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Insee Flash Grand Est · Juin 2021 · n° 50
Insee Flash Grand EstLes résidences principales depuis 50 ans : plus grandes pour des ménages plus petits

Corinne Challand (Insee)

En 50 ans, le nombre de résidences principales a augmenté plus rapidement que le nombre d’habitants du Grand Est, sous l’effet de la décohabitation. En même temps que la taille des ménages se réduit, les logements deviennent plus grands et plus confortables. Le mode de chauffage s’est également transformé, le gaz remplaçant cheminées et cuisinières.

Insee Flash Grand Est
No 50
Paru le : Paru le 30/06/2021

Au 1er janvier 2018, la région Grand Est compte 2,8 millions de logements. En 50 ans, ce nombre a augmenté de 74 %. Parmi ces logements, il y a 2,5 millions de résidences principales pour 5,5 millions de résidents. Le nombre de résidences principales augmente de 67 % entre 1968 et 2018, alors que la population ne progresse que de 12 %. Il y a donc presque un million de résidences principales supplémentaires, pour 580 000 personnes de plus dans la région.

En 50 ans, le nombre de résidences principales est multiplié par 1,5 dans les communes-centres du pôle d’une aire d’attraction des villes, et par 1,9 dans les autres communes des pôles (figure 1). On constate d’importants gains de population dans ces dernières, notamment dans celles de l’aire de Châlons-en-Champagne ou de Reims. Le nombre de résidences principales augmente de 84 % dans les communes des couronnes. C’est aussi là que les gains de population sont les plus importants (+ 25 %), comme dans les couronnes de Bâle, de Troyes ou de Strasbourg. Ailleurs, le nombre de résidences principales augmente de 35 à 50 % alors que la population diminue, comme par exemple dans les communes-centres des aires de Sarreguemines, de Nancy ou de Gérardmer (figure 2).

Figure 1Évolution du nombre de résidences principales et de la population entre 1968 et 2018 dans le Grand Est

en %
Évolution du nombre de résidences principales et de la population entre 1968 et 2018 dans le Grand Est (en %) - Lecture : dans les communes-centres, le nombre de résidences principales a augmenté de 48,6 % entre 1968 et 2018, et la population a perdu 3,8 %.
Résidences principales Population
Communes hors attraction des villes 33,5 -7,6
Communes-centres 48,6 -3,8
Grand Est 67,2 11,8
Communes de couronne 84,5 25,0
Autres communes d'un pôle 89,7 23,2
  • Lecture : dans les communes-centres, le nombre de résidences principales a augmenté de 48,6 % entre 1968 et 2018, et la population a perdu 3,8 %.
  • Champ : Grand Est, résidences principales.
  • Source : Insee, recensements de la population de 1968 et 2018, exploitations principales.

Figure 1Évolution du nombre de résidences principales et de la population entre 1968 et 2018 dans le Grand Est

  • Lecture : dans les communes-centres, le nombre de résidences principales a augmenté de 48,6 % entre 1968 et 2018, et la population a perdu 3,8 %.
  • Champ : Grand Est, résidences principales.
  • Source : Insee, recensements de la population de 1968 et 2018, exploitations principales.

Figure 2Évolution du nombre de résidences principales entre 1968 et 2018 dans le Grand Est par espace du zonage en aires d’attraction des villes

  • Lecture : dans la couronne de Metz, le nombre de résidences principales a été multiplié par plus de 2,1 entre 1968 et 2018 (coefficient multiplicateur égal à 2,3).
  • Champ : Grand Est, résidences principales.
  • Source : Insee, recensements de la population de 1968 et 2018, exploitations principales.

Par ailleurs, le nombre de logements vacants et de résidences secondaires a plus que doublé depuis 1968, représentant en 2018 9 % et 4 % des logements. Leur progression est plus rapide depuis une dizaine d’années. La part de logements vacants a augmenté dans tous les départements et dans tous les types d’aires, les logements vétustes étant délaissés au profit de constructions plus récentes.

Le nombre de résidences augmente sous l’effet de la décohabitation

La taille moyenne des ménages est passée de 3,2 personnes en 1968 à 2,2 en 2018. Les jeunes adultes quittent le domicile des parents pour leurs études. Les couples emménagent ensemble plus tard et ont moins d’enfants, les séparations sont aussi plus nombreuses, et les Français ont gagné dix années d’espérance de vie sur la période, ce qui crée un besoin en logements mieux adaptés, plus proches des centres. Depuis 2013, la croissance de la population ne joue plus aucun rôle ; la décohabitation est le seul moteur de l’augmentation du nombre de résidences principales (figure 3). En France métropolitaine, ces deux facteurs sont plus équilibrés que dans la région, même si la décohabitation reste le facteur majeur.

Figure 3Variation annuelle moyenne du nombre de résidences principales décomposée en effet démographique et décohabitation dans le Grand Est

en nombre
Variation annuelle moyenne du nombre de résidences principales décomposée en effet démographique et décohabitation dans le Grand Est (en nombre) - Lecture : entre 1968 et 1975, 9 300 résidences principales apparaissent chaque année grâce à l’augmentation de la population, et 15 000 à cause de la décohabitation.
Effet démographique Effet décohabitation
2013 – 2018 -116 14 203
2008 – 2013 3 012 11 849
1999 – 2008 5 542 18 244
1990 – 1999 4 193 15 897
1982 – 1990 2 511 14 249
1975 – 1982 3 383 18 981
1968 – 1975 9 291 14 948
  • Lecture : entre 1968 et 1975, 9 300 résidences principales apparaissent chaque année grâce à l’augmentation de la population, et 15 000 à cause de la décohabitation.
  • Champ : Grand Est, résidences principales.
  • Source : Insee, recensements de la population de 1968, 1975, 1982, 1990, 1999, 2008, 2013 et 2018, exploitations principales.

Figure 3Variation annuelle moyenne du nombre de résidences principales décomposée en effet démographique et décohabitation dans le Grand Est

  • Lecture : entre 1968 et 1975, 9 300 résidences principales apparaissent chaque année grâce à l’augmentation de la population, et 15 000 à cause de la décohabitation.
  • Champ : Grand Est, résidences principales.
  • Source : Insee, recensements de la population de 1968, 1975, 1982, 1990, 1999, 2008, 2013 et 2018, exploitations principales.

Un quart des résidences principales construites après 1990

Le parc de logements de la région est à peu près du même âge qu’en France métropolitaine, avec une part un peu moindre de logements récents (datant de 1991 et après) : 26 % contre 29 %. C’est dans les communes de la couronne d’une aire d’attraction des villes qu’ils sont les plus fréquents (30 %). Dans les départements en déprise démographique (Haute-Marne et Ardennes), ainsi que dans les communes hors attraction des villes, il y a davantage de constructions anciennes (d’avant 1946) : une sur trois environ, contre une sur quatre dans la région.

Des logements plus grands, et davantage de maisons

Les résidences principales de la région sont plus grandes que la moyenne métropolitaine : en 2018, 38 % des logements comptaient plus de 100 m2 contre 30 % en France métropolitaine. C’est un peu plus qu’en Bourgogne-Franche-Comté (35 %), dans les Hauts-de-France (29 %) et bien sûr qu’en Île-de-France (18 %). C’est dans les communes hors attraction des villes que la part des très grands logements est la plus forte (55 %), cette part augmentant avec la distance aux communes-centres.

Depuis 1968, la part des logements de 5 pièces ou plus passe de 27 % à 42 %. Les logements de 3 pièces ou moins sont moins fréquents, tandis que les 4 pièces gardent la même part (un logement sur quatre). Cette évolution se retrouve dans presque tous les départements. Il n’y a que dans le Bas-Rhin où la part des studios a augmenté.

Cette augmentation du nombre de pièces résulte de l’étalement urbain dans les couronnes ; les 5 pièces et plus y sont passés de 32 % à 55 % en 50 ans, et dans les communes isolées, de 34 % à 59 %. Dans les communes-centres en revanche, la majorité des résidences principales compte 3 pièces ou moins (53 %).

Au 1er janvier 2018, plus d’une résidence principale sur deux est une maison. Il y a là peu de différence avec la France métropolitaine. La part des maisons a augmenté depuis 1968, passant de 48 % à 56 %, et leur nombre a été multiplié par deux, passant de 0,7 à 1,4 million. Les autres résidences principales se composent d’appartements (41 %) et d’autres logements (1 %) tels que foyers, chambres d’hôtels, habitations de fortune, etc. En 1968, la proportion était de 8 %. Dans les communes-centres, 27 % seulement des résidences sont des maisons et 71 % sont des appartements. Dans les communes des couronnes, c’est l’inverse (23 % d’appartements et 77 % de maisons).

Douche ou baignoire dans tous les logements, et chauffage au gaz ou électrique

En 1968, la moitié seulement des résidences principales disposait d’une baignoire ou d’une douche. Cinquante ans plus tard, c’est la quasi-totalité (99,7 %). Les départements du Bas-Rhin et de la Moselle sont les départements où presque 60 % des résidences en disposent dès 1968, contre 40 % à 50 % dans les autres départements.

En 2018, 72 % des résidences principales sont équipées d’un chauffage central individuel ou électrique, 17 % d’un chauffage collectif et 11 % d’un autre mode de chauffage (poêles, cheminées ou cuisinières). Ce dernier mode de chauffage était majoritaire en 1968 (72 %) surtout dans les campagnes (88 %). Dans les communes du centre et du pôle principal, près de 30 % disposent d’un chauffage central collectif, soit une augmentation de dix points en 50 ans.

Le chauffage individuel ou électrique est devenu majoritaire dans tout type de commune, même dans les communes-centres (65 %) (figure 4). Sa part est écrasante loin des grandes agglomérations, là où la maison individuelle est majoritaire, mais dans les communes hors attraction des villes, un logement sur quatre utilise un autre moyen de chauffage.

La part du gaz et de l’électricité augmente en 50 ans. La part du fuel reste au même niveau (14 %), alors qu’elle diminue en France métropolitaine, passant de 19 à 10 %. Celle de l’électricité est moindre dans le Grand Est qu’en France métropolitaine (21 contre 34 %). Le gaz est très majoritaire dans les communes des pôles, tandis qu’en s’éloignant des grandes villes, il y a un partage entre gaz, fuel et électricité (20 à 35 %), sauf dans les communes hors attraction des villes.

Figure 4Combustible utilisé pour le chauffage central dans les résidences principales

en %
Combustible utilisé pour le chauffage central dans les résidences principales (en %) - Lecture : en 2018, 44 % des résidences principales du Grand Est sont chauffées au gaz.
Gaz Fuel Électricité Chauffage urbain Autres combustibles Autres modes de chauffage que le chauffage central
1968 1,4 13,4 0,8 12,8 71,6
1975 8,4 29,7 1,0 1,9 6,9 52,1
1982 18,9 28,7 6,9 2,3 7,2 36,0
1990 27,3 22,9 13,3 4,5 7,5 24,5
1999 36,8 23,6 15,5 3,1 4,6 16,4
2008 43,1 20,0 17,9 4,3 3,8 10,9
2013 43,5 15,8 19,5 4,0 5,4 11,8
2018 44,0 14,2 20,8 4,5 5,9 10,6
  • Lecture : en 2018, 44 % des résidences principales du Grand Est sont chauffées au gaz.
  • Champ : Grand Est, résidences principales.
  • Source : Insee, recensements de la population de 1968, 1975, 1982, 1990, 1999, 2008, 2013 et 2018, exploitations principales.

Figure 4Combustible utilisé pour le chauffage central dans les résidences principales

  • Lecture : en 2018, 44 % des résidences principales du Grand Est sont chauffées au gaz.
  • Champ : Grand Est, résidences principales.
  • Source : Insee, recensements de la population de 1968, 1975, 1982, 1990, 1999, 2008, 2013 et 2018, exploitations principales.
Publication rédigée par : Corinne Challand (Insee)

Sources

Les résultats sont issus des Recensements de la population des années 1968, 1975, 1982, 1990, 1999, 2008, 2013 et 2018. Le champ de l’étude est constitué des résidences principales de la région Grand Est et à leurs habitants en ménage ordinaire. Les communautés (EHPAD, internats, foyers etc) ne sont pas prises en compte.

Définitions

Une résidence principale est un logement occupé de façon habituelle et à titre principal par une ou plusieurs personnes qui constituent un ménage.

L’aire d’attraction d’une ville est un ensemble de communes, d’un seul tenant et sans enclave, constitué d’un pôle de population et d’emploi et d’une couronne qui rassemble les communes dont au moins 15 % des actifs travaillent dans le pôle. La commune la plus peuplée du pôle est appelée commune-centre. Les communes hors attraction des villes sont celles situées hors des pôles et hors des couronnes des aires d’attraction des villes.

Un logement vacant est un logement inoccupé se trouvant, par exemple,déjà attribué à un acheteur ou un locataire et en attente d’occupation.

Une résidence secondaire est un logement utilisé pour les week-ends, les loisirs ou les vacances.

Le recensement de la population a pour objectifs le dénombrement des logements et de la population résidant en France et la connaissance de leurs principales caractéristiques : sexe, âge, activité, professions exercées, caractéristiques des ménages, taille et type de logement, modes de transport, déplacements quotidiens.

Institué en 1801, le recensement s'est déroulé tous les 5 ans jusqu'en 1936. De 1946 à 1999, les intervalles intercensitaires ont varié de 6 à 9 ans. Les informations recueillies intéressent les collectivités territoriales, les services de l'État mais aussi les entreprises, sociologues, urbanistes,...

Elles sont une aide pour définir :

  • au niveau national les politiques sociales et les infrastructures à mettre en place ;
  • au niveau local les politiques urbaines, de transport, de logement, d'équipements culturels et sportifs, les infrastructures scolaires et la mise en place de structures d'accueil pour les jeunes enfants et les personnes âgées.

Pour les acteurs privés, le recensement sert aux projets d'implantation d'entreprises ou de commerces et services.

La loi du 27 février 2002, relative à la démocratie de proximité, a modifié en profondeur les méthodes de recensement. Depuis janvier 2004, le comptage traditionnel est remplacé par des enquêtes de recensement annuelles.

Les communes de moins de 10 000 habitants continuent d'être recensées exhaustivement, comme lors des précédents recensements mais une fois tous les 5 ans au lieu de tous les 8 ou 9 ans.

Les communes de 10 000 habitants ou plus font désormais l'objet d'une enquête annuelle auprès d'un échantillon de 8 % de la population, dispersé sur l'ensemble de leur territoire. Au bout de 5 ans, tout le territoire de ces communes est pris en compte et les résultats du recensement sont calculés à partir de l'échantillon de 40 % de leur population ainsi constitué.

A la fin de l'année 2008, à l'issue des cinq premières enquêtes de recensement, l'Insee publie, pour la première fois selon la nouvelle méthode, la population légale de chaque commune, puis à partir de 2009, les résultats statistiques complets sur les habitants et leurs logements.

Remarque :

Jusqu'à la publication, fin 2008, du premier décret d'authentification des populations légales issues du recensement rénové, les populations authentifiées en 1999 (ou à la suite de recensements complémentaires) sont restées en vigueur.

Pour en savoir plus

Brutel C., « 50 ans d’évolution des résidences principales : des logements plus grands et moins peuplés », Insee Première n° 1865, juin 2021

Horodenciuc L., Mom K., Villaume S., « Construction de logements, prix du foncier et de l’immobilier dans le Grand Est », Insee Dossier Grand Est n° 12, mars 2019

Kelhetter D., Ducharne T, « La décohabitation limite, mais n’empêche pas la vacance des logements dans le Grand Est », Insee Analyses Grand Est n° 70, juin 2018

Kelhetter D., Vuillier-Devillers F., « Plus de logements vacants dans le Grand Est », Insee Analyses Grand Est n° 46, juin 2017