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Insee Flash Normandie · Septembre 2021 · n° 106
Insee Flash NormandieCrise sanitaire de Covid-19 : les femmes nettement majoritaires dans les métiers-clés en Normandie

Jonathan Brendler, Pauline Roger (Insee)

Aides à domicile, caissières ou vendeuses, aides-soignantes, infirmières, etc. Les femmes sont nettement majoritaires dans ces métiers-clés qui ont permis de répondre aux besoins élémentaires de la population pendant la crise sanitaire de Covid-19. Au printemps 2020, lors du premier confinement, les femmes ont été 167 000 à continuer à travailler en présentiel dans ces emplois, souvent moins qualifiés et moins bien rémunérés. Les femmes ont également exercé ces fonctions essentielles dans des conditions d’exposition plus forte. Elles assumaient aussi plus souvent seules des charges parentales.

Insee Flash Normandie
No 106
Paru le : Paru le 28/09/2021

Pendant le premier confinement lié à la pandémie de Covid-19, l’arrêt brutal de certaines activités du 17 mars au 11 mai 2020 avait engendré un recours massif au télétravail. Mais un certain nombre de femmes et d’hommes dont l’activité était nécessaire pour répondre aux besoins vitaux de la population (se nourrir, se soigner, etc.) avaient continué de travailler en présentiel dans des métiers-clés. Quelques 278 000 Normands ont exercé un des 35 métiers-clés (pour comprendre ; recensement de la population de l’Insee de 2018), avec une nette majorité de femmes (167 000 actives, soit 60 % de l’ensemble des emplois-clés). Ces métiers-clés représentent 21 % de la population active en emploi, une part comparable aux autres régions françaises hors Île-de-France. En Normandie, 26 % des femmes en emploi exercent un métier-clé contre 17 % des hommes.

Des métiers souvent moins qualifiés et moins bien rémunérés, notamment pour les femmes

Les métiers-clés, qui ont permis le maintien des fonctions essentielles de la société, sont d’un niveau de qualification souvent moins élevé que l’ensemble des professions. Les deux tiers des métiers-clés exercés par les femmes se concentrent dans cinq métiers de niveau de qualification intermédiaire ou faible : aide à domicile, caissière ou vendeuse dans des commerces essentiels, aide-soignante, infirmière hospitalière et agente hospitalière (figure 1). Pour les hommes aussi, les cinq métiers-clés les plus fréquents concentrent la moitié des travailleurs : routier, caissier ou vendeur dans des commerces essentiels, technicien essentiel, livreur et force de l’ordre.

Figure 1Cinq principaux métiers-clés exercés par les femmes et les hommes en Normandie

Cinq principaux métiers-clés exercés par les femmes et les hommes en Normandie
Femmes % Hommes %
Aide à domicile 16,5 Routier 17,1
Caissière Vendeuse commerces essentiels 14,8 Caissier Vendeur commerces essentiels 8,9
Aide-soignante 13,7 Technicien Essentiel 8,2
Infirmière Hospitalière 12,7 Livreur 7,7
Agente Hospitalière 9,6 Force de l'ordre 6,0
  • Source : Insee, recensement de la population 2018 – exploitation complémentaire

La part de cadres est deux fois plus faible parmi les travailleurs-clés que dans l’ensemble de la population active en emploi (figure 2). Six travailleuses-clés sur dix sont des employées contre moins de la moitié de l’ensemble des actives en emploi. Pour les hommes, on observe également une surreprésentation des employés : leur part est deux fois plus importante parmi les travailleurs-clés que parmi l’ensemble des actifs en emploi (24 % contre 12 %). Cette plus faible qualification se reflète également dans les niveaux de diplôme, moins élevés pour les titulaires d’un métier-clé que pour l’ensemble des actifs. Seulement la moitié des travailleuses-clés normandes est titulaire du baccalauréat ou d’un diplôme du supérieur contre 61 % des actives en emploi. Pour les hommes, on observe une différence similaire (42 % contre 51 %).

Figure 2Répartition des actifs en emploi selon la catégorie socioprofessionnelle, par sexe

Répartition des actifs en emploi selon la catégorie socioprofessionnelle, par sexe
Agriculteurs, artisans, commerçants et chefs d’entreprise Cadres, professions intellectuelles supérieures Professions intermédiaires Employés Ouvriers
Métiers-clés Femmes 2 5 22 59 12
Hommes 5 8 13 24 50
Ensemble Femmes 5 11 28 46 10
Hommes 11 15 24 12 38
  • Source : Insee, recensement de la population 2018 – exploitation complémentaire

Figure 2Répartition des actifs en emploi selon la catégorie socioprofessionnelle, par sexe

  • Source : Insee, recensement de la population 2018 – exploitation complémentaire

Les salariés des métiers-clés relevant de la sphère privée présentent des niveaux de rémunération plus faible que ceux de l’ensemble des métiers de la sphère privée (figure 3). Une fréquence importante du temps partiel, notamment pour les femmes (34 % pour les métiers-clés contre 27 % pour l’ensemble des actives en emploi), tend à renforcer les écarts de rémunération entre les métiers-clés et l’ensemble des professions. Au sein des métiers-clés de la sphère privée, les écarts de rémunérations entre femmes et hommes sont moindres que dans l’ensemble de la sphère privée, les niveaux de qualifications étant plus resserrés (16 % de moins pour les femmes en équivalent temps plein contre 20 % pour l’ensemble du privé). Dans les métiers-clés du secteur public, des écarts de salaire importants apparaissent entre les femmes et les hommes, du fait notamment d’une plus forte représentation des hommes au sein de métiers hautement qualifiés.

Figure 3Salaire mensuel moyen en EQTP, par sexe

en euros
Salaire mensuel moyen en EQTP, par sexe (en euros)
Femmes Hommes
Privé Métiers-clés 1 591 1 850
Ensemble 1 884 2 260
Public Métiers-clés 2 113 2 660
Ensemble 2 083 2 355
  • Source : Insee, FTS 2018 »

Figure 3Salaire mensuel moyen en EQTP, par sexe

  • Source : Insee, FTS 2018

Les femmes sont nettement majoritaires au sein des métiers-clés les plus exposés

Par l’exercice de leur profession, les femmes et les hommes exerçant un métier-clé ont été exposés, à divers degrés, au risque de contamination (pour comprendre) . Les femmes sont particulièrement représentées dans les métiers les plus sensiblement exposés (figure 4) : les métiers de la sphère hospitalière et les autres métiers en contact avec des patients sont exercés à 84 % par des femmes. Concernant les métiers fréquemment exposés au public, on note une forte féminisation des agents de propreté et des caissiers ou vendeurs dans les commerces essentiels (71 %), deux professions par ailleurs importantes en termes d’effectifs.

Par ailleurs, les femmes exerçant un métier-clé utilisent plus fréquemment les transports en commun que leurs homologues masculins pour se rendre sur leur lieu de travail (7 % contre 4 %), ajoutant un facteur d’exposition.

Figure 4Taux de féminisation selon le métier-clé, classés en fonction du type d’exposition

Taux de féminisation selon le métier-clé, classés en fonction du type d’exposition
Type d’exposition Métier Taux de féminisation (en %)
Patients milieu hospitalier
Aide-soignant 91,5
Infirmier Hospitalier 88,5
Agent Hospitalier 81,9
Médecin Hospitalier 51,4
Patients fréquents
Sage-femme 97,3
Aide à domicile 96,4
Infirmier Libéral 84,9
Pharmacien 80,9
Masseur Kinésithérapeute 69,3
Dentiste 41,0
Médecin Libéral 40,9
Public fréquents
Nettoyeur 71,4
Caissier Vendeur commerces essentiels 71,2
Buraliste 59,5
Vétérinaire 51,8
Taxi 43,4
Employé / ouvrier alimentaire autre 41,6
Employé / ouvrier alimentaire froid 35,7
Ambulancier 34,8
Personnel Funéraire 28,7
Charcutier 27,8
Technicien Essentiel 25,6
Personnel Transport Public 23,1
Boulanger 22,6
Surveillant de prison 20,9
Boucher 7,0
Eboueur 6,5
Ouvrier Industrie Essentielle 6,1
Pompier 3,9
Public occasionnels
Facteur 61,6
Pompiste 45,1
Cuisinier Structure 42,4
Force de l'ordre 20,9
Livreur 11,6
Routier 3,1
  • Source : Insee, recensement de la population 2018 – exploitation complémentaire

Figure 4Taux de féminisation selon le métier-clé, classés en fonction du type d’exposition

  • Source : Insee, recensement de la population 2018 – exploitation complémentaire

Des charges familiales plus fréquentes pour les femmes exerçant un métier-clé

Les Normandes exerçant un métier-clé sont plus fréquemment en situation de monoparentalité que les Normands (11 % contre 2 %). Même si certains corps de métiers ont pu faire l’objet d’un accueil spécifique, les femmes ont dû faire face, seules, et bien plus souvent que les hommes, au supplément de charge familiale induite par la fermeture des écoles pendant le premier confinement (pour en savoir plus). Vivant plus souvent seuls (sans enfants), en couple ou avec leurs parents, ce cumul de tâches est supporté dans une moindre mesure par les hommes exerçant un métier-clé.

Publication rédigée par : Jonathan Brendler, Pauline Roger (Insee)

En partenariat avec :


La Direction régionale aux droits des femmes et à l’égalité (DRDFE)

                La Direction régionale aux droits des femmes et à l’égalité (DRDFE)

Pour comprendre

Une grille des métiers-clés a été définie par l’Observatoire régional de la santé (ORS) de l’île-de-France, en combinant la liste réglementaire établie par le ministère de la Santé sur les activités autorisées (arrêté ministériel du 15 mars 2020) avec d’autres listes pragmatiques (guides de bonnes pratiques par métier, conseil de l’Institut national de recherche et de sécurité) éditées au mois de mars 2020. Cette liste de 35 métiers revêt inévitablement une part d’arbitraire, comme toute classification, mais elle permet de repérer les travailleurs qui ont été les plus concernés par ces activités de l’urgence et des besoins vitaux lors du premier confinement. D’un point de vue statistique, cette grille de métiers correspond à un croisement entre la nomenclature des Professions et Catégories Socioprofessionnelles (PCS) et la nomenclature des activités d’entreprises (NAF, nomenclature d’activités française). Il est possible de distinguer plusieurs degrés d’exposition pendant la crise sanitaire : les métiers en contacts avec des patients en milieu hospitalier, ceux en contacts avec des patients hors milieu hospitalier, ceux en contacts fréquents avec du public (clients, collègues, etc.) et ceux en contacts occasionnels avec du public (clients, collègues, etc.).

Sources

Les données sont issues du recensement de la population de l’Insee de 2018, exploitation complémentaire, et du fichier tous salariés (FTS) 2018.

Pour en savoir plus

Follin J., Roger P., « Les "travailleurs-clés" du premier confinement, plus d’un emploi sur cinq en Normandie », Insee Flash Normandie n° 103, mai 2021.

Telle-Lamberton M., Bouscaren N., « Quels "travailleurs-clés" lors de la première vague de Covid-19 ? », Observatoire régional de santé Île-de-France, Focus Santé en Île-de-France, décembre 2020.

Joseph D., Trostiansky O., « Crise sanitaire et inégalités de genre », rapport du CESE, mars 2021.