut-Doubs 12,5
200069615 CC Bresse Haute Seille 17,5
200069623 CC Champagnole Nozeroy Jura 19,7
200069698 CC Mâconnais - Tournugeois 18,8
200070308 CA Mâconnais Beaujolais Agglomération 18,1
200070316 CC Entre Arroux, Loire et Somme 27,4
200070332 CC des Savoir-Faire 21,5
200070530 CC du Grand Autunois Morvan 22,9
200070548 CC La Clayette Chauffailles en Brionnais 25,2
200070894 CC de Gevrey-Chambertin et de Nuits-Saint-Georges 14,5
200070902 CC Auxonne Pontailler Val de Saône 16,5
200070910 CC Tille et Venelle 17,8
200071017 CC des Terres d'Auxois 19,1
200071116 CA ECLA (Espace Communautaire Lons Agglomération) 18,4
200071140 CA Moulins Communauté 21,3
200071173 CC du Pays Arnay Liernais 27,7
200071207 CC de Pouilly-en-Auxois/Bligny-sur-Ouche 19,4
200071538 CC Terres de Bresse 20,0
200071579 CC Bresse Louhannaise Intercom' 22,7
200071595 CC Arbois, Poligny, Salins, Cœur du Jura 19,9
200071645 CC Saint Cyr Mère Boitier entre Charolais et Mâconnais 19,1
200071884 CC Le Grand Charolais 24,6
200072056 CC Porte du Jura 20,0
200072825 CC Mirebellois et Fontenois 15,7
200090579 CC Terre d'Émeraude Communauté 19,3
242100154 CC des Vallées de la Tille et de l'Ignon 15,0
242100410 Dijon Métropole 14,4
242101434 CC du Pays Châtillonnais 24,1
242101442 CC de Saulieu 27,5
242101459 CC du Pays d'Alésia et de la Seine 22,0
242101491 CC du Montbardois 22,7
242101509 CC Rives de Saône 19,5
242500320 CC de Montbenoît 14,7
242500338 CC du Grand Pontarlier 17,9
242500361 CU Grand Besançon Métropole 15,2
242504116 CC du Val de Morteau 17,0
242504181 CC des Portes du Haut-Doubs 16,7
242504355 CC du Plateau de Russey 16,3
242504371 CC du Pays de Sancey-Belleherbe 21,5
242504447 CC du Doubs Baumois 17,2
242504488 CC Altitude 800 15,8
242504496 CC du Plateau de Frasne et du Val de Drugeon (CFD) 14,8
243900354 CC de la Station des Rousses-Haut Jura 13,5
243900420 CC du Val d'Amour 18,3
243900479 CC du Haut-Jura - ARCADE 15,9
243900560 CC Jura Nord 15,3
243900610 CC La Grandvallière 16,7
243901089 CC de la Plaine Jurassienne 19,0
245801063 CC Loire et Allier 15,0
245804406 CA de Nevers 20,7
245804497 CC du Nivernais Bourbonnais 23,8
247000011 CA de Vesoul 18,5
247000367 CC des Combes 17,9
247000623 CC des Quatre Rivières 21,6
247000664 CC du Pays de Lure 19,7
247000698 CC des Monts de Gy 18,0
247000706 CC du Pays Riolais 12,4
247000714 CC du Pays de Villersexel 21,3
247000722 CC du Pays d'Héricourt 15,9
247000755 CC du Pays de Luxeuil 22,3
247000821 CC Rahin et Chérimont 17,3
247000854 CC des 1000 étangs 23,4
247100290 CU Le Creusot Montceau-les-Mines 23,3
247100589 CA Le Grand Chalon 19,2
247100639 CC de Marcigny 25,1
247100647 CC Bresse Nord Intercom 26,7
247103765 CC Entre Saône et Grosne 17,2
247103864 CC du Canton de Semur-en-Brionnais 21,1
247104094 CC Sud Côte Chalonnaise 17,5
248900334 CA du Grand Sénonais 19,5
248900383 CC de l'Agglomération Migennoise 21,9
248900524 CC de l'Aillantais 17,0
248900664 CC de la Vanne et du Pays d'Othe 19,7
248900748 CC du Gâtinais en Bourgogne 16,3
248900896 CC Yonne Nord 17,1
248900938 CC du Jovinien 21,0
249000241 CC du Sud Territoire 19,1
  • Champ : individus de 15 ans ou plus.
  • Sources : Insee, enquête TIC ménages 2019, recensement de la population 2018.

Figure 4Taux d’illectronisme par intercommunalité en Bourgogne-Franche-Comté

  • Champ : individus de 15 ans ou plus.
  • Sources : Insee, enquête TIC ménages 2019, recensement de la population 2018.

Les grands pôles économiques moins exposés

Dijon Métropole, Grand Besançon Métropole et les EPCI de leurs couronnes respectives, ont des taux d’illectronisme parmi les plus faibles de la région (moins de 16 %). Ces territoires bénéficient de la présence de pôles économiques et universitaires majeurs. Leurs populations se caractérisent donc par une plus grande proportion de cadres et d’étudiants, soit une population diplômée et jeune. Les intercommunalités de la bande frontalière se distinguent également par un niveau d’accès à internet au domicile élevé. Outre les aspects purement démographiques, ces espaces sont aussi plus favorisés socialement. En proportion, la population peut donc davantage supporter le coût d’un abonnement internet. Les habitants de l’EPCI des Lacs et Montagnes du Haut-Doubs sont ainsi plus de 90 % à disposer d’équipements numériques et seulement 13 % à être en situation d’illectronisme. Enfin, les intercommunalités traversées par les grands axes de communication, comme l’autoroute A6 ou la ligne de Train à Grande Vitesse, sont également moins touchées par l’illectronisme. À l’image des EPCI de l’Auxerrois ou du Grand Sénonais, ces territoires sont souvent plus densément peuplés et concentrent davantage de navetteurs que les territoires avoisinants. Ces navetteurs sont plus souvent des actifs, des cadres et des jeunes que dans les autres intercommunalités de l’ouest.

Encadré 1 – La lutte contre l’illectronisme au cœur des politiques publiques d’aménagement numérique du territoire

Aujourd’hui, près de 13 millions de Français sont en difficulté avec le numérique dont 440 000 en Bourgogne-Franche-Comté. Dans un contexte de dématérialisation croissante des démarches et de transformation numérique des politiques publiques (télémédecine, smartcities, télétravail), l’État garantit à tous l’accès à leurs droits et aux services publics.

À ce titre, le Gouvernement a élaboré dans les années 2010 une stratégie visant à couvrir le territoire national en réseaux de très haut débit. En région Bourgogne-Franche-Comté, l’État soutient les opérateurs et les collectivités locales pour la construction de réseaux d’initiative publique (fibre optique) pour près de 240 millions d’euros. Du côté de la téléphonie mobile, le déploiement des pylônes s’accélère notamment en zone rurale et c'est près de 150 pylônes (4G) qui ont été mis en service depuis 2018 dans notre région.

En 2018 également, est mis en place la Stratégie Nationale pour un Numérique Inclusif avec les collectivités locales, les opérateurs de service public, les entreprises privées, les associations et les médiateurs numériques. L’objectif est d’accompagner vers l’autonomie les personnes en difficulté avec les outils numériques, et de soutenir le déploiement d’actions locales efficaces et cohérentes avec les collectivités locales.

Pour cela a été créé le dispositif « conseillers numériques ». Ce sont des agents qui accompagnent les habitants à acquérir une aisance dans l’utilisation des ordinateurs, tablettes, smartphones. Près de 240 conseillers numériques sont déployés sur la région de Bourgogne-Franche-Comté et situés dans différents points d’accès et d’accompagnement au numérique, fixes ou itinérants : établissements publics numériques, tiers-lieux, Établissements France Services, pour une prise en charge financière de l’État de près de 12 millions d’euros.

En complément, l’Agence Nationale de Lutte Contre l’Illettrisme déploie dès l’été 2022 une démarche pour maîtriser les compétences numériques de base. L’objectif est de mieux accompagner les personnes confrontées au double illettrisme, c’est-à-dire en difficulté avec le numérique et avec une autre compétence de base (langagière ou mathématique). La démarche DUPLEX apportera des solutions combinant l’acquisition des compétences numériques et des autres compétences de base pour accompagner et former ces personnes.

Préfecture de Région Bourgogne-Franche-Comté

Encadré 2 – Une couverture numérique fixe en très haut débit freinée par la dispersion de l’habitat

En termes de couverture en très haut débit fixe (THD), fin 2019, un habitant de la région sur cinq reste encore dépourvu d’un débit minimal de 8 Mbit/s (hors réseau régional THD radio) et seulement quatre habitants de Bourgogne-Franche-Comté sur dix disposent d’une couverture en THD fixe. La dispersion de l’habitat dans la région la rend plus difficile à équiper.

Plus denses démographiquement, le Territoire de Belfort, la Côte-d’Or et le Doubs sont les mieux couverts. Plus de la moitié de leurs habitants bénéficient du THD fixe au 1er octobre 2019. Les disparités entre départements résultent également de stratégies différentes dans l’aménagement numérique des territoires.

Ces trois départements ont fait le choix d’un déploiement généralisé de la fibre optique. Dans les autres départements, moins denses, les déploiements en fibre sont beaucoup plus coûteux et donc plus longs à mettre en oeuvre. C’est pourquoi, ils s’appuient sur un mix technologique (fibre optique, THD radio, satellite, 4G fixe…) afin de délivrer un accès fixe à internet de qualité.

Publication rédigée par : Aline Branche-Seigeot, Bénédicte Piffaut (Insee)

Pour comprendre

Une méthode de scoring a été mise en oeuvre pour estimer les compétences et les usages du numérique à un niveau régional et infrarégional. Elle consiste à expliquer, à l’aide d’une régression logistique pondérée, chaque variable d’intérêt par les caractéristiques des répondants de France de province à l’enquête TIC 2019 auprès des ménages. Ces caractéristiques sont essentiellement individuelles (sexe, âge, diplôme, situation professionnelle, catégorie sociale, situation familiale) mais également contextuelles (catégorie d’aire d’attraction des villes, quintile de revenu, taux de couverture en THD fixe de la commune de résidence du répondant). Une indicatrice régionale a également été intégrée tout comme les effets régionaux significatifs. Cette méthode permet d’obtenir des résultats « toutes caractéristiques mesurées égales par ailleurs ».

Les probabilités pour chaque croisement de caractéristiques sont déduites de ces résultats. Elles sont ensuite appliquées aux populations des différents EPCI à partir de la population estimée par le recensement de la population 2018. Les taux par EPCI sont ainsi des taux estimés et non des taux réels. Par ailleurs, pour comparer les taux régionaux aux taux nationaux, la méthode du calage sur marges a été privilégiée.

Sources

L’enquête sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) auprès des ménages collecte des informations décrivant l’équipement et les usages des ménages dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (informatique, internet fixe et mobile). L’édition de 2019 permet en outre de mesurer les compétences numériques.

Le recensement de la population (RP) fournit des statistiques sur le nombre d’habitants et sur leurs caractéristiques : répartition par sexe et âge, profession, logement, etc.

Les données sur les couvertures fixe et mobile sont fournies par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep). Ce sont des données théoriques ; dans la réalité, le débit peut être inférieur. La couverture fixe est une couverture potentielle et non effective : ce sont des parts de locaux éligibles.

Définitions

Les compétences numériques et l’illectronisme :

Quatre domaines de compétences sont définis selon Eurostat : la recherche d’information, la communication, la résolution de problèmes et l’usage de logiciels. Les compétences dans ces quatre domaines sont définies à partir des usages déclarés, et non de la capacité à réaliser les usages. Il en est déduit un indicateur global de capacité numérique, qui se décline en 4 niveaux de maîtrise des outils numériques :

  • l’illectronisme pour ceux qui n’ont aucune capacité numérique : ils ne se sont pas servis d’internet au cours des 12 derniers mois ou ne possèdent pas les compétences numériques de base,
  • la maîtrise élevée : usagers dont les compétences sont développées dans chaque domaine,
  • la maîtrise faible : au moins une incapacité dans un domaine,
  • la maîtrise : pas d’incapacité.

Dans d’autres études de l’Insee ou d’Eurostat, ces trois derniers niveaux sont respectivement désignés par compétences plus que basiques, compétences faibles et compétences basiques.

Les zones de revitalisation rurale (ZRR) visent à aider le développement des territoires ruraux principalement à travers des mesures fiscales et sociales. Les critères sont désormais examinés à l’échelon intercommunal et entraînent le classement de l’ensemble des communes de l’EPCI. Pour être classé en ZRR au 1er juillet 2017, l’EPCI doit avoir à la fois une densité de population inférieure ou égale à la médiane des densités par EPCI et un revenu fiscal par unité de consommation médian inférieur ou égal à la médiane des revenus fiscaux médians. Le classement des communes en ZRR est officiellement valable jusqu’au 31 décembre 2022.

Usagers d’internet : personnes qui ont utilisé internet au cours des 12 derniers mois.

Pour en savoir plus

A. Fievet, S. Hilary, A. Moineau, « 800 000 habitants en situation d’illectronisme », Insee Analyses Hauts-de-France n° 118, décembre 2020.

A. Branche-Seigeot, M. Chassard, « Les habitants de Bourgogne-Franche-Comté désormais presque tous éligibles au très haut débit mobile, contrairement au débit fixe », Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté n° 80, novembre 2020.

S. Legleye, A. Rolland, « Une personne sur six n’utilise pas Internet, plus d’un usager sur trois manque de compétences numériques de base », Insee Première n° 1780, octobre 2019.

A. Rolland, « L'usage des technologies de l'information et de la communication par les ménages entre 2009 et 2018 », Insee Résultats, mars 2019.