Insee Analyses OccitanieChômage et demande d’emploi : les territoires occitans inégaux face au choc lié à la crise sanitaire

François Hild, Fabien Steinmetz (Insee), Marielle Dhune, Benjamin Potier (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi), Pierre Brossier (Pôle emploi)

Le premier confinement consécutif à l’épidémie de Covid-19 entraîne un choc généralisé sur l’activité économique. Son impact est inégal dans les territoires de la région, en lien avec la spécialisation de leur tissu productif. La reprise d’activité après la fin du premier confinement est aussi très variable selon les zones. Ces disparités se reflètent dans l’évolution du taux de chômage comme dans celle des demandeurs d’emploi. Quatre zones d’emploi sont particulièrement affectées : Toulouse et Figeac-Villefranche en lien avec les difficultés de la filière aéronautique, Tarbes-Lourdes qui cumule les fragilités rencontrées par l’industrie et le tourisme et Agde-Pézenas, zone très touristique caractérisée par de nombreux emplois saisonniers.

Insee Analyses Occitanie
No 105
Paru le : Paru le 26/02/2021
François Hild, Fabien Steinmetz (Insee), Marielle Dhune, Benjamin Potier (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi), Pierre Brossier (Pôle emploi)
Insee Analyses Occitanie  No 105 - Février 2021

Les mesures d’endiguement de l’épidémie de Covid-19 ont un très fort impact économique. Par rapport au quatrième trimestre 2019, le produit intérieur brut diminue en France de 3,7 % au troisième trimestre 2020, après - 18,8 % au deuxième trimestre. Les conséquences sont tangibles sur le marché du travail, mais elles sont d’une ampleur moindre du fait de la mise en place de mesures en faveur de l’emploi. En particulier, l’élargissement du dispositif d’activité partielle permet de limiter le nombre de licenciements pour motif économique et d’éviter un afflux brutal de chômeurs (encadré 1).

L’évolution du marché du travail peut être appréhendée selon deux concepts complémentaires : le taux de chômage et le nombre de demandeurs d’emploi en fin de mois (DEFM). L’examen de ces deux indicateurs montre un impact différencié de la crise sur les territoires d’Occitanie.

Au premier semestre 2020, le premier confinement conduit à une baisse en trompe-l’œil du chômage au sens du Bureau international du travail (BIT). En effet, du fait du confinement, un grand nombre de personnes sans emploi n’ont pas effectué de recherche active d’emploi, condition nécessaire dans les critères du BIT, pour être comptabilisées comme chômeurs. Au troisième trimestre, les comportements de recherche d’emploi sont plus proches de la normale et le chômage augmente fortement par contre-coup. La hausse du taux sur un an de 0,7 point, en Occitanie comme en France métropolitaine, témoigne d’une nette dégradation du marché du travail : la part de la population active au chômage atteint ainsi 10,5 % dans la région, contre 8,8 % en métropole.

Figure 1Une hausse contrastée du chômage selon les zones d’emploiÉvolution des taux de chômage localisés en Occitanie

Une hausse contrastée du chômage selon les zones d’emploi
Zone d’emploi 2020 Libellé zone d’emploi Taux de chômage au troisième trimestre 2020 (%) Évolution sur un an du taux de chômage au troisième trimestre 2020 (points)
7501 Agen 8,0 0,3
7502 Angoulême 9,1 0,6
7503 Bayonne 8,4 0,9
7504 Bergerac 9,5 0,5
7505 Bordeaux 8,5 0,5
7506 Bressuire 6,9 0,8
7507 Brive-la-Gaillarde 8,2 0,5
7508 Châtellerault 8,0 0,6
7509 Cognac 8,0 1,0
7510 Dax 9,3 0,9
7511 Guéret 8,0 0,2
7512 La Rochelle 9,0 0,8
7513 La Teste-de-Buch 9,5 0,5
7514 Langon 7,9 0,5
7515 Lesparre-Médoc 9,6 0,6
7516 Libourne 8,9 0,4
7517 Limoges 8,3 0,6
7518 Marmande 9,1 0,5
7519 Mont-de-Marsan 7,0 0,2
7520 Niort 6,4 0,5
7521 Oloron-Sainte-Marie 6,0 0,5
7522 Pau 7,2 0,3
7523 Périgueux 8,4 0,4
7524 Poitiers 7,0 0,6
7525 Rochefort 10,0 0,7
7526 Royan 10,9 1,1
7527 Saint-Junien 7,4 0,6
7528 Saintes 8,9 0,6
7529 Sarlat-La-Canéda 10,0 1,4
7530 Thouars 7,8 0,7
7531 Tulle 6,2 0,4
7532 Villeneuve-sur-Lot 10,1 0,1
7601 Agde – Pézenas 17,4 2,0
7602 Albi 9,0 0,4
7603 Alès - Le Vigan 13,9 0,3
7604 Auch 7,0 0,6
7605 Bagnols-sur-Cèze 11,2 0,3
7606 Béziers 12,9 0,6
7607 Cahors 9,7 0,4
7608 Carcassonne - Limoux 10,6 0,6
7609 Castelsarrasin - Moissac 11,8 1,0
7610 Castres - Mazamet 8,5 0,2
7611 Figeac - Villefranche 7,9 0,8
7612 Foix - Pamiers 9,9 0,4
7613 Mende 5,4 0,4
7614 Millau 8,4 0,3
7615 Montauban 9,5 0,5
7616 Montpellier 11,8 0,5
7617 Narbonne 13,7 0,5
7618 Nîmes 11,5 0,1
7619 Nord-du-Lot 8,4 1,0
7620 Perpignan 14,2 0,6
7621 Rodez 5,5 0,6
7622 Saint-Gaudens 7,6 0,3
7623 Sète 13,1 0,6
7624 Tarbes - Lourdes 10,4 1,4
7625 Toulouse 9,0 1,0
0063 Ussel 5,5 0,4
8401 Annecy 6,2 0,8
8402 Aubenas 11,7 0,7
8403 Aurillac 5,7 0,4
8404 Belley 6,8 0,6
8405 Bourg en Bresse 6,7 0,6
8406 Bourgoin-Jallieu 7,9 0,7
8407 Chambéry 7,0 0,6
8408 Clermont-Ferrand 7,8 0,5
8409 Grenoble 7,6 0,5
8410 Issoire 7,9 0,3
8411 La Maurienne 6,3 0,4
8412 La Plaine du Forez 6,6 0,5
8413 La Tarentaise 6,4 0,4
8414 La Vallée de l’Arve 8,2 1,3
8415 Le Chablais 7,8 1,2
8416 Le Genevois Français 8,0 1,2
8417 Le Livradois 9,1 0,6
8418 Le Mont Blanc 6,3 1,6
8419 Le Puy en Velay 6,8 0,3
8420 Les Sources de la Loire 7,0 0,6
8421 Lyon 8,1 0,6
8422 Montélimar 10,6 0,3
8423 Montluçon 10,4 0,8
8424 Moulins 8,1 0,2
8425 Oyonnax 8,9 1,1
8426 Roanne 8,3 0,4
8427 Romans sur Isère 9,4 0,5
8428 Saint Etienne 9,2 0,6
8429 Saint Flour 5,1 0,7
8430 Tarare 6,4 0,5
8431 Valence 9,1 0,5
8432 Vichy 9,8 0,7
8433 Vienne-Annonay 8,6 0,7
8434 Villefranche-sur-Saône 7,0 0,7
8435 Voiron 6,6 0,6
0052 Arles 11,7 0,7
0053 Avignon 11,2 0,6
0055 Bollène-Pierrelatte 10,9 0,4
0064 Valréas 10,0 0,6
9301 Aix-en-Provence 7,6 0,4
9302 Briançon 8,5 0,6
9303 Brignoles 10,1 0,3
9304 Cannes 10,1 1,2
9305 Carpentras 11,1 0,5
9306 Cavaillon 10,8 0,5
9307 Digne-les-Bains 9,9 0,4
9308 Draguignan 11,0 0,4
9309 Fréjus 11,5 0,7
9310 Gap 8,0 0,5
9311 Manosque 11,0 0,3
9312 Marseille 11,1 0,4
9313 Martigues-Salon 10,0 0,4
9314 Menton 9,3 2,2
9315 Nice 10,1 1,2
9316 Orange 11,2 0,7
9317 Sainte-Maxime 13,8 2,6
9318 Toulon 8,8 0,3
  • Source : Insee, taux de chômage localisés

Figure 1Une hausse contrastée du chômage selon les zones d’emploiÉvolution des taux de chômage localisés en Occitanie

  • Source : Insee, taux de chômage localisés

Des conséquences de la crise sur le marché du travail différenciées selon les territoires

Dans la région, cette hausse est nettement différenciée selon les territoires (figure 1). Elle atteint 2 points dans la zone d’emploi d’Agde-Pézenas et 1,4 point dans celle de Tarbes-Lourdes. Ces deux zones font partie des dix zones d’emploi métropolitaines où le chômage augmente le plus. La zone de Castelsarrasin-Moissac enregistre aussi une progression supérieure à la moyenne régionale (+ 1 point). Le marché du travail se dégrade nettement dans des zones où le chômage était jusqu’alors inférieur à la moyenne régionale comme celles de Toulouse (+ 1 point), Nord-du-Lot (+ 1 point) et Figeac-Villefranche (+ 0,8 point). A contrario, dans d’autres zones d’emploi de la région affectées par des taux de chômage élevés, en particulier sur le littoral ou proches du littoral, les hausses sont plus limitées. Elles s’échelonnent de + 0,1 point sur Nîmes à + 0,7 point dans la zone d’Arles.

Les baisses d’activité induites par la crise sanitaire se traduisent aussi par une nette hausse de la demande d’emploi. Fin septembre, l’évolution sur un an du nombre des demandeurs d’emploi de catégorie A, B, C atteint 5 % en Occitanie comme en France métropolitaine. Les mêmes disparités territoriales sont à l’œuvre. La hausse s’échelonne de + 1 % sur la zone de Nîmes à + 11 % dans celle de Tarbes-Lourdes (figure 2). C’est pour les jeunes (moins de 26 ans) que la hausse est la plus forte (figure complémentaire 1 et encadré 2).

Figure 2Une hausse contrastée de la demande d’emploi selon les zones d’emploiÉvolution sur un an du nombre de demandeurs d’emploi en septembre 2020 en Occitanie

Une hausse contrastée de la demande d’emploi selon les zones d’emploi
Zone d’emploi 2020 Libellé zone d’emploi Nombre total de DEFM de catégorie A, B, C en septembre 2020 Évolution des DEFM de catégorie A, B, C entre septembre 2019 et septembre 2020
7501 Agen 12 580 1,48
7502 Angoulême 21 950 2,73
7503 Bayonne 31 440 6,65
7504 Bergerac 10 770 2,97
7505 Bordeaux 110 720 5,29
7506 Bressuire 9 050 4,60
7507 Brive-la-Gaillarde 11 140 2,22
7508 Châtellerault 7 460 3,28
7509 Cognac 12 170 4,63
7510 Dax 15 600 7,44
7511 Guéret 8 420 - 1,34
7512 La Rochelle 23 690 5,43
7513 La Teste-de-Buch 14 910 2,67
7514 Langon 12 230 3,26
7515 Lesparre-Médoc 7 280 4,41
7516 Libourne 15 630 2,95
7517 Limoges 24 560 2,86
7518 Marmande 9 440 3,92
7519 Mont-de-Marsan 10 720 2,06
7520 Niort 15 850 4,78
7521 Oloron-Sainte-Marie 4 900 5,47
7522 Pau 25 480 2,29
7523 Périgueux 17 210 2,34
7524 Poitiers 23 350 2,75
7525 Rochefort 7 310 2,71
7526 Royan 11 490 5,54
7527 Saint-Junien 6 040 3,30
7528 Saintes 11 740 3,27
7529 Sarlat-La-Canéda 5 450 6,57
7530 Thouars 5 600 3,93
7531 Tulle 5 520 4,45
7532 Villeneuve-sur-Lot 8 510 3,12
7601 Agde – Pézenas 10 980 5,43
7602 Albi 21 570 3,58
7603 Alès - Le Vigan 21 910 3,70
7604 Auch 11 530 5,20
7605 Bagnols-sur-Cèze 7 530 1,74
7606 Béziers 26 470 4,81
7607 Cahors 7 860 2,52
7608 Carcassonne - Limoux 19 480 4,20
7609 Castelsarrasin - Moissac 8 700 6,53
7610 Castres - Mazamet 13 870 1,60
7611 Figeac - Villefranche 7 150 10,01
7612 Foix - Pamiers 12 860 2,41
7613 Mende 4 110 2,65
7614 Millau 5 340 2,71
7615 Montauban 18 850 3,86
7616 Montpellier 87 130 3,90
7617 Narbonne 18 390 2,10
7618 Nîmes 41 030 1,20
7619 Nord-du-Lot 4 410 5,53
7620 Perpignan 58 070 3,47
7621 Rodez 9 090 6,94
7622 Saint-Gaudens 11 360 3,97
7623 Sète 12 180 3,91
7624 Tarbes - Lourdes 22 520 11,04
7625 Toulouse 131 480 8,29
0063 Ussel 4 710 3,72
8401 Annecy 23 120 10,81
8402 Aubenas 14 440 4,43
8403 Aurillac 4 850 1,08
8404 Belley 3 900 3,50
8405 Bourg en Bresse 19 520 6,08
8406 Bourgoin-Jallieu 20 030 5,34
8407 Chambéry 19 180 7,31
8408 Clermont-Ferrand 39 880 3,74
8409 Grenoble 49 640 4,34
8410 Issoire 7 560 0,15
8411 La Maurienne 3 400 4,24
8412 La Plaine du Forez 6 380 5,19
8413 La Tarentaise 11 220 6,39
8414 La Vallée de l’Arve 8 910 10,12
8415 Le Chablais 10 250 12,42
8416 Le Genevois Français 31 620 15,92
8417 Le Livradois 7 480 2,61
8418 Le Mont Blanc 5 380 15,78
8419 Le Puy en Velay 8 880 3,46
8420 Les Sources de la Loire 6 220 3,39
8421 Lyon 164 840 6,25
8422 Montélimar 10 450 0,80
8423 Montluçon 10 240 1,40
8424 Moulins 7 750 - 0,03
8425 Oyonnax 5 740 7,58
8426 Roanne 10 870 1,24
8427 Romans sur Isère 9 350 2,48
8428 Saint Etienne 48 800 3,07
8429 Saint Flour 1 770 7,66
8430 Tarare 4 300 3,81
8431 Valence 29 320 2,47
8432 Vichy 12 580 3,37
8433 Vienne-Annonay 21 640 4,33
8434 Villefranche-sur-Saône 13 660 5,98
8435 Voiron 14 810 4,12
0052 Arles 16 830 4,44
0053 Avignon 32 170 3,85
0055 Bollène-Pierrelatte 8 620 2,15
0064 Valréas 6 360 1,99
9301 Aix-en-Provence 33 620 4,16
9302 Briançon 4 480 2,64
9303 Brignoles 12 480 1,69
9304 Cannes 43 330 8,70
9305 Carpentras 10 590 2,64
9306 Cavaillon 13 590 4,01
9307 Digne-les-Bains 8 160 3,61
9308 Draguignan 10 900 1,96
9309 Fréjus 10 970 3,57
9310 Gap 9 820 3,61
9311 Manosque 9 330 1,65
9312 Marseille 125 420 2,30
9313 Martigues-Salon 32 430 1,85
9314 Menton 7 220 19,47
9315 Nice 60 440 8,51
9316 Orange 7 500 5,47
9317 Sainte-Maxime 6 430 14,87
9318 Toulon 48 320 1,72
  • Source : Pôle emploi ; Dares, Statistiques mensuelles du marché du travail

Figure 2Une hausse contrastée de la demande d’emploi selon les zones d’emploiÉvolution sur un an du nombre de demandeurs d’emploi en septembre 2020 en Occitanie

  • Source : Pôle emploi ; Dares, Statistiques mensuelles du marché du travail

Ces hausses très contrastées du chômage et de la demande d’emploi entre territoires s’expliquent pour partie par la spécialisation sectorielle de leur tissu productif, qui conditionne leur exposition à la crise.

Les secteurs les plus fragilisés par la crise relèvent essentiellement d’activités de services (transports de voyageurs, hébergement et restauration, activités culturelles et sportives) et d’activités industrielles de construction ferroviaire et aéronautique. Ces secteurs représentent 12 % des emplois salariés en 2017, en France comme en Occitanie mais un poids très variable selon les territoires de la région. Ainsi, les territoires les plus dépendants de ces secteurs sont souvent, ceux qui subissent de plein fouet l’impact de la crise.

Figure 3Demande d’emploi : des zones d’emploi inégalement exposées à la crisePart d’emplois dans les secteurs fortement affectés et évolution de la demande d’emploi en Occitanie

Demande d’emploi : des zones d’emploi inégalement exposées à la crise
Libellé zone d’emploi Emplois salariés en 2017 (en équivalent temps plein) Part d’emplois dans les secteurs les plus affectés (%) Évolution sur un an de la demande d’emploi (%)
Arles 38 154 14,6 4,4
Avignon 98 898 12,9 3,9
Agde – Pézenas 18 213 18,8 5,4
Albi 61 242 6,9 3,6
Alès - Le Vigan 36 416 8,2 3,7
Auch 39 178 6,9 5,2
Bagnols-sur-Cèze 20 071 6,3 1,7
Béziers 53 597 11,7 4,8
Cahors 23 013 6,9 2,5
Carcassonne - Limoux 47 267 8,8 4,2
Castelsarrasin - Moissac 16 786 6,4 6,5
Castres - Mazamet 38 675 7,0 1,6
Figeac - Villefranche 23 581 12,6 10,0
Foix - Pamiers 31 458 9,9 2,4
Mende 21 274 8,1 2,6
Millau 16 011 9,8 2,7
Montauban 46 483 9,1 3,9
Montpellier 238 831 10,6 3,9
Narbonne 36 943 14,4 2,1
Nîmes 104 224 9,8 1,2
Nord-du-Lot 13 638 10,4 5,5
Perpignan 119 215 13,0 3,5
Rodez 45 448 8,9 6,9
Saint-Gaudens 26 307 7,5 4,0
Sète 23 264 15,1 3,9
Tarbes - Lourdes 63 894 13,8 11,0
Toulouse 484 617 16,7 8,3
Occitanie 1 664 790 12,2 4,8
France métropolitaine 20 748 977 11,7 4,7
  • Sources : Flores 2017 et Pôle emploi ; Dares, Statistiques mensuelles du marché du travail

Figure 3Demande d’emploi : des zones d’emploi inégalement exposées à la crisePart d’emplois dans les secteurs fortement affectés et évolution de la demande d’emploi en Occitanie

  • Sources : Flores 2017 et Pôle emploi ; Dares, Statistiques mensuelles du marché du travail

De fortes turbulences dans les zones de Toulouse et Figeac-Villefranche, dépendantes de la filière aéronautique

La zone de Toulouse est très exposée à la crise avec 17 % d’emplois dans les secteurs les plus impactés (figure 3), majoritairement dans les activités de construction aéronautique.

Mais les difficultés observées dans le secteur de la construction aéronautique ont un impact au-delà de ce secteur. En particulier, les activités d’ingénierie et de programmation informatique sont très dépendantes de l’activité dans l’aéronautique, avec plus d’un salarié sur deux travaillant pour la filière.

Ainsi, sur ce territoire, entre septembre 2019 et septembre 2020, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A, B et C progresse de 20 % dans les métiers de l’industrie et de 40 % dans ceux de l’informatique et des télécommunications, des hausses deux fois plus fortes qu’au niveau national. Avant la crise, les métiers informatiques représentent 6 % des salariés de la zone de Toulouse mais seulement 2 % de la demande d’emploi. Dans les métiers de l’industrie comme dans ceux de l’informatique, la demande d’emploi progresse fortement pour les jeunes, en particulier chez les ingénieurs.

Dans d’autres domaines professionnels (bâtiment et travaux publics, transport et logistique, commerce), la zone de Toulouse enregistre aussi des hausses du nombre de demandeurs d’emploi nettement supérieures à la moyenne nationale. La progression est également marquée dans les métiers de la communication, des arts et du spectacle, en particulier pour les demandeurs d’emploi sans activité. En septembre 2020, la zone d’emploi de Toulouse compte 121 500 demandeurs d’emploi de catégorie A, B et C, en progression de 8,3 % sur un an. Le taux de chômage, en hausse de 1 point, atteint 9 % au troisième trimestre 2020.

La zone de Figeac-Villefranche est également exposée à la crise du fait d’un nombre d’emplois élevé dans la construction aéronautique et spatiale mais aussi dans des secteurs dépendant de la filière aérospatiale, comme la métallurgie.

La progression du nombre de demandeurs d’emploi y est encore plus forte que sur Toulouse, surtout pour les moins de 26 ans (+ 17 % sur un an, fin septembre, pour les catégories A, B, C ). Cette hausse concerne en particulier les métiers de l’industrie qui représentent 23 % des salariés de la zone, mais aussi les métiers du transport et de la logistique.

Une double fragilité pour la zone de Tarbes-Lourdes

Parmi les zones les plus fragilisées figure aussi celle de Tarbes-Lourdes, en raison des nombreux salariés travaillant dans le secteur du tourisme ou dans la construction aéronautique. Sur ce territoire, la demande d’emploi progresse de 11 % entre les mois de septembre 2019 et 2020, soit la plus forte hausse de la région. Cette évolution provient en partie des métiers de l’industrie, notamment ceux de la mécanique et du travail des métaux, où la majorité des salariés sont employés dans la filière aéronautique et spatiale. Dans ces métiers, les demandeurs d’emploi de moins de 26 ans sont les plus touchés.

Mais la zone d’emploi de Tarbes-Lourdes est aussi très dépendante de l’activité touristique. Avant la crise, le domaine professionnel de l’hôtellerie, de la restauration et de l’alimentation emploie 8 % des salariés de la zone, souvent des emplois saisonniers, et représente 13 % de la demande d’emploi. Avec la crise, c’est dans ces métiers que la hausse de la demande d’emploi est la plus forte (+ 60 %), soit une hausse quatre fois supérieure à la hausse régionale, en particulier chez les plus de 50 ans. La ville de Lourdes a en effet très peu bénéficié de la reprise du tourisme durant l’été en raison de sa forte dépendance à la clientèle touristique non résidente en France (Italiens, Espagnols, Britanniques…).

Spécialisation et forte saisonnalité de l’emploi fragilisent la zone d’Agde-Pézenas

La zone d’Agde-Pézenas est également très dépendante du tourisme. Elle compte la plus forte proportion d’emplois de la région dans les secteurs les plus affectés par la crise (19 %). C’est aussi la zone qui enregistre la plus forte hausse du chômage, conjuguée à une hausse de la demande d’emploi supérieure à la moyenne régionale. En particulier, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité (catégorie A) augmente fortement entre septembre 2019 et septembre 2020. Ce territoire se caractérise par une saisonnalité de l’emploi très marquée dans les métiers liés à la présence de touristes (hôtellerie, restauration, alimentation). En moyenne, au cours d’une année « normale », 17 % des salariés de la zone sont employés dans ces métiers mais essentiellement sur la période estivale : seul un sur quatre de ces salariés est encore en poste au 31 décembre.

Les zones d’emploi de Nord-du-Lot et de Castelsarrasin-Moissac, présentent un profil un peu similaire avec une saisonnalité de l’emploi également marquée, pour la première du fait des activités touristiques (Rocamadour, gouffre de Padirac), pour la seconde du fait des activités arboricoles et viticoles. Elles font face toutes deux à une hausse du nombre de demandeurs d’emploi plus forte qu’en moyenne régionale.

Une hausse plus contenue de la demande d’emploi dans la plupart des zones du littoral

Dans les zones du littoral méditerranéen hormis Agde-Pézenas, la hausse du chômage et de la demande d’emploi est davantage contenue.

Dans les zones de Béziers, Perpignan et surtout Narbonne qui ont profité de la reprise estivale du tourisme sur le littoral (pour en savoir plus), le nombre de demandeurs d’emplois dans les métiers de l’hôtellerie et de la restauration augmente moins que sur l’ensemble de la région.

Dans ces zones du littoral, les salariés exerçant un métier de l’industrie sont relativement moins nombreux et le choc de la crise sur ces métiers est atténué. La demande d’emploi y augmente donc moins que dans le reste de l’Occitanie, en particulier sur Sète. Sur Montpellier, l’emploi dans les métiers de l’informatique et des télécommunications, moins dépendant qu’à Toulouse de la filière aérospatiale, résiste mieux.

Des zones d’emploi plus diversifiées, moins vulnérables face à la crise

Dans les autres territoires de la région, la spécialisation sectorielle est généralement moins forte. La hausse du nombre de demandeurs d’emploi est en conséquence plus contenue, sauf dans la zone de Rodez où le nombre de demandeurs d’emploi progresse plus qu’en moyenne régionale. Néanmoins, l’évolution de la demande d’emploi est très variable selon les métiers exercés ou selon la classe d’âge des demandeurs d’emploi.

Dans les zones d’Alès-Le Vigan, Bagnols-sur-Cèze, Carcassonne-Limoux et Nîmes, dans les métiers du bâtiment et des travaux publics, l’augmentation de la demande d’emploi est nettement plus faible que dans la région. Celle de Mende enregistre une moindre hausse dans les métiers liés au tourisme. Sur Millau, la hausse est plus modérée dans ceux du commerce.

À proximité de Toulouse, la zone d’emploi de Montauban paraît plus épargnée, avec une moindre progression de la demande d’emploi. Néanmoins, cette progression est marquée pour les jeunes, en particulier dans les métiers de l’industrie. Dans la zone d’Auch, la demande d’emploi augmente fortement dans ces métiers pour les demandeurs de 50 ans et plus. Sur Montauban et Auch ainsi que sur Albi, Cahors, Castres-Mazamet, Foix-Pamiers et Saint-Gaudens, la demande d’emploi évolue moins défavorablement qu’au niveau régional dans les services aux particuliers.

Encadré 1  - Un fort recours à l’activité partielle

Durant le premier confinement, le dispositif d’activité partielle a permis aux établissements de diminuer ou de suspendre leur activité tout en assurant aux salariés une indemnisation pour compenser leur perte de salaire. Préexistant à la crise, le dispositif a été élargi et renforcé du 1er mars au 1er juin. Au 1er juin, la prise en charge de l’activité partielle diminue, sauf dans les secteurs faisant l'objet de restrictions en raison de la crise sanitaire, comme ceux liés au tourisme ou à la culture.

Dans la région, au deuxième trimestre 2020, plus de 676 000 salariés du privé ont été indemnisés pour au moins une heure au titre de l’activité partielle. Ce qui représente environ 48 % des salariés éligibles au dispositif dans la région.

L’hébergement et la restauration ainsi que les autres activités de services sont les secteurs les plus utilisateurs du dispositif, avec respectivement 86 % et 76 % de salariés bénéficiaires. À l’inverse, les activités considérées comme essentielles et qui sont restées actives pendant le confinement ont eu moins recours au dispositif : c’est le cas notamment du secteur de l’enseignement, de la santé humaine et de l’action sociale ou de celui des industries extractives, de l’énergie, de la gestion de l’eau, des déchets et de la dépollution (environ 25 % des salariés pour les deux secteurs). De même, les établissements financiers et d’assurance ont utilisé le dispositif plus modérément (23 % des salariés du secteur) car les activités ont pu se poursuivre plus facilement en télétravail.

Les entreprises des zones d’emploi de Figeac-Villefranche et de Agde-Pézenas ont eu davantage recours à l’activité partielle (respectivement 57 % et 54 % des salariés du privé). La zone d’emploi de Figeac-Villefranche, zone la plus industrielle de la région, a vu l’activité se réduire dans les établissements de la fabrication d’autres produits industriels de manière plus prononcée qu’au niveau régional : 81 % des salariés du secteur, contre seulement 59 % au niveau régional, ont été placés en activité partielle au deuxième trimestre. L’importance de l’activité partielle dans la zone d’emploi d’Agde-Pézenas résulte de sa forte spécialisation dans le secteur de l’hébergement et de la restauration.

À l’inverse, la zone d’emploi de Bagnols-sur-Cèze est celle qui a le moins utilisé le dispositif avec 35 % des salariés éligibles à l’activité partielle indemnisés pour au moins une heure. Dans la zone de Mende, la structure de l’emploi, où domine le secteur de l’enseignement, de la santé humaine et de l’action sociale, a eu pour conséquence un recours moindre à l’activité partielle (36 % des salariés du privé).

Direccte Occitanie

Sources : DARES, données ASP arrêtées au 08/12/2020, URSSAF, effectifs salariés au 31/12/2019.

Encadré 2 - Le plan « 1 jeune 1 solution »

La détérioration de la situation économique résultant de la crise sanitaire frappe durement les publics les plus éloignés du marché du travail, parmi lesquels les jeunes sont au premier plan, en particulier les jeunes arrivant sur le marché du travail cette année. L’Occitanie enregistre 5 700 jeunes demandeurs d’emploi de moins de 26 ans de plus entre septembre 2019 et septembre 2020, notamment des jeunes peu ou pas diplômés mais aussi des jeunes ayant suivi une formation supérieure.

Pour répondre à l’impératif de ne laisser aucun jeune sans solution, le plan « 1 jeune 1 solution » annoncé par le Premier ministre le 23 juillet 2020 et doté au plan national d’une enveloppe de 6,5 milliards d’euros, comporte un ensemble de mesures destinées à favoriser l’accès à l’emploi et à la formation de ce public.

Le plan se décline en trois volets abordant trois familles d’objectifs :

  • faciliter l’entrée dans la vie professionnelle ;
  • orienter et former les jeunes vers les secteurs et les métiers d’avenir ;
  • accompagner les jeunes éloignés de l’emploi en proposant des parcours d’insertion sur mesure.

Le premier volet destiné à inciter les entreprises à embaucher des jeunes comporte une mesure phare : une prime à l’embauche des jeunes. Elle permet à une entreprise qui embauche un jeune de moins de 26 ans, en CDD de plus de 3 mois ou en CDI, de bénéficier d’une prime de 4 000 euros maximum.

Le deuxième volet concerne l’accès à la formation, en lien donc avec le Conseil régional, l’Éducation nationale et Pôle emploi. Il s’agit d’intensifier l’effort de formation en augmentant le nombre de places disponibles, que ce soit dans les établissements scolaires ou à l’Université ou dans le cadre du Plan d’investissement dans les compétences.

Enfin, le troisième volet porte sur la mobilisation de parcours d’accompagnement, permettant aux jeunes d’être accompagnés par le service public de l’emploi pour préparer un projet professionnel. L’ensemble des dispositifs d’accompagnement est fortement mobilisé, avec notamment :

  • une accélération de la mobilisation de la Garantie jeunes mise en œuvre par les Missions locales et de l’Accompagnement intensif des jeunes (AIJ) proposé par Pôle emploi ;
  • des moyens accrus en matière de contrats aidés : Parcours emploi compétences (PEC) dans le secteur non lucratif et Contrat initiative emploi (CIE) dans les entreprises.

L’ensemble des trois volets se décline en Occitanie, en complément d’initiatives régionales déjà opérationnelles destinées notamment à repérer les jeunes et les mobiliser.

Le repérage des jeunes se trouve renforcé avec des moyens supplémentaires accordés par la Direccte. En particulier, une action visant le contact systématique des jeunes décrocheurs par le biais d’une plateforme téléphonique a été étendue aux deux académies d’Occitanie et les premiers résultats sont encourageants.

Direccte Occitanie

Définitions

Les demandeurs d’emploi en fin de mois (DEFM) sont les personnes inscrites à Pôle emploi et ayant une demande en cours au dernier jour du mois.

Un chômeur au sens du Bureau international du travail (BIT) est une personne âgée de 15 ans ou plus qui est sans emploi au cours de la semaine de référence, disponible pour travailler dans les deux semaines à venir et a effectué, au cours des quatre dernières semaines, une démarche active de recherche d’emploi ou a trouvé un emploi qui commence dans les trois mois.

La nomenclature des familles professionnelles est utilisée dans l’étude. Elle se décline au niveau le plus détaillé en 225 familles de métiers, 87 familles à un niveau regroupé et 22 domaines professionnels au niveau le plus agrégé. La nomenclature permet également le rapprochement entre les professions et catégories socioprofessionnelles de l’Insee et le Répertoire opérationnel des métiers et des emplois des services de Pôle emploi.

Une zone d’emploi est un espace géographique à l’intérieur duquel la plupart des actifs résident et travaillent. Le découpage en zones d’emploi constitue une partition du territoire adaptée aux études locales sur le marché du travail.

Ces catégories incluent l’ensemble des demandeurs d’emploi sans activité ou en activité réduite, tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi.

Pour en savoir plus

« Taux de chômage en Occitanie : de fortes disparités entre zones d’emploi à la veille de la crise », Insee Flash Occitanie n° 106, février 2021

« Une reprise économique estivale interrompue par la deuxième vague épidémique », Insee Conjoncture Occitanie n° 25, janvier 2021

« Été 2020 : une éclaircie en juillet-août pour les hôtels d’Occitanie », Insee Flash Occitanie n° 104, décembre 2020

« Les impacts de la crise sanitaire en Occitanie », Diag’territorial, Pôle emploi Occitanie, novembre 2020