Insee
Insee Première · Juillet 2021 · n° 1867
Insee PremièreUne chute d’activité inédite dans l’industrie manufacturière en 2020

Jérôme Laurent (Insee)

La valeur ajoutée en volume de l’industrie manufacturière française chute de 12 % en 2020, une baisse historique depuis l’après-guerre. La situation se dégrade en France autant que dans les autres pays européens. La construction automobile et la construction aéronautique souffrent particulièrement de la crise sanitaire liée à la Covid-19. Dans ce contexte, seule la production en volume des activités liées à la santé s’accroît légèrement. L’industrie agroalimentaire résiste grâce à la consommation des ménages. En 2020, la France perd des parts de marché ; le déficit du commerce extérieur double. Le recours au chômage partiel permet de limiter la baisse des effectifs salariés.

Insee Première
No 1867
Paru le : Paru le 06/07/2021

L’industrie française aussi touchée que les autres économies européennes

Du fait de la pandémie de Covid-19 et des mesures de confinement, l’industrie manufacturière est confrontée à la plus forte crise depuis l’après-guerre. Selon les résultats des comptes provisoires (sources), la valeur ajoutée en volume de l’industrie manufacturière française chute de 11,9 % entre 2019 et 2020 (figure 1). Cette baisse est nettement supérieure à celle observée entre 2007 et 2009 (– 8,9 %) ou entre 1974 et 1975 (– 2,7 %). La crise sanitaire stoppe la dynamique de l’industrie manufacturière française dont la croissance s’élevait autour de + 2,0 % chaque année depuis 2017. L’ampleur de la baisse en 2020 est similaire dans les principaux pays européens : Allemagne (– 10,5 %), Royaume-Uni et Espagne (– 10,8 %) et Italie (– 11,4 %).

Figure 1 – Évolution de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière en volume

Figure 1 – Évolution de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière en volume - Lecture : en 2020, la valeur ajoutée de la branche de l'industrie manufacturière baisse de 11,9 % en volume ; la fabrication de matériels de transport contribue pour – 3,9 points.
Évolution (en %) Contribution par branche à l'évolution (en points)
Industrie manufacturière Industrie agroalimentaire Fabrication de biens d'équipement Fabrication de matériels de transport Autres industries manufacturières
2001 1,1 -0,5 0,2 -0,4 1,9
2002 -0,2 0,4 0,0 -0,6 0,0
2003 2,2 0,9 0,0 0,9 0,4
2004 2,4 0,4 1,4 0,3 0,3
2005 1,7 0,1 0,1 0,4 1,0
2006 2,6 0,0 1,2 -0,1 1,4
2007 2,0 0,3 0,4 0,0 1,4
2008 -3,2 -1,5 0,0 -0,5 -1,3
2009 -5,8 0,4 -2,3 -2,0 -2,0
2010 2,4 0,8 1,3 1,1 -0,8
2011 4,0 0,7 0,7 0,0 2,7
2012 -0,2 -0,1 0,1 0,0 -0,2
2013 -0,1 -0,2 0,4 -0,5 0,1
2014 1,6 0,5 0,1 0,0 0,9
2015 0,7 0,3 -0,3 -0,1 0,7
2016 0,9 0,5 -0,2 0,1 0,5
2017 2,2 0,4 0,2 0,6 1,1
2018 1,7 -0,1 0,3 1,0 0,5
2019sd 2,1 0,1 0,7 -0,3 1,6
2020p -11,9 -1,0 -1,5 -3,9 -5,4
  • sd : semi-définitif ; p : provisoire.
  • Lecture : en 2020, la valeur ajoutée de la branche de l'industrie manufacturière baisse de 11,9 % en volume ; la fabrication de matériels de transport contribue pour – 3,9 points.
  • Champ : France, branches de l'industrie manufacturière.
  • Source : Insee, comptes nationaux, base 2014.

Figure 1 – Évolution de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière en volume

  • sd : semi-définitif ; p : provisoire.
  • Lecture : en 2020, la valeur ajoutée de la branche de l'industrie manufacturière baisse de 11,9 % en volume ; la fabrication de matériels de transport contribue pour – 3,9 points.
  • Champ : France, branches de l'industrie manufacturière.
  • Source : Insee, comptes nationaux, base 2014.

La construction automobile est la branche la plus affectée

En 2020, la production manufacturière diminue de 12,5 % en volume (figure 2), avec en particulier une baisse de 27,8 % de l’activité durant les mois de mars à mai. La construction automobile et la construction aéronautique sont les branches industrielles les plus touchées (respectivement – 31,7 % et – 31,0 % de baisse d’activité). L’industrie automobile a particulièrement souffert de la fermeture des sites de production durant le premier confinement. Depuis la fin de l’année, les difficultés d’approvisionnement en composants électroniques, essentiellement fabriqués au Japon et aux États-Unis, perturbent la reprise. Mais surtout, les constructeurs automobiles ne trouvent pas de débouchés. Les principaux marchés européens chutent, entre − 19,1 % en Allemagne et − 32,3 % en Espagne. En France, les concessionnaires ayant été longuement fermés, le nombre d’immatriculations de véhicules particuliers diminue de 25,5 %. En 2020, les sites de production de l’industrie aéronautique ont fermé entre trois et cinq semaines. La remise en route de l’activité s’est ensuite avérée difficile, les fabricants et les sous-traitants ayant eu besoin de temps pour à nouveau se coordonner. Par ailleurs, les compagnies aériennes, principaux clients du secteur, subissent fortement la crise sanitaire. Même s’il y a peu d’annulations de commande, les prises de commande diminuent de plus de 60 %. Les fabricants ont réduit leurs capacités de production. L’industrie navale a été également pénalisée. La fermeture des chantiers navals au printemps a retardé la construction des navires. De plus, certaines livraisons, telles que le paquebot « MSC Virtuosa », sont repoussées en 2021 pour faciliter le paiement du croisiériste, durement touché par la crise. Ainsi, la production de la construction navale diminue de 14,5 %.

La production des raffineries chute de 27,7 % en 2020. Elles sont confrontées à la baisse de l’activité industrielle et par à-coup des transports, ainsi qu’à la diminution de la consommation des ménages en raison des restrictions de déplacement.

En 2020, seules les activités liées à la santé maintiennent leur niveau d’activité : la fabrication d’instruments et fournitures à usage médical est stable. La fabrication d’équipements médicaux augmente de 0,6 %, les autres activités manufacturières, qui comprennent les masques de sécurité, de 1,7 % et enfin l’industrie pharmaceutique progresse de 3,5 %. Les laboratoires français tirent leur croissance de nouveaux médicaments, en particulier contre l’asthme. Mais surtout, certaines usines accélèrent les cadences pour produire les médicaments utilisés en anesthésie à la suite des différentes vagues d’hospitalisations (+ 2 000 % sur les anesthésiques de courte durée au printemps).

Figure 2 – Évolution de la production manufacturière en volume

indice base 100 en 2010
Figure 2 – Évolution de la production manufacturière en volume (indice base 100 en 2010) - Lecture : en 2020, la production de la branche de l'industrie manufacturière diminue de 12,5 % en volume (l'indice base 100 en 2010 passe de 107,2 à 93,8).
Industrie manufacturière Industrie agroalimentaire Fabrication de biens d'équipement Fabrication de matériels de transport Autres industries manufacturières
2000 106,4 98,8 113,5 105,3 109,5
2001 108,4 98,6 114,2 112,9 111,2
2002 106,4 99,0 109,5 109,8 108,8
2003 104,5 97,8 106,6 107,5 107,1
2004 106,9 100,5 109,7 111,9 108,5
2005 107,3 99,9 109,0 114,7 108,8
2006 109,6 101,1 113,1 116,8 111,0
2007 111,1 103,8 116,1 113,5 112,9
2008 108,7 102,2 115,1 108,4 110,7
2009 96,6 100,8 93,5 88,6 98,2
2010 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
2011 103,1 103,0 104,6 102,7 103,0
2012 99,9 100,2 102,2 102,3 98,9
2013 98,7 99,9 101,5 102,2 97,1
2014 100,3 103,1 101,9 106,0 97,6
2015 101,5 102,1 102,4 110,7 98,9
2016 102,4 101,3 104,4 115,4 99,1
2017 106,0 104,1 107,9 125,0 101,1
2018 106,7 105,2 107,8 126,6 101,4
2019sd 107,2 104,3 110,9 128,7 101,4
2020p 93,8 101,8 98,2 92,5 89,9
  • sd : semi-définitif ; p : provisoire.
  • Lecture : en 2020, la production de la branche de l'industrie manufacturière diminue de 12,5 % en volume (l'indice base 100 en 2010 passe de 107,2 à 93,8).
  • Champ : France, branches de l'industrie manufacturière.
  • Source : Insee, comptes nationaux, base 2014.

Figure 2 – Évolution de la production manufacturière en volume

  • sd : semi-définitif ; p : provisoire.
  • Lecture : en 2020, la production de la branche de l'industrie manufacturière diminue de 12,5 % en volume (l'indice base 100 en 2010 passe de 107,2 à 93,8).
  • Champ : France, branches de l'industrie manufacturière.
  • Source : Insee, comptes nationaux, base 2014.

La production agroalimentaire baisse malgré une demande intérieure soutenue

En 2020, la production de l’industrie agroalimentaire diminue de 2,3 %. Elle résiste à la crise grâce à une demande intérieure soutenue (+ 4,3 %). La fermeture des bars, cafés et restaurants a un impact négatif sur les achats de produits agroalimentaires, mais les ménages, confinés à leur domicile, consomment davantage (+ 3,3 %). Malgré une légère augmentation de la production de vins (+ 1,5 %) liée à une récolte favorable, l’industrie des boissons est en net repli (– 6,6 % en volume). Elle fait en plus face à une baisse de la consommation des ménages (moins d’occasions festives) et à un recul de la demande internationale accentuée par la perspective de l’augmentation des droits de douanes américains. La production du travail de grain (notamment la farine) baisse de 4,4 % alors même que la demande liée à la consommation des ménages est très forte (+ 13,1 %) avec notamment l’essor du « fait maison ». Malgré les stocks, les mauvaises récoltes céréalières de l’année liées aux conditions climatiques ont eu un impact négatif sur la production. Par ricochet et malgré les importations de produits amylacés, la fabrication des produits de la boulangerie-pâtisserie et des pâtes alimentaires diminue aussi de 4,0 %. La production de produits laitiers est stable en 2020, tirée par la consommation des ménages. La fabrication d’aliments pour animaux est en légère hausse (+ 0,8 %) en raison du manque de fourrage lié à la sécheresse estivale.

Chute des investissements des entreprises en biens manufacturés

En 2020, la demande intérieure en produits manufacturés diminue de 5,1 % en volume, après six années de croissance. Les achats intermédiaires baissent fortement (– 11,5 %) en lien direct avec la chute de la production des biens et services. Avec la crise traversée et les difficultés de trésorerie engendrées, les entreprises annulent ou repoussent leurs investissements. Ceux-ci chutent de 12,1 %, en particulier les achats de matériels de transport (– 19,4 %). Les achats en produits informatiques, électroniques et optiques résistent (– 1,9 %) car les sociétés équipent leurs salariés pour développer le télétravail. L’investissement des administrations publiques augmente en 2020. En effet, il prend en compte les livraisons programmées à l’État. Il dépend donc du calendrier des livraisons, qui augmentent de 9,8 %, grâce en particulier au matériel militaire.

Avec le confinement et les fermetures de commerces non essentiels, les ménages consomment moins (– 4,3 % en volume). Les postes de dépenses les plus touchés sont les vêtements, les chaussures et produits en cuir (– 15,7 %), les produits pétroliers (– 13,0 %) en raison de la limitation des déplacements, les automobiles et motocycles (– 13,0 %). Pour la première fois, leurs achats en produits pharmaceutiques diminuent (– 3,0 %). Inversement, confinés, les ménages acquièrent plus de produits informatiques, électroniques et optiques (+ 7,3 %).

Seule l’industrie pharmaceutique exporte plus

La France continue de perdre des parts de marché en 2020. Les exportations de biens manufacturés chutent de 15,0 % en volume en 2020 alors que la demande mondiale adressée à la France baisse de 11,0 %. Les fers de lance français sont particulièrement touchés : industrie aéronautique (– 37,6 %), industrie automobile (– 25,8 %), industrie chimique (– 6,0 %), industrie agroalimentaire (– 5,3 %). Seule l’industrie pharmaceutique exporte plus (+ 6,7 %). Dans le même temps, les importations se contractent en volume (– 9,5 %) en raison de la faiblesse de la demande intérieure. Les importations de matériels aéronautiques diminuent de 34,0 %, celles de véhicules et équipements automobiles de 15,1 %, celles d’habits et de chaussures de 10,9 %. Seules les importations en produits liés à la crise sanitaire augmentent : produits pharmaceutiques (+ 6,8 %), instruments et fournitures à usage médical (+ 5,7 %), équipements médicaux (+ 0,9 %), mais aussi ordinateurs (+ 1,9 %) et produits amylacés dont la farine (+ 6,1 %).

En 2020, en valeur, le déficit du commerce extérieur de l’industrie manufacturière double ; il se creuse à 52,0 milliards d’euros (figure 3). En particulier, le déficit se détériore dans les échanges avec la Chine (passant de – 32,3 à – 38,9 milliards d’euros). Seules quatre branches sont excédentaires : l’industrie chimique, la fabrication de matériels de transport, l’industrie pharmaceutique et l’industrie agroalimentaire (figure 4). Toutefois, l’excédent commercial en matériels de transport s’effondre passant de 28,8 à 8,8 milliards d’euros. En raison de la baisse de la consommation et de la chute des prix du pétrole, le déficit en produits pétroliers raffinés se réduit de 2,8 milliards d’euros. Inversement, le déficit en autres produits manufacturés s’accroît de 2,0 milliards d’euros en raison de l’importation des masques de protection (encadré).

Figure 3 – Commerce extérieur de produits manufacturés en valeur

en milliards d'euros
Figure 3 – Commerce extérieur de produits manufacturés en valeur (en milliards d'euros) - Lecture : en 2020, les exportations de biens manufacturés s’élèvent à 428,1 milliards d’euros, les importations à 480,1 milliards d’euros. Le déficit commercial est de 52,0 milliards d’euros.
Exportations Importations Solde commercial
2000 309,6 297,8 11,8
2001 317,4 297,9 19,5
2002 314,3 293,3 21,0
2003 305,3 287,4 17,9
2004 324,2 311,5 12,7
2005 340,4 338,2 2,2
2006 370,2 367,0 3,2
2007 382,9 392,7 -9,8
2008 392,2 401,3 -9,1
2009 328,1 341,0 -12,9
2010 367,7 388,1 -20,4
2011 398,8 430,7 -31,9
2012 412,7 434,8 -22,1
2013 415,7 431,3 -15,6
2014 419,6 440,8 -21,2
2015 443,6 458,9 -15,3
2016 445,9 465,3 -19,4
2017 472,9 499,3 -26,4
2018 493,9 521,2 -27,3
2019sd 510,5 536,4 -25,9
2020p 428,1 480,1 -52,0
  • sd : semi-définitif ; p : provisoire.
  • Lecture : en 2020, les exportations de biens manufacturés s’élèvent à 428,1 milliards d’euros, les importations à 480,1 milliards d’euros. Le déficit commercial est de 52,0 milliards d’euros.
  • Champ : France, branches de l'industrie manufacturière.
  • Source : Insee, comptes nationaux, base 2014.

Figure 3 – Commerce extérieur de produits manufacturés en valeur

  • sd : semi-définitif ; p : provisoire.
  • Lecture : en 2020, les exportations de biens manufacturés s’élèvent à 428,1 milliards d’euros, les importations à 480,1 milliards d’euros. Le déficit commercial est de 52,0 milliards d’euros.
  • Champ : France, branches de l'industrie manufacturière.
  • Source : Insee, comptes nationaux, base 2014.

Figure 4 – Solde du commerce extérieur selon les branches manufacturières en valeur

en milliards d'euros
Figure 4 – Solde du commerce extérieur selon les branches manufacturières en valeur (en milliards d'euros) - Lecture : en 2020, la France exporte plus de produits chimiques qu’elle n’en importe (+ 14,8 milliards). À l’inverse, elle exporte moins de produits informatiques, électroniques, optiques qu’elle n’en importe (– 18,2 milliards).
2019sd 2020p
Industrie chimique 17,0 14,8
Fabrication de matériels de transport 28,8 8,8
Industrie pharmaceutique 7,7 6,6
Fabrication de denrées alimentaires, boissons et produits à base de tabac 6,7 5,3
Travail du bois, industries du papier et imprimerie -5,1 -4,9
Fabrication de produits en caoutchouc et plastique, et autres produits minéraux non métalliques -5,8 -6,2
Fabrication d'équipements électriques -8,2 -7,4
Fabrication de machines et équipements non classés ailleurs -8,6 -7,9
Métallurgie et fabrication de produits métalliques, sauf machines et équipements -8,4 -8,5
Cokéfaction et raffinage -13,3 -10,5
Fabrication de textiles, industries en habillement, cuir et chaussure -12,5 -11,3
Autres industries manufacturières, réparation et installation de machines et d’équipements -8,0 -12,6
Fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques -16,2 -18,2
Ensemble -25,9 -52,0
  • sd : semi-définitif ; p : provisoire.
  • Lecture : en 2020, la France exporte plus de produits chimiques qu’elle n’en importe (+ 14,8 milliards). À l’inverse, elle exporte moins de produits informatiques, électroniques, optiques qu’elle n’en importe (– 18,2 milliards).
  • Champ : France, branches de l'industrie manufacturière.
  • Source : Insee, comptes nationaux, base 2014.

Figure 4 – Solde du commerce extérieur selon les branches manufacturières en valeur

  • sd : semi-définitif ; p : provisoire.
  • Lecture : en 2020, la France exporte plus de produits chimiques qu’elle n’en importe (+ 14,8 milliards). À l’inverse, elle exporte moins de produits informatiques, électroniques, optiques qu’elle n’en importe (– 18,2 milliards).
  • Champ : France, branches de l'industrie manufacturière.
  • Source : Insee, comptes nationaux, base 2014.

Une dynamique de l’emploi manufacturier enrayée par la crise sanitaire

En 2020, 2,8 millions de salariés travaillent dans l’industrie manufacturière, soit 11,0 % de l’ensemble de l’emploi salarié (sources). Dans le contexte économique très difficile lié à la crise sanitaire, l’emploi salarié manufacturier diminue de 1,3 % (figure 5), soit 35 300 emplois en moins. La dynamique est interrompue : depuis deux ans, ce secteur créait à nouveau des emplois (+ 23 000 entre 2017 et 2019). Le recours au chômage partiel permet de limiter l’impact de la crise sur l’emploi. Entre mars et décembre, en moyenne 550 300 salariés de l’industrie manufacturière sont placés en chômage partiel (soit 27 fois plus que d’habitude), avec un pic à 1,23 million en avril 2020.

Figure 5 – Évolution de l'emploi salarié manufacturier, hors intérim

indice base 100 en 2010
Figure 5 – Évolution de l'emploi salarié manufacturier, hors intérim (indice base 100 en 2010) - Lecture : l’emploi salarié manufacturier hors intérim a baissé de 7,2 % entre 2010 et 2020.
Industrie manufacturière Industrie agroalimentaire Fabrication de biens d'équipement Fabrication de matériels de transport Autres industries manufacturières
2000 125,4 104,5 130,1 115,9 133,7
2001 126,5 105,6 131,9 119,4 134,1
2002 124,2 106,1 127,4 119,0 131,0
2003 121,3 106,8 121,7 119,1 126,9
2004 117,9 105,7 116,7 119,1 122,3
2005 114,9 104,4 114,6 117,8 118,0
2006 112,7 103,5 114,0 115,3 115,0
2007 111,0 102,4 113,3 112,6 112,9
2008 108,9 101,3 111,9 109,5 110,6
2009 104,0 100,3 105,8 105,2 104,5
2010 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
2011 98,9 100,0 98,4 99,8 98,5
2012 98,1 100,0 98,0 100,2 97,0
2013 96,9 99,5 96,8 99,4 95,4
2014 95,8 99,7 95,9 97,4 94,0
2015 94,5 100,2 94,1 95,5 92,4
2016 93,6 101,4 91,9 94,2 91,1
2017 93,3 102,3 91,0 93,9 90,5
2018 93,6 103,0 91,4 93,7 90,8
2019 94,0 104,2 92,1 94,1 90,9
2020 92,8 104,2 90,6 92,8 89,5
  • Lecture : l’emploi salarié manufacturier hors intérim a baissé de 7,2 % entre 2010 et 2020.
  • Champ : France, secteur de l'industrie manufacturière.
  • Source : Insee, estimations d'emploi, moyenne des quatre trimestres, données corrigées des variations saisonnières.

Figure 5 – Évolution de l'emploi salarié manufacturier, hors intérim

  • Lecture : l’emploi salarié manufacturier hors intérim a baissé de 7,2 % entre 2010 et 2020.
  • Champ : France, secteur de l'industrie manufacturière.
  • Source : Insee, estimations d'emploi, moyenne des quatre trimestres, données corrigées des variations saisonnières.

Presque tous les secteurs manufacturiers perdent des emplois : – 11 100 dans la métallurgie et la fabrication des produits métalliques (– 2,9 % en un an), – 5 300 dans la fabrication de produits en caoutchouc et en plastique (– 2,0 %), – 5 100 dans la fabrication de matériels de transport (– 1,5 %), etc. Trois secteurs se détachent toutefois : l’emploi salarié est stable dans l’industrie agroalimentaire et l’industrie chimique, et il progresse de 700 (+ 0,8 %) dans l’industrie pharmaceutique. Le nombre d’intérimaires est presque divisé par deux au cours du deuxième trimestre 2020. Sur l’année, l’industrie manufacturière emploie 197 400 intérimaires en équivalent temps plein. Le taux global de recours à l’intérim diminue en un an, passant de 8,6 % à 6,7 % (figure 6).

Figure 6 – Taux de recours à l'intérim dans l’industrie manufacturière

en %
Figure 6 – Taux de recours à l'intérim dans l’industrie manufacturière (en %) - Lecture : en 2020, les intérimaires représentent 6,7 % de la main-d’œuvre salariée de l’industrie manufacturière.
Industrie manufacturière Industrie agroalimentaire Fabrication de biens d'équipement Fabrication de matériels de transport Autres industries manufacturières
2000 7,5 6,3 9,0 9,0 7,1
2001 7,3 6,3 7,8 9,1 7,1
2002 6,8 6,7 6,6 8,5 6,6
2003 6,9 6,7 6,9 9,1 6,5
2004 7,1 6,5 7,6 8,9 6,8
2005 7,2 6,7 7,7 8,5 6,9
2006 7,5 7,0 8,3 7,9 7,3
2007 7,9 7,7 8,6 8,5 7,7
2008 7,4 7,5 7,9 8,2 7,1
2009 5,0 7,0 4,5 4,5 4,6
2010 6,8 7,7 6,7 6,8 6,5
2011 7,8 7,5 8,3 9,0 7,5
2012 6,9 7,2 7,2 7,7 6,6
2013 6,7 7,3 6,9 6,9 6,4
2014 7,0 7,5 7,0 7,7 6,7
2015 7,5 7,9 6,9 9,1 7,1
2016 8,1 8,0 7,3 10,8 7,7
2017 9,0 8,6 8,3 12,0 8,6
2018 9,2 8,9 8,5 11,9 8,8
2019 8,6 8,7 7,5 11,0 8,3
2020 6,7 8,0 5,7 7,2 6,3
  • Note : part de l'emploi intérimaire dans l'emploi salarié y compris emploi intérimaire.
  • Lecture : en 2020, les intérimaires représentent 6,7 % de la main-d’œuvre salariée de l’industrie manufacturière.
  • Champ : France, secteur de l'industrie manufacturière.
  • Sources : Insee, Dares, données corrigées des variations saisonnières.

Figure 6 – Taux de recours à l'intérim dans l’industrie manufacturière

  • Note : part de l'emploi intérimaire dans l'emploi salarié y compris emploi intérimaire.
  • Lecture : en 2020, les intérimaires représentent 6,7 % de la main-d’œuvre salariée de l’industrie manufacturière.
  • Champ : France, secteur de l'industrie manufacturière.
  • Sources : Insee, Dares, données corrigées des variations saisonnières.

En 2020, la productivité apparente du travail des branches manufacturières s’effondre de 11,1 %. Le chômage partiel permet d’absorber une grande partie du choc : en tenant compte de cette mesure, les pertes de productivité horaire s’établiraient autour de 4 %. Avec la baisse de leur excédent brut d’exploitation (– 25,1 %) et des frais de personnel (– 4,1 %), le taux de marge des sociétés manufacturières diminue de 5,7 points en 2020, s’élevant à 33,0 % (figure 7). Cette évolution intègre toutefois la baisse des subventions au titre du CICE.

Figure 7 – Taux de marge dans l’industrie manufacturière

en %
Figure 7 – Taux de marge dans l’industrie manufacturière (en %) - Lecture : en 2020, le taux de marge, qui est le rapport entre l’excédent brut d’exploitation et la valeur ajoutée, s’élève à 33,0 % dans l’industrie manufacturière.
Industrie manufacturière Industrie agroalimentaire Fabrication de biens d'équipement Fabrication de matériels de transport Autres industries manufacturières
2000 40,7 48,3 47,9 48,3 34,6
2001 40,1 47,3 47,1 48,9 33,9
2002 39,1 47,4 45,0 50,0 32,0
2003 38,3 47,4 42,4 47,6 31,9
2004 38,0 49,3 42,0 45,4 31,3
2005 37,1 46,9 38,0 45,5 31,9
2006 37,0 44,8 37,1 45,7 32,5
2007 38,6 46,2 38,6 45,9 34,5
2008 36,4 44,9 35,5 43,6 32,4
2009 34,0 43,4 32,8 39,8 30,0
2010 34,4 41,6 34,7 44,2 29,8
2011 35,7 42,5 35,7 41,7 32,2
2012 35,6 41,6 35,8 43,7 31,8
2013 36,0 42,6 34,9 43,5 32,4
2014 36,4 42,3 35,1 45,1 32,6
2015 38,5 43,0 35,2 49,0 35,3
2016 38,3 42,6 35,3 49,0 35,0
2017 38,1 41,2 35,4 47,9 35,4
2018 37,2 38,0 35,0 50,5 34,1
2019sd 38,7 38,3 38,1 52,0 35,5
2020p 33,0 33,1 36,7 41,1 30,3
  • sd : semi-définitif ; p : provisoire.
  • Lecture : en 2020, le taux de marge, qui est le rapport entre l’excédent brut d’exploitation et la valeur ajoutée, s’élève à 33,0 % dans l’industrie manufacturière.
  • Champ : France, branches de l'industrie manufacturière.
  • Source : Insee, comptes nationaux trimestriels, base 2014.

Figure 7 – Taux de marge dans l’industrie manufacturière

  • sd : semi-définitif ; p : provisoire.
  • Lecture : en 2020, le taux de marge, qui est le rapport entre l’excédent brut d’exploitation et la valeur ajoutée, s’élève à 33,0 % dans l’industrie manufacturière.
  • Champ : France, branches de l'industrie manufacturière.
  • Source : Insee, comptes nationaux trimestriels, base 2014.

Encadré – Un surcroît d'importations de 5 milliards d’euros en masques chirurgicaux et FFP2/FFP3

Pour lutter contre la Covid-19, la France importe pour près de 5 milliards de masques chirurgicaux (pour les 4/5e) et FFP2/FFP3, en provenance de la Chine. Par ailleurs, les effets prix sont notables, les prix ayant varié dans un rapport de 1 à 8 au plus fort de la crise. L’appareil productif français est également mis à contribution pour 0,5 milliard d’euros, aux trois quarts pour produire des masques FFP2/FFP3.

Les stocks stratégiques sont reconstitués pour un montant de 1,4 milliard d’euros. En 2020, la consommation de masques chirurgicaux et FFP2/FFP3 augmente de 3,9 milliards d’euros, dont 33 % par les administrations publiques (y compris hôpitaux) et le reste par les ménages et les entreprises. Les achats de masques en tissu représentent quant à eux un surcroît d’importations de 0,5 milliard d’euros.

Publication rédigée par : Jérôme Laurent (Insee)

Sources

Les comptes nationaux annuels (base 2014) permettent de retracer les évolutions de 2000 à 2020 de la valeur ajoutée des branches industrielles et des échanges extérieurs des produits manufacturiers, à un niveau agrégé de la nomenclature NAF rév. 2 (niveau A38). Le compte de l’année 2019 est semi-définitif et celui de 2020 provisoire.

Les estimations d'emploi fournissent l'évolution des effectifs salariés par secteur d’activité et par trimestre depuis 2000. Le nombre d’emplois est calculé comme la moyenne des quatre trimestres.

Le nombre d’intérimaires (en équivalent temps plein - EQTP) est issu de l’exploitation par la Dares (service statistique du ministère du Travail) des déclarations sociales nominatives (DSN) et des fichiers Pôle emploi des déclarations mensuelles des agences d'intérim. Il est calculé comme la moyenne des quatre trimestres.

Définitions


L’industrie manufacturière regroupe les industries de transformation des biens, c'est-à-dire principalement des industries de fabrication pour compte propre, mais comprend aussi la réparation et l'installation d'équipements industriels ainsi que des opérations en sous-traitance pour un tiers donneur d'ordre. Cette activité correspond à la section C de la nomenclature NAF rév. 2. Pour cette étude, le vin produit dans les exploitations viticoles (branche de l’agriculture) a été intégré dans la branche des industries manufacturières (qui comprennent la fabrication de vins effervescents et la vinification) afin d’assurer une cohérence avec les données de la consommation des ménages et des exportations.


La valeur ajoutée est égale à la valeur de la production diminuée de la consommation intermédiaire.


Le solde du commerce extérieur (CAF/FAB) retracé dans les comptes nationaux est la différence entre la valeur des exportations FAB (franco à bord) et celle des importations CAF (coût, assurance, fret) entre deux pays (ou deux zones).


La productivité apparente du travail est calculée en rapportant la valeur ajoutée à l’emploi salarié de la branche. Si le volume de travail est mesuré par le nombre d'heures travaillées, on parle de productivité horaire apparente du travail.

Pour en savoir plus

Amoureux V., Héam J.-C., Laurent T., « Les comptes de la Nation en 2020 », Insee Première n° 1860, mai 2021.

Duc C., Souquet C., « L’impact de la crise sanitaire sur l’organisation et l’activité des sociétés », Insee Première n° 1830, décembre 2020.

Douanes, « Le chiffre du commerce extérieur - Année 2020 », février 2021.