Insee Flash GuyaneGuyane : les entreprises de taille intermédiaire en fort développement

Baptiste Raimbaud (Insee)

Entre 2008 et 2017, le nombre d’établissements guyanais a fortement augmenté (+45 %), en particulier pour les microentreprises n’employant pas de salarié. Ainsi, l’impact de cette hausse sur l’emploi salarié a été faible (+11 %). La zone de l’Est-Littoral, avec Cayenne, concentre les activités tandis que celle de l’Ouest accuse un retard en termes de créations d’établissements, en particulier au sein de la catégorie des PME et des entreprises de taille intermédiaire. La zone des Savanes, avec Kourou et le centre spatial, accueille beaucoup d’établissements appartenant à des grandes entreprises.

Insee Flash Guyane
No 135
Paru le : Paru le 18/02/2021
Baptiste Raimbaud (Insee)
Insee Flash Guyane  No 135 - Février 2021

Forte hausse du nombre d’établissements

En 2017, 14 582 établissements dans les secteurs des activités marchandes hors agriculture sont implantés en Guyane, dont 3 368 sont employeurs. Le nombre d’établissements croît de 45 % par rapport à 2008, néanmoins le nombre d’établissements employant des salariés n’augmente que de 12 %.

Les microentreprises représentent 88 % des établissements, dont seulement 17 % emploient des salariés. 7 % des établissements appartiennent à des petites et moyennes entreprises (PME), 2,6 % à des entreprises de taille intermédiaire (ETI) et 2,4 % à des grandes entreprises (GE).

La zone d’emploi de l’Est-littoral, avec Cayenne, concentre 79 % des établissements de Guyane et 86 % de la croissance du nombre d’établissements depuis 2008. Leur nombre est passé de 7 561 à 11 444 en 10 ans. Au sein de cette zone d’emploi, quelque soit la catégorie d’entreprises possédante, le nombre d’établissements augmente de 50 %, à l’exception des ETI dont le nombre d’établissements a quasiment doublé (+93 %).

La zone des Savanes regroupe 12 % des établissements guyanais (soit 1 680 établissements). La croissance de cette zone est la plus faible avec seulement 21 % d’établissements de plus en 10 ans. Les PME, ETI et GE sont très présentes aux Savanes. Néanmoins, cette zone d’emploi s’est peu développée : le nombre d’établissements des PME est stable, celui des ETI croit plus faiblement que la moyenne régionale (+ 58 % contre +90 % au niveau guyanais) et il progresse faiblement pour les GE (+ 7 %).

L’ouest guyanais n’accueille que 10 % des établissements (soit 1 250), mais la croissance y est plus rapide que dans la zone des Savanes (+32 % par rapport à 2008). Cette hausse est encore plus marquée pour des établissements appartenant à des PME (+50 %), ETI (+ 156 %) et des GE (+77 %).

Une augmentation modérée du nombre d’emplois salariés

En Guyane, 23 333 emplois salariés sont comptabilisés dans les secteurs des activités marchandes hors agriculture en 2017. Cela représente une progression de 11 % par rapport à 2008, alors que la population en âge de travailler augmente de 28 %.

Les PME sont les premiers employeurs de Guyane, cumulant 37 % des effectifs salariés. Elles sont suivies des microentreprises qui emploient 30 % des effectifs. Les établissements appartenant à des des grandes entreprises et des ETI implantés en Guyane regroupent respectivement 13 % et 20 % des effectifs. Cette répartition est différente de celle de la France métropolitaine où les GE et les ETI emploient chacune 25 % des effectifs salariés alors que les microentreprises n’en cumulent que 18 %. Les effectifs salariés baissent de 1 % dans les microentreprises. Dans les PME, ils augmentent de 6 %, de 10 % dans les grandes entreprises et de 82 % dans les ETI.

Les PME et les ETI à l’origine de la hausse des emplois

L’Est-Littoral concentre 76 % des effectifs salariés guyanais. Ils augmentent de 15 % par rapport à 2008. Cette hausse est concentrée sur les ETI (+91 %), passant de 1 365 à 2 610 emplois. Les PME gagnent 635 emplois, les GE 220 et les microentreprises 210.

Beaucoup d’entreprises de cette zone d’emploi ont évolué et sont passées à une catégorie de taille supérieure : 1 660 emplois en microentreprises ont été re-catégorisés en PME alors que 900 emplois en PME ont été re-catégorisés en ETI.

Dans la zone des Savanes, qui concentre 17 % des effectifs salariés de Guyane, les grandes entreprises emploient 31 % des salariés (1 230 emplois), en croissance de 14 % par rapport à 2008. Cette prépondérance des grandes entreprise s’explique par l’activité du secteur spatial : la moitié des 10 plus grands établissements de Kourou y travaillent directement.

Dans le même temps, les PME et les microentreprises perdent des effectifs (respectivement – 21,5 % et – 17 %). Néanmoins, les PME restent les premiers employeurs de la zone avec 32 % des effectifs salariés (1 260 emplois).

Les microentreprises se sont peu développées : elles ne sont pas devenues PME ou ETI. Elles se différencient des PME où 280 emplois ont été re-catégorisés suite au passage en ETI et même en GE, ainsi que 130 emplois d’anciennes ETI devenues GE.

Dans l’Ouest guyanais, qui ne concentre que 7 % des effectifs salariés de Guyane, les microentreprises perdent 11 % de leurs effectifs. Alors qu’elles représentaient la moitié des emplois salariés de la zone en 2008 (780 emplois), elles n’en représentent désormais plus que 40 % (700 emplois). Cette perte d’effectifs apparente traduit la re-catégorisation de 250 emplois dans des PME. Les effectifs des grandes entreprises augmentent de 23 %, ceux des PME de 32 % (passant de 600 à 800 emplois). L’emploi dans les établissements d’ETI reste marginal.

En 10 ans, les mouvements sont importants au sein de chacune des catégories d’entreprises, en particulier dans les microentreprises. Ainsi, entre 2008 et 2017, les microentreprises, qui sont restées dans cette catégorie toute la période, ont créé 11 435 emplois salariés et elles en ont perdu 10 085. Cela représente plus que le nombre total de salariés en microentreprises en 2017. À l’inverse, au sein des grandes entreprises, seulement 1 940 emplois ont été créés en Guyane et 1 855 ont été supprimés.

Figure 1L’Est-Littoral concentre l’activité économique de GuyanePart établissement par secteurs d’activité

L’Est-Littoral concentre l’activité économique de Guyane
Code ZE Zone d’emploi Grandes entreprises Entreprises de taille intermédiaire Petites et Moyennes entreprises Microentreprises
0301 Est-littoral 3 166 2 610 6 530 5 353
0302 Ouest-Guyanais 207 46 794 695
0303 Savanes  1 232 488 1 257 955
  • Sources : Insee, Clap 2008, Flores 2017, Lifi

Figure 1L’Est-Littoral concentre l’activité économique de GuyanePart établissement par secteurs d’activité

  • Sources : Insee, Clap 2008, Flores 2017, Lifi

Figure 2Forte croissance des entreprises de taille intermédiaireEffectifs salariés par taille d’entreprise

Forte croissance des entreprises de taille intermédiaire
Effectifs 2008 Effectifs 2017
Grande entreprise 4 198 4 605
Entreprise de taille intermédiaire 1 731 3 144
Petite et Moyenne entreprise 8 098 8 581
Microentreprise 7 075 7 003
  • Sources : Insee, Clap 2008, Flores 2017, Lifi

Figure 2Forte croissance des entreprises de taille intermédiaireEffectifs salariés par taille d’entreprise

  • Sources : Insee, Clap 2008, Flores 2017, Lifi

Figure 3La croissance des PME provient des microentreprises Transfert des effectifs salariés entre catégorie d’entreprises entre 2008 et 2017

La croissance des PME provient des microentreprises - Note de lecture : dans les PME, l’effectif salarié évolue avec l’apport de 1 962 emplois provenant de microentreprises et le départ de 1 166 emplois vers les ETI.
Grandes entreprises Entreprises de taille intermédiaire Petites et Moyennes entreprises Microentreprises
Grandes entreprises 0 285 142 17
Entreprises de taille intermédiaire -285 0 1 166 60
Petites et Moyennes entreprises -142 -1 166 0 1 962
Microentreprises -17 -60 -1 962 0
  • Note de lecture : dans les PME, l’effectif salarié évolue avec l’apport de 1 962 emplois provenant de microentreprises et le départ de 1 166 emplois vers les ETI.
  • Sources : Insee, Clap 2008, Flores 2017, Lifi

Figure 3La croissance des PME provient des microentreprises Transfert des effectifs salariés entre catégorie d’entreprises entre 2008 et 2017

  • Note de lecture : dans les PME, l’effectif salarié évolue avec l’apport de 1 962 emplois provenant de microentreprises et le départ de 1 166 emplois vers les ETI.
  • Sources : Insee, Clap 2008, Flores 2017, Lifi

Pour comprendre

La variation nette de l’emploi par catégorie d’entreprise compare le niveau d’emploi de la catégorie à deux dates différentes. Elle permet d’analyser si, en fin de période, davantage de salariés travaillent dans une catégorie donnée d’entreprises.

Cette variation nette ne permet pas, en revanche, d’étudier la dynamique de l’emploi par catégorie d’entreprise : la variable étudiée (l’emploi) influe directement sur la variable qui sert à la catégoriser (la catégorie d’entreprise). Par exemple, au cours de la période, une microentreprise qui est devenue une PME contribue à réduire ainsi la variation nette d’emploi des microentreprises (puisqu’elle est sortie de la catégorie), alors même qu’elle a créé de l’emploi avant de devenir PME.

La variation à contour constant permet en revanche de savoir dans quelle catégorie d’entreprise l’emploi a été créé ou détruit. Pour calculer cette variation à contour constant, plusieurs conventions sont possibles, chacune ayant donné lieu à des publications, des chiffrages et des débats. Proposée en 1996, la convention dynamique a finalement fait consensus parmi les économistes, car elle ne comporte pas de biais et est justifiable économiquement. Cette convention consiste à répartir l’évolution de l’emploi en fonction des seuils définissant les catégories d’entreprise.

Par exemple, si une microentreprise compte 7 salariés en 2016, et devient une PME de 15 salariés en 2017 : 2 emplois sont comptabilisés dans les créations d’emploi des microentreprises, et 6 emplois sont comptabilisés dans les créations d’emploi des PME, le seuil déterminant la limite entre les microentreprises et les PME étant de 9 salariés.

Sources

Cette étude utilise une base créée par l’Insee à partir des données de démographie des établissements de 2008 à 2017 (stocks et transferts d’établissements, continuité économique…), enrichies de données sur l’emploi issues des sources Clap (2008 à 2015) et Flores (à partir de 2016) et des informations sur le contour des entreprises issues de la source Lifi(liaison financière) pour calculer les catégories d’entreprises.

Définitions


Entreprise : plus petite combinaison d'unités légales qui constitue une unité organisationnelle de production de biens et de services jouissant d'une certaine autonomie de décision, notamment pour l'affectation de ses ressources courantes.


Établissement : une unité de production géographiquement individualisée, mais juridiquement dépendante de l'unité légale. Il produit des biens ou des services : ce peut être une usine, une boulangerie, un magasin de vêtements, un des hôtels d'une chaîne hôtelière, la « boutique » d'un réparateur de matériel informatique...

L'établissement, unité de production, constitue le niveau le mieux adapté à une approche géographique de l'économie.


Catégories d’entreprises  : quatre catégories d’entreprises sont définies dans le décret d’application de la loi de modernisation de l’économie (décret n° 2008-1354) pour les besoins de l’analyse statistique et économique, les microentreprises, les petites et moyennes entreprises (PME), les entreprises de taille intermédiaire (ETI) et les grandes entreprises(GE). La notion de microentreprise, utilisée à des fins d’analyse statistique et économique, diffère de celle du régime fiscal de la micro-entreprise et ne s’apparente pas non plus au statut de micro-entrepreneur, appelé auto-entrepreneur avant le 19 décembre 2014.

La catégorie à laquelle une entreprise appartient est déterminée à partirdes données annuelles suivantes, afférentes au dernier exercice comptable clôturé : l’effectif, le chiffre d’affaires et le total du bilan.


Catégorie d'entreprise :

quatre catégories d'entreprises sont définies dans le décret d'application de la loi de modernisation de l'économie (décret n°2008-1354) pour les besoins de l'analyse statistique et économique :

  • les petites et moyennes entreprises dont les microentreprises ;
  • les entreprises de taille intermédiaire ;
  • les grandes entreprises.

Pour déterminer la catégorie à laquelle une entreprise appartient, les données suivantes, afférentes au dernier exercice comptable clôturé et calculées sur une base annuelle, sont utilisées : l’effectif, le chiffre d’affaires et le total du bilan.

Les petites et moyennes entreprises (PME) sont celles qui, d’une part, occupent moins de 250 personnes, d’autre part, ont un chiffre d’affaires annuel n’excédant pas 50 millions d’euros ou un total de bilan n’excédant pas 43 millions d’euros. Parmi elles, les microentreprises occupent moins de 10 personnes et ont un chiffre d’affaires annuel ou un total de bilan n’excédant pas 2 millions d’euros.

Les entreprises de taille intermédiaire (ETI) sont des entreprises qui n’appartiennent pas à la catégorie des PME et qui, d’une part, occupent moins de 5 000 personnes, d’autre part, ont un chiffre d’affaires annuel n’excédant pas 1 500 millions d’euros ou un total de bilan n’excédant pas 2 000 millions d’euros.

Les grandes entreprises (GE) sont des entreprises non classées dans les catégories précédentes.

Remarque :

La notion d'entreprise et la catégorie d'entreprise sont définies dans le décret d'application (n°2008-1354) de l'article 51 de la loi de modernisation de l'économie, « relatif aux critères permettant de déterminer la catégorie d'appartenance d'une entreprise pour les besoins de l'analyse statistique et économique ».


Entreprise de taille intermédiaire / ETI :

une entreprise de taille intermédiaire (ETI) est une entreprise qui a entre 250 et 4 999 salariés, et soit un chiffre d'affaires n'excédant pas 1,5 milliard d'euros soit un total de bilan n'excédant pas 2 milliards d'euros.

Une entreprise qui a moins de 250 salariés, mais plus de 50 millions d'euros de chiffre d'affaires et plus de 43 millions d'euros de total de bilan est aussi considérée comme une ETI.

Les ETI constituent une catégorie d'entreprises intermédiaire entre les petites et moyennes entreprises (PME) et les grandes entreprises.

Remarque :

Cette catégorie d'entreprises est définie par le décret d'application (n°2008-1354) de l'article 51 de la loi de modernisation de l'économie, relatif aux critères permettant de déterminer la catégorie d'appartenance d'une entreprise pour les besoins de l'analyse statistique et économique.


Grande entreprise :

une grande entreprise est une entreprise qui vérifie au moins une des deux conditions suivantes :

  • avoir au moins 5 000 salariés ;
  • avoir plus de 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires et plus de 2 milliards d'euros de total de bilan.
Remarque :

Cette catégorie d'entreprises est définie par le décret d'application (n°2008-1354) de l'article 51 de la loi de modernisation de l'économie, relatif aux critères permettant de déterminer la catégorie d'appartenance d'une entreprise pour les besoins de l'analyse statistique et économique.


Microentreprise / MIC :

une microentreprise est une entreprise occupant moins de 10 personnes, et qui a un chiffre d'affaires annuel ou un total de bilan n'excédant pas 2 millions d'euros. Les microentreprises font partie des petites et moyennes entreprises (PME).

Cette notion, utilisée à des fins d'analyse statistique et économique, diffère de celle du régime fiscal de la micro-entreprise et ne s'apparente pas non plus au statut de micro-entrepreneur, appelé auto-entrepreneur avant le 19 décembre 2014.

Remarque :

Cette catégorie d'entreprises est définie par le décret d'application (n°2008-1354) de l'article 51 de la loi de modernisation de l'économie, « relatif aux critères permettant de déterminer la catégorie d'appartenance d'une entreprise pour les besoins de l'analyse statistique et économique ».


Petite et moyenne entreprise / PME :

les petites et moyennes entreprises (PME) sont celles qui, d’une part, occupent moins de 250 personnes, d’autre part, ont un chiffre d’affaires annuel n’excédant pas 50 millions d’euros ou un total de bilan n’excédant pas 43 millions d’euros. Elles incluent la catégorie des microentreprises. (MIC) qui occupent moins de 10 personnes et ont un chiffre d’affaires annuel ou un total de bilan n’excédant pas 2 millions d’euros.

Remarque :

Cette catégorie d'entreprises est définie par le décret d'application (n°2008-1354) de l'article 51 de la loi de modernisation de l'économie, relatif aux critères permettant de déterminer la catégorie d'appartenance d'une entreprise pour les besoins de l'analyse statistique et économique.

Champ

Le champde l’étude est le secteur marchand non agricole hors intérimaires. Les micro-entrepreneurs sont exclus du champ.

Pour en savoir plus

Bacheré H, Mirouse B., « Une dynamique d’emploi spécifique dans les grandes entreprises », Insee Première n°1839, février 2021

Chanteur B., « Trois zones d’emploi en Guyane - Un marché du travail tourné vers la construction et les fonctions administratives », Insee Flash Guyane n°129, septembre 2020

Eliot N., Kempf N., « La croissance de l'emploi reste faible en regard de la démographie », Insee Flash Guyane n°115, septembre 2019