Insee
Insee Flash Réunion · Mai 2021 · n° 201
Insee Flash RéunionUn quart des Réunionnais déclarent une dégradation de leur situation financière lors du confinement du 2e trimestre 2020

Marylise Dehon (Insee)

Un quart des Réunionnais considèrent avoir subi une dégradation de leur situation financière au cours du confinement du 2ᵉ trimestre 2020. C’est un peu moins que les habitants de la France métropolitaine et des Antilles. Les ménages jugeant difficile ou très difficile leur situation financière avant le confinement se sentent logiquement les plus touchés. En revanche, à La Réunion, la part de personnes exprimant une dégradation de leur situation varie peu selon le niveau de revenu initial. En particulier, les ménages les plus pauvres, dont les revenus sont davantage issus de prestations sociales préservées, sont un peu moins nombreux que ceux de métropole à percevoir une dégradation de leur situation. Comme dans l’Hexagone, les artisans-commerçants et les ouvriers déclarent plus que les autres professions avoir vu leur situation financière se dégrader.

Insee Flash Réunion
No 201
Paru le : Paru le 06/05/2021

En 2020, la crise sanitaire entraîne une forte baisse de l’activité économique en France. Toutefois, les dispositifs publics d’aides mis en place ont permis de maintenir le pouvoir d’achat en moyenne sur l’ensemble de l’année 2020. En outre, la baisse d’activité durant le confinement du 2trimestre 2020 a été moins marquée à La Réunion qu’au niveau national.

Un peu moins de ménages touchés par une dégradation de situation financière pendant le confinement à La Réunion qu’en métropole

Au cours du confinement du 2e trimestre 2020, 25 % des Réunionnais de 15 ans ou plus hors retraités considèrent avoir subi une dégradation de leur situation financière (figure 1). C’est un peu moins qu’en France métropolitaine (29 %) et qu’aux Antilles (environ 30 %). En effet, les revenus des Réunionnais sont composés plus qu’ailleurs de minima sociaux, source de revenu stable. En outre, les Réunionnais en emploi travaillent moins souvent dans des secteurs durement touchés par le confinement.

Figure 1Perception de l'évolution de la situation financière lors du confinement du 2e trimestre 2020

en %
Perception de l'évolution de la situation financière lors du confinement du 2e trimestre 2020 (en %)
dégradation stable amélioration ne sait pas
La Réunion 24,5 62,7 2,3 10,5
France métropolitaine 29,3 59,1 2,6 9,0
  • Champ : personnes de 15 ans ou plus, résidant hors Ehpad, maisons de retraites et prisons et hors retraités.
  • Source : Inserm-Drees, enquête Epicov – vague 1.

Figure 1Perception de l'évolution de la situation financière lors du confinement du 2e trimestre 2020

  • Champ : personnes de 15 ans ou plus, résidant hors Ehpad, maisons de retraites et prisons et hors retraités.
  • Source : Inserm-Drees, enquête Epicov – vague 1.

Les Réunionnais jugeant leur situation financière habituelle difficile sont les plus touchés par la crise

Interrogés sur leur appréciation de leur situation financière en temps normal, 22 % des Réunionnais indiquent avoir des difficultés à « joindre les deux bouts » : ils estiment que leur situation financière était difficile, voire très difficile, avant même le début du confinement. En métropole, les ménages déclarent moins souvent qu’à La Réunion avoir du mal à s’en sortir en temps normal : la pauvreté y est effectivement près de trois fois moins prégnante.

Parmi ces Réunionnais qui font face habituellement à des difficultés financières, 46 % estiment avoir subi une dégradation de leur budget au cours du confinement. Comme en métropole, le risque d’avoir vu sa situation financière se dégrader pendant le confinement est ainsi d’autant plus grand que la situation financière habituelle est ressentie comme fragile (figure 2). En effet, le ressenti dépend non seulement des revenus effectivement perçus, mais au moins autant du niveau de dépenses, en particulier celles qui sont pré-engagées ou contraintes et qui peuvent être très variables selon les ménages (prêt à rembourser, pension alimentaire à verser, aide financière d’un parent âgé, etc.). Moins on est à l’aise financièrement, plus les chocs sur les revenus ou les dépenses sont perçus comme une dégradation significative de la situation financière.

Figure 2Part de la population ayant subi une dégradation de sa situation financière selon le niveau de vie ressenti avant le confinement du 2e trimestre 2020Ressenti sur le niveau de vie avant le confinement

en %
Part de la population ayant subi une dégradation de sa situation financière selon le niveau de vie ressenti avant le confinement du 2e trimestre 2020 (en %)
La Réunion France métropolitaine
« Aisé » ou « Ça va » 10,4 14,0
« Juste » 27,4 37,0
« Difficile » ou « Impossible Sans faire de dettes » 45,7 63,0
  • Champ : personnes de 15 ans ou plus, résidant hors Ehpad, maisons de retraites et prisons et hors retraités.
  • Source : Inserm-Drees, enquête Epicov – vague 1.

Figure 2Part de la population ayant subi une dégradation de sa situation financière selon le niveau de vie ressenti avant le confinement du 2e trimestre 2020Ressenti sur le niveau de vie avant le confinement

  • Champ : personnes de 15 ans ou plus, résidant hors Ehpad, maisons de retraites et prisons et hors retraités.
  • Source : Inserm-Drees, enquête Epicov – vague 1.

Contrairement à l’Hexagone, l’impact ressenti de la crise n’est pas directement lié au niveau de revenus

En revanche, la perception qu’ont les Réunionnais d’une dégradation de leur situation financière pendant le confinement du 2trimestre 2020 varie peu selon leur niveau de vie réel : entre 20 % et 25 % estiment avoir subi une dégradation, quel que soit leur niveau de vie. En métropole, au contraire, plus les personnes sont aisées, moins elles ont le sentiment d’avoir subi une dégradation de leur situation financière : de 38 % des plus défavorisés à 21 % des plus riches (figure 3).

Figure 3Part de la population déclarant avoir subi une dégradation de sa situation financière selon le niveau de vie effectif avant le confinement du 2e trimestre 2020

en %
Part de la population déclarant avoir subi une dégradation de sa situation financière selon le niveau de vie effectif avant le confinement du 2e trimestre 2020 (en %)
en euros par UC La Réunion France métropolitaine
< 958 22,3 38,5
958 – 1 430 25,8 35,4
1 430 – 1 810 25,6 30,4
1 810 - 2 265 21,7 26,6
2 265 - 3 290 20,1 22,2
> 3 290 24,1 20,9
  • Note : les seuils de 958€, 1 430€, 1 810€, 2 265€ et 3 290€ par mois et par UC correspondent respectivement aux premier, troisième, cinquième, septième et neuvième déciles de revenus métropolitains.
  • Champ : personnes de 15 ans ou plus, résidant hors Ehpad, maisons de retraites et prisons et hors retraités.
  • Source : Inserm-Drees, enquête Epicov – vague 1.

Figure 3Part de la population déclarant avoir subi une dégradation de sa situation financière selon le niveau de vie effectif avant le confinement du 2e trimestre 2020

  • Note : les seuils de 958€, 1 430€, 1 810€, 2 265€ et 3 290€ par mois et par UC correspondent respectivement aux premier, troisième, cinquième, septième et neuvième déciles de revenus métropolitains.
  • Champ : personnes de 15 ans ou plus, résidant hors Ehpad, maisons de retraites et prisons et hors retraités.
  • Source : Inserm-Drees, enquête Epicov – vague 1.

De fait, exception faite des plus aisés et à niveau de vie comparable, les Réunionnais perçoivent moins souvent que les habitants de la métropole que leur situation financière s’est dégradée pendant le confinement du 2trimestre 2020. C’est le cas en particulier des plus modestes, dont le niveau de vie est inférieur à 958 € par mois et par unité de consommation (UC) : seuls 22 % d’entre eux déclarent avoir subi une dégradation de leur situation contre 38 % des habitants de l’Hexagone au niveau de vie similaire. En effet, leurs revenus sont davantage constitués de prestations sociales, dont les montants versés sont préservés, et moins de revenus d’activité, notamment ceux issus d’emplois de courte durée, les plus touchés pendant le confinement (contrats à durée déterminée et intérim). En dessous de 958 € par UC et par mois, se situent 30 % de Réunionnais et 10 % de résidents de l’Hexagone. Ils vivent sous le seuil de pauvreté métropolitain (1 063 € par mois en 2018).

De leur côté, les ménages aux revenus médians, c’est-à-dire aux niveaux de vie un peu supérieurs au seuil de pauvreté pour la plupart, sont un peu plus sensibles à une diminution même minime de leurs revenus que ceux aux revenus inférieurs. En effet leurs revenus sont moins préservés, car ils proviennent souvent d’emplois de courte durée qui ont chuté pendant le confinement.

La situation financière des artisans-commerçants et des ouvriers plus impactée, comme ailleurs

Directement frappés par les restrictions durant le confinement, les artisans et commerçants réunionnais sont, comme au niveau national, la catégorie sociale déclarant le plus souvent avoir subi une dégradation de leur situation financière pendant le confinement (58 %). Pourtant, ces chefs d’entreprises et indépendants ont pu bénéficier d’aides publiques, qui n’ont pas toujours permis de couvrir entièrement le manque à gagner occasionné par les restrictions imposées dans certains secteurs d’activité durant le confinement.

Un tiers des ouvriers réunionnais déclarent que leur situation financière s’est dégradée. Les ouvriers ont été les plus concernés par l’ pendant le confinement (56 % contre 33 % en moyenne pour les Réunionnais en emploi). De fait, leur rémunération s’est réduite, exception faite des salariés au Smic. Quant aux employés, 24 % ont ressenti une dégradation de leur situation financière, soit un peu moins que dans l’Hexagone. Ils ont été également concernés de manière importante par le passage à une activité partielle (39 %).

 

Des impacts différenciés selon les situations individuelles

Les chômeurs réunionnais ne sont pas plus nombreux que l’ensemble des Réunionnais à déclarer avoir subi une dégradation de leur situation financière ; c’est le contraire des chômeurs de l’Hexagone (23 % contre 35 %). Pour un chômeur, la principale raison de la dégradation de sa situation financière est l’épuisement de ses droits, dans le contexte de la crise sanitaire où retrouver un emploi est particulièrement difficile. Or les chômeurs réunionnais, moins souvent indemnisés car il y a davantage de chômeurs de longue durée, sont de fait moins sujets à une dégradation de leur situation.

De leur côté, 16 % des étudiants vivant à La Réunion déclarent avoir subi une dégradation de leur situation financière, contre 22 % des étudiants résidant en métropole. Toutefois, un tiers des étudiants de l’île n’étaient pas en mesure d’évaluer comment leur situation financière avait évolué au cours du confinement, traduisant ainsi le climat d’incertitude causé par la crise sanitaire.

En comparaison, les retraités ont nettement moins souvent subi une dégradation de leur situation financière que le reste de la population. Seuls 4 % d’entre eux sont dans ce cas à La Réunion, contre 6 % des retraités habitant en métropole. Les pensions et rentes sont en effet protégées des conséquences de la crise. Les retraités réunionnais sont cependant dans une situation plus difficile que ceux de métropole : ils sont 3,5 fois plus souvent en situation de pauvreté.

Moins de recours au télétravail durant le premier confinement à La Réunion

Le confinement du 2e trimestre 2020 a bouleversé les conditions de travail, en particulier avec l’essor du télétravail. La semaine précédant l’enquête (Source), 36 % des Réunionnais en emploi ont télétravaillé : la moitié exclusivement, l’autre partiellement. C’est un peu moins que dans l’Hexagone (44 %). En effet, les cadres, qui ont le plus recours au télétravail, sont moins nombreux sur l’île. De plus, les cadres travaillant à La Réunion ont moins eu recours à cette forme de travail : 64 % contre 80 % en moyenne en France. Dans une moindre mesure, les employés réunionnais sont moins nombreux qu’au niveau national à avoir eu recours au télétravail (30 % contre 35 % en moyenne).

Publication rédigée par : Marylise Dehon (Insee)

Sources

L’enquête Épidémiologie et conditions de vie (EpiCov) a été mise en place par la Drees, l’Inserm, Santé Publique France et l’Insee dans le contexte de la pandémie de Covid-19. Son objectif est double : estimer la dynamique de l’épidémie à un niveau national et départemental et étudier l’effet du confinement et de l’épidémie sur les conditions de vie. En particulier, les enquêtés étaient invités à s’exprimer sur la perception de leur niveau de vie et l’évolution de leur situation financière au cours du confinement du 2e trimestre 2020.

Sont exploités ici une partie des résultats de la première vague de l’enquête qui s’est déroulée entre le 2 mai et le 2 juin 2020, auprès de 135 000 personnes âgées de 15 ans ou plus au 1er janvier 2020 (dont 2 200 à La Réunion), résidant hors Ehpad, maisons de retraite et prisons, en France métropolitaine, en Martinique, en Guadeloupe et à La Réunion.

Définitions

Le niveau de vie est égal au revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation (UC). L’UC permet de comparer les niveaux de vie de ménages de composition différentes. On compte 1 UC pour le premier adulte du ménage ; 0,5 UC pour les autres personnes de 14 ans ou plus ; 0,3 UC pour les enfants de moins de 14 ans.

L’activité partielle est un dispositif qui permet à l’employeur en difficulté de faire prendre en charge tout ou partie du coût de la rémunération des salariés.

Si on ordonne la distribution des niveaux de vie, les déciles sont les valeurs qui partagent cette distribution en dix parties égales. Ainsi, le premier décile est le niveau de vie au-dessous duquel se situent 10 % des niveaux de vie ; le neuvième décile est le niveau de vie au-dessous duquel se situent 90 % des niveaux de vie.

Pour en savoir plus

Dehon M., « Plus de travailleurs pauvres ou modestes exposés à une perte de revenus qu’ailleurs », Insee Analyses La Réunion n° 56, avril 2021.

Firlej A., Pawlowski E. « Des conséquences financières du premier confinement plus ou moins marquées selon les territoires », Insee Première n° 1850, avril 2021.

Givord P., Silhol J., « Confinement : des conséquences économiques inégales selon les ménages », Insee Première n° 1822, octobre 2020.

Bajos N. et al., « Ouvrir dans un nouvel ongletLes inégalités sociales au temps du COVID-19 », Questions de santé publique n° 40, IReSP, octobre 2020.

Albouy V., Legleye S., « Conditions de vie pendant le confinement : des écarts selon le niveau de vie et la catégorie socioprofessionnelle », Insee Focus n° 197, juin 2020.

Seguin S., Cherchem O., Rabaey G., Aouriri M., Perrain D., « Ouvrir dans un nouvel ongletL’impact économique immédiat de la crise sanitaire liée au Covid-19 à La Réunion », Cerom, mai 2020.